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tant d'hommes courageux. Donnez-moi votre avis. Non: espérions avec raison que la possession d’une forteresse nous rendrait forts et soulèverait les villes mêmes en f1veur de l’indépendance nationale, mais l’ennemi, pénétrant trop tôt notre dessein, a réuni toutes ses forces Pour nous écraser avant que notre espoir puisse se réaliser. Deux jours lui ont suffi pour rassembler, autour de Diest, une formidable armée. A tout instant, de nouveaux corps viennent la renforcer: l’arrivée des troupes de toute arme-et de munitions de guerre continue sans interruption, Nous ne pouvons plus compter sur des sorties. Nous y perdrions inutilement nos plus intrépides compagnons; et de plus l’ennemi est déjà tellemen: nombreux au dehors qu’il nous serait impossible de lui résister. D’un autre côté, je vous prie de prendre en considération que les vivres manquent complètement à Diest ; il ne se passera pas deux jours sans que la faim nous pousse irrésistiblement hors de la ville. Enfin écoutez les nouvelles qui viennent de la capitale :
“Bruxelles, 14 brumaire.
“An VII de la République Française, une et indivi- “ sible,
“Hier et avant-hier sont arrivés ici quelques esca- “drons de hussards et différents corps d'infanterie. “€ Nous attendons encore les hussards de Chamboran qui “viennent de Paris, de même qu'un régiment de chas- “seurs à cheval de l’armée de Mayence. Nous appre- “ nons aussi que la route de Paris ici est, couverte de “troupes et d’artillerie que le directoire fait marcher su: “la Belgique pour en finir de l'insurrection des Bri- “gands. Nombre de détachements des gardes nation: - “les de Lille, Douai et autres villes de France voisine: “de notre pays, se sont aussi portés sur nos frontières.”
loir tomber ser sous la supériorité du nombre. Je suis d'avis que Nous devons quitter cette ville. .. et Comme nous ne pou- Vons l'essayer pendant Je jour, sans courir le risque d’étre anéantis, Je mieux serait, me semble-t-il, de tenter le
Un passage à travers l’ennemi et de nous réfugier dans les bois. Si; quelqu je le recevrai avec reconnaissance.
temps et d'attendre des secours.
Bruno fit un Pas en avant ct dit d’une voix qu’altérait Une vive émotion :
de tous les Saints. Cette batterie domine toute la ville ;
—Oui, oui, il à raison ! s’écrièrent les assistants. I] ne reste qu’à vaincre Où Mourir, il faut combat >:
elle exige beaucoup de courage et d’intrépidité. Je doute que dans la position où nous nous trouvons, nos hommes aient l’audace nécessaire pour courir au-devant d’une mort certaine, La moindre hésitation serait notre perte à tous.
—Général, s’écria Bruno avec une indignation à peine contenue, la prudence peut, dans certaines circonstances, faire plus de mal que la lâcheté. Pourquoi douter de notre courage ? Depuis que vous nous commande, vous avons-nous donné le droit de suspecter notre bravoure? Combien craindrions-nous la mort, puisqu’elle est inévitablement réservée à tous ceux qui survivront à la défaite? Je ne vous, accuse pas, mais vous vous êtes trompé assurément. Si, dès le commencement du siége, nous avions attaqué et battu une à une les colonnes ennemies à mesure qu’elles arrivaient, jamais les Français n’eussent pu nous cerner d’aussi près. Maintenant le mal est fait; mais qui sait si, par une audacieuse tentative, nous ne pouvons faire tourner la chance en notre faveur? Tandis que nos hommes sont là à attendre, le désespoir au coeur, la fortune ne viendra pas à nous. Le proverbe a bien raison : Aïde-toi, le ciel t’aidera !
Les capitaines qui entouraient Bruno appuyèrent son discours hardi par des cris approbateurs et témoignèrent par leurs exclamations qu'eux aussi, eemme lui, avaient soif d’agir et étaient prêts à rassembler tout leur courage pour tenter un effort décisif.
. Le général demeura quelques instants les yeux baissés vers la terre. Puis il leva la tête et dit avec résolution :
—Je pourrais, comme homme et comme général, me trouver blessé des paroles que le capitaine des hommes de Waldeghem vient de m'adresser; mais j’oublie volontiers ce qui peut s’y trouver d’insultant pour moi. Le temps n’est pas propre à se quereller sur la forme plus Ou moins convenable de nos expressions. Et, au fond, ce qu’il a dit est la vérité, — Vous croyez donc, caima-