‹ La guerre des paysansChapitre 15 sur 46 · INTRODUCTION. XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXIII

fin son œuvre divine. Et ce sont les grands penseurs , les grands écrivains , les grands rois, au sein desquels Dieu a mis un peu moins de boue terrestre et un peu plus de feu divin; ces hommes-principes, ces piliers éternels de l'histoire et de l'humanité ; véritables hommes-liges de la pensée révélée . La tête courbée vers la terre, comme l'épi rempli de grains, ils n'ont qu'un plaisir j le travail , et ne connaissent qu'un but : le progrès. Ce sont enfin ces grands révolutionnaires qui creusent des sillons dans les flancs endurcis de la société pour y jeter des semences d'avenir et de bonheur universel.

Ces hommes surgissent chez tous les peuples et contribuent tous, chacun pour sa part, au bien général. Comme avant le christianisme, le progrès, personnifié, incarné dans des individualités, passe d'un peuple à l'autre, mais avec la différence que tous ces peuples, même en se combattant, non-seulement obéissent à la même loi, mais ont la conscience, sinon de leur confraternité, du moins de leur solidarité et marchent pour ainsi dire au pas de course vers le but divin de l'histoire.

Aussi l'histoire d'un peuple chrétien, quel qu'il soit,

xxiv Introduction.

est non-seulement le reflet de l'histoire des autres peuples, mais c'en est une partie intégrale , une nervure indispensable. L'histoire d'Allemagne et d'Angleterre, outre qu'elle est nécessaire pour comprendre et saisir la marche de l'humanité, est une partie essentielle de l'histoire de France ; non-seulement par les faits qui s'y rattachent, mais par la filiation naturelle des idées. Telle phase de l'histoire allemande , comme par exemple, la réforme et la guerre des paysans, a plus d'importance pour la France moderne que toute son histoire depuis Hugues-Capet jusqu'à Louis XL L'idée, c'est le sang de l'humanité, c'est son principe vital ; le fait, à la rigueur, n'est qu'accessoire. A l'apparence, le fait nous prouve que l'idée n'a pas triomphé. Qu'importe! le temps n'entre pour rien dans la lutte d'un principe. Mille ans, comme à Dieu, lui paraissent un jour. En France, en Angleterre, en Bohême et en Allemagne, les paysans qui se battent au nom de l'idée évangélique, de la rédemption humaine , succombent et cèdent à la force brutale, mais l'idée ne succombe pas et ne saurait succomber. Deux siècles plus tard elle commence sa marche triomphale par la prise delà Bastille.. .Patience! Nous ne sommes que les vagues innombrables de l'o-

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