L ARTILLERIE SERBE S
Sa batterie, mal engagée, était décimée par un feu d'infanterie terrible, à très courte distance. Aussi, ménager de ses hommes, le général Jivkovitch avait-il ordonné de reculer en hâte ; mais il était impossible d'amener les attelages sous les balles de l'ennemi ; le personnel seul pouvait se sauver en abandonnant les pièces.
— Abandonner mon canon! me raconta Lazovitch, à l'hôpital de Belgrade, où il avait été transporté à la suite de ses blessures, je n'ai pas pu obéir.
« Je restai près de ma pièce, et sortant du caisson plusieurs projectiles, je me mis à tirer sur les Turcs qui, en dessous de moi, avançaient, poussant déjà des cris de victoire. Malheureusement, ma provision de shrapnells épuisée, je devais retourner vers le caisson pour en apporter d'autres, et, profitant de ce temps d'arrêt, l'ennemi continuait à avancer.
ï Enfm, comme j'allais pour la quatrième fois me ravitailler, un camarade blessé à la jambe et qui, par suite de cette blessure, n'avait pas pu reculer s'offrit à me servir les obus.
•I Eq se traînant, il faisait la navette entre le caisson et ma pièce. Je pus alors activer mon tir et bientôt les Turcs fléchirent et commencèrent à reculer. »-
su LES VICTOIRES SKABES
Après la bataille, le général Jivkovitch complimenta Lazovitch.
— Quelle récompense dé3ire5-lu?Iui demandat-U.
— Donnez-moi mon cuion... Sans moi, Iis Turcs l'auraient pris... et les autres avec.
Il Touiait l'emporter au village, promettait d'en avoir soin et refusait toute autre récompense.
Le général Jivkovitch eut toutes les peines du monde à lui faire comprendre que son désir était irréalisable, mais il le nomma sous-officier et fit graver son nom et le récit de son héroïsme sur < sa » pièce.
J'amais matériel d'artillerie ne fut soumis à plus rude épreuve que pendant cette guerre pourtant si courte. A la bataille de Monastir, par exemple, certaines batteries traversèrent, leurs caissons entièrement noyés, la plaine inondée par la Tsema et furent hissées ensuite à des hauteurs de plus de mille mètres, sur des positions que les Turcs croyaient inaccessibles.
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Voici le récit que fit plus tard un officier d'infanterie, témoin d'une de ces prodigieuses ascensions :
< Le 15 novembre, vers 4 heures du matin, nous partons dans la direction de Monastir. Dans la nuit, aveuglés par la pluie et le vent, nous avançons difficilement en pleine terre labourée, avec de la boue jusqu'aux genoux.
« On trébuche dans les sillons, dans les trous, dans les ronces. Les soldats, la tête entourée de toiles de tente, marchent courbés et taciturnes, chacun s'elforçant de poser le pied dans les pas de celui qui le précède.
c Enfin, après d'indescriptibles efforts, nous débouchons sur une route. Une route ? plutôt une rivière !
« Le jour se lève. Nous traversons le village de Bérentsé, puis nous montons sur des hauteurs dont les crêtes nous sont cachées par les
« Tâche ardue, mais la terre n'est plus complètement détrempée. Après une heure d'ascension nous apercevons notre artillerie sur une hauteur où nous autres fantassins nous ne pouvions grimper qu'avec une peine inouïe.
« Pas de chemins, des ravins où nous n'avançons qu'homme par homme.
c C'est par là que doivent passer les canons !
c On les sépare de leurs avant-trains et on y attelle des buffles. Dans le vacarme des jurons et des cris des conducteurs, que dominent les commandements brefs des chefs de batterie, ils avancent quelques mètres, s'arrêtent. On frappe les pauvres bétes, on les excite jusqu'à ce que la première paire s'affaisse, les jambes enchevêtrées. Sur elle tombe la deuxième. Le canon recule. Les servants s'y accrochent, le retiennent, calent les roues. II glisse toujours ; il va écraser hommes et bêtes derrière lui.
« On perd l'espoir d'arrêter cette masse d'acier. On cherche où sauter pour ne pas être broyé par elle. Enfin les bœufs et les canonniers font un elTort suprême. La pièce s'arrête, elle repart en avant I...
c Cent fois la même scène se reproduit. A chaque insEant je frémis de tous mes membres. Je pense : tout est perdu, tout va au diable. Il en est ainsi pendant trois heures !
« Finalement les bêtes tombent, n'eu pouvant plus. Les canonniers exténués, incapables d'un nouvel effort, sont aphones d'avoir crié et juré.
« Malgré tous leurs efforts, ils n'ont pu réussir à monter les pièces sur la position et les Turce
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tirent de plus en plus furieusement ; alors la voix du chef de la batterie retentit ; s Ck)gnouchnisté ! b
« A ce commandement, les canonniers courent aux caissons et en retirent les longes qui sentent à attacher les chevaux au bivouac. lis détellent les bœufs et les buffles, nouent deux de ces grosses cordes à chaque canon, les fantassins s'approchent, s'accrochent comme des fourmis à chacune d'elles. Ils s'arc-boutent : t Oh!... hisse!... s et les pièces s'ébranlent, avancent, grimpent lentement.
« Vers midi la batterie était en position, montée ainsi à bras d'hommes, b