‹ La guerre en action, VirtonChapitre 41 sur 98 · LS OM E · texte numérisé non relu

LS OM E

en tête, dans un élan splendide, les deux compagnies partent au pas de course, sans savoir exactement où est lennemi ni quelle est sa force; sans qu'aucune reconnaissance at été faite du terrain où elles vont s'engager.

Or, à la crête qu'il aurait fallu pouvcir franchir d’un bond, on se trouve arrêté par une haïe très épaisse, que des fils de fer renforcent du côté de l’ennemi. Il faut se frayer un passage à travers cet obstacle et cela prend du temps, car on manque de cisailles.

Alors, de la ligne allemande qui est à l’affût dans une tranchée à moins de 100 mètres, la fusillade éclate, et la crécelle des mitrailleuses. En moins de deux minutes, les nôtres sont décimés. Le commandant Favier et le capitaine de Clercq (10€) sont mortellement frappés ; le sous-lieutenant Guilbert, grièvement. blessé. Le lieutenant Bugnet, qui a réussi à trouer la haie et à franchir la barrière de fil de fer, est grièvement -atteint et le sous-lieutenant Mar-chand est tué raide au moment où, toute sa section ayant franchi l’obstacle, il l’entraînait à la charge. Réduites à quelques hommes, désemparées, sans chefs, les 10€ et 11e compagnies refluent derrière la crête, les soldats «ramenant leurs officiers blessés.

Bataillon Brunet. — ‘Le bataillon Brunet (2), entendant sonner la charge, s’est levé et a voulu franchir la crête qu'il avoit l’ordre de tenir. Les trois compagnies de première ligne ont bondi en avant, la baïonnette haute, sous une pluie de balles. Mais deux ou trois bonds d’une quinzaine de mètres déciment les effectifs, et 1c1 aussi, il faut s'arrêter. Les capitaines Rozet (6€) et Morel (5°) sont grièvement blessés, ainsi que le sous-lieutenant Wolf (6€); le sous-lieutenant Durand (5°) est frappé mortellement.

Chacun s’abrite et creuse le sol de son mieux; ce sont des chaumes où les avoines ont été réunies en meules; chaque meule abrite un groupe, mais on souffre beaucoup du feu de l'infanterie et des mitrailleuses, sinon encore de celui de Partillerie qui tire trop haut.

HEC Op

La compagnie Lemaire (8) arrivait. Le capitaine avait pris les devants pour s'orienter, n’ayant d'autre directive que le billet du commandant Brunet l’appelant du pont da chemin de fer vers Vieux-Virion. Guidé par le bruit de la fusillade, il a-abouti à la sortie nord de Virton où le médecin major Daireaux, du 124%, qui organisait là une ambulance, n’a pu que l’aiguiller vers le nord, où se bat le régiment. C’est donc entièrement par hasard que cet officier, laissant sa compagnie dans le fossé de fa route d’Étalle, s’est dirigé seul vers le mamelon 260.

Il aperçoit bientôt le commandant Brunet près du chemin d’Houdrigny, debout sur la crête balayée par les balles. Le commandant Brunet n’est pas d’un naturei causeur. Il parle peu, d’habitude, et sous la rafale, ül n’a rien perdu de son flegme. D'un geste,’ il montre. au capitaine Lemaire la ligne mince des tirailleurs cloués au sol, et il lui prescrit de porter sa compagnie en avant, entre les 5€ et 6€. À la baïonnette, il faut refouler cet ennemi et dégager Virton. |

En ligne de sections par deux, la 8€ était là, se glissant à travers les pépinières et les boqueteaux qui font à la petite ville une ceinture de verdure. Derrière la crête, trois sections sont déployées et poussées en avant, la section du sergent-major Geai demeurant en renfort.

Au passage, tout le bataillon s’est levé et il avance avec régularité, par bonds de 15 à 20 mètres, comme à l’exercice, sous la pluie de fer, le commandant marchant tranquillement, avec, à la bouche, une cigarette qu’il rallume de temps en temps.

Mais il faut franchir un glacis découvert où les avoines sont fauchées, et le temps est cleir, maintenant. En face, les mitrailleuses crépitent. Les officiers, qui se tiennent tous debout, sont particulièrement visés et, bien vite, il n’en reste plus. Le commandant Brunet est tombé, mortellement atteint d’une balle, et la 8 perd en moins de cinq minutes le lieutenant Guillo Lohan, le sous-lieutenant Léyy et radjudant François, grièvement blessés. Le lieutenant Guillo Lohan, se sentant mortellement

atteint, se fait asseoir, face à l’ennemi, le sabre à la main, | comme Bayard. L'histoire, de France se continue. Réduits de moitié, les groupes que personne ne dirige plus, finissent par s'arrêter, cloués au sol par un formidable barrage de mitraille contre lequel rien ne les protège. Puis les survivants, blessés ou non, l’un après l’autre, retournent vers la crête d’où l’attaque était partie.

| Bataillon Lambert. — L'’offensive des bataillons . Favier et Brunet a été brisée vers 9. heures. Pour dégager ces deux bataillons, le colonel Fropo décide de faire exé- Cuter une contre-attaque au bataillon Lambert (1cr). Laissant la compagnie Moureaux (2°) installée dans le cimetière, 11 a conduit lui-même ce bataillon, en colonne par quatre, par l'excellent cheminement que constitue le chemin creux du mamelon 265 et il en a disposé les trois compagnies en ligne de sections par quatre, face à la crête entre les Réservoirs et la cote 265, où il pense qu’est la gauche de l’ennemi engagé contre le bataillon Favier.

Les débris des 10€ et 11° compagnies, repris en main par le capitaine de Bertier, se sont accrochés au sol entre les Réservoirs et la lisière nord de Virton; une vive fusillade, qui se fait entendre vers la droite, prouve que le bataillon Graff (2°) du 115€ se bat toujours de ce côté. On peut donc espérer, par une contre-attaque vigoureuse exécutée à la faveur des derniers voiles du brouillard, rejeter l'ennemi qui, à cheval sur la route, essaie de gagner Virton.

La baïonnette est mise au bout du canon, puis, comme à la manœuvre, les compagnies Gaillard (1'€) à droite, Le Bourgeois (3€) au centre et de Kerguénec (4°) à gauche, les officiers en tête, à leur place de défilé, derrière le commandant Lambert, franchissent le remblai du chemin et clairon sonnant, au pas de charge, abordent le plateau.

Mais ici aussi, le brouillard trahit les nôtres : c’est le moment où, poussé par un vent du sud, il roule vers les bois. Aussi, à peine la crête est-elle franchie que la masse

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