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; les signes de la domination étrangère furent arrachés : les églises furent ornées de nou-
{ ” #4 à M die? gt LÉ CPEEY par mage ge Pi à her 2 D pere mec me pen roneter rs ane Re 2 | M AE Se Dé + pr CR RTEET UT ÿ
Hiteté is
tous, à |:
Pau ;—et partout, aussi bien sur les visages que dans ton, Marafs coeurs, rayonna la joie de se sentir libre et la recon- 1 néant, shissance envers Dieu pour cette délivrance inespérée, ée de cor& Ce que nous allons raconter s’est passé dans un vilge de la Campine brabançonne, que, peur certains moiatre moidiifs graves, nous désignerons par le pseudonyme de de tempaldeghem. | les église LS Ce village était situé à quelques portées d’arbalète aux et Jeune grande chaussée de terre: l'endroit où se trouvait es. de con-Mn humble petite église apparaissait de loin comme un irgeois etWarc de majestueux tilleuls au-dessus desquels s’éleen échan-Œait seule la croix du clocher, comme pour indiquer ner ainsiu’une association humaine habitait en ce lieu à l’omes de Jare du temple de Dieu. ?
ris inon-R De plus près, Waldeghem offrait un aspect riant et rai: les toits de ses chaumières étaient couverts de la révo-Mnousse, les façades tapissées de vignes ou à demi enstupeur Bevelies sous le paisible ombrage de larges noyers. Mais e, de san y remarquait aussi quelques maisons de plus haute étincelle Mpparence: le presbytère, reconnaissable à la clochette grâce à M'alarme, était situé près du cimetière; non loin de là, ace de Ba demeure moins élevée mais cependant gentille du sahumain ristain— maître d'école; plus avant dans le village, la
le mul- Belle maison du notaire, et au-delà encore la vaste bras-
erie avec ses étables et ses dépendances.
es Au- Entre les maisons et les chanmières qui semblaient den Ie femées au hasard des deux côtés du chemin, demeuaient des espaces vides à travers lesquels le regard pouon, re- Bait errer sur des champs fertiles et de grasses prairies ut re- Met s'élevait enfin jusqu’à une ceinture de bois impénéavenir Mtrables qui entouraient Je village de toutes parts et le t; les Bfaisaient ressembler à une délicieuse vallée encadrée de H° de hautes montagnes.
ben. Un jour d’été de l’an 1793, c'était kermesse à Walnou- Mdeghem.
Devant l’église, sous les hauts tillenls s’élevaient tou-
près de leurs boutiques fermées.
Devant quelques cabarets On avait dressés des t de toile à voiles évidemment destinées à être off Comme salles de danse aux villageois. Dans ces te aussi tout était calme et silencieux.
À voir le chemin du village, on eût pensé qu kermesse avait fini la veille, et que la population |
Ce calme universe] eût pu sembler étonnant, ca était à peine trois heures de l'après-midi, si en je Un regard à travers les espaces vides qui séparaient chaumières, on n’eût trouvé le mot de l’énigme.
Le long des sentiers qui, sortent des bois touf serpentaient vers l’église à travers les prairies et champs, s’avançaient de nombreuses familles : homn femmes, enfants, portaient en main un livre de pi res, un chapelet, ou l’un et l’autre à la fois.
Comme ces étroits sentiers ne pouvaient livrer p
la campagne.
Ainsi les habitants de la commune de Waldeghem : rendaient de toutes parts à l’égli
tt
1e; mais «dulée des paysans qui quittent la maison d’autant plus les boutiftard qu’ils habitent plus près de l’église : de là vient sis sur un@que le mouvement commence aux extrémités de la comlement a1#mune et s’étend par degrés de proche en proche jusqu’à
e que le son de la cloche fasse accourir du cabaret les des tent-Metardataires pour ne pas manquer le commencement de re offert. @office.
ces tent-M Et vraiment personne n’eût voulu s’y exposer ce jour- Il devait se passer dans ce salut quelque chose de particulier qui piquait la curiosité de tous.
Bruno, le fils du notaire, qui faisait ses études à l’éole latine des Augustins à Anvers, était en congé pour asser au village les jours de la kermesse. Il avait une oix merveilleusement belle et était très habile musicien. (C’est pourquoi le sacristain avait depuis longjtemps, et non sans grande peine, fait apprendre aux chanteurs de la confrérie de Ste-Cécile un salut s0lennel dans lequel se trouvaient de nombreux solos. Bruno devait chanter ces solos. =
Depuis trois mois, les familles des confrères de Ste- Cécile n’avaient entendu parler que de ce salut et de la belle voix de Bruno: et cette longue attente avait tellement mis leur curiosité en éveil qu’ils gagnaient en toute hâte l’église, comme s’il devait s’y passer un événement de grande importance.
Peu d’instants avant que la cloche sonnât trois heures l’église était pleine de monde: les femm-- et les
sé que ] ation fat:
es indice
nt, car ; en jetant raient le Le.
> touffus.
s et les hommes de pric
rer pas minaient} > parais femme:
anc, on .
nmes <lf filles se trouvaient sous la nef gauche; les pa , filles e ces li du même côté, au milieu de l'église et vis-à-vis des pe-
tits garçons dont un passage libre les séparait; les hommes étaient rangés sous la nef droite. De cette fathem <eM C0n un côté de l’église brillait, souriant et frais, de . ter au flots de dentelles blanches comme neige et de parures hautes en couleur, tandis que le côté opposé semblait
+ s’assombrir sous la teinte monotone du costume bleu ee des paysans.
es dars
Les hommes eux-mêmes étaient disposés d’une f particulière selon Je rang et l’âge. Tandis que les
indifféremment au m € la nef, les jeunes gens et
l’âge mûr se tenaient plus avant,
tous les jeunes Paysans non les membres de Ste-Cécile leur place accoutumée, Près de l'autel de St-Sébastien se tenait un jer homme à l’air hautain, le coude appuyé sur ja table
d’un prie-Dieu et le visage à dem; tourné vers l’ims du saint. Son attitude
EnEUX, sa physionomie u
un pilier,
Ce qu’il disait, devait lard, car celui-ci serra les avec l’expression du plus p
de nouer les Souliers de Bruno!
Les regards des voisins prouvèrent suffisamment qu’ils donnaient raison au vieillard
me. Celui-ci s’en
haussa les épaules. I] te à tourmenter de nouveau le vieil]
rale de léglise s’ouvri générale se dirigea vers ce point.
—Bruno! dit le ieillard avec joie.
"une façon e les plus au milieu haient à ] de saint hers. De quait que s au jubé
in jeune , tablette l’image e dédairailleutrouvât lême de compte
s’adres- !
l visage devant
» vieillui dit
digne
nment S mé-
hofñnur et rmen-
laténtion
—Geneviève! grommela le railleur, loeil étincelant de rage. :
En effet, un jeune homme à la taille svelte, aux traits purs, à la physionomie modeste comme celle d’une jeune fille, entra dans l’église, un gros bouquet de fleurs à la main; avec lui avait paru une toute jeune fille, à peine sortie de l’enfance, mais ayant déjà les gracieux dehors de la femme, et d’une physionomie si régulière, si régulière, si délicate, si noble, que son aspect fascirait et faisait rêver.
C'était Geneviève, la fille unique du sacristain maître d'école, qui avait répandu sur son enfant adorée tout l'amour que contenait son âme sensible, et dès l’âge le plus tendre, lui avait donné une instruction qui, parmi les villageois, la faisait passer pour une mervéille.
La jeune fille, qui tenait aussi un bouquet à la main, prit de même celui de son compagnon.
Elle traversa lentement le choeur, monta les marches de l’autel, enleva les fleurs à demi flétries et mit à la place, en l’honneur de Dieu, son offrande fraîche et parfumée auprès du tabernacle. Puis elle revint sur ses pas et prit la chaise que Bruno tenait prête pour elle.
Le jeune homme, pour se rendre au jubé où déjà le sacristain faisait résonner l’orgue, traversa lentement Péglise.
Sur son passage le silence fut troublé par le mouvement des chaises; chacun se haussait pour voir le bel
. étudiant qui allait chanter le solennel salut; qu’il fût
le bienvenu parmi ses compatriotes, c’est ce qu’on voyait assez au sourire approbateur et bienveillant qui rayonnait sur tous les visages à son adresse. Lui, ému par ces hommages, courba la tête comme s’il en eût été confus, pressa le pas, et atteignit sa place au jubé au moment même où le sacristain ouvrait tous ‘les tuyaux Îe l'orgue et annonçait par là la venue du curé.
Le curé entrait en effet par une porte voisine de l’au-
tel. I] était impossible de voir un homme qui inspir fespect plus que ce prêtre. Bien qu’il fût âgé de |
à ses allures et à son maintien. Des cheveux blan brillant comme la neige au soleil, ceignaient son fro
et descendaint sur ses épaules dans une opulence nat relle et sans recherche. De profondes rides sillo
Consolés dans leurs Maladies, assistés dans leurs misè.
Comme un fugitif rayon de la pensée, cette contemplation traversa le coeur paternel du prêtre, et il se sentit pris d’une grande joie en revoyant heureuse ga famille chérie, après les amères et désespérantes persécutions qu’elle avait eu à endurer.
Encore tout obsorbé par cette douce préoccupation, il se tourna vers l’autel pour commencer le salut. Le frais parfum des fleurs s’éxhala vers lui en odorante effluve. Un regard de reconnaissance s’échappa de ses yeux, tandis, qu’en passant, il adressait à la jeune Geneviève un affectueux sourire. :
Le salut commença. Les membres de Ste-Cécile se trouvaient là au grand complet, et comme ils avaient été instruits par le sacristain avec une extrême sollici-
tude, ils chantèrent avec beaucoup plus d'ensemble que .
d’habitude; mais, dans la conviction qu’ils étaient bien dressés, ils criaient d'autant plus fort, et cherchaient à faire dominer leur chant sur les sons tonnants de l’orgue, comme s'ils eussent disputé le prix, dans un concours, au puissant instrument.
Cela dura ainsi quelque temps, jusqu’à ce que Bruno, après un intermède de l’orgue, dut reprendre l’hymne en solo. :
D’une voix posée, douce, à peine entendue, mais si pure et si nette qu’elle allait droit à l’âme, Bruno en-
tonna le cantique de louange:
Ave maris stella...
Et puis, élevant peu à peu le ton, et imprimant à son chant par le tremblement des notes un caractère de plus en plus touchant, il atteignit la stophe :
Monstra te esse matrem...
qu’il soupira d’abord d’une voix basse et comprimée, et
qu’il lança ensuite vers Je ciel comme un cri de détr comme une plaintive supolication.
J1 continua ainsi l’hymne, conduisant sa merveil] Voix de ténor avec une aisance, une facilité de mo ments, une liberté qui faisait oublier la musique, c me si le rhythme et le chant étaient le langage de me humaine,
Et il faut bien que tout ce qui est vrai et beau r contre dans tout Coeur, quelque humble qu’il soit, cordes qui résonnent et vibrent à l'unisson, car il gnaït dans l’église un calme aussi profond que si t les villageois avaient été changés en statues.
Un seul homme frottait de tem Ps en temps les pic sur le sol et toussait avec force; c'était le railleur nous avons vu près de l’autel de St-Sébastien.
Bien que ce bruit indignât de nombreux assistan il ne put cependant troubler l'émotion des autres ;
- belle voix de Bruno les tenait plongés däns l’oubli € monde entier: il leur semblait que leur âme monta aussi, quand les sons, conduits avec art et sentimer depuis les notes basses, s’élançaient enfin vers le ci de la puissante Poitrine de Bruno et, retombant € pluie mélodieuse, remplissaient toute l’église, —
elle est mal parlée ou qu’elle force la nature à des ef fets bizarres et recherchés, oui, sans doute ; Mais la vé ritable musique est le langage de l’âme, et quand ell parle du coeur au coeur, l’enfant qui bégaie com prend ou plutôt sent lui-même ges moindres accords.
Les paroles que chantait Bruno appartenaient à la langue latine: la forme matérielle n'avait par conséquent rien d’intelligible pour ceux qui Pécoutaient, — et cependant ils recevaient et partageaient limpression de chaque parole, Ils Comprenaïient bien que c’était une prière, une prière si solennelle, si ardente, si entraïnante, qu’ils n’en avaient jamais entendu une
e détresse,
erveilleuse le mouveque, con-
ge de l’à-
beau rensoit, des ar il rée si tous
les pieds leur que ' sistants, tres; la ubli du montait ntiment le ciel ant en
Quand des efla vénd elle prend,
É à la conséent, — npresle c’éte, si | une
semblable; une prière dont les accents tristes et profonds oppressaient leur sein ému, qui les faisait re-
garder le ciel en frémissant quand elle s'élevait, sup-
pliante, vers Dieu, qui les faisait trembler et les forçait à courber la tête quand les notes douces, traînantes, animées par un craintif tremblement de la voix, eur faisaient sentir que le chanteur s’humiliait deant le Tout-Puissant ; une prière enfin qui gonfla tout
coup leur poitrine, et les ravit en extase quand le
eau chanteur entonna le Magnificat, et que la strophe :
Magnificat anima mea Dominum...
AMjaillit de 1 poitrine de Bruno et alla comme le son éclatant d'u, trompette frapper les voûtes de l’église,
Le # ut continua, mêlé de rentrées du choeur, de prières du prêtre et de solos de ‘uno, jusqu’au moment où loffice étant fini, chacw. se leva pour quitter Péglise.
Bruno descendit du jubé et fendit le flot du peuple
qui sortait pour rejoindre son père et Geneviève assis
près de l’autel,
Le jeune homme semblait en extase et souriait radieusement; une vive couleur colorait ses joues, et il jetait sur la foule an regard amical comme s’il eût voulu demander ce qu’on pensait de son chant. T'outefois personne, ni homme, ni femme, ne répondit à son sourire: tous s’éloignèrent de lui avec un muet respect pour lui faire un large passage, et s’arrêtèrent à le regarder d’un air stupéfait come si un prodige eût passé sous leurs yeux.
En réalité, ces gens simples étaient encore tout à fait sous limpression de sa voix enchanteresse; leurs
pooeurs palpitaient encore d’émotion: il leur semblait
impossible que ce jeune homme pût posséder une pareille puissance, et que ce fût lui qui avait versé dans
leur sin le sentiment, incompris jusque-là, de Propre dignité et de Ja grandeur de avait fait sentir qu’il y avait en eux, veloppe de l’homme, un être d’une na un être sensible et poétique,
Voilà Pourquoi ils Contemplaient, avec une recon sante admiration, Bruno, qui se dirigeait vers le de l’église \
Le vieillard que nous avons montré près de de St-Sébastien pleurait tellement, appuyé contre pilier, que ses larmes mouillaient Je pavé de l’églis
Le jeune homme s'en aperçut, Courut à lui, et Jui Manda avec intérêt la cause d sa tristesse :
—Bruno, mon cher Bruno, dit Je vieillard en 80: rant, tandis que l’égarement de la joie se peignait ses traits, — maintenant . «. Maintenant j ue Dieu vous récompense Pour le bonheur que v avez donné à votre Pauvre Jean. Je suis tout hors
moi ; c’est comme si je sortais du Paradis ! ; —Je crois bien, il est ivre ou fou! dit d’un !
railleur l’insolent jeune homme dont le coude s’ap}
yait sur le Prie-Dieu de l'autel St-Sébasti
Le vicillard se retourna et répondit avec un enthc siasme étrange :
—Ah! moque-toi de moi, appelle-moi Jean le fc Mais vois-tu, insensé Simon, j’ai porté cet enfant da
petit; je l’ai élevé, je 1 al donné toutes mes prières; Dieu m’a exaucé, voi
ture plus }
’ai assez vi
-—Joli blanc-bec! dit l’autre en ricanant, qui
là à piailler Comme une fille, I] faudrait lui mettre u Cotillon et un bonnet, à votre Bruno!
— Allons, viens, Jean! dit le ;
se mi
> mOn père me l’a permis, = À cet instant l'église était à peu près vide; les per
à, de leur | lui qui leur la rude en-
plus haute.
reconnaisrs le haut
de l’autel contre un l’église,
et lui de-
en soupignait sur eZ vécu.
que vous t hors de
l’un ton
> g? appuenthou-
le fou, nt dans À je lui é, voilà
se met ttre un
| tirant is avec
es pere
psonnes qui s’y trouvaient encore la quittèrent de même.
Au dehors tout étrit changé comme par un coup de baguette magique. Déjà l’on entendait au loin les sons séducteurs du violon, et de la basse percer les bruits tumultueux de la kermesse.
Quelques vieilles gens étaient cependant restés au cimetière pour s’enquérir des nouvelles, si tant était que quelqu'un en connût, On parlait de la république fran-
aise, des jacobins, de la mort de Marat, et de l’empeeur d'Autriche; on s’applaudissait de la belle mois-
son de l’année et l’on exprimait l’heureux espoir qu’à
l'avenir Dieu préserverait le pays du pillage et de la dévastation.
Là se trouvait aussi limpudent jeune homme qui, penéint le salut, avait appuyé son. bras sur le prie- Dieu le St-Sébastien. (C'était Simon, le fils du brasseur, à qui là mort prématurée de sa mère avait permis de prendre le mors aux dents, et qui même pendant les premiers mois de la domination française courut à Bruxelles sans ue personne sût ce qu’il avait fait dans la capitale. ‘n était revenu avec de mauvaises idées, et s’en € : . j sez pour faire penser aux Paysans qu’il n’y avan pas fréquenté bonne compagnie.
Quoi qu’il en fût, personne ne l’aimait dans le village, dont il scandalisait les paisibles habitants par
son incondnite et ses rudes et grossiers propos. Seu-
lement on trouvait toujours autour de lui quelques jeu nes paysans d’entre les plus pauvres et qui l’accompagnaient” partout pour vider les pintes de bièr. qu’il avait coutume de leur payer dans tous les cabarets, C'était dommage pourtant: en vérité, Simon pouvait Passer pour un beau garçon. Il était de haute taille, ses traits étaient réguliers, et il avait passablement d’instruction ; mais son attitude était hautaine, sa physionomie dure et son sourire habituel amer et dédai-
Il paraissait ne plus rien subsister en Simon l’égoïsme et le désir de dominer les autres, afin venger ainsi du mépris général.
Il avait d’ailleurs une haute et flatteuse idée d qualités Personnelles: pour chanter, danser, s’incl se montrer gracieux et poli, personne ne s’y enter comme lui; esprit, facilité d'expression, savoir i Personne ne possédait tout cela plus que lui. Ses patriotes, disait-il, étaient un tas de rustres imbé
En ce moment, Simon était à l'entrée du cimet: avec cinq ou six jeunes Paysans mal vêtus qui lui re Pelaient qu’il avait promis de payer vingt pintes bière dès que le salut serait fini; mais Simon ne écoutait pas et était occupé à donner à sa toilette air dégagé et galant, comme s’il eût attendu quelqu’
Sur qui les grâces de sa Personne devaient faire ;
C’était le notaire, sa femme, son fils Bruno, et sc vieux domestique Jean, et avec eux le sacristain ma tre d'école et sa fille Geneviève.
Les ‘deux familles s’avançaient lentement au milie des’ villageois CAUSEUTS, qui se rangeaient de côté ave respect et fixaient sur Bruno et Geneviève un regar flatteur vt admiratif, Sur le visage d’un grand nombr ct dans les regards significatifs qui s’échangeaient, Ï
t de prime ingt-quatre À rce que lui- !
ueil et son
Simon que |
afin de se
dée de ges s’incliner.
entendait |
voir inné, Ses comimbéciles curé armé !
entières à !
cimetière lui rap-intes de n ne les ilette un uelqu’un aire im-
cet ins-
, et son in maî-
milieu té avec regard nombre ent, il
était facile de voir que les paysans se disaient en euxmêmes :
—Ïls sont nés l’un pour l’autre. 1l n’y a pas de plus beau couple au monde!
Cette conviction était empreinte plus profondément encore sur les traits du notaire et du sacristain ; leurs Yeux rayonnaient d’orgueil et de joie.
Mais celui qui semblait heureux jusqu’à en perdre la tête, c’était le vieux domestique Jean. Il s’efforçait de redresser son dos voûté, tournait la tête de tous côtés, et contemplait les gens d’un oeil fier, comme s’il eût voulu dire:
—C’est moi qui l’ai élevé!
A l'entrée du cimetière, il leur fallut passer tous devant Simon, qui, le visage irrité et envieux, frémit de jalousie en voyant Bruno et Geneviève s’avancer vers Jui, la main dans la main.
Le fils du brasseur lança à la jeune fille un coup d'oeil si dur qu’elle baissa la tête et tira sa main de celle de Bruno; puis il jeta sur le jeune étudiant un regard fixe et perçant comme une provocation. Cependant, quand Geneviève passa devant lui, il se montra de nouveau aimable, sourit gracieusement, et dit; bonjour! d’une voix douce; mais la jeune fille, confuse ou troublée, détourna la vue et courut vers son père, qui se trouvait déjà sur le chemin du cillage.
Le vieux domestique avait remarqué tout cela avec colère; il vint se placer devant Simon, le menaça du poing et dit:
— Encore une fois! impudent ivrogne !
Simon, les yeux baissés, était appuyé contre le mur de l’église, Des paroles confuses de rage et de vengeance s’échappaient de sa bouche. Il n’entendit pas le domestique.
IT demeura ainsi quelques instants absorbé par son flépit; soudain il se redressa, et cria à ses compagnons :
—Allons, il faut ge Monter aujourd’hui ! Vous rez vous boirez autant que vous voudrez. La kerr n’est pas encore finie; nous verrons encore de sing ° res choses!
Suivi de ses Compagnons, il s’élança, comme un
tart des cornets et des trompettes, le son algu des ;
La foule ondoyait sur le marché comme un fleuv. on se heurtait, on s’écrasait, on se marchait sur 1 Pieds.. mais sur tous les visages on lisait la gaieté une joie débordante et expansive.
gigantesque Morceau de pain d'épice qu’on : poussait vers Jui d’une boutique pour le décider à l’acheter. Les parents de Brunv et de Geneviève avaient dirigé leurs pas vers ces boutiques: ils s’y arrêtèrent quelque temps, jusqu’à ce que le jeune homme eût acheté un
| Vous boia kermesse le singuliè-
me un fu- Criant et
se faisait au milieu isible eût d.
rs et des vel éclades vio- Ouvaient voix des nts, se t, qu’on murmu-
fleuve ; sur les aieté et
lise, se | vente u vêteet pairquait 1 l’au- : d’un Ussa it 2, dirigé elque é un
io
magnifique livre de prières à fermoirs d'argent, cadeau de kermesse offert par lui à son amie.
Ils voulurent alors parcourir aussi l’autre côté du marché, afin de voir ce qu’annonçaient le joyeux va- —
carme, les sauts, les grimaces et les grands gestes à tour de bras des charlatans et des escamoteurs.
Il régnait là une animation extradtdinaire, on eût dit qu’une armée entière de criailleurs et de bouffons s’y était donné rendez-vous.
Quelque part que parussent Bruno et Geneviève, on leur faisait place sur-le-champ, soit par respect, soit par affection; et bien que les deux familles se tinssent à distancæ des bateleurs, ils pouvaient néanmoins tout entendre et voir.
Au coin qui avoisine l’auberge du Lion se tenait un charlatan étrangement vêtu et portant au cou une chaïne formée de dents huma es. Soff paillasse jouait de la trompette et racontait, en termes pompeux, les merveilles inouïes que son maître avait opérées dans tous les pays du monde. A titre de preuves, il montrait
des parchemins garnis de sceaux rouges, et sur lesq”:els
était écrite la confirmation de ses paroles en langues étrangères, que naturellement personne ne pouvait lire ni comprendre.
À peine le bouffon était-il > la moitié de sa ha” ngue, qu’il s’avança un paysan dont la joue gonflée laissait assez voir quel mal le tourmentait,
—Eh bien, Sus, que vas-tu faire? demanda le notaire. Le gaillard va te martyriser.
—Peu importe! grommela Sus, je ne puis plus le supporter. Quand il devrait m’arracher la tête du corps il faut que cette dent sorte!
Le charlatan, remarquant cette proie, se mit à se frotter les mains, fit taire le paillesse; il saisit par l’épaule le paysan souffrant et l’attira à lui, en disant à la foule avec une mayestueuse .gravité :
renversée contre une chai
CSCamoteur,
après quoi il s’écria :
— Voyez, cette Pince n’est ni f
Maîtra Nico
vers, rien qu deux, trois, pst!!
Et le charlat
aVait arraché.
——Sans douleur! 8 Pendant ce temps, Pelait au secours ; les Spectateurs qu’il agissait ainsi
rire,
e cela! Ça
horus L Sept
Sluivers
an éleva la pince
» que je
‘autres charlatans, | >» ärracheurs de dents et enlevers
si une mouche VOUS passa 8, ni plus ni moins !
Asimirez Padresse d par dent! sept stu
y est, attention, ça Y cst! Une
ans la moindre douleur !
le paysan se roulait à terre et ap-
, tan-
nt” au Peuple un triom phal
jue je ne tans, insé levers de OUS arrala dente.
Comment
8 doigts la tête de fer,
est une Jus cha- Passait esse de ot stui- ! Une,
e qu’il
+ bien Ce sonnaître l’obtrom-
t aploute ju’en
sai- » aftan- >hal
2 - —Tu n’es pas honteux, grand gaillard, dit le bouf-
fon, de pleurnicher là, à terre, comme un enfant! Tu
t’imagines que cela fait mal? Ce n’est pas vrai!
Le paysan, les yeux pleins de larmes et le visage grimaçant de douleur, leva deux doigts en l’air et murmura :
—Deux! 6 mon Dieu! 6 mon Dieu, deux! une mauvaïse et une bonne!
—Comment, deux! riposta le paillasse. File bien vite! Chaque dent coûte sept stuivers; mon maître va te faire donner quatorze stuivers; le roi fût-N là. File donc! je lui dirai que tu m’as payé.
Le paysan ne se le fit pas dire deux fois: il s’enfuit la main sur la bouche, fendit la foule, et disparut derrière l’église,
— Voyez, voyez, s’écria maître N icophorus en jubilation, le voilà qui de joie court comme un lièvre! Je 1/ai fait que le toucher, que dis-je? je n’ai fait que porter le doigt vers sa bouche, et. au même moment, la douleur a disparu! E
Bientôt après, maître et valet, remontés sur leurs chaises, débitaient mille choses surprenantes; cependant,à l’exception de quelques poudres de longue vie dont la dose se vendait quatre liards, le dentiste norhade ne semblait pas avoir grande clientèle, et bientôt la majeure partie de l’assistance le quitta pour courir un peu plus loin vers nn autre tréteau où sans doute on était sur le point de se battre, à en juger par les exclamations irritées qui s’y faisaient entendre.
Les deux familles suivirent le torrent des curieux.
Derrière une table se tenait un escamoteur. Après avoir exécuté quelques tours avec les noix muscades et les gobelets, il avait demandé un escalin, à quelqu'un des spectateurs.
Un garçon, qui sars doute se l'était procuré par de
longues épargnes, et qui était fier de montrer qu’il
était riche d’une pièce d’argent, avait donné au leur Pescalin demandé.
Cependgnt le faiseur de tours avait avalé l’es et maintenant il assurait qu’il se trouvait dans le
Le sacristain, qui connaissait ce Paysan, voulut Paiser et lui faire entendre qu’à la kermesse tout 4 plaisanterie; mais la colère s’était allumée dans homme simple, et à peine pouvait-on l'empêcher «
Tandis que le lourdaud stupéfait considérait Pièce d’argent d’un oeil fixe et ébahi, et semblait dou: si C'était le sien, un gamin circulait avec une boîte fer-blanc Parmi les paysans égayés et recueillait no! bre de liards qu’on n’eût pas lâchés sans ce tour pl: sant.
Du reste, la récolte de l’escamoteur ne dura pas lon, temps. Il se fit une nouvelle ondulation dans la foule quelques voix criaient joyeusement.:
—Jean de Lierre! Chansons nouvelles !
Pouvantable, car sur la plupart des tableaux on voyait des soldats armés d’épées, des cadavres Sanglants, et Pour conclusion l’affreuse guillotine.
1é au bate-
é l’escalin, lans le nez | plusieurs endant un son escajours, ensur la taicore, oulut l’a.
tout était dans cet cher d’en
e monde DUrrouCé, lez.
lérait sa t douter boîte de it nomur plai-
xs longà foule :
homme 1e perle toile nes de se d’évoyait is, nf
Nm —
Le chanteur était un vieux soldat de l’époque des premiers patriotes, renommé dans les villages pour les nouvelles et belles chansons qu’il composait lui-même. Il avait laissé son bras droit à la dernière bataille livrée par les patriotes sur la montagne de Huy. Il se servait pourtant encore du moignon qui lui restait, et auquel était fixé un anneau de fer destiné à recevoir la longue baguette blanch avec laquelle il désignait les tableaux tout en chantant.
Sa main gauche avait assez de besogne à battre d’un petit tambour s-spendu en travers sur son ventre.
De l’autre côté de la toile, se tenait une femme avec un violon.
La foule afflua en cet endroit; Simon, le fils du brasseur, s’y trouvait aussi avec ses compagnons; et soit qu’ils eussent déjà beaucoup bu, soit qu’ils voulussent troubler le chanteur, ils faisaient un tapage tel
D quon eût cru que le village n’appartenait qu'à eux
seuls.
Dès que tout fut prêt, le vieux soldat frappa quelques Coups sur son tambour pour faire taire les braillards. Puis, de sa longue baguette, il indiqua successivement chaque scène, et cela en parlant et en chantant tour à tour, si bien qu’il fallait qu’il fût parfaitement maître de l'air de sa chanson pour ne pas s’y perdre cent fois.
T1 débuta ex abruüpto en ces termes:
—Paysans, bourgeois et autres gens, approchez! Jean de Lierre est de retour pour votre plaisir; il va vous chanter de surprenantes chos"; ouvrez l'oreille et la bouche; c’est le moyen pour vous d’entendre, pour lui de vendre!
Ecoutez ma chanson, amis!
Cela s’est passé dans Paris;
Ce sont de terribles nouvelles Que je vais vous communiquer...
Ne tremblez pas, bourgeois et paysans, vor tant que vous êtes, Jean de Lierre sait bien « Vous apporte; c’est effrayant, il est vrai, mai tourne bien pourtant, comme vous l’entendrez l'heure :
Ce sont de terribles nouvelles
Que je viens vous communiquer :
Dieu punit les grands criminels Quand on reut le moins y songer...
Des sans-culott’ chef inhumain, Raïllant la justice divine,
Marat versait le sang humain
Par l’exécrable guillotine.
Oui, hommes et PaÿySans, vous voyez ici con Marat est nourri dans une forêt par une sorcière le lait d’une louve. Vous le voyez là, courant, d’un couteau, après son propre père. Jici vous ] yez à Paris, avec les jacobins furieux, massacrant les prisonniers ; voyez, le scélérat est dans le sang qu'aux genoux, et il crie toujours: Encore! encore
—Ah! brrr! un tas de mensonges! dit Simon ton railleur; vous venez encore conter des fariboles Paysans, comme s’ils avaient déjà trop d'esprit!
—Qui ne veut pas entendre peut s’en aller! s’ le chanteur. æ ;
—Comment! des sorcières ? du lait de louve? , le sang jusqu'aux genoux ? C’est merveilie que le di n'en soit pas aussi. Farces, f: rces que tout cela ! cria Simon.
Le chanteur montra une feuille de chansons et d’un ton solennel :
—C’est imprimé!
Et comme s’il n’ÿ avait rien à rép'iquer à cet ar; ment péremptoire, il reprit :
» Vous tous, bien ce qu’il
, mais cela À ndrez tout à !
i comment
rcière avec À rant, armé
vous le vo- +
acrant tous > sang jusencore !
imon d’un riboles aux prit !
er! s’écria
uve? dans > le diable cela! 86-
ns et dit =
et argu—
Marat, cet infernal tyran Devenu maître de la France, Faisait, hélas! mourir les gens Par l’eau, le feu et la potence...
—Vous voyez ici le scélérat avec Robespierre...
En entendant ce nom redouté, la plupart des specateurs firent le signe de la croix.
—Vous voyez ici le scélérat avec Robespierre; il lui emande avec colère pourquoi, ce matin-là, la guilloine a chômé une heure.
Au démon Robespierre il dit:
La guillotin’ se ralentit...
Je veux voir, tout à l’heure, prêtes
Pour le bourreau cent mille têtes,
Sans quoi je ne suis pas content... ,
—Mensonges! mensonges! s’écria Simon.
—Ah çà, allez-vous vous tenir tranquille là-bas, sanslotte manqué? riposta le chanteur, ou je vais vous
Mébiter votre litanie.
Voyez, bourgeois, et paysans, voyez, Robespierre lui-
nême tremble; Marat dit: Tuons tous les hommes, exh eplé nous deux; alors nous serons bien sûr les maîtres
our toujours !
Sans quoi je ne suis pas content.
Faut que le monde aille à néant!
Mais une fill’ douce et jolie, Que Dieu couronne son martyr!
Prête à donner sa jeune vie, Pour son pays s’en va mourir...
Vous voyez là la jeune fille assise auprès d’un couu; un gram, couteau est à ses pieds ; ici vous voyez
: — 80 — comment elle a caché le couteau sous son mo comment, prête à partir avex un Paquet, elle p gé de-ses parents attristés.
Prête à donner sa jeune vie Pour son pays, s’en va mourir.
Elle entreprend le long voyage De Paris, avec le couteau.
Elle frappe à la porte de Marat, comme v vez l’apercevoir ici...
Voyant un visage nouveau, La servant’ dit:—Votre message Et votre nom ?—Charlott Corday, Au grand Marat je veux parler, Et votre maître attend mon aide...
Marat, le cruel assassin,
Se trouvait alors dans un bain.
De sang humain, affreux reméde!
Pour guérir d’une maladie.
Charlotte vient. Marat lui dit:
—Pourquoi me troublez-vous si tôt; Ne craignez-vous pas l’échafaud ?
C’est ainsi que la jeune fille est introduite au Marat, qui se baignait à cette heure dans le sa main; alors, pour bien préparer son coup, elle qu’elle est venue pour se plaindre à lui des ha de sa ville, à quoi Marat lui répond que toute | doit mourir.
Elle dit:—Je viens dénoncer Ma ville insultant ciel et terre!
Tai répond, sans ge retourner, Guillotinons la ville entière.
Het é Sas
hi — >n mouchoir, 4 elle prend «of La jeune fille ne pouvant supporter cela... Elle : son couteau comme vous le voyez ici... Elle dit: —Comment, brigand, la ville entière ? + Meurs dans ton bain, chien sanguinaire! 5 2 Sans plus dire un mot, au bourreau è Elle plonge au coeur le couteau Il tombe; en mourant il appelle 3 1me vous po Robespierre et l’enfer contre elle; E Il crie et des dents grince en vain, + Sur son âme Satan met la main.
( a ay, Ë Pour lors les jacobins sont accourus au bruit; ils ont s , bulu mettre ia jeune fille en pièces; mais sur l'avis À = > Robespierre, ils l’ont garrottée et traînée en prison... 0yez comme ils maltraitent la pauvre fille!
—Bravo! c’est bien fait! s’écria joyeusement Simon. est du beau! une je ne sais quoi qui va assassincr 5} , s gens chez eux! Re:
—Qu’est-ce? qu’osez-vous dire de cette honorabl: Je 2 hoiselle ? s’écria le chanteur indigné.
tôt; —Je ne veux pas dire ce qu’elle est, répliqua Simon;
> mot est beaucoup trop laid!
—Oui, oui, reprit le vieux soldat: si je venais ici hanter les louanges de Robespierre et des jacobins, la vous irait mieux, n’est-ce pas? Mais les trois mois e Vous avez passés, avec un bonnet rouge sur in lête M a club des sans-culottes à Bruxelles, ce temps-là n’est e lus, mon gaillard. = Cette révélatiôn parut abattre le fils du brasseur, autant plus que tous les paysans s’éloignèrent de lui
ite aupre d le sang hu , elle lui di les habitant joute la vil!
Jomme s'il eût été atteint d’une maladie contagieuse. # —Et laissez-le chanter en paix, reprit le vieux sñldat, & ar il en sait plus long que vous ne pensez, et vus a
is 29 — pourriez vous repentir de ne pas le lais son pain tranquillement. 7,
Simon grommela quelques mots entre les S& au chanteur un regard furibond, et dit vers lui son poing serré:
| te retrouverai, Normand!
Après avoir proféré cette menace, il s’achc tement et avec une démarche hautaine vers du Zion.
Le chanteur reprit comme si rien ne s’éta
Le peuple furieux garrotte Alors la vaillante Charlotte Et la jette en un noir cachot!
Puis on vient crier aussitôt :
“A mort! à mort!” Pauvre victime Comme un malfaiteur plein de crin On la lia sur le tombereau.
Voici le tribunal où Robespierre rend la voici la charrette du bourreau avec la pauvre fi la guillotine ‘ar 1 té pa: Lucifer en personne otte y monte, les yeux levés au ciel:
Elle monte sur l’échafaud, * Son doux regard à Dieu e’adresse.
Le couteau tombe et se redress. =
La courageuse fille est morte, morte, oui, monde, mais espérons, chers auditeurs, qu’el éternellement là-haut!
Le couteau tombe et se redresse.
Mais ne déplorons pas son sort ; Charlotte a sauvé sa patrie,
Si la guillotine est rougie, Charlotte vit, Marat est mort!
» laisser gagne La complainte qui venait de finir parut avoir fait une
rofonde impression sur l’âme de Geneviève; déjà elle > promenait loin de lY devant les boutiques de gâeaux et de friandises, et elle semblait encore pensive et Bistraite, Tout à coup elle s’adressa à son companon:
—Bruno, dit-elle, cette Charlotte Corday a-t-lle bien u mal agi?
—C’est la question que je me fais moi-même! réondit l'étudiant. LÉ —Et quel est votre avis?
— Verser le sang est bien cruel, Geneviève, Peutre a-t-elle encouru la colère de Dieu, ‘ Cette réponse ne plut pas à Geneviève; elle secoua la te d’un eir de doute et de mécontentement, et dit
e les dents, | t dit en levn
s’achemina le > vers l’auber,
s'était passi:
ictime, pute rêveuse :
cr, —C’est possible... mais cependant Charlotte Cory est une héroïne, et si elle‘a péché, Dieu le lui par-
d la sentence
nnera, Bruno, Dans le fait, elle ét morte pour sa i et pour sa patrie, et, faible femme, elle a osé, encprendre de purir un monstre devant lequel tremlaient tous les hommes de France, et même tous les ommes d‘Europe...
Le jeune homme fit presser le pas à Geneviève pour esse. joindre leurs parents qui avaient pris l’avance, et, 2e Mecmin faisant, il dit:
2 —Geneviève, ce sont là des questions périlleuses ; OU POUrT isons-nous là-dessus. Dieu lui-même décidera. La qu’elle viv nsée d’un meurtre, fût-il même juste, me fait fré-
ir. Allons, nos parents entrent au Lion: on y danse. En traversant l‘auberge pour gagner la tente élevée Mi fond de Ja Cour, ils virent Simor, chantant et taageant comme un véritable ivrogne, au milieu de ses Pmpagnons de débauche. Tout en proférant de grosères paroles, il frappait du poing sur la table avee R
avre fille; vois rsonne, Chas
tant de force, que les cruches dansaient et la bière à flots sur le sol.
Le fils du brâsseur eut à peine aperçu qu’il se leva brusquement, s’efforça de se « air gracieux, s’approcha tout en chancelant d fille, et dit, avec force salutations et révérenc
—Aurai-je l’honneur de danser avec la j Geneviève ?
La jeune fille, tout irritée de cet excès d’ détourna-en répondant :
—Laissez-moi tranquille; je ne danse pas.
—Allons, allons, s’écria Simon, vive la joi
Et il saisit la jeune fille par la main, et vc traîner de force vers la tente.
Geneviève regarda Bruno d’un air de re d'interrogation, comme pour lui dire:
* —Vous permettez cela? N’osez-vous pas 7 dre ?
[oeil de Bruno, ordinairement si calme et senflamnia soudain; il bondit, arracha la j aux mains de Simon, et lui porta un tel cou poitrine que le fils du brasseur recula de ‘que en chancelant et s’affaissa contre le mur.
Le jeune étudiant, surpris de sa propre :
mit à trembler comme un roseau ; Simon, 1 comme un taureau, ge précipita sur Bruno e coup sûr lui porter un mauvais coup, mais el * tant même parurent le notaire et le sacrisi
menaçants, devant lui se placèrent.
Pendant ce temps, Bruno et Geneviève di:
sous la tente,
Soit que la boisson n’eût pas encore en!
aveuglé le fils Ai brasseur, soit qu’il se promît geance ultérier à, il se contenta d’éclater en :
“ès injures contre © uno, alla se rasseoir tout
Eu
ent et versai @ftant, et frappa violemment la table de son pot à
>erçu GenevitÆ De Ja bière, de la bière, par doubles pots! = > se donner 1h Peu après, les parents de Bruno, le père de Geneviève ant de la jeu@f Je vieux domestique Jean étaient assis sur un banc vérences : 15 la tente, et se réjouissaient de voir comme leurs la jolie À @fants pre: aient plaisir à la danse, et comme chacun ralisait our faire leur éloge ou leur adresser d’abuis paroles.
ans leur tranquille joie, ils eussent sans doute -eué le misérable Simon, si les éclats sauvages qui retissaient dans l’auberge ne fussent venus de temps temps leur rappeler qu'il ÿ poursuivait ses scanleux excès,
Ils s’entretinrent Par conséquent de Simon. et plailirent sincèrement le pauvre vieux brasseur qui n’ot même pas venir à Ja kermesse pour n'être pas té- Din des audacieuses débauches de son fils. On se
cès d’audace,
} pas...
la joie! z , et voulut lvl de reproche :
pas me défe
Ime et si douliihvient aussi des paroles du chanteur sur le séjour de | la jeune ‘iimon à Bruxelles, et cette considération ne pouvait el coup dan: lfurément exciter beaucoup ce sympathie pour sui. le «quelques pBLe vieux domestique était surtout monté c. tre Sir, + D, et parlait avec tant d’irritation de l’ivrogne,
opre action, mme il l’appelait, que le notaire dut l'arrêter deux
trois fois.
itMNDéjà ils avaient passé près de deux heures sous la te; Bruno et Geneviève dansaient sans interrup- Bu. et semblaient jouir du plus beau jour de leur vie. e notaire parlait de rentrer au logis...
Ï nd dans l’auberge un vacarme con- Æ; on dirait de gens qui se battent et frappent à ps de chaises: des malédictions et d’affreuses paro- @ dominent les voix confuses de ceux qui veulent sèr en véhémalrer les lutteurs... les tablés se renversent, les pots r tout en t-M brisent...
Dans la tente, la musique et la danse continuent tou-
sacristain, €
‘ jours; mais les simples spectateurs se lèvent : prise pour regarder vers l’auberge.
Avant qu’on puisse se rendre compte de c passe, le flot des disputeurs s’écoule en désord place découverte qui sépare la tente de la ma jeune homme, brandissant à la main une € bierre, s’élance plein de rag: au milieu du gro te.à terre trois ou quatre personnes, et, l’écu bouche, fait irruption dans la tente, où il profi voix tonnante ces terribles paroles:
— 1] faut qu’il meure! Je lui casserai:la t hypocrite rat d'église!
Elevant la cruche au-dessus de sa tête, il cc autour des danseurs qui fuient, et pousse, en vant sa victime, un.cri de vengeance.
? Chacun est comme pétrifié, tant cela s’est ] pidement ; le vieux domestique seul pousse un goisse, et, les mains levées, se jette devant Br
La cruche, dirigée contre Bruno, s’abat; le domestique reçoit le coup sur la tête, et tombe et privé de sentiment aux pieds de son jeune r
Vingt paysans s’élancent à la fois sur Simo terrasse ; il frappe, il mord, il égratigne; mais avec des cordes, et biéntôt on l’entraîne vers 1 du village.
En même temps on relève le domestique, on sur une chaise et on le porte dans l’auberge qu’on s’efforçait d’arrêter le sang qui coulait de sure, Bruno pleurait et gémissait à côté de lui s’il eût déploré la mort d’un père ou d’ur frèr viève, assise, sanglotait en tenant son mouclai ses yeux.
Au bout de quelque temps, le domestique? rev: et ouvrit les yeux. Sên premier reszard tor Bruno, dont il saisit la main d’une ardente étr murmurant quelques mots de reconnaissaner.
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