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compacte du bataillon Lambert est accueillie par un feu infernal. Elle est en butte, de face et à droite, à des mitrailleuses dont les nappes de balles se croisent avec des obus arrivant par centaines de la lisière des bois, ébranlant l’air de leurs formidables explosions et couvrant le sol d’une pluie de plomb.
On se déploie automatiquement et on essaie de progresser quand même, tout en prenant une direction plus au nord, du côté d’où vient la mort.
Il est près de 10 heures. Un soleil ardent fait étinceler les avoines encore sur pieds ici et la chaleur est tout de suite devenue accablante. Les hommes, en nage, se sont pour la plupart débarrassés de leur havresac pour se déplacer plus vite. Des dizaines’ de morts et de blessés jalonnent chaque bond. Tout ce qui se lève est fauché, et par un hasard extraordinaire, peut-être parce que les Allemands tirent très bas, les officiers qui sont tous restés debout, sont généralement épargnés. Deux blessés seulement parmi eux : le commandant Lambert et le lieutenant Brunetière (3); mais plus de 300 hommes sont couchés dans les sillons. C’est pourqu'1i, redressées face au nord, les vagues finissent par se figer, à 150 mètres au nord des Réservoirs, sous la rafale de fer qui les décime.
Les mouvements du 1 15°.— Quand l’ordre du général commandant le corps d'armée, de rallier à l’ouest de Virton les unités disponibles de son régiment, parvint au colonel Gazan, tout le 115€ était déjà engagé : le bataillon Travers (1°) depuis quelques instants, sur l’ordre du général de division, qui avait préscrit de soutenir le 130€; les bataillons Graff (2°) et Coquerelle (3°), avant-postes, au feu depuis le point du jour. Du bataillon Coquerelle il ne restait même plus que deux compagnies revenues de la région d'Houdrigny : les compagnies Lacombe (108) et Fernagu (11€), dont la première vient d’être mise à la disposition du bataillon Travers et l’autre affectée à la défense de la lisière nord de Virton. |
L'ordre de rallier le régiment était pourtant formel. Le
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colonel rappelle donc à l’ouest de Virton le bataillon Travers, qui vient de partir, et le bataillon Graff, dont la mission de couverture à l’est de la localité est sans doute sans objet maintenant, puisque la bataille se déchaine vers le nord.
L'ordre donné pourra être exécuté sans difficulté par le bataillon Travers; du côté du bataillon Graff, il aura des conséquences funestes et devra être rapporté.
Le bataillon Travers se rallie à l’ouest de Virton. — Dans l’effroyable désordre de 7 heures, nous avons laissé le bataillon Travers rassemblé, les faisceaux tormés, devant ses cantonnements, à la sortie nord de Virton. L'ordre du général de Lartigue de porter ce bataillon au secours du 1302 était parvenu au colonel Desvaux, commandant la 16€ ‘brigade, dans le moment de panique occasionné par le retour de l’escadron de La Brosse et par le reflux de nombreux blessés du 130€. Le colonel a donc poussé en avant cette unité, d’une manière un peu sommaire : « {l n'y a que quatre pouilleux, a-t-1] dit au commandant Travers. Portez-vous vers la cote 260, pour appuyer par l’ouest l’action de l'avant-garde... »
Sans en savoir davantage, la compagnie Duboucher (42) en tête, le bataillon Travers, suivi de la compagnie Lacombe (10€), se hâte en colonne de route, vers la lisière ouest de la localité. Aux dernières maisons, les balles sifflent. Il n’y a aucun doute sur la direction de l'ennemi, et le commandant pousse deux compagnies en chaîne. |
La compagnie Duboucher (4e) déploie deux sections qui disparaissent dans le brouillard; le capitaine les suit avec les deux dernières en ligne de sections par quatre. A travers les jardins, la compagnie Clayeux (3°) essaie de gagner, en ligne de sections, la droite de la compagnie Duboucher. Les compagnies Maturie (1re), Maillefert (2€) et Lacombe (10€) se groupent, prêtes à se porter en avant.
On est mal orienté; on marche à tâtons dans le brouillard; les balles giclent et font voler les pierres des murs;
on s’égare dans les enclos; on s’empêtre dans les clôtures
de fil de fer; au total, à 8 k. 15, la compagnie Clayeux n’était pas encore déployée, quand le contre-ordre survint, ramenant tout le monde en arrière. Le commandant Tra-
vers devait grouper son bataillon près de la route de.
Dampicourt, et l’y tenir à la disposition du commandement.
Les compagnies sont ralliées, et à 8 2. 45, le bataillon est rassemblé, en colonne double, près du ceuvent de Saint-Joseph, derrière le groupe Gadois, du 31° régiment d'artillerie, qui tirait déjà dans la brume. Pour protéger ces canons, des postes sont poussés en avant et sur les flancs par les compagnies Maturie (17e), Maillefert (22) et Lacombe (10€).
Le bataillon Graff (2°) rappelé, rompt et reprend de
combat. — Quant au TU Graf, il se battait depuis
longtemps quand lui parvint, vers 9 heures, l’ordre du colonel Gazan, d’avoir à se replier.
Prévenu vers 8 heures de la situation critique de ses compagnies de grand’garde, le commandant Graff avait dès ce moment poussé en avant la compagnie Hart-
mann (5°) entre le cimetière de Virton et le chemin de
la cote 265, et la compagnie Frère (7°) à l’est de ce chemin, toutes les deux orientées vers le nord. Pourquoi le nord? On ne le sait. La fusillade est plus intense: de ce côté et les blessés de la compagnie Menez qui est vers 265 arrivent plus nombreux. Pour parer à l’imprévu, le commandant a gardé auprès de lui la section du lieutenant Calcanap (5°).
Le débouché de Virton est difficile, pour la compagnie Hartmann (5°). Les trois sections disponibles de cette compagnie se sont déployées : adjudant Blavette au centre; sous-lieutenant Nio à droite, appuyé au chemin; sergent- major HÉtseU à gauche, appuyé au cimene
Nos jeunes soldats, dont c’est là le baptême du feu, sont impressionnés d’abord par le claquement strident des
milliers de balles qui viennent moucheter les murs des maisons, ainsi que par l’afflux des blessés. Il semble à chacun que personne ne passera au travers d’une pareille avalanche et le lieutenant de la Casinière hésite, lui aussi, à y exposer le matériel de sa section de mitrailleuses. Mais la première émotion vaincue, la progression, vigoureusement assurée par les officiers, s'effectue presque sans pertes. Capitaines en tête, on marche en aveugles dans le brouillard.
Ainsi la compagnie Hartmann ne tarde pas à se heurter aux débris de la compagnie de Bertier (11€) : une trentaine d'hommes terrés un peu au hasard, derrière lesquels, debout, le capitaine fume tranquillement sa pipe, tandis qu’on lâche des coups de fusil dans le brouillard, par acquit de conscience et sans rien voir.
Mais pour arriver à la hauteur de la compagnie de Berthier, il faut franchir un ravin, suivi par un chemin que battent d’enfilade des mitrailleuses invisibles. Le capitaine Hartmann franchit ce passage dangereux, en perdant trois de ses agents de liaison. Il arrête sa compagnie avant qu’elle n’y descende et lui fait creuser des trous de tirailleurs, pour flanquer au moins à droite la compagnie de Berthier, en attendant que le contact ait été pris avec la compagnie Menez.
Le travail n’est pas achevé qu’il faut l’interrompre. Un cycliste est venu dire qu’il y a dans la direction où Von fait face une section de mitrailleuses du bataillon Fadat, du 1308, restée en position et faisant d’excellent ouvrage. La ligne est donc redressée, face au nord-est, et on attend que le brouillard se lève.
La compagnie Frère (7€) a progressé plus facilement avec deux sections déployées et deux sections en colonne, appuyant sa gauche au chemin de la cote 265. Elle est ainsi venue prolonger la droite de la compagnie Menez (8°) qui, grâce à ce renfort, tient ferme.
D'ailleurs, l'offensive allemande s’est arrêtée. Les deux bataillons du 1542 régiment, qui sont là, ont subi des pertes graves et sont devenus prudents. Le baptême du feu
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qu'ils reçoivent, eux aussi, dans le brouillard, leur a paru rude et un des hommes qui y prirent part a conservé un souvenir terrible de cette affaire. Il observe que les Français tiraient à coup sûr « parce qu'ils connaissaient les distances (1) ». Nous savons ce qu’il en est, mais l’aveu est à retenir.
Au total la lutte était donc stabilisée sur ce point vers 9 heures, quand le commandant Graïff reçut l’ordre de rallier son régiment à l’ouest de Virton. Profitant des derniers voiles de la brume, le commandant rappelle ses compagnies, leur prescrivant de laisser quelques patrouilles sur leurs positions, pour donner le change à l’ennemi.
Les compagnies Menez (8°), Frère (72) et de Lantivy (6€), reçurent seules l’ordre de retraite. Elles retournaient donc, toutes déployées, vers Virton, quand, moins d’un quart d'heure plus tard, l’ordre leur parvint de réoccuper les positions abandonnées. Ce nouvel ordre émanait du
colonel Desvaux, commandant la 16€ brigade, averti par .
hasard de l'interprétation donnée par le colonel Gazan aux prescriptions du général Boëlle.
« Réoccuper » n’était plus le terme exact. C'est « attaquer » qu'il aurait fallu dire, car le brouillard se levait
et, bousculant nos patrouilles, l’ennemi était arrivé à
la crête.
Sous un feu. violent, les trois compagnies, conduites par le commandant Graff, font demi-tour, comme à la manœuvre, et la baïonnette haute, se lancent à l'assaut avec un élan magnifique. Mais l’ennemi, deux fois plus nombreux que les assaillants, est déjà terré et ses mitrailleuses crépitent, insuffisamment contrebattues par les deux pièces du lieutenant de la Casinière.
Les pertes sont graves; le capitaine de Lantivy est tué; sous les obus qui la prennent aussi d’écharpe de la direction de Bellevue, notre ligne est finalement clouée sur place et s’abrite de son mieux, ayant perdu le tiers de
(?) Um Longwy und Verdun. Der deutsche Krieg in Feldpostheftn : : Baptême du feu du 5e régiment de Haute-Silésie, n° 154.