LE SOLDAT SERBE
Pendant six mois, j'ai observé le soldat serbe, je l'ai vu orné de fleurs ou de feuillage, chantant avant le combat et après ta victoire, et je suis resté près de lui à l'hôpital où il avait été transporté blessé et meurtri. J'ai essayé de connidtre sa famille, sa classe sociale, son éducation et son âme.
Il est en grande majorité campagnard. Dans le pays, où il y a relativement peu de villes, les huit dixièmes de la population disséminée dans la campagne s'occupent de l'agriculture.
Les c zadrougas s, coopératives familiales, sont nombreuses. L'aieul demeure avec ses descendants et leurs familles sous le même toit. Vivre avec son père, sous son autorité, emporte, pour la paysan serbe, plaire à Dieu et être honoré dans le village.
De cette vie en commun résulte une haute
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moralité générale et la sécurité pour chaque individu, car en cas de maladie ou de mort, ses champs ne resteront pas en friche, et les zadrougas pourvoiront à tous ses hesoins et à ceux de sa famille.
Les vieux transmettent aux jeunes les traditioos familiales, les principes de moralité et l'amour de la patrie. C'est dans ces grandes familles qu'ont été conservés intacts les beaux poèmes nationaux qui pendant des siècles constituèrent l'histoire orale du passé.
Tout soldat serbe issu du plus petit villa^ connaît cette glorieuse histoire et y a cboiû un modèle parmi les .héros légendaires qui s'y meuvent et qui étaient chantés et glorifiés par les « gousiars ».
Le sol de la Serbie appartient au paysan.
300,000 chefs de famille se le partagent. Il n'y a que huit grands propriétaires fonciers possédant plus de 400 hectares de terre.
Depuis quarante ans, une loi garantit au paysan 3 hectares 60 ares de terre, 2 bœufs ou 2 chevaux, 5 moutons et les ustensiles indispensables à l'agriculture.
Sa maison et 20 ares de terre qui l'entourent sont insaisissables même pour non-paiement des contributions d'État.
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Pendant la guerre, les cavaliers montaient leurs propres chevaux, et en partant de chez lui chaque soldat emporta une somme en or plus ou moins considérable.
Agriculteur, le soldat serbe aime et vénère la terre et ses produits. Couper un arbre fruitier est considéré par lui comme un geste impie; aussi même pendant l'hiver, exposé aux pires intempéries, ne toucha-t-il pas à ces arbres dans les pays occupés, même lorsqu'il manquait de bois de chauffage.
11 est chaste, tendre et poète. Pour être infailliblement tué au combat, ilsulfit, d'après lui, d'avoir attaqué l'honneur de la famille d'autrui. Ce respect de la femme, de la mère et des aïeux l'ont vite fait aimer par les Turcs, ses ennemis de la veille.
11 chérit les siens, son village et sa patrie. Voici, prise au hasard, une lettre en vers, écrite, de l'ambulance d'Ochrlda, par un blessé, Pierre Zivkovitch, simple soldat, à sa soeur, deux jours avant de mourir :
Pierre malade est couché à Ocbrida, Sa tète le penche vers h terre noire.
De sa main pâle qui i'affaisae Il prend U plume et écrit â si soeur.
LKS TICTOtRES SBRBE8
Ma sœur, la fleur de ma poitrine,
Le mal atroce pèse sor moi lourdement.
Depuis trois jours déjà on alluma le cierge,
Hon cher fojer, je ne le verrai plus!
Qui fera paitre moa beau troupeau blanc?
Qui aimera celle que j'aime au hameau?
Qui labourera mes champs fertiles?
Qui cultivera mon jardin sur la colline?
Qui habitera ma maison?
Qui ira sur la tombe de ma mère
Et le cierge lui allumera?
Adieu ! Dis à tous que ton fràra, fidèle aa pajs, Repose sur les coteaux verts du lac d'Ûcbrida.
Adieu, ma sœur, mes champs, mes vignes.
Adieu, amis et jeunes filles du village, Qui, au jour de fête, près de l'église, Dansiez avec moi le beau n kolo a serbe!
Les Serbes, de pure race slave, sont humains, doux et modestes. Sensibles de tempérament, ce sont, on l'a dit, les poètes de toute la race slave.
D'ailleurs il existe en Serbie une littérature qui à tous égards mérite l'admiration. La tradition conservée dans les « zadrougas t est l'âme même du pays. Elle surgit du sol si souvent ensanglanté, des forêts sombres, des vallées fertiles et fleuries
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et des cités ressuscitées de leurs cendres après des luttes sans nombre.
Dans la convention militaire conclue et signée entre la Bulgarie et la Serbie et adjointe à leur traité d'alliance, il avait été prévu, dans le cas d'une guerre avec la Turquie, la coopération des deux armées sur les champs de bataille de la région du Vardar, avec au moins -100,000 combattants de chaque allié. Pour les opérations k l'est de la péninsule, en Thrace et devant AndrJnople, il n'avait été indiqué aucune participation de troupes serbes.
Orc'est le contraire qui eut lieu : la Serbie réussit & vaincre seule en Macédoine et prêta son concours à la Bulgarie, en Thrace et au siège d'Andrinople.
Il était donc à supposer que le retour de l'armée serbe serait, en Bulgarie, salué d'ovations aussi enthousiastes que méritées.
Vingt-quatre heures après la victoire, le quartier général bulgare, n'ayant plus besoin de ses alliés, donnait purement et simplement l'ordre au général Stépanovitch de prendre les mesures Qécessairea à son départ.
LES VICTOIBBS SERBES
D'Andrinople en Serbie par Mustapha-Pacha, Philipopole, Sofia, l'armée serbe traversa toute la 1 Bulgarie. Sur ce long parcours, pas un bravo de remerciement ne la salua au passage I
Et, quelques jours plus tard, la Serbie recevait une note à payer :
Les Bulgares osaient réclamer le prix du transport d'Andrinople à la frontière serbe de ces généreux alliés qui, à leurs propres frais, étaient allés se battre et verser leur sang pour les aider à triompher I
Cependant l'armée du général Ivanof, qui manquait de tant de choses, n'ayant pas de trains sanitaires, la Serbie prétait les siens, et je vous assure qu'elle ne songea pas une minute à réclamer une rétribution quelconque, pas plus qu'elle ne demanda le remboursement de ses dépenses de munitions, ni d'entretien pour ses 50,000 hommes, ni une indemnité pour les familles de ceux qui restèrent sous les petites croix de bois des cimetières, devant les forts turcs !
Quelles ovations auraient eues les troupes bulgares si, l'inverse s'étant produit, c'eût été elles qui eussent apporté leur concours à la Serbie !
Celle-ci enregistra simplement une désiUusiofl de plus.
Après le combat les ambiilancie
Soldats turcs.