‹ La guerre en action, VirtonChapitre 39 sur 98 · RENE DER · texte numérisé non relu

RENE DER

emplacement, sinon excellent, du moins défilé. Le groupe Gadoïis se dégage en avant sans difficultés et, dès 8 h. 30, il est en position dans son nid de verdure. Des groupes d'isolés du 130€ qui refluent le traversent, et pour donner confiance aux fantassins, le commandant Gadois fait tout de suite ouvrir le feu dans le brouillard, prenant pour objectifs Robelmont et les bois au nord de Bellevue, car 1l ne sait pas où est la ligne française.

Pendant ce temps, le groupe Joly (3€) a reçu l’ordre de s'installer aussi à l’ouest de Virton; le groupe Bellier (2), à l’est de la localité. Sous l’avalanche des projectiles, les commandants de ces groupes ne peuvent trouver aucun emplacement convenable. De sorte qu'après une demiheure de tâtonnements et de recherches, tandis que le brouillard devient moins dense et que des obus commencent à éclater au-dessus de Virton, très au-dessus, heureusement, le colonel Wallut obtient l’assentiment du général Parreau à l'installation des 2€ et 3° groupes sur la rive gauche du Ton, vers la cote 280. Justement, l’ordre arrivait du général Boëlle, d’avoir à s’y rendre. Les officiers de ces deux groupes partent tout de suite en reconnaissance dans la nouvelle direction, mais aucun pont n'existe sur le Ton jusqu'à Harnoncourt et la route est tellement encombrée que les voitures ne peuvent faire demi-tour. Il faut dégager en avant. Le groupe Bellier pénètre dans Virton encombré, emprunte le chemin de la fontaine Martin et par celui de Saint-Mard, rejoint la route de Dampicourt où il stationnait tout à l’heure. Tous ces mouvements demandent beaucoup de temps et, au total, il sera près de 71 heures quand les premières voitures commenceront à franchir le pont de Harnoncourt.

L'engagement du 124°.— Un peu après 8 heures, le capitaine Jourdain, de l'état-major de la division, a informé directement le colonel Fropo, commandant le 124, du rôle assigné à son régiment par le général commandant le corps d'armée.

Le bataillon Favier. — Le bataillon Favier (3°) était

RO ee

en tête. Voyant l’afflux des blessés du 130€, la compagnie de Clercq (10€), la première de la colonne, avait déployé un peloton, pour éviter une surprise. Même les lieutenants Fourtier et de La Bassetière, commandant les 1re et 3e sections de mitrailleuses, se dégagesnt de Virton encombré, s'étaient engagés sur le chemin d’Houdrigny, pour chercher une position de tir, qu'ils ne trouveront pas, du reste, dans le brouillard.

Ce bataillon va se porter en no à cheval sur la route, aiguillé par le capitaine Jourdain; le bataillon Lambert (1er) s’installera à droite de la route; le bataillon Brunet (2€), à gauche. A la crête militaire qui, par 260 et les Réservoirs, forme une circonférence autour de Virton, on s’arrêtera et on S’organisera.

Le commandant Favier ne compte mettre que deux

compagnies en première ligne : les compagnies de Clercq (10€) et de Bertier (11€). La compagnie Moriceau (9) attendra des ordres à la lisière de Virton, près da cimetière. La compagnie Roussel (12°), encore dans la ville, restera disponible pour plus tard; on la cherchera si on a besoin d’elle.

Le commandant Favier, un colosse, marche à pied, devant ses unités, avec, à la main, une belle canne à pommeau d'argent. Le général Boëlle, qui quittait à ce moment le général de Lartigue, pour rejoindre son poste de commandement de la mairie de Virton, lui serre la main — une dernière fois — au passage.

Souples et manœuvrières, les compagnies se déploient dès que, dégagées des maisons, elles abordent un terrain de chaumes, légèrement montant, parsemé de petites meules. La compagnie de Clercq (102) est à cheval sur la route, deux sections déployées et deux sections en renfort en colonnes par deux. La compagnie de Bertier (11e). se hâte vers la droite, en ligne de sections par quatre à intervallé de vue, ce qui n’est pas beaucoup dans ce brouillard d’ouate. :

Il y a des troupes amies en avant. Ordre est donné, en

SSFMARRE

conséquence, de recevoir stoïquement les balles qui arrivent par centaines, et de ne pas tirer. Si une troupe ennemie s’infiltre à travers notre première ligne, on la recevra à la baïonnette. On doit quelquefois savoir attendre sur le champ de bataille... attendre longtemps sous la rafale, et cela est plus difficile que de bondir à l'assaut. Question de solidité des nerfs.

Mais en progressant vers le nord, ce bataillon croise des groupes du 130€, blessés ou non blessés, sans officiers et sans gradés, sans munitions. Tous disent que l’ennemi avance, et qu’il est très près. La compagnie de Bertier (11°) déploie deux sections, comme la compagnie de Clercq, et des patrouilles sont lancées en avant. Devant la section du lieutenant Bugnet (11€) elles ne tardent pas à rendre compte que les Allemands, à 150 ou 200 mètres, occupent une maison, à droite de la route. Encore quelques pas, et la section Bugnet aperçoit l'objectif, très estompé par la brume. C’est une bicoque, à côté des Réservoirs, à contrepente, en avant d’une crête au-dessus de laquelle, indécis, on distingue des mouvements. Des balles sifflent.

D’un bond, la baïonnette haute, la section Bugnet est.

à la maisonnette, devant laquelle le lieutenant se pré-

sente, revolver au poing. L’ennemi l’a évacuée en toute hâte. Il y a laissé une dizaine de blessés, avec un vicefeldwebel.

Ces hommes se rendent. On les désarme. Ils ont le

‘ casque à pointe, recouvert d’une étoffe feldgrau, sur

laquelle le n° 154 se détache en rouge.

A droite, la section du sous-lieutenant Marchand est parvenue jusqu'à la crête. À gauche, de l’autre côté de la route, la section du lieutenant Guilbert (10€) y est arrivée aussi et la ligne de feu des 10e et 11e s’y forme.

L’ennemi paraît s'être replié sur une position préparée en arrièr., à contre-pente, où 1l attend.

Le commandant Favier appelle à lui la compagnie Moriceau (9) et lui envoie l’ordre de prolonger la gauche de la compagnie de Clercq (10€).

Le bataillon Lambert. — Le bataillon Lambert (1er) devait se porter à la droite du bataillon Favier. Ce mouvement ne s’exécutera pas. |

Au débouché de Virton, le bataillon est accueilli par une telle trombe de projectiles que le commandant juge nécessaire, avant de lancer ses compagnies en terrain nu, d'organiser un point d’appui d’où elles puissent être soutenues par des feux. Ordre est donc donné à la compagnie Moureaux (2°), qui était en tête, d'occuper le cimetière. |

Le mur du cimetière est en briques, peu épais et d’une hauteur d'environ 2 mètres. On n’y percera pas des meurtrières pour ne pas l’affaiblir; on tirera par-dessus, au moyen de banquettes. Toute la section du heutenant Hassler envahit les maisons voisines où elle trouve des bancs, des tréteaux, des planches, des tonneaux, grâce auxquels, en moins d’un quart d'heure, le cimetière est transformé en une forteresse où une puissante ligne de feu s’établit face au nord.

Mais tandis que cette organisation se poursuivait, le colonel Fropo, à qui la situation ne paraît pas claire, a décidé de garder le bataillon Lambert à sa disposition. Les trois compagnies restantes de ce bataillon se massent donc derrière le cimetière et à l’abri des dernières maisons.

Le bataillon Brunet. — Le bataillon Brunet (2°) s’est déployé à la gauche du bataillon Favier. Le commandant a appelé à lui la compagnie Lemaire (8°) restée en soutien de l'artillerie sur la route de Dampicourt, par ce simple billet, peu explicite, que porte un soldat :

«Je suis engagé dans la direction de Vieux-Virton. Faites tout votre possible pour me rejoindre. »

Puis, il a orienté les trois compagnies présentes vers le mamelon 260, en éventail, entre le chemin d'Houdrigny et la route d’Étalle : à gauche, la compagnie Morel (5€), dont la section de gauche, conduite par le lieutenant Dufrasne, s’appuie au chemin d'Houdrigny; au centre,

Page 1