‹ La guerre en action, VirtonChapitre 22 sur 98 · FT · texte numérisé non relu

FT

attaquait. À 5 À. 30, le général Falkenheïiner, dont l’avantgarde était arrêtée à la lisière du bois, venait de recevoir du général von Below, l’ordre de pousser vigoureusement

sur Virton et de refouler toutes les troupes qui pouvaient

se trouver dans la région de Bellevue.

Les Ier et IIIe bataillons du 7€ régiment de grenadiers, précédés à très courte distance par une ligne de tirailleurs, se portaient donc à l’attaque justement à 6 heures, en ligne de colonnes de compagnie : le IT bataillon à cheval sur la route de Virton, le IIIe à sa gauche.

Les 9 et 12€ compagnies du 115€ résistent bravement à cette avalanche. Un combat terrible s'engage à portée de pistolet, les assaillants ayant dû arriver jusque-là pour apercevoir les nôtres dans la brume. Nos pertes sont graves, ettrès vite, sous le tir à toute vitesse des mitrailleuses, la 12e compagnie perd la moitié de son effectif. A droite, la 9, à peine arrivée, est à peu près détruite. Le commandant Coquerelle est tué, ainsi que le capitaine de Roquencourt, commandant la 9 compagnie; le lieutenant Chanderis et le sous-lieutenant Martin sont, l’un très grièvement, l’autre mortellement atteint. Presque sans officiers dès les premières minutes, ces deux compagnies qu'est venue appuyer, sur la route même, la section de mitrailleuses du lieutenant Lachaize, tiennent ferme, pourtant, devant un ennemi dix fois supérieur, troupes d’élite dont la présence du fils de l'Empereur excite le courage. |

Mais l’attaque allemande se développe. Étonné de voir son beau régiment de grenadiers arrêté depuis près d’une demi-heure devant un ennemi qu’il supposait très faible, le général von Below a mis, dès 6 heures, les trois bataillons du 1542 régiment d'infanterie à la disposition du général Falkenheiner et placé deux groupes de batteries à la lisière du bois, pour que les canons soient prêts à entrer en action dès que le brouillard aura disparu.

Le général Falkenheiner, gardant en réserve le [Ie bataillon du 72 grenadiers, lance à l’attaque sur le plateau tout le 1542 : en première ligne le IIIe bataillon, prolon-

CRAN Se

geant la gauche des grenadiers, et le IT bataillon; le IIe bataillon suivant en renfort.

C’est la compagnie Menez (8€), du bataillon Graff (2e) du 1152, en grand’garde sur le mamelon 265, entre les routes de Virton à Étalle et à Ethe, qui soutient ce choc. Surprises et enveloppées dans le brouillard, les sections des sous-lieutenants Lucas et Linteau, décimées, sont enlevées après une résistance héroïque qui donne le temps au capitaine Menez de se mettre en défense. Débordées, les deux sections restantes doivent reculer. Elles le font pied à pied, tenant bravement l’ennensi en Os pE par des retours offensifs à la baïonnette.

Cette lutte de quatre compagnies mal soudées et incapables de se flanquer de leurs feux dans le brouillard, contre cinq bataillons ennemis se prolonge au delà du vraisemblable. Elle est acharnée surtout à Bellevue où le 7e grenadiers, encouragé par la présence du prince Oscar de Prusse, presse les 9€ et 12€ compagnies. Pour se donner du cœur, les Allemands avancent coude à coude, au pas, marquant un pas sur quatre, et hurlant le Deutschland über Alles. À plusieurs reprises, ils arrivent jusqu’au corps à corps et sont rejetés à coups de baïonnette.

Enfin vers 7 heures, la 92 réduite à quelques hommes, sans officiers, débordée sur ses deux flancs, prise même à revers par des patrouilles, Fâche pied, découvrant la droite de la 12€ que le capitaine Cousin maintient cramponnée à la ferme de Bellevue transformée en ambulance, et qui commence à brûler.

Le capitaine s'attendait à tout instant à voir la pointe : d'avant-garde de la division surgir du brouillard. Ce sont des isolés de la 9e qui le rejoignent, lui rendant compte de la destruction de leur compagnie; puis, l’agent de haison envoyé à la recherche du commandant Coquerelle, vient annoncer que le commandant est mort, que l’ennemi gaone du terrain à l’est et que la retraite sur Virton est coupée. Il a déjà appelé à lui tout ce qui restait de sa compagnie, même la fraction de sa 4€ section qui surveillait la route de Robelmont, et tout bien compté, en y

ASS MECEE

comprenant les isolés de la 9€ et la section de mitrailleuses Lachaize, il n’a pas 100 hommes valides, presque tous à court de cartouches. D'autre part, l’avant-garde de la division, qui devait être là depuis deux heures, ne parait pas. À la faveur d’une accalmie, et grâce au brouillard, allié précieux cette fois, le capitaine replie ses débris vers Houdrigny, seule direction encore libre.

Le bataillon de Busserolle (1°) du 130°, tête d'avant-garde de la 8° division, se heurte à l’ennemi. — Pendant ce temps, le bataillon de Busserolle (1er) du 1308, tête d'avant-garde de la 8 division, marchant à tâtons dans le brouillard épais, était arrivé à 5 h. 50 à 800 mètres au nord de Virton.

Dans la division, personne, certes, ne croyait aller à la bataille aujourd’hui. L’excellente nuit de repos passée à Dampicourt avait mis tout le monde de très belle humeur. On escomptait un non moins bon cantonnement à Étalle, et pour nc pas perdre de temps à l’arrivée, les campements du régiment avaient été poussés en tête, immédiatement derrière le gros de l'avant-garde.

Le colonel Chabrol, commandant la brigade et le colonel Laffargue, commandant le 130€, marchaient en devisant, derrière les éclaireurs. Le brouillard était si épais qu’on n’apercevait pas, par instants, les arbres bordant la route. Personne n'avait d’autre carte que le petit 200/000e, tout à fait inutilisable ; seul, le colonel Laffargue possédait un fragment de feuille de la carte belge au 40/000€, dérobé à un officier d'état-major.

La traversée de Virton n’avait fait que renforcer la bonne impression du départ. Tout y était à la joie. Au passage, les habitants versaient du chocolat ou du café au lait dans les quarts qu’on leur tendait. Des camarades du 115 et du 1172, qui avaient couché là, plaisantaient avec eux, tout en déjeunant, en manches de chemise. On entendait bien des coups de fusil, mais on parlait de patrouilles boches tenaces qui avaient rôdé toute la nuit autour des

Page 1