‹ La guerre en action, VirtonChapitre 63 sur 98 · JULLIEN · texte numérisé non relu

JULLIEN

Or, à ce moment, si quelques éléments avaient été poussés au delà du grand ravin, le bataillon Mercadier (2e) était encore dans le fond de la dépression et les bataillons Blanc (32) et Treillard (17), gênés par les bataillons du 2 corps, n'avaient pas réussi à prendre pied, autrement que par des patrouilles, sur le mamelon 280. |

À ps

L’ennemi, lui, gêné par notre artillerie, avait rectifié et solidement organisé ses positions. Des fractions du 58e tenaient Meix-devant-Virton, la lisière des bois, la ferme du Verly et Robelmont, avec une batterie du 41€ dans la clairière au nord de Robelmont et un bataillon en réserve dans le bois. Le 1° bataillon du 19 tenait Robelmont et les Ier et IIIe bataillons du 7° grenadiers, II bataillon du 19, IIIe bataillon du 154, ce dernier ayant, lui aussi, fait face à l’ouest, développaient un système de tranchée pour tireurs debout derrière lequel le IIe bataillon du 7e grenadiers et le IIIe bataillon du 19€ étaient disponibles.

L'offensive du 51° sur Meix-devant-Virton, — Les bataillons Berthon (2°) et Mayer-Samuel (3€) du 51 ont continué leur marche d'approche vers Meix-devant-Virton, à travers une région particulièrement tourmentée : bois aux taillis inextricables, alternant avec des ravins profonds et des plateaux dénudés qu’un ennemi vigilant battait de ses feux. Meix est dans une cuvette encaissée, entourée de bois, protégée vers Le sud par un massif boisé et tourmenté, d’un accès difficile. Ce massif était occupé par des éléments du 58, disposant de mitrailleuses.

Sans hésiter, sous les rafales, le commandant Berthon pousse en avant ses deux compagnies de première ligne, déployées au préalable sous le couvert.

L'affaire, sur laquelle nous possédons peu de détails, paraît avoir été vigoureusement menée. De la 6€ compagnie, le capitaine Vallée est tué, ainsi que le sous-lieutenant Goudon; le sous-lieutenant Desforges est blessé; c’est le sergent-major Lombard qui, finalement, conduit la charge. Cette compagnie est réduite à 80 hommes valides, mais l’ennemi a lâché pied.

La compagnie Mazin (5°), qui a marché à hauteur de la compagnie Vallée, a été moins éprouvée par les feux de flanc. Le capitaine Mazin a cependant été blessé et, avec lui, une douzaine d'hommes. De la 8, le sous-lieutenant Peretti avait été blessé aussi, mais avait refusé de quitter sa section. Le médecin aide-major Dupuy avait été tué

en se portant au secours d’un blessé. Au total, le bataillon comptait 45 tués et 140 blessés.

A 14 h. 15, il entrait dans Meix, qu’il trouvait vide, et. poussait immédiatement des patrouilles sur Le hauteurs, face à la ferme du Verlv.

Le bataillon Mayer-Samuel (3°) arrivait quelques minutes plus tard. Il n’était pas au complet. Là compagnie Hangvillart (9€) avait été retardée dans les taillis épais du bois Lavaux et s’était égarée. Elle ne rejoignit Meix qu'à 17 heures.

Le capitaine Hanguillart rendit compte alors comment, après avoir franchi à gué le ruisseau de Chavratte, avec de l’eau jusqu’à mi-corps, sa compagnie avait été sollicitée par le général Deffontaines d’abord, puis par le colonel Blondin, commandant le 91€, de participer à une attaque en cours sur Robelmont. Le capitaine n’avait pas cru pouvoir satisfaire à ces demandes, dont l'effet eût été de l’écarter de Meix-devant-Virton.

Mais justement, à ce moment, le colonel Leroux, commandant le 512, recevait du général Regnault l’ordre de pousser un bataillon sur Robelmont, que le 1282 attaquait par l’ouest et par le sud. Désigné pour cette mission, le. bataillon Mayer quitte Meix, et, par le mamelon 280, arrive à 18 heures à la lisière sud-est du bois de Cawette.

Robelmont, que l’on aperçoit dans un fond boisé, brüle. Aucune troupe n’est visible. Des patrouilles, envoyées sur la crête de Cawette pour chercher la liaison avec le 128€, ne découvrent rien. Or, des rafales provenant du mamelon 305 et des bois prouvent que l’ennemi tient ces magnifiques positions. Le bataillon peut-il se lancer seul à l’attaque? Le commandant réunit ses capitaines. Il leur montre le terrain et leur pose le problème. Ils sont tous Jeunes et ardents; ils voudraient se battre, mais ici, vraiment, ils sont unanimes à juger l’opération impossible.

Après une demt-heure d'attente, pour éviter de repasser tous les feux de la ferme du Verly, le bataillon se glisse par un cheminement abrité, à travers Robelmont en flammes et vide d’ennemis, et arrive à 19 heures à Berchiwé.

Opération du détachement Deffontaines contre Robelmont. — Prévenu, à 13 heures, que le détachement Deffontaines était à sa disposition à la ferme du Hayon, en vue d'une offensive sur Robelmont, le général Regnault se rend de Villers-la-Loue dans cette région avec son étatmajor. À 14 h. 30, 1l est auprès du général Deffontaines, qui avait déjà pris toutes les dispositions préparatoires de combat.

Le 1®% groupe du 29€ d'artillerie et la 6€ batterie sont en surveillance sur la croupe 315, face à une artillerie allemande en position dans la région de Robelmont. Les 4e et 0e batteries, du 2° groupe, sont plus au nord, prêtes à accompagner l’attaque de l’infanterie.

Le colonel Lorillard, commandant le 128, a donné Meix comme objectif à son bataillon de droite, de manière à déborder largement par les bois la droite présumée de l’ennemi. Le mouvement est amorcé : la première ligne du 1288 a déjà dépassé la position d'artillerie de la croupe 315. Le général Regnault, qui ignore la présence de tout le 91e dans la région Cawette—Berchiwé—280, fait observer que la direction d’attaque choisie est trop excentrique, et il prescrit de s'orienter sur Robelmont. C’est le bataillon de gauche du 128€ qui se tiendra en liaison avec Meix, que doit occuper le 51€, et l’ordre est expédié au colonel Ledoux, commandant ce dernier régiment, de participer de Meix avec un de ses bataillons à l’attaque sur Robelmont. Ainsi abordé de deux côtés, Robelmont ne peut que tomber. Le général Regnault escompte tellement un rapide succès, qu'il indique au général Deffontaines la ferme de Herpigny comme objectif ultérieur.

Le terrain où le 128 doit opérer est favorable à loffensive. l'infanterie peut s’y glisser par de multiples ravineaux boisés; l’artillerie y trouve des cheminements et des crêtes permettant d'appuyer l'infanterie. Déjà, de 315, les quatre batteries du colonel Aubry couvrent de projectiles les hauteurs dominant Robelmont. Nous savons d’ailleurs que ces hauteurs sont également battues à cette

heure par les batteries du 44€ d’artillerie, postées au sud de Saint-Mard. |

Le colonel Lorillard a prescrit au 1282 une formation en tête de porc. Le bataillon Élie (1r), de tête, marche sur Robelmont: le bataillon Roux (2€), en échelon à droite, doit se lier au 94e; le bataillon Souty (3°), en échelon à. gauche, doit se lier au 51€ vers Meix; la compagnie Germain (9€), compagnie de gauche du bataillon Souty, a même reçu Meix comme objectif. En colonnes par deux ou par un, les sections se glissent dans les replis du terrain, dans les boqueteaux, et y disparaissent. L’artillerie ennemie, que la nôtre surveille, tire de temps en temps mais sans conviction et un peu au hasard, car elle ne voit rien. Avec obstination, un avion allemand Het [a région, indiquant par des fusées Llanches des objectifs aux canons.

Le commandement allemand est inquiet. Il l’est tellement qu'à 15 heures, le général Melms, commandant la XVIIe brigade, donne l’ordre au 19€ d’évacuer Robelmont et de se replier sur la cote 305 et sur la lisière des bois. Vu par les batteries de 315 et par celles du 42 corps, établies au sud de Saint-Mard, ce mouvement est vigoureusement accompagné par nos obus. Il coûte fort cher au 192 et, sur certains points, dégénère en déroute.

A 16 heures, les trois bataillons du 128€ sont descendus dans la dépression de la Chavratte et s’alignent sur la voie ferrée. Leurs pertes sont nulles. Le général Regnault avait ‘gagné, avec le commandant Letellier, son chef d’état-major, la corne nord du bois Lavaux, et, la jumelle à Pol, 1l observait avec intérêt le recul de l’ennemi, du côté de Robelmont. Il avait envoyé le capitaine Patoux, de son étatmajor, à Meix, pour suivre les opérations du 51€, et le. lieutenant Constantin auprès du général Deffontaines. La situation semblait brillante; à cette minute même, elle se renversait.

Avec un parfait mépris du danger, le général Deftontaines accompagnait, à pied, les unités du 128€. Sous les rafales d’artillerie, de moins en moins dangereuses, ül restait debout et ne pressait même pas sa marche. A

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16 heures, un obus, après tant d’autres qui l’avaient épargné, éclata près de lui, et on le vit tomber. Transporté à l’hôpital, le vaillant soldat allait mourir de sa blessure.

Le lieutenant Constantin avait couru rendre compte au général Regnault du terrible accident qui enlevoit son chef à l’attaque si brillamment déclenchée contre Robelmont, et, comme il joignait le général de division à la corne nord du bois Lavaux, le capitaine Patoux accourait dire, de son côté, que les Allemands sortaient des bois, au nordouest de Meix, menaçant notre artillerie ainsi que le flanc gauche etes derrières du 128€. À qui a-t-on affaire de ce côté? Personne ne le sait. On a vu des Allemands sortir du bois de Meix et venir dans les fossés de la route de Florenville; des patrouilles auraient vu d’importants effectifs. Cela est vague, mais ce qui est certain, c’est que nos groupes d'artillerie, menacés d’être pris à revers, se replient au grand trot sur le chemin de crête qui va de 315 à la route de Sommethonne. Ils sont accompagnés par les shrapnells de l'ennemi.

Le général Regnault prend immédiatement une déci- SION :

19 Le lieutenant Constantin va porter au colenel Lorillard l’ordre d'arrêter le mouvement offensif contre Robelmont. Le 128 s’éclairera vers le nord et si l’ennemi attaque, tl tiendra, coûte que coûte ;

20 Demande est faite au général commandant le 2€ corps de donner au colonel Toulorge, commandant le 726, le

commandement de la 5€ brigade, et d’envoyer d’urgence

le 722 à la ferme du Hayon, pour enrayer la contre-offensive de l’ennemi.

Et sautant à cheval, le général court aux batteries qui se retiraient. Il les atteint au moment où elles franchissaient la crête 300, au sud-ouest du bois Lavaux. Le colonel Aubry est là. Le général a l'impression qu’il est mal orienté et que, peut-être, il s’est retiré trop vite. Il lui donne l’ordre de s’arrêter où il se trouve et de prendre position

face au nord-est. Puis il regagne au pas la route de Som-

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methonne et y installe son P. C. à l’ouest du Haut- Bois.

Le drame a été rapide, et pourtant, à 17 heures, aucun bruit de combat ne venait encore du côté du nord; aucun renseignement alarmant du 51€, toujours à Meix, n1 du 128€, en garde sur la voie ferrée. Que s’était-il passé de ce côté? Il a été impossible de le déterminer. En tout css, l’ennemi n'avait aucune force sérieuse de ce côté. Le gros du 58€ était plus à l’est, dans le bois de Robelmont, et les régiments du VI corps étaient vigoureusement maintenus, à 5 ou 6 kilomètres plus au nord, vers Bellsiontas par la brigade Cordonnier. Tout ce que l’on a pu voir à la hsière sud du bois de Meix, ce sont des patrouilles égarées, coupées de Robelmont et cherchant un débouché. Le renseignement donné par un éclaireur trop nerveux a été imparfaitement contrôlé; une panique en à été la conséquence et une attaque fort bien montée, qui devait réussir, a été irrémédiab'ement arrêtée.

Le soleil déclinait, Il était trop tard pour ramener les batteries sur les positions qu’elles avaient abandonnées et reprendre l’opération contre Robelmont. Aussi bien, le colonel Aubry, commandant le 29€ d'artillerie, ne se sentant pas encore en sûreté, sans infanterie, sur sa nouv:lle position, était venu se mettre en batterie, la drcite à la route de Sommethonne, dans l’impossibilité, par conséquent, d’agir vers Robelmont. |

La situation depuis midi jusqu’à 19 heures entre Houdrigny et Robelmont. — Les mouvements dont: nous avons suivi le développement Jusqu'à midi, du 11%, du 87e et du 91€, orientés le premier vers le nord, les deux autres vers l’est, ont abouti, vers 14 heures, à créer un désordre inextricable sur ce point du champ de bataille. Les unités les plus avancées, clouées au sol, avaient fini par se déployer en tirailleurs, les unes derrière les autres; les dernières étaient restées en colonne, formant la carapace. Un avion allemand survola cette région

tandis que l’engorgement y était à son comble, et

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des obus de 105mm et de 150mm se mirent à fouiller les pentes. Les pertes furent sérieuses, et, jusqu’à 79 heures, cette situation terrible ne se modifia pas, sous les feux croisés de l'infanterie et des mitrailleuses, avec la hantise des feux de flanc et de revers des troupes amies, par un soleil ardent; la faim, la soif et la fatigue terrassant ces jeunes gens qui,-alertés à 1 heure ou 2 heures du matin, avaient marché, la nuit précédente, et se battaient sans voir l’ennemi, depuis le matin.

Le 117°.— A 14 heures, le 117 est ainsi disposé :

Bataillon Mercadier (2). — Le bataillon Mercadier a pris pied sur le mamelon 260, au nord-ouest de Virton, mais sa chaîne n’a pu dépasser la crête qui, de 260, descend à l’ouest, dans le grand ravin de la Patte-d’Oie. De la droite à la gauche, les compagnies Morel (8€), Avice (7€) et Dibinger (6€) sont clouées au sol, dans des champs où l’avoine a été fauchée et liée en gerbes. La 8° est commandée par le sous-lieutenant de réserve Larmignat. Les trois compagnies ont environ le tiers de leur effectif hors de combat. La compagnie Hébert (5€), après un essai de renforcement qui a coûté des pertes, a été ramenée dans le chemin d’'Houdrigny.

Le moral de ces troupes est magnifique. A la compagnie Hébert (5°), quand on se portait en avant, un jeune soldat de vingt ans, la jambe brisée, pleurait parce qu’il ne pouvait pas suivre ses camarades. Le repli des survivants du 124€, que l’on apercevait à droite, étonna. On n'avait pas imaginé que des Français pussent reculer.

Bataillon Blanc (3°). — Le bataillon Blanc était arrivé à la hauteur du bataillon Mercadier, de l’autre côté du grand ravin, et n’avait pas réussi à franchir la crête descendant de 280 vers l’est. Là sont déployées les compagnies Nivlet (12e) et Hugot (10€), cette dernière particulièrement éprouvée parce qu'elle a voulu prendre pied sur le plateau, en dépit des rafales qui la fauchaient. Le capitaine - Hugot est. blessé; le lieutenant Ruellan est mort; cette compagnie est sous les ordres du sous-lieutenant de réserve

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Fourrier. Les compagnies Riondel (9) et Roy (11e) ont été maintenues en renfort, à hauteur du chemin creux d’Houdrigny, où l'intervention du bataillon Treillard commence, dès 13 heures, à occasionner un engorgement. La section de mitrailleuses Monnier n’a pas réussi à se mettre en batterie. Ses essais ont occasionné la destruction d’une machine, et l'impossibilité d’apercevoir l'ennemi a fait juger inutile un sacrifice certain.

Bataillon Treillard. — Depuis qu de a dépassé la crête au sud d’Houdrigny, à 15 heures, ce bataillon a été gêné dans sa progression par le bataillon Imard (22), du 87, venu d’'Houdrigny. Il ‘a dû obliquer vers le nord-est, et sa colonne double ouverte s’est disloquée. Des compagnies de La Gasnerie (3€) et Guillo Lohan (4€), formant la première ligne, la première seule, celle de draite, a pu passer, mais en obliquant au point de venir déboucher sur le plateau derrière la compagnie Hugot (10€), du bataillon Blanc (3). Intervention opportune d’ailleurs, car la 10€, privée de : ses officiers, refluait à ce moment, non sans désordre.

Les sections Civrays et Dumée, de la 3€, vigoureusement entraînées par leurs chefs, progressent par bonds, refoulant devant elles les éléments qui reculaient. Elles gagnent la crête où est immobilisée la ligne des tirailleurs du 32 bataillon, et ouvrent le feu dans la direction de B 30, où l’on a cru apercevoir des Allemands le long de la route. Mais une nappe de projectiles s’abat sur elles. Le lieutenant Civrays note, dès la première minute, neuf hommes atteints autour de lui. Il faut s'arrêter. Un homme sur deux creuse le sol, et le feu continue. |

La compagnie Guillo Lohan (42), n’a pu se maintenir à hauteur de la compagnie de La Gasnerie (3€). Vers 13 heures, comme elle franchissait la crête au sud-est d'Houdrigny, elle s’est heurtée à un bataillon venu de cette localité et se dirigeant vers l’est, en ligne de colonnes de compagnie. C'était le bataillon Imard (2°), du 87e. Pour n'être pas coupée, la compagnie a dû obliquer très fortement à droite. Toujours poussée par les nouveaux venus, elle est passée . derrière la compagnie de La Gasnerie et a fini par se trouver

au milieu du bataillon Blanc (32), du 1172, entre les compagnies Riondel (9€) et Roy (11€), de deuxième ligne.

La compagnie Collin ({re), qui marchait derrière elle, a dévié de sa direction, elle aussi, et est venue aboutir en première ligne, à droite et à gauche de la compagnie de La Gasnerie. Elle y a trouvé une ligne de tirailleurs de la compagnie Leclercq (5°) du 872, qui a déjà subi des pertes, et immédiatement à sa gauche, se trouve immobilisée la compagnie Pétin (9) du 91€, en butte depuis plusieurs heures à un feu violent, et très éprouvée.

Quant à la compagnie Mourgeon (22) et à la section de mitrailleuses Ligier, elles ont été dans l’impossibilité de se déployer, et elles se sont abritées dans un petit bois, derrière la crête. |

Vers 14 heures, le commandant Treillard a voulu essayer de prendre pied sur le plateau et s’est porté en avant pour entrainer ses tirailleurs. Son adjudant de bataillon Lau- . ber a été tué d’une balle à la tête; autour de lui, ses agents de liaison ont été décimés. Toute progression est impossible sous un feu aussi violent.

Les trois bataillons du 117€ vont rester là, immobilisés par le feu de l’ennemi, coincés par le 2€ corps, de sorte qu'à 15 h. 30, le colonel Jullien voyant cette situation sans issue, en est inquiet et adresse au général commandant la 16€ brigade le billet suivant :

« Tout le monde est engagé. Il y a des pertes aux 3 bataillons et personne derrière le régiment pour le soutenir. »

Le soutenir, avec quoi? Le colonel sait bien que le 1158, le 130€ et le 124€ étaient dans la fournaise avant lui! Aussi n'est-il pas autrement étonné quand 1l reçoit, à 17 h. 30, la réponse suivante du général de division :

« Le régiment aura bien mérité de la division, s’il tient, à tout prix, jusqu’à 20 heures. »

Le 117€ tiendra done stoïquement sous les balles et sous les obus. jusqu’à ce qu’il parte à l'assaut.

Le 87°.— Depuis 14 heures jusqu'à 19 heures, la situa-

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tion des bataillons Imard (2°) et Chardoillet (32), de ce régiment, mélangés aux bataillons Treillard (1er) du 117, Barrard (3°) et Beslay (2°), du 91€, est des plus pénibles. |

Sur ce vaste plateau dénudé, on tire un peu au hasard, à 800 mètres, dans la direction de Bellevue, parce qu'on a cru voir des casques à pointe, au ras du sol, de ce côté. En attendant, les balles giclent, paraissant venir de toutes les directions et des hommes tombent frappés comme à

coup sûr par des coups ajustés. Le capitaine Leclercq (5°)

a été grièvement atteint. Le capitaine Brémard, couché derrière la section Cantelou, de sa compagnie (8), face à l’est, reçoit une balle dans le côté gauche. Comme 1l rampait pour s'éloigner, une seconde balle l’atteint à la nuque et une troisième à la cuisse gauche.

C’est que, sans s’en douter, on n’est pas à l'abri sur les pentes orientales du mamelon 280, prises d’enfilade de la direction de Robelmont. La section de mitraïlleuses de Coësbouc a cherché à intervenir de ce côté, mais sans résultat appréciable. En outre, dans le mélange des unités, les hommes ont l'impression que leurs camarades du 4e corps tirent sur eux, de droite et de l’arrière. Ils tour-. nent constamment la tête et font des signaux désespérés. Or, derrière, personne ne tire : c’est le phénomène du claquement de la balle qui est cause de cette illusion démoralisante. |

À 19 heures, le colonel Rauscher informé des pertes subies et de l’extraordinaire mélange des unités, prescrit à ses bataillons de se replier.

Mouvement impossible. Dans l’état de fatigue où étaient les hommes, bien qu’à ce moment le feu de l’ennemi eût presque entièrement cessé, le repli du 87€ eût certainement entraîné celui des compagnies du 1172 et du 91€ mélangées à lui. Le commandant Imard se contenta ne put que rallier, avec la compagnie Robardey (6€) et la section de mitrailleuses de Coësbouc, les quelques éléments les plus rapprochés de lui, et avec environ 400 hommes, il rejoignait, à 19 h. 30, le colonel Rauscher à Houdrigny.

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