‹ La guerre des paysansChapitre 33 sur 46 · OUVERTURE DES HOSTILITÉS · texte numérisé non relu

OUVERTURE DES HOSTILITÉS

plusieurs châteaux par les paysans. — Le sénéchal Georg s'avance avec une armée contre eux. — Camp de Leipheim. — Conspiration des lansquenets découverte par la peur d'un tambour et par une fausse panique dans le camp des paysans.

Fatigués des négociations sans but , que traînait en longueur l'intérêt des seigneurs; voyant les préparatifs de guerre de la Confédération souabe , composée de la noblesse et de la bourgeoisie aristocratique des villes ; se ressouvenant, du reste , des trahisons du duc Ulric de Wurtemberg, les paysans s'abandonnèrent enfin à la direction des hommes du mouvement, tous prédicateurs de l'école de Munzer, et ouvrirent les hostilités en commun contre leurs ennemis coalisés , les seigneurs dans les châteaux, les évêques dans les couvents et les bourgeois dans les villes.

L'ordre et le plan d'attaque étaient tracés d'avance

(cela est hors de doute) entre les différents chefs , qui, des douze districts de l'Allemagne, étaient venus à Gaisbaiern se concerter sur le but et les moyens de la guerre. Le mouvement éclata simultanément dans le commencement du printemps 1525. Le feu révolutionnaire prend d'abord dans les environs d'Ulm, et s'étend rapidement le long du Danube ; en môme temps les Tyroliens se soulèvent ; Hans Muller de Bulgenbach se met en mouvement dans la Forêt-Noire et dans le Breisgau ; les trois cohortes du lac, de r Allgau et du Ried ouvrent les hostilités ; la cohorte de Leipheim s'ébranle ; les paysans de l'Alpe wurtembergeoise , de l'ordre teutonique et de Heilbronn choisissent leurs chefs ; ceux des bords de la Tauber prennent les armes ; Georges Metzler, à la tête d'une cohorte, fait irruption dans l'Odenwald ; Wendel Hipler organise le mouvement dans le district de Hohenlohe ; enfin Thomas Munzer lui-même brandit le glaive républicain dans la ville libre de Mulhouse, en Thuringe.

Bientôt des châteaux incendiés, des couvents en ruine et des bourgs démolis annoncent à l'Allemagne que le paysan, esclave hier, ayant brisé ses chaînes, venait, libre aujourd'hui, engager une lutte à mort contre ses oppresseurs. Les tyrannies et les violences du présent n'ont jamais trouvé d'autre appui , d'autre raison que les tyrannies et les violences du passé. Folie , délire , démence des conservateurs de toutes les époques!

Comme s'il y avait des hommes venant au monde un fouet à la hanche ou une truelle à la main !...

Pour entraîner les paysans neutres dans le mouvement, on agit d'abord sur les curés et sur les prédicateurs des campagnes. Injonction leur fut faite, sous peine de perdre leurs cures, de ne plus prêcher les erreurs de Rome et d'exposer aux paysans la doctrine pure et claire de l'Évangile , sans aucune interprétation ni falsification humaine.

Afin de faire face aux dépenses pécuniaires et de tenir tête au trésor de la Confédération souabe, les hommes du mouvement résolurent de s'emparer des vases sacrés, de vider les caisses cléricales et les troncs des églises, de frapper monnaie avec les cloches , et en fin de compte d'engager les biens et les terres des communes. Du reste, ils espérèrent tirer grand parti de la sécularisation des couvents et autres établissements catholiques. Partout dans les communes les radicaux l'emportèrent sur les modérés, et dès le mois d'avril , les hostilités commencèrent sur toute la ligne; seulement chaque cohorte, une fois engagée, agissait selon les inspirations de son chef particulier ; souvent elle rentra dans ses foyers et mit bas les armes , après avoir démoli les châteaux et forcé les seigneurs à faire des concessions.

. Déjà quelques jours avant la fête de l'Annonciation, les camps du Ried s'emplissaient de paysans armés.

Leur quartier-général fut établi à Leipheim , aux bords du Danube. lis n'attendaient, pour attaquer , que le retour de leurs délégués à Ulm, chef-lieu de la Confédération souabe. A peine ceux-ci annoncèrent-ils la rupture des négociations et l'approche du sénéchal Georg, que la horde de Baltringen, dès le 26 mars, assiégea plusieurs châteaux. Le bourg de Laupheim , les châteaux de Schemmerberg et de Simmetingen, furent pris, pillés et brûlés. D'ordinaire les châteaux s'appuyaient sur un village du même nom. Presque toujours les habitants mêmes de ces villages étaient les premiers au pillage et à la démolition ; mais aussi ils arrêtaient le feu à temps, de peur qu'il ne gagnât leurs habitations. La horde s'avança jusqu'au château de Rottershausen , dont le seigneur absent guerroyait en Italie pour l'empereur. Les valets, trop faibles pour se défendre, se réfugièrent dans la poudrière fortifiée; mais un paysan y ayant jeté une flammèche, la poudrière sauta en l'air , ainsi qu'un grand nombre de paysans assaillants.

Le sénéchal Georg, nommé par la Confédération souabe, commandant général des troupes envoyées contre les paysans, craignant pour ses propres châteaux , se mit à la poursuite de la horde de Baltringen , au lieu de se diriger droit sur le camp. Avec une armée forte de huit mille fantassins et de trois mille cavaliers , il se rendit le 30 mars à Erbach pour passer le Danube près de Chingen ; mais ne pouvant y faire transporter l'artil-

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lerie, et voyant que la cavalerie serait inutile dans le Ried, pays marécageux, il y envoya seulement un détachement d'arquebusiers sous le commandement de Frowein de Hutten. Ce voyant , les paysans se retirèrent vers Rissdissen pour y attirer le sénéchal ; mais celui-ci s'arrêta à Erbach. Ses avant-postes se contentèrent de piller quelques villages, et furent dès le lendemain surpris par une troupe de paysans embusqués derrière une butte, qui en tuèrent cent et renvoyèrent les autres en leur attachant des baguettes blanches aux bras.

En attendant , le sénéchal délibéra avec le général Guillaume de Furstenberg sur les moyens à prendre pour forcer les paysans à acccepter un combat régulier. Il leur envoya d'abord une jeune fille porteuse d'une lettre, qui les invita à rentrer pacifiquement dans leurs foyers. Cette jeune fille , malgré sa candeur , était une espionne. Les paysans répondirent qu'ils étaient prêts à entrer en négociations et envoyèrent à leur tour un parlementaire. Profitant de cette circonstance, le sénéchal leur députa un second espion, un tambour, porteur de nouvelles conditions. Les paysans , pénétrant les vues du sénéchal , y répondirent encore , mais un instant après, ils levèrent le camp et se retirèrent derrière le bois.

Si de prime-abord les paysans étaient entrés en négociation, c'était par ruse î eux-mêmes ils entretenaient des intelligences secrètes dans le camp du sénéchal, A

un signal donné par eux , deux tiers des lansquenets devaient se soulever, tuer leurs chefs et se réunir aux paysans ; l'attaque était concertée pour le lendemain du jour des négociations. Malheureusement, le tambour espion, pris par une belle peur sur son retour vers le soir, battit l'alarme. Les lansquenets du sénéchal, croyant les paysans tout près d'eux , coururent aux armes. L'alarme fut si grande , le bruit si fort, que les paysans, voyant ce mouvement inusité dans le camp ennemi, crurent leurs amis trahis et pris. Au lieu donc d'avancer jusqu'au camp où les attendaient les lansquenets, ils se retirèrent précipitamment vers Stadion. Celte circonstance, si insignifiante qu'elle paraisse, a eu une grande influence sur les premières opérations des paysans, et peut-être sur toute la guerre. Plus de quinze cents spldats du sénéchal n'attendaient que le signal convenu pour embrasser la cause des paysans. Cet exemple, non-seulement aurait réagi sur cette armée de mercenaires, mais encore il aurait rehaussé le courage des campagnards. Le lendemain, le sénéchal fut mis au fait de la conspiration^ Il punit quelques chefs , mais pardonna aux soldats en leur promettant un riche butin. En outre, il sentit le besoin de porter un grand coup, et, à cet effet , il laissa là la horde de Baltringen et marcha directement sur le camp de Leipheim.

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