‹ La guerre en action, VirtonChapitre 11 sur 98 · PS OT) RUE · texte numérisé non relu

PS OT) RUE

contre des patrouilles du 8e chasseurs à cheval, toujours du 2e corps. Ces cavaliers viennent, eux aussi, d’avoir un engagement avec des uhlans; ils ont l’ordre de ne pas dépasser Lamorteau.

Carabine au poing, nos hussards continuent leur voute, éclaireurs en tête, se portant rapidement d’un coude du chemin à un autre, explorant activement les mystérieuses lisières de bois qui dominent la route, ce qui ne va pas sans fatigue et sans perte de temps.

Entre Lamorteau et Harnoncourt, voici un habitant venant du nord à bicyclette, à toute allure. Il descend de sa machine, va au lieutenant de Boisrouvray et lui dit que Virton est occupé, ainsi que Saint-Mard, par les « Prussiens », qui ont un détachement à Dampicourt.

L’homme est essoufilé; il a fait diligence pour prévenir les Français; son émotion et son accent ne permettent aucun doute sur sa nationalité. C’est un ami et le renseienement est d'importance. Le lieutenant de Boisrouvray envoie une estafette au capitaine de La Brosse, et, franchissant le Ton entre Harnoncourt et Rouvroy, 1l pos au trot sur Dampicourt.

Il y arrive trop tard. Le bourgmestre déclare que 10 fantassins allemands étaient là tout à l'heure, mais qu'ils viennent de se retirer sur Virton.

Virton est à 4 kilomètres; l'infanterie est encore très en arrière et il va être 10 heures. L’estafette envoyée tout à l'heure au capitaine de La Brosse revient, portant l’ordre de ne pas aller plus avant et d’attendre l'infanterie.

Dispositions prises par le commandant de l’avantgarde à Torgny, à 10 heures. — Du renseignement du capitaine de La Brosse, qui lui parvient à son arrivée à Torgny vers 10 heures, le colonel Desvaux commandant l’avant-garde ne peut encore tirer que des conclusions vagues. [Il y a de l’infanterie et de la cavalerie ennemies à Virton et à Saint-Mard; l'effectif de ces troupes est inconnu, mais elles disposent de mitrailleuses.

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Sans doute s'agit-il de quelque détachement volant, d’un soutien de cavalerie, peut-être, car les renseignements communiqués par l’armée sont formels : il n’y a aucun gros d’ennemis dans la région. Mais des détachements de ce genre ne laissent pas d’être fort dangereux et de faire beaucoup de mal; on l’a vu à Mangiennes.

L’ennemi semble barrer la route aux ponts de Dampicourt et de Saint-Mard, localités qui ne sont pas éloignées de Torgny de plus de 5 kilomètres, à vol d’oiseau : une portée moyenne d’artillerie de campagne. En outre, l’important massif du bois de Guéville constitue sur le flanc droit de la colonne une redoutable menace. Or si la liaison est parfaitement établie à gauche avec le 2€ corps, elle l’est moins efficacement à droite, à travers une zone boisée impénétrable, avec la 7€ division, qui marche à cette heure d’Allondrelle sur la Malmaison.

La vallée du Ton peut donc constituer une souricière où la 8 division ne doit pas se laisser enfermer.

Le commandant de l'avant-garde décide de ne progresser sur la route qu'avec prudence, et toujours en garde: d'occuper, par de fortes flancs-gardes fixes, successivement chacun des pitons qui dominent sa droite, et en outre, de pousser directement de Torgny sur Saint- Mard un fort détachement qui, cheminant par les crêtes parallèlement à la colonne, prendra à revers toutes les lisières et aussi les localités suspectes de Saint-Mard et de Virton.

Tout le régiment d’avant-garde, le 117€, va être disloqué pour remplir ces diverses missions.

Le piton 320, du bois Géline, que le 18e bataillon de chasseurs va évacuer, est à occuper tout d’abord. Le bataillon Mercadier (2°) du 1172, du gros de l’avant-garde, part pour s’y installer en flanc-garde fixe. Il y restera jusqu’à ce qu’un bataillon du gros de la colonne vienne

Vy remplacer. Il est en place et relève les chasseurs à 10 h. 40. |

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C’est le bataillon Treillard, tête d’avant-garde, qui, tout en restant chargé d’éclairer la marche, fournira la flanc-garde mobile marchant sur Saint-Mard par les crêtes : piton du bois Géline, piton de Devant-Guéville, piton 280. Tandis que les compagnies Mourgeon (2e), tête d'avant-garde, et Guillo Lohan (4€), première du gros de l’avant-sgarde, avec lesquelles marche le commandant

Treillard, continuent leur mission d’avant-garde, le long

de la route de Dampicourt, en formation de combat, le colonel Julien détache les compagnies de La Gasnerie (3€) et Collin (1'e) en flanc-garde mobile, par le piton du bois Géline. |

Le capitaine Collin, qui n’a pas de carte, a reçu des instructions sommaires du colonel :

« Flanquez à droite avec deux compagnies. Devant nous, reconnaissances ennemies. Refoulez les isolés. Prenez contact. »

Et le détachement s’est dirigé vers le nord-est, s’échelonnant d’abord en formation de route. En avant-garde, Collin, avec 2 sections de la 1e compagnie; à 500 mètres, 2 sections de la 17e et 3 sections de la 32, avec le capitaine de La Gasnerie; comme arrière-garde, une section de la 3e. Chaque élément couvre son flanc droit et doit se relier au gros, à gauche, mais de ce côté, la haison est tout de suite perdue. D’abord une pente raide : des chaumes avec des meules de blés coupés, puis le bois Géline où l’on s’engage sans trop savoir où l’on est et où la colonne s’allonge démesurément, de sorte qu’à la sortie, il faut se reformer. Pas d’ennemis, heureusement, mais on prend des précautions. Derrière les deux sec:

tions d’avant-garde disposées en ligne de section, les.

6 sections du gros forment deux lignes : la première, de 3 unités déployées, pour répondre à des feux possibles, la seconde, de 3 colonnes par quatre. Les 2 sections d'avant-garde atteignent ainsi la crête 260. De là, on domine Saint-Mard dont la population paraît fort agitée. DRE

Dans la vallée, les compagnies. Mourgeon (22) et Guillo

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Lohan (4°) se sont étalées, car cette vallée est large et

est couverte de boqueteaux, de jardins et de maisons

qu'il faut surveiller. La compagnie Mourgeon (2€) con-

tinue seule, à cheval sur la route; la compagnie Guillo Lohan (4°) chemine le long du Ton, une patrouille suivant la voie ferrée. Marche pénible, en raison des haies touffues et des clôtures de fil de fer barbelé, à travers lesquels il faut s'ouvrir un passage à la hache ou à la cisaille, instrument assez rare dans les unités.

D’ennemi, point, mais des amis partout, et d’ardents.

Un moment, nos braves fantassins se trouvent ainsi faire irruption dans le clos des Carmélites françaises, et loin de crier au sacrilège, les religieuses font fête aux soldats, leur donnant du lait, des œufs, des confitures. Le capitaine Guillo Lohan éprouve des difficultés à faire évacuer ce lieu de délices.

De Torgny, on peut gagner Virton, soit par le chemin qui longe la rive gauche du Ton à travers Lamorteau,

Harnoncourt et Saint-Mard, soit en franchissant la rivière

à Lamorteau et en empruntant la route de Montmédy qui se prolonge par Dampicourt à flanc de coteau le long de la rive droite. Le général de Lartigue se décide à emprunter l'itinéraire par Dampicourt.

Le commandant de l'avant-garde se dispose à 11h.15 à attaquer Virton. — Or à 11 h. 15, au moment où la tête d'avant-garde franchissait le Ton à Lamorteau,

‘le colonel Desvaux recevait de l’escadron divisionnaire un

nouveau compte rendu confirmant la présence d’un millier d’Allemands à Virton.

Ce sont donc des dispositions de combat qu'il faut prendre.

Le colonel demande l’appui de l'artillerie. Il voudrait voir une batterie sur la croupe de Montquintin, prête à préparer et à appuyer l’attaque de Saint-Mard et de Virton si cette attaque est nécessaire pour déloger l’ennemi.

Il demande cet appui au général de division et, pour

bien assurer son flanc gauche, il ne laisse en avant-garde, sur la route de Dampicourt, que la compagnie Mourgeon (2e), dirigeant la compagnie Guillo Lohan (4°) par Montquintin, le mamelon 290 et le bois de Dampicourt, vers le mamelon 255, au sud-est d’'Houdrigny. Cette compagnie n’arrivera au terme de sa mission que fort tard dans l'après-midi, ayant soigneusement exploré ce terrain difficile, et sans avoir vu l’ennemi, mais non sans avoir atteint l'extrême limite de la fatigue.

Ordre est expédié au bataillon Mercadier (2€), nee sur le piton du bois Géline, d’aller au plus vite, dès qu’il aura été relevé de sa mission de flanc-garde, reprendre sa place à l’avant-garde. Le colonel précise que ce bataillon devra franchir le Ton à Harnoncourt, car ül suppose que le passage de Lamorteau doit être encombré à cette heure par le gros de la division. En attendant, le bataillon Blanc (3°) reste la seule unité en situation d'appuyer immédiatement l’action des deux avant-gardes de deux compagnies agissant sur les deux rives du Ton.

Quant à la compagnie du génie, elle ira organiser à tout hasard une position de repli sur le mamelon 280, au sudouest de Saint-Mard.

Toutes ces dispositions s’exécutent lentement, parce que le terrain est difficile, que les hommes sont chargés et que le soleil est chaud.

Le colonel Wallut, commandant le 31€ régiment d’artillerie, aurait bien voulu appuyer l’action de l’avant- |

garde par tout un groupe porté sur le massif de Mont- |

quintin; mais les pentes à gravir à travers les moissons sur pied sont tellement raides qu'il faut y renoncer. C’est à peine si, en doublant les attelages et en poussant aux roues, on réussit à hisser quatre pièces sur le sommet 282, d’où l’on aperçoit, à 4 kilomètres, l’agglomération de Virton. Il est déjà midi quand ces canons sont en position.

Reconnaissance du peloton de Boisrouvray sur Virton (midi).— À ce moment, le capitaine de La Brosse,

LE Ua

rejoint à Dampicourt par l'infanterie, reprend sa marche en avant et dirige sur Virton le peloton de Boisrouvray, avec l’ordre de reconnaître cette localité.

En colonne par quatre, derrière ses éclaireurs, ce peloton arrive au point où la route se bifurque vers Virton et vers Saint-Mard. Entre les deux branches de cette fourche, culmine la partie méridionale d’un plateau qui se prolonge vers le nord et dans lequel la route de Virton s’encastre entre deux remblais. Les premières maisons sont à une centaine de mètres et on n’a encore rien vu de suspect. Mais un habitant accourt au-devant de nos cavaliers :

— N'entrez pas! Ils sont cinq cents, embusqués au milieu du village, et il y en a qui descendent ici sur la croupe!

« Ici », c’est vers le sud, vers les bâtiments de la gare, commune à Virton et à Saint-Mard. D'ailleurs, les Allemands se glissent si adroitement dans les moindres replis du terrain que nos cavaliers ne voient rien. Le lieutenant

abrite son peloton dans un petit ravin au nord de la

Patte d’Oie, et, résolu à voir quelque chose à tout prix, mettant pied à terre, seul avec deux cavaliers, il grimpe sur le mamelon qui sépare les deux branches de la fourche.

Son excellente jumelle à l’œil, 1l scrute en vain les champs de blé qui étincellent sous le soleil, les buissons, l’ombre des bosquets, les maisons éblouissantes de blancheur; il

ne voit rien. Un silence lourd, un calme profond règnent

partout. Pourtant, un des cavaliers, connu pour sa vue particulièrement perçante, a cru voir « des boules jaunes » se glisser entre les bâtiments de la gare, à hauteur des observateurs et à leur droite.

Sans que attention la plus soutenue ait pu révéler d’autre indice, quelques minutes plus tard, une grêle de balles, venue justement de la direction de la gare, prenait à revers à moins de 100 mètres observateurs et peloton,

obligeant tout le monde à sauter en selle et à se replier au galop. Nos braves réservistes sont dotés de chevaux de

réquisition, mal préparés à une course d’obstacles. Il y

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