Scène
VALENTINE et KARL.
KARL (s* asseyant à côté de Valentine).
Valentine, ne devinez-vous pas ce que j'ai à vous confier?
VALENTINE
Si, mes pressenlimen4s me l« disent t
KARL
Sans doute, ils ne vous disent pas tout • car mon cœur est timide» et un premier aveu est si difficile I Depuis longtemps j'appelais cette heure de tous mes vœux, et maintenant que je touche presque au but, j'hésite à m'ouvrir à vous. Je vous l'affirme : si le Duc n'eût raffermi mon courage, je vous eusse caché ce qu'hier j'étais impatient de vous crier.
valentiNe.
Karl, personne plus que moi ne désirait une explication décisive. Parlez en toute confiance, car ma franchise ne le cédera pas à la vôtre. Unis comme nous le sommes, depuis notre enfance, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, ce serait faire injure à notre affection, que de nous engager imprudemment.
KARL
Vous venez d'évoquer là, Valentine, de puissants souvenirs qui font fuir mon embarras. Cac vous m'avez rappelé notre jeunesse écoulée sous un aulre ciel que celui de la France, et quand je pense à ma patrie, mon sang redevient brûlant. Vous aimiez l'Allemagne, alors, et je vous vois, encore enfant, traverser avec respect les longues galeries du palais de Rubenstein. Vous n'y passiez jamais sans regarder les portraits de mes nobles et vaillants ancêlres. Chaque fois, vous me faisiez répéter ces noms de guerriers qui vibrenl encore dans l'histoire de mun pays. Leurs exploits vous faisaient relever la tête avec orgueil. Ma famille était la vôtre, alors. Chacun vous vénérait comme la future châtelaine; et Tes paysans de mes domaines vous espèrent' encore. Les bois de sapins sont toujours aussi verts, Valentine? Ne voulez-vous plus les revoir? [Valentine cache ^on émotion). Vous êtes émue, Valentine? (Fernand arrive dans la serre et les regWrde de loin),
VALENTINE
Oui, mon ami, je ne puis m'en défendre!
KARL
Alors, mon espoir. . .
VALENTINE
. Karl, écoutez-moi à voire tour. Je m'adresse à votre honneur, et je remets ma destinée entre vos mains. Â vous de prononcer. . .
KARL [inquiet).
Entre Maurice et moi? lépondez, de grâce I
VALBNTINE.
Non^ vous vous trompez.
KARL (à part),
J*en ai peur,
vALEimeiE.
Tout à l'heure, à cette place, H. Maurice m'a tendu la main d'un ami dévoué, et j'ai été bien fière de la serrer dans les miennes : car c'est une de ces natures d'élite, que leur rudesse même fait aimer. (JETmlan^). Hais je veux vous parler d'un autre, dont le nom .. .
KARL {l* interrompant précipitamment).
Arrêtez, Valentine I (A part). Fernand, peut-être I oh I quel soupçon m'a mordu au cœur! {Haut). Avant d'aller plus loin, Valentine, j'ai quelque chose de grave {avec angoisse), de fort grave à vous dire.
VALENTINE {effrayée).
Comme vous tremblez!
Mademoiselle, vous avez l'âme forte, et je vous cônnaia trop pour craindre de vous voir tomber en faiblesse. Je vous demande une grâce, et vous ne me la refuserez pas. Attendez
vingl-qualre heures pour vous prononcer. Il le faut. Ce soir, deux hommes qui tiennenl à la vie, dans un coin reculé du bois, sans témoins que leur honneur et leur amour, se balironi. . . pour vous. (Lentement) L'un des deux ne se relèvera pas.
vALENTm£ (froidement).
Et ces deux fous sont?
Moi, d'abord.
El l'autre?
Fernand.
KARL (r observant).
vALENTiNE (stupéfaite).
KARL
VALENTiNE (tressaillant) , Fernand I (Silence).
KARL
Que comptez-vous faire?
VALENTINE
Vous le demandez? me jeter entre vous pour vous désarmer.
KARL
Impossible. On ne se bal ni devant les enfants, ni devant les femmes. Si ce n'est ce soir, ce sera demain, et Tun des deux ne se relèvera pas, je vous le jure.
VALENTINE (animée).
Alors, si vous êtes assez cruels, asse2 abandonnés de Dieu pour mettre le fer à la main, si l'un des deux doit rester frappé à mort, il ne me restera qu'à prier. . . pour que personne ne se relève. Mon deuil sera complet. Serez-vous satisfaits, alors?
KARL [à part).
Je ne m*élais pas trompé. (Se reprenant) Mais, je vous le dis, l'un des deux survivra, je vous le prédis.
VALExNTINE.
Vous me torturez à plaisir, Karl 1
Répondez, il le faut : si je tombe, que ferez-vous?
VALENTINE
Vous voulez le savoir : si vous tombez. . . je prendrai le voile pour la vie.
KARL [lentement).
Et si Fernand meurt !
VALENTINE {éclatant en larmes et se retournant).
J*en mourrai I
KfLî^L (se serrant la poitrine^ à part).
Tais-toi, pauvre cœur, et brise-loi tout d'un coup, si tu peux!
VALENTINE {à part).
Abl ma sainte mère, où es-tu ?
[La Comtesse rentre suivie des autres personnes).
KARL [tressaillant).
On vient. (Avec calme). Prenez mon bras, Valentine, et allons faire un tour dans la serre. {// /'emmène). [A part) Ahl cela coûte cher de rester honnête homme! (Us sortent).
Seène WJL^
Le DUC, LA COMTESSE, MAURICE, le COMTE ET FERNAND.
LE DUC (à la Comtesse).
Quelle jolie bouquetière vous feriez?
LA COMTESSE
Vous trouvez. Duc? (Elle porte des fleurs dans sa robe, s'asseoit et se met à faire un bouquet),
MAURICE
Et quelle adresse pour coafectionuer toutes ces bagatelles de mariage. Décidément, c'est sa partie.
LA COMTESSE
Comte, passez-moi donc un bout de soie. Il y eu a sur la table. •
LE COMTE (s* asseyant devant la Comtesse sur un petit tabouret; il tient técheveau de soie, pendant que Laure noue ses fleurs).
Voyez, je suis à vos pieds.
LA COMTESSE
C'est votre devoir.
LE COMTE
Aht Comtesse.
LA COMTESSE
Mais ceflainement, monsieur, c'est écrit tout an long dans le code dn mariage.
MAURICE
Quel article?
LA COMTESSE
Il n'y a que celui-là; je le sais par cœur.
LE DUC
Regardez donc, FernandI Hercule filant aux pieds d'Omphale. Quel délicieux groupe I
MAURICE
A croquer! Essayez donc, Fernand, en deux coups de crayon.
FERNAND [d'iiu uiv accablé) Je ne suis pas en veine.
LA COMTESSE [se levant).
Là, c'est fini.
LE COMTE
Donnez donc vos fleurs au Prince; vous ferez deux heureux.
J'ai une autre idée. Monsieur Fernand !
FERNAND
Madame la Comtesse I
MJiiiiiannMfcm' ('iiiiiiniiinii mihiiiiiihii i
LA COMTESSE
Si vous étiez gracieux, vous offririez ce bouquet à mademoiselle de Quéius.
FERNANo {reculant).
Moi, madame, jamais.
LA COMTESSE [insistant].
Vous ne savez pas ce que vous refusez. Vous avez tort. Mes^ roses sont d'une fraîcheur ! Et, de la main de son sauveurl....
FERNAND {s$ ravisunt] .
Au fait, pourquoi pas? (offrant à Maurice). A moins que
Non, non^ merci. {À part)* J'ai payé mon tribut, cela brûle : Je regarde, mais je ne touche pas I
FEBHAND (à part).
Nous verrons si mon regard baissera devant le sien I