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a donc quelques chutes, mais au total, aucune perte, en dépit du franchissement en fourrageurs d’un plateau dénudé, sous une grêle de projectiles. Pas d’autre renseignement non plus que celui donné par l'habitant, la certitude de la présence d’infanterie ennemie dans la région de la gare et la constatation que les fantassins allemands sont remarquablement dressés à utiliser le terrain. Mais voici notre infanterie. Elle a les moyens de faire mieux; le peloton de Boisrouvray est de retour à Dampicourt à 14 h. 30.
Le général de Lartigue arrête le gros de la division à Torgny, à 10 h. 30. — Le gros de la division marchait à 2 kilomètres de l'avant-garde. Il s’est donc présenté au pont de Torgny,une demi-heure après elle, vers 10 h. 30.
Le général de Lartigue le précède avec l’état-major de la 8e division. La colonne est entièrement déroulée. Le 115€ (colonel Gazan) est en tête, suivi par les 3 groupes du 31e d'artillerie (colonel Wallut). Le 1242 (colonel Fropo) et le 130€ (colonel Laffargue), formant la 15€ brigade (colonel Chabrol), marchent derrière, suivis euxmêmes par les 4 groupes du 44€ d’artillerie (colonel Sabattier), régiment de corps, à qui les bataillons du 317 régiment d'infanterie de réserve, intercalés entre les groupes, servent d’escorte.
Le général Cordonnier, commandant la 87e brigade, du 2€ corps, était justement à Torgny, où 1l était venu visiter ses chasseurs, quand le général de Lartigue passa.
Il informa tout de suite le commandant de la 8e division de la présence de forces ennemies dans la région, et voilà pourquoi le général de Lartigue, mis au courant, d’autre part, par le colonel Desvaux des dispositions qu'avait dû prendre l’avant-garde, décida, à 10 h. 45, de ne pas lancer sa division au delà de la Chiers et du Ton avant d’être éclairé d’une manière plus précise. Le général comptait bien que l’avant-garde ouvrirait la voie par ses propres moyens; si elle ne pouvait y réussir, on aviserait sur le parti à prendre.
PMROTRRE L Une grande halte est prescrite. Elle doit permettre aux hommes de se restaurer, en prévision de fatigues possibles. Le soleil s’est subitement: voilé et une pluie fine, fort désagréable, s’est mise à tomber; mais toute la population de Torgny a couru au-devant de nos soldats; elle les comble de friandises et de rafraichissements, de sorte que cet arrêt est des plus réconfortants pour le moral comme pour le physique. Après une heure et demie d’attente, à midi, les renseignements sont ceux que nous avons dits : imprécis ou négatifs, bien que les habitants demeurent, eux, très affirmatifs sur la présence de grandes forces allemandes dans les environs, et que, d’autre part, les avis du général
Cordonnier incitent à la réflexion.
Le général de Lartigue décide d'appuyer l’avantgarde à midi. — D'un temps de trot, le général de Lartigue, accompagné de son état-major, rejoint le colonel Desvaux. Celui-ci est à Dampicourt. Il vient d'apprendre que 2.000 fantassins allemands tiennent Virton, et ne se Juge pas assez fort, en l’absence du bataillon Mercadier (22), toujours retenu au bois Géline, pour pousser en avant ses deux avant-gardes par les deux rives du Ton.
Le général de Lartigue est du même avis. Il va appuyer l'avant-garde.
Tout d’abord, un bataillon du gros va relever le bataillon Mercadier au bois Géline. C’est le bataillon Brunet (2°) du 124€ qui est chargé d'assurer ce service de flanc-garde fixe. Moins d’une demi-heure plus tard, il était en position, son gros massé en colonne double, à hauteur du Calvaire, entre les bois de la Côte et du Charel, la compagnie Lemaire (8°) en avant-garde vers l’est, avec des éclaireurs au. poste de douane.
Libre, le bataillon Mercadier, disposé en colonne double largement ouverte, dégringolait aussitôt les pentes nord du mamelon et par Harnoncourt où il franchissait le Ton, se hâtait vers Rouvroy.
Le groupe Joly (3°) du 31€ d’artillerie est mis aussi à la disposition du colonel Desvaux et, en outre, tandis que
RER VDO LES
le gros de la division, franchissant le Ton à Lamorteau, va
gagner Virton par la rive ouest, le bataillon Travers (1er}
du 1152 se dirigera de Lamorteau sur Saint-Mard, par la rive est de la rivière. Ainsi abordés par l’ouest et par le sud, placés dans une tenaille dont chacune des branches sera formée par six compagnies, battus au besoin par l'artillerie, les défenseurs de l’agglomération Virton— Saint-Mard seront bien obligés de se retirer, même si leur effectif est supérieur à un bataillon.
L'attaque de Virton. — C’est sur le bataillon Travers et sur les deux compagnies du bataillon Treillard opérant en terrain difficile sur la rive est du Ton, que va se concentrer tout l’intérêt de la journée.
Le bataillon et les deux compagnies appartiennent à deux régiments différents. Les deux compagnies du bataillon Treillard que nous avons vues partir de Torgny un peu après 10 heures étaient déjà près de Saint-Mard et
progressaient de leur mieux dans le ravin touffu séparant:
le piton 280 du massif du bois de la Côte, quand le ba-
taillon Travers quitta Lamorteau, se dirigeant par Har-
noncourt, droit vers le piton 280. La jonction des deux détachements ne va s'effectuer, et fort mal, que sur le champ de bataille; l’opération combinée sera de ce fait
assez décousue. Du reste, si le commandant Travers
connaît l’existence des deux compagnies du 1172 qu’il doit
rallier, ces dernières ignorent absolument l’arrivée du ba-
taillon du 115. | Les compagnies Collin (1'e) et La Gasnerie (3°) du 117€
sont donc arrivées seules après avoir traversé Saint-Mard
et Vieux-Virton, au passage en dessous de la voie ferrée. Leur avant-garde y est accueillie par une fusillade partant d’un boqueteau situé à la lisière sud de Virton. Deux hommes sont mortellement atteints.
Le commandant Treillard, informé par le colonel Julien de la mission qui leur a été donnée, est accouru auprès
d'elles, au galop de son cheval, accompagné de son adjoint,
le heutenant de Cossé-Brissac.
Tout cela a été rapide. Il paraît que la colonne a du mal à progresser aussi vite que sa flanc-garde, et le commandement est inquiet, ne sachant pas au juste ce que cache Virton. Le lieutenant-colonel vient réfréner l’ardeur du commandant Treillard
— Vous faites cavalier seul! Iui dit-il.
— Ce n’est pas ma faute, répond le chef du {er bataillon, J'arrive, prévenu trop tard, et mes officiers sont impatients de combattre ; je ne puis les retenir.
Le boqueteau qui semble abriter l'ennemi est à 600 mètres; il s'étend entre le Ton et la route de Vieux-Virton à Virton; devant, le terrain, un champ de pommes de terre, n'offre aucun cheminement. Une manœuvre est nécessaire pour enlever cette position.
Déployée le long du talus, près du passage en dessous, la compagnie de La Gasnerie (3°) va fixer l’ennemi en: battant de ses feux la lisière suspecte; la compagnie Collin (1re), filant le long du couloir de la voie ferrée, fortement en remblai, tournera l’obstacle par l’est.
A ce moment intervient fort opportunément le bataillon Travers.
Dès la sortie de Hour, ce bataillon a abordé la hauteur 280 en colonne double largement ouverte, ne
sachant pas si l'artillerie ennemie n’était pas à l'affût au
nord de Virton. f
Son chef l’a arrêté un peu en arrière de la crête et a lancé des patrouilles vers l’est pour rechercher les compagnies du 117€, et vers Saint-Mard pour avoir des renselgnements sur l'ennemi.
Vers l’est, on ne trouve pas le 117; à Saint-Mard, aucun Allemand. Les habitants ont vu passer des Français tout à l’heure et sont heureux d’en voir d’autres; ils leur font fête.
Deux cents Wurtembergeois sont venus dans la matinée chercher des provisions, mais, prévenus par des uhlans de l’approche d’une grosse colonne française, 1ls se sont enfuis précipitamment. Le propriétaire d’une briqueterie située à mi-chemin de Saint-Mard vient lui-
2e TION ES
même porter ces renseignements au commandant Travers et se mettre à sa disposition pour le mieux éclairer.
Depuis un moment, on entendait des coups de fusil isolés du côté de Virton; on entend maintenant une fusillade très vive. Sans aucun doute, les deux compagnies du 117€ sont aux prises avec l’ennemi, et il n’y a plus une minute à perdre pour les appuyer. En colonne de route, la compagnie Clayeux (3°) formant avant-garde, le bataillon Travers se hâte de gagner Saint-Mard par le chemin d'Harnoncourt. La section Claus, pointe d’avant-garde, trouve la section Civray, du 1172, au passage en dessous; elle la renforce.
Le chef de bataillon qui arrive derrière ses éclaireurs est informé de la manœuvre en cours vers l’est; 1l décide immédiatement de faire effort par l’ouest et il prescrit à la compagnie Clayeux de chercher un cheminement favorable. |
Les trois sections disponibles de cette compagnie font demi-tour et, le capitaine en tête, suivent le talus de la voie ferrée vers le sud, Jusqu'au passage en dessus de la route de Saint-Mard à Dampicourt, après lequel une crête permet de se former à l’abri du boqueteau.
En ligne de demi-section par deux, on gagne cette crête. Quelques coups de fusil y accueillent nos soldats, mais rares et comme timides. On dirait que l’ennemi n’a plus confiance en son étoile. La compagnie est déployée; elle se jette en avant par bonds de demi-sections.
Il est 15 heures. La compagnie Clayeux est dans le boqueteau où elle trouve la compagnie de La Gasnerlé (35), du 117€ qui y a pénétré, elle aussi, par l’est.
Pendant ce temps, la compagnie Collin (1re) a abordé vers l’est le mamelon 230, en échelons de sections, la gauche en avant, en cas de surprise du côté de Chenois. |
Le capitaine Collin, toujours en avant avec ses hommes de liaison, a gagné la crête d’où il aperçoit la station et il arrête sa compagnie à l’abri, pour avoir le temps d’observer. Une salve éclate à 60 mètres; 2 hommes de liaison tombent, dont l’un mortellement atteint et une dizaine de.
PET Nc
feldgrau détalent à toutes jambes, mais assez lourdement, Collin saisit un fusil et abat deux ennemis. L’un est mort, l’autre blessé au ventre; ils appartiennent au 3e bataillon du 123€ régiment wurtembergeois.
Tout cela eût été fort bien si le lieutenant d’Aboville, müû par le désir de se renseigner, ne s'était porté de sa personne sur la crête, très en avant de sa section. Une balle vint l'y frapper, traversant les deux cuisses et immobilisant un excellent officier dont l’ascendant moral sur ses hommes était considérable.
L’ennemi avait disparu. La compagnie Collin franchit la crête qui l’abritait et se déploya dans le chemin creux reliant la station au calvaire de Chenois. |
Le général Boëlle, commandant le 4° corps, donne l’ordre de stationnement (15 heures). — À ce moment ?
le général Boëlle, commandant le corps d'armée, avait rejoint, à Dampicourt, l’avant-garde de la 8 division. À l’intensité assez faible de la fusillade et à l’absence de coups de canon, il se rendit tout de suite compte que l'ennemi n’occupait pas Virton avec de grandes forces.
1! prescrivit donc au général de Lartigue de pousser de l'avant et lui fit parvenir l’ordre de stationnement qui venait d’être rédigé à Vélosnes. Les règles de la plus stricte prudence n'étaient d’ailleurs pas oubliées. Voici l’ordre :
Devant Dampicourt, 21 août, 15 heures.
Le général commandant le 4 corps d'armée au général commandant la 82 division d'infanterie.
L'infanterie ayant atteint Houdrigny (1) et Saint-Mard, l’avantgarde devra être poussée le plus rapidement possible et renforcée s’il y a lieu par le 2€ régiment de la 16e brigade sur la ligne de résistance fixée par l’ordre de stationnement n° 16 ci-joint, que nous devons réaliser ce soir.
Ce mouvement sera appuyé par l’artillerie nécessaire portée, d’une
(1) Houdrigny seulement par des patrouilles.
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part, vers la cote 280, d’autre part sur les croupes ouest de Dampicourt. | L’escadron divisionnaire devra établir la liaison avec le 2e corps : d'armée, dont les avant-gardes doivent atteindre ce soir Sommethomme. | Le Général commandant le 4 corps d’armée, Signé : BOËLLE.
Et voici l'extrait de l’ordre n° 16 fixant le dispositif de stationnement pour la nuit :
4e CORPS D’ARMÉE ÉTAT-MAJOR — ORDRE GÉNÉRAL N° 16 3e Bureau (Stationnement du £1 août.)
Le 4€ corps va stationner au nord de la Chiers, dans sa zone de marche. |
Q. G. : Vélosnes.
7e D. I. Avant-garde : Latour. Zone : Ruette, la Malmaison, Allondrelle (localités incluses). Q. G. : Latour.
8e D. |. Avant-garde : Virton. Zone : Vieux- Virton, Saint-Mard, Harnoncourt, Rouvroy, Dampicourt. Q. G. : Saint-Mard.
14e hussards : Chenors, où le régiment rentrera à 17 heures.
Artillerie de corps : 2 groupes à Lamorteau ; 2 groupes à Torgny, avec état-major.
Génie de corps : Lamorteau.
317€ : 1 bataillon à Torgny, avec état-major, 1 bataillon à Bazelles et Othe. |
315€ : 4 bataillon et état-major à Épiez et Charency.
Trains de combat : Bazeilles, Othe.
1er groupe des parcs : Épiez, Charency (état-major), Vezin.
2e groupe des parcs et C. V. : Consenvoye ESS n° 2), Damvuillers (section n° 1 et GÉpat de remonte).
Avant-postes.
Par divisions accolées. - Ligne de résistance : 7e D. I. : Gomery (liaison vers Blerd avec le oe corps d’armée), Ethe, cote 210 (2 km nord de Chenois) liaison Oo ve IA SRE, 8° D. I. : de la route Ethe- Virton itiues, par Bellevue et 295 à Houdrigny inclus (liaison avec le 2e corps d’armée). tie
Limite entre les deux divisions : ruisseau de Rabay, chemin de 210 à Chenois (à la 7e D. I.). |
SES pe PÉe
L'entrée dans Virton (15 kh. 30).— Le général de Lartigue, qui est auprès du commandant de l’avant-garde, lui donne immédiatement l’ordre d’occuper Virton et le colonel Desvaux se hâte de pousser en avant le bataillon Blanc (3e) du 117€ qu’il a encore à sa disposition. Le général prescrit aussi au groupe Joly (3€) du 31e d'artillerie, de chercher une position de batterie sur la croupe 280-220, à 1.500 mètres à l’ouest de Saint-Mard. Par acquit de conscience d’ailleurs, car il croit si peu à une résistance quelconque de l’ennemi qu’il envoie directement l’escadron de La Brosse cantonner à Vieux-Virton.
L’escadron arrive à Vieux-Virton juste à temps pour assister à la dernière phase du combat qui livrait aux compagnies Clayeux, Collin et de La Gasnerie le boqueteau situé au nord de cette localité. Il est 15 h. 30. En même temps que le bataillon Travers (1152) et les compagnies Collin et de La Gasnerie du bataillon Treillard (1er), du 1176, entrent dans Virton par le sud, le bataillon Blanc (3e), du 1178, aborde la localité par la route de Dampicourt.
C'était la première unité française de quelque importance qui pénétrait dans la petite ville, livrée depuis plusieurs jours aux brutales exigences de l'ennemi. L’enthousiasme des habitants déborde. Comme à Torgny, plus encore, parce que la population est plus dense, nos hommes sont comblés. Les Français sont en nombre maintenant: on ne craint plus rien, on se croit sauvé et on renseigne.
I n’y avait ici qu’un bataillon wurtembergeois, mais les bois environnants sont remplis d’Allemands qui creusent des tranchées, et ne paraissent pas disposés à céder la place sans bataille.
On accorde généralement peu de crédit à ces racontars. Les renseignements que possède l'état-major sont trop précis pour que l’on puisse admettre le voisinage immédiat d’aussi gros effectifs. Pourtant, l’accent de conviction de tous ces braves gens et les détails circonstanciés qu’ils donnent sur ce qu’ils ont vu ou entendu, ne laissent pas de faire naître dans les esprits une inquiétude vague. Inquiétude qu’éprouvent un instant très vivement sur-