‹ La guerre en action, VirtonChapitre 19 sur 98 · RE SE · texte numérisé non relu

RE SE

Virton, au milieu d’un silence profond, trop profond pour être naturel. |

À ô h. 15, le gros de l’escadron est à hauteur de la ferme de Bellevue. Quelques tirailleurs sont là, déployés. Le capitaine Cousin, commandant la 12€ compagnie du 1156, attiré par le pas des chevaux, sort du brouillard et interpelle le capitaine de La Brosse : « Znutile d’alier plus loin, lui dit-il; les Allemands sont tout près. Nous avons tiraillé toute la nuit. Ils viennent de me tuer un homme. »

Le capitaine détache une patrouille vers Robelmont pour chercher la liaison avec le 2e corps et poursuit sa route sans en écouter davantage. La patrouille ne reviendra pas. :

Juste à ce moment, le peloton Gosselin entrait dans le bois, au pas. Les éclaireurs de tête étaient passés, n’ayant rien vu dans le brouillard un peu plus sombre, rien entendu. Un coup de fusil éclate dans un fourré, à 2 mètres de la route et avec lui des vociférations, un bruit de bourrades : « ÂNicht schiessen ohne Orden!… Kommandant…. Bataillon! »

C'est clair. Gosselin rallie son peloton et, au galop, rejoint le gros de l’escadron : « Je crois, dit-il au capitaine, que nous avons donné dans la trappe. Nous sommes au beau milieu des Allemands; il y en a plein le bois et ils sont retranchés. »

Nos cavaliers sont d’ailleurs loin d’être désagréablement impressionnés. Ils imitent avec de grands éclats de rire cette langue étrangère, dont les consonnances rauques leur rappellent des aboiements de chiens hargneux.

Le capitaine de La Brosse prend l'affaire plus au sérieux. Il arrête son escadron qui, dans ce brouillard, ne risque pas grand’chose du feu de l’ennemi, et il va lui-même, au galop, rendre compte au commandant de l’avant-garde du danger qu’il y a à pousser plus avant en colonne de route.

La IX° division allemande marche sur Virton. — L'avis ainsi donné était bon, mais il était insuffisamment

en DT: ver

précis pour pouvoir influer d’une manière décisive sur les dispositions du commandement, et certainement une conversation de quelques minutes avec le capitaine Cousin eût orienté le commandant de l’escadron divisionnaire plus nettement que le compte rendu sommaire de sa pointe. En réalité, quand les hussards débouchèrent sur ce plateau enveloppé de brume, un combat y était déjà engagé, que l'ennemi avait arrêté depuis environ une demi-heure, pour le reprendre avec des moyens plus puissants.

Nous savons que la IXe division allemande avait l’ordre de marcher sur Virton (1). En exécution de cet ordre, le général von Below, commandant la division, avait alerté ses régiments à Minuit.

Pour assurer la liaison avec le VI® corps, il avait constitué sous le commandement du colonel Zwenger, commandant le 58€, un détachement composé de ce régiment, d’un escadron du 1 ublans et d’une batterie du 41° régiment d’artillerie de campagne, qui reçut mission de se porter directement sur Robelmont.

L’avant-garde, constituée par le 7€ régiment de grenadiers, dont le colonel est le prince Oscar de Prusse, le 2e groupe du 41° régiment d’artillerie, { compagnie du 5e bataillon de pionniers et 3 escadrons du 427 uhlans, le tout sous le commandement du général Falkenheiner, commandant la 182 brigade, se mit en route à 1 heure du matin, par Huombois, à travers la forêt, dans le brouillard et sous une pluie fine.

Les uhlans avaient pris les devants, sous le commandement du colonel von Koss, accompagnés par quelques détachements d'infanterie transportés sur des voitures de réquisition. A { heure du matin, 1ls arrivaient à la borne 28, à la lisière sud du bois de Virton.

Là, avant de s'engager sur le plateau qui domine Virton, le colonel von Koss lance en avant quelques patrouilles. Accueillies par des coups de fusil à la ferme de Bellevue,

{) Voir Ethe, pp. 19 et suiv.

re A CNE

et sur plusieurs autres points, ces patrouilles se replient, laissant des vedettes devant nos sentinelles.

Le colonel peut rendre compte qu’une force française occupe Virton, assez importante pour que tout ie plateau au nord de la localité, depuis la route d’Ethe jusque vers Houdrigny, soit sérieusement tenu par des postes.

Cavaliers et fantassins se mettent immédiatement en devoir de préparer une ligne de résistance le long de la lisière, en prévision d’une attaque possible. Des embuscades sont même préparées dans le bois, près de la route, pour tâcher d’enlever quelque patrouille française, et obtenir par là des renseignements plus précis.

Les uhlans au contact des avant-postes français. — À 3 h. 40, aucune patrouille ne s’étant présentée et les Français ne faisant aucun mouvement, un peloton d’infanterie est envoyé en reconnaissance sur la route de Virton. %

La 122 compagnie du 1152 occupait la ferme de Bellevue. Une demi-section était sur la route, en petit poste, l’œil au guet dans le brouillard noir. Arrêtés par le cri de : «Halte-là ! Qui vive ? » les Allemands, qui marchaïent déployés, s'arrêtent. L’officier répond : «France /»et commande le feu : un feu au jugé, car on n’aperçoit rien, et qui attire, de la part des nôtres une riposte tout aussi peu efficace. Mais le sergent commandant le petit poste du 115€, inquiet et craignant d’être débordé, dans cette brume, ne cherche pas à en savoir plus long et se replie tout de suite sur la ferme où il annonce que l’ennemi est là, en forces.

Le capitaine Cousin se prépare à résister et prévient son chef de bataillon.

Le commandant Coquerelle, qui a trois de ses compagnies en grand’gardes, n’a plus à sa disposition, à la sortie nordouest de Virton que la 9 compagnie et la section de mitrailleuses de son bataillon. Ii informe le capitaine Cousin qu'il va le soutenir, et laissant une section à la sortie nord de Virton, il conduit lui-même trois sections de la 9 et sa section de mitrailleuses à Bellevue, où il arrive à 6 heures.

PS PONT Rem

Page 1