Scène Jk et dernière
Les mêmes, VALENTINE, KARL, pois GERMAIN.
VALENTINE [rentrant avec le Prince).
Vous êtes généreux, Kari.
KARL
Vous l'avez fait grand r il v<^us appartient.
FERNAND [offrant Ic bouqvet).
Mademoiselle, il y a peut-être hardiesse de ma part à vous^ présenter ces fleurs. C'est un caprice de Madame la Comtesse*
YALBNTINB.
C'est de VOS mains, Monsieur, que je désirais ^es recevoir. {Elle prend les fleurs et cause avec Laure).
FERNAND (à part).
Le jeu est cruel. Epuisons lacoupe jusqu'^à la lie.
LA COMTESSE (à Valentinc, qui lui fait une confidence).
VraimenlT
LE DUC [à il er main, qui se glisse sans bruit).
Que veut Germain ?
GBRMAIISI.
Mademoiselle, priez M. Je Duc de ne pas m'ébigner. J*ai eu aussi rhonneur d'assister au contrat de feue Madame la Duchesse.
VALENTINE
Tu peux rester; car ce que je vais faire, c'est avec l'agrément de mon père, qui me laisse toute liberté. Je veux que mes amis, que tout le monde m'entende. Karlj n'est-ee pas^ votre avis?
KARL
Vous pouvez vous réjouir, M. le Duc : Vous aurez un gen^ dre digne de vous. Votre famille était riche d'Hlustrations, et tes pages de son histoire sont écrites à Versailles en lettres d'or. Elle compte dans son sein bien des gens de robe ou d'épée, des hommes d'Etat ou d'Eglise, dont vous avez eBCore annobli la mémoire. Mais it est une gloire qui manquait à votre race !
VALENTINi;.
Moi seule, mon père, n'avais pas encore payé ma dette à la famille, ^t je vais m'acquiller royalement. Il manquait à notre maison... un grand artiste. Ce bouquet, M. Fernand, vient de nous fiancer l'un à l'autre.
FERNAND (sc précipitant, et lui baisant la main).
Valenline! Esl-ce encore un rêve?
LE COMTE [indigné, au Duc).
' Une pareille mésalliance I
LE DUC [consterné).
C'est impossible I
VALEINTINE.
Mon père I
FERNAND
Arrêtez, M. le Duc. [Se redressant). Je vous comprends. Et vous, mademoiselle, merci, vous venez de me donner le bonheur pour le reste de ma vie : mais vous êtes à jamais perdue pour moi. J'ai aussi ma juste fierté.
VALENTINE
Eles-vous trop grand seigneur pour me la sacrifier?
FERNAND
• Vous oubliez donc que ce serait sacrifier la vôIre, et j'en suis aussi jaloux que vous-même. Savez-vous ce que tout Paris répèlerait demain, si j'écoulais mon cœur, ce que M. le Duc avait déjà sur les lèvres : « Voyez cet artiste, crierait-on de tous côtés, sans fortune, sans famille ! (Est-ce qu'on nous reconnaît le droit d'avoir une famille, à nous autres?) 11 a abusé de Thospilalité pour séduire une riche héritière ! »
Et tout Paris mentirait I
FERNAND
Qui oserait lui donner un démenti?
KARL. f
Moi.
LE DUC
Comment, c'est toi, Karl î
KARL
Mon cœur doit se taire, H. le Duc. Demain, je reprendrai seul la route de TAllemagne, avec tristesse, mais avec la conscience du devoir accompli. Je penserai parfois que là-bas, dans un coin de la France, il y a deux heureux qui me doivent la moitié de leur bonheur.
VALENTINE
Vous pouvez dire tout entier, Karl.
Du reste, pour assurer ce bonheur jusqu'au bout, je ne crains pas de violer un secret. Soyez fière de votre fiancé, Yalentine, car il a toutes les noblesses.
FERNAND
Prince, taisez-vous; vous m'aviez promis
KARL
Vous vous êtes calomnié, et je vous défendrai, même contre vous, marquis de Vaubert.