VALENTINE, MAURICE, LE COMTE ET LA COMTESSE
{ Valentine, essuyant ses larmes, et, cachée par le fauteuil, n est pas aperçue).
MAURICE [entrant bruyamment entre le Comte et la Comtesse). Mais non.
LA COMTESSE
Je t'affirme que si !
MAURICE
Encore une fois, non et non. Ah I mon cher beau-frère, ne faites jamais la folie de mourir, car, avec ces goûts-là, ma sœur ne resterait pas longtemps à vous pleurer. Quelle rage de mariage ! C'est à le faire fuir pour le reste de ses jours I
]LA COMTESSE
Pourquoi ne te prononces-lu pas?
MAURICE
Un homme de ma position ne s'expose pas à un refus. LE COMTE {à part).
Bah ! usons du dernier moyen. (Haut). Je suis sûr que tu vas changer d'avis. Apprends donc, ingrat, que le Duc te transmettrait tous ses titres!
MAURICE
Mon cher Comte, il n'y a pas de plus beau litre ^ue le norn de son père, quand c'est celui d'un honnête homme. Je tiens au mien.
(La Comtesse a aperçu Valentine, et fait des signes pour avertir le Comte et Maurice),
VALENTINE
Vous avez raison, M. Maurice. On ne doit jamais sacrifier ni le nom ni la religion de ses ancêtres.
LA COMTESSE
Pourtant, quand il y va du bonheur de la vie.
MAURICE (stupéfait).
Mademoiselle de Quélus, ici I
LE COMTE [bas).
Etelle t'aenlendu, imprudent. Ah I tu asfaitunejolieentrée!
MAURICB.
Une jolie sortie, plutôt. (Se ramsant) Au fait, tant mieux, je suis servi à propos. {Il va rejoindre Valentine).
LE COMTE
Arrête donc : ta sœur peut tout réparer.
MAURICE
Je vais brûler mes vais^aux.
liE COMTE (à part).
Ce sera un beau feu de joie pour le Prince t
MAURICE
Mademoiselle Valentine , j'ai de Tambition , beaucoup d'ambition.
VALENTINE
Un homme tel que vous en a le droit, H* Maurice.
LA coMTEssB {joycuse).
Enfin/ il se décide I
LE COMTE (bas à Maurice), Courage, il n'y a que le premier mot qui coûte.
MAURICE
Peut-être vais-je trop demander? Vous avez entendu ce que je disais tout à l'heure, et pourtant je vous croyais bien loin I
VAI.ENTINE»
Oui, j*ai togt entendu.
MAURICE
Malgré cela, voulez-vous ra*açoorder, . ,
LA COMTESSE (à part, avec anxiété), ^a main. Il sera duc. »
MAURICE
Votre amitié?
LE COMTE {à part).
Maladroit! On ne fera jamais rien de ce garçon-là,
LA COMTESSE [à part).
Adieu le duché I
VALENTINE {après lui avoir tendu la main).
Si vous n'aviez déjà mon amitié tout entière, M. Maurice, voici à coup sûr qui vous Teût conquise; car vous avez aulant de cœur que d'esprit,
MAURICE
L'amitié ne marche-l-elle pas après i*amour?
LA COMTESSE ifuHeuse, à Valentiné).
Tu avoueras que voilà une singulière déclaration I Si elles étaient toutes comme celles-là, elles ne seraient guère compromettantes.
MAURICE [à part).
Ouf! je respire plus à Taise. ( A demi voix). C'est égal, Karl sera bien heureux.
LE COMTE
Par ta faute. (Maurice lève les épaules).
LA COMTESSE [regardant Maurice), Qui sait? Peut-être?
VALENTINE
Que dis-tu?
HA COMTESSE (troubléc).
Que tes dentelles sont ravissantes.
VALENTINE
C'est un cadeau de mon père.
LA COMTESSE
Cadeau de noces.
MAURICE
Il est de fait qu'elles sont d'une distinction rare.
LE COMTE
Je parie que c'est le Prince qui les a choisies. iJLaure sourit. Us regardent tous les dentelles).
Seène Wll.
Les mêmes, le DUC et KÂRL.
LE DUC {rentre au bras de Kart).
Allons^ une dernière bataille I
ILARL.
C'esl ridicule, mais je n'ose pas.
LE DUC [bas).
Est-ce qu'un prince doit avoir peur du feu. Entre nous, la* place ne demande qu'à capituler. [Karl va rejoindre le groupe),
LE COMTE [allant au-^devant du Duc).
J'ai une triste nouvelle à vous apprendre.
LE DC3G
Quelque incident parlementaire?
LE COMTE
?]ous sommes à la paix. La guerre des blasons a fini, faute de combattants.
LE DUC
Depuis quand?
LE COMTE
Ce fou de Maurice s'est persuadé n'être pas aimé; il a de-' mandé merci, et s'est retiré du tournoi.
LE MJC.
Avec les honneurs de la guerre; car sa retraite est aussi belle que Ja victo^ire du Prince. {Ils causent ensemble].
LA COMTESSE
Nous parlions de vous, Prince .
MAURICE
Et on en disait du mal.
La COMTESSE.
Si Ton ne perd pas toutes ses illusions, ce n'est pas la faute de Maurice.
KARL
Que peut vous faire? N eles-vous pas à Tâge où Ton en donne?
irfACJRlCB.
Nous admirions ces dentelles : elles sont délicieuses.
LE DUC
Fernand est en retard! (Valentine a tressailli).
Je le quitte à l'instant : dans quelques moments il sera ici.
VALENTINE [à part) ^ Ah I il reste !
LA COMTESSE (à Valentine).
Mais où est donc ton bouquet ?
VALENTINE
J'ai oublié d'en faire un.
LA COMTESSE
Ah! Messieurs, je vous fais mes compliments. Pas un de tous n y a songé I Décidément, la galanterie se meurt.
KARL
Je laissais à Maurice le plaisir de l'offrir.
MAURICE
J'ai eu la même idée pour Karl.
LE DUC
Quelle lulle de générosité I Qui donc l'offrira alorsf LA COMTESSE [se levaul).
Vous verrez : c'est mon secret. CJier Duc, votre bras, et allons chercher des fleurs dans la serre. Messieurs, il est <Iéjà tard, et il faut venir m'aider. {Elle sort au bras du Duc).
LE COMTE {suivant avec Maurice).
Avec plaisir : j'adore les fleurs. Il y a dix ans, la sœur et moi, allions en cueillir aussi, avant la signature du contrat. Quel souvenir!
MAURICE
Il ne vous rajeun-il pas! {Ils se promènent dans la serre).