‹ La guerre en action, VirtonChapitre 8 sur 98 · LÉ · texte numérisé non relu

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€ sé Ÿ M - Les guerriers de l'antiquité auraient été troublés et auraient

vu là un présage sur lequel les augures auraient discuté. Ceux des nôtres qui remarquèrent le phénomène jouirent

grandement des cinq minutes de fraîcheur qu’il leur pro-

eura, car la chaleur était vraiment devenue excessive.

Poussé en avant, le bataillon Forcinal n’a eu besoin d’aucune aide pour occuper Ruette que l’ennemi n’a pas défendu. Ne sachant à qui il a affaire, le commandant de ce bataillon l’a largement déployé sur un front de 1.000 mètres, les quatre compagnies en ligne. Il à abordé la localité, puis conversant immédiatement vers le nordouest, dans la même formation large, 1l a marché sur Latour.

Mouvement difficile, surtout pour les compagnies Martin et Laugier, aile marchante de l'immense ligne, cheminant à travers des prairies irriguées que de hautes barrières de fils de fer séparent les unes des autres, et devant même franchir le fossé de la Basse-Vire.

Mais aucun ennemi ne se montre à Latour.

Les deux compagnies allemandes qui étaient à Ruette se sont repliées vers le nord. Elles ont fait une courte halte le long de la voie ferrée, puis le long de la route de Latour à Signeulx. Au cours de ces deux haltes, elles ont tiré quelques coups de fusil, mais visiblement, elles sont pressées de se replier et d’aller se mettre en sûreté.

Les uhlans qui faisaient si bonne garde dans la matinée sur la Basse-Vire ont disparu, eux aussi. Le vide parait se faire devant la 7e division.

Le bataillon Forcinal aborde Latour comme il avait abordé Ruette. La compagnie Laugier a traversé le village : elle poursuit sa route et va prendre position à { kilomètre au delà, sur la route d’Ethe. A droite, la compagnie Martin progresse à travers champs et s’installe face à Gomery. A gauche, la compagnie Roffé gagne du terrain, de la même manière, face à Belmont—Virton. La compagnie Giansily demeure en réserve à la sortie sud de Latour, près du pont sur la Basse-Vire.

Pendant cette opération, le colonel Drouot, comman-

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dant le 104, a traversé Ruette, avec le bataillon Levin, le dernier qui lui reste de son régiment, et voyant que rien ne s'oppose à la progression de la tête d’avantgarde, il la laisse agir seule et s’arrête à la lisière nord du village.

Le groupe Savoureau, du 26€ régiment d’artillerie, est là, lui aussi, prêt à intervenir; 1l s’est mis en position de surveillance dans le vallon, à 500 mètres à l’ouest de Ruette. Au premier signal, il écrasera d’obus Latour et Gomery. :

Cet acte de force est inutile. Il est 18 heures; tout bruit a cessé : le bataillon Forcinal a disparu derrière Latour et aucune troupe, ni amie ni ennemie, n’est plus visible dans

la plaine très calme.

L'ordre de stationnement et la dislocation. — Le général de Trentinian est arrivé, lui aussi, avec son état-major, à la lisière du bois de Ruette. Évidemment, la journée est finie et aucune action n’est à prévoir pour le moment. Les objectifs de marche sont atteints, et comme le temps menace, le général se hâte de mettre pied à terre et il entre chez l’instituteur où 1l dicte son ordre de stationnement. -

Le 103€, dont deux bataillons seront à Latour et un bataillon à Gomery, va couvrir les cantonnements de la division. Le général Félineau, commandant la 14 brigade, sera aussi à Latour avec la compagnie divisionnaire du génie. |

Le 104€ sera tout entier à Ruette, avec l’état-major de. la division, les 17 et 3€ groupes du 26€ d’artillerie et l’escadron divisionnaire.

Le colonel Lacotte, commandant la 13° brigade, sera à la Malmaison avec tout le 102€ et un bataillon du 1018; Jes deux autres bataillons du 101€, avec le colonel Farret, cantonneront à Grandcourt, où vient s'installer le 2e groupe du 26€ d’artillerie. Poe

Mais l’orage, qui menaçait depuis midi, éclate et une pluie diluvienne s’abat sur la région. Les troupes se hâtent

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vers leurs cantonnements. Elles sont fatiguées, marchant ou manœuvrant depuis douze heures, par une chaleur lourde, sans café, sans autre repas que le morceau de viande froide mis hier au soir dans la musette.

Les bataillons Henry et Levin du 1042 s’entassent un peu en désordre dans Ruette où le colonel Drouot appelle le bataillon Forcinal.

Les deux groupes du 26€ d’artillerie peuvent difficilement s'installer et finissent par bivouaquer dans un pré où l’on ne peut avoir accès que par une seule entrée, de sorte que la formation du pare exige beaucoup de temps.

L’averse terminée, un brouillard épais et froid descend sur la région, rendant les objets invisibles à 50 mètres.

Les trois bataillons du 103° se sont rassemblés à l’ouest de Ruette, sur la route de Virton. De là, ils vont se diriger sur leurs cantonnements : les bataillons Rondeuay et Vièq sur Latour, le bataillon Jouvin sur Gomery.

La physionomie de ce premier soir de campagne où l’on s’est trouvé en contact avec l’ennemi, est exactement la même que celle d’un soir de grandes manœuvies, une journée fatigante terminée. Les esprits se détendent: les officiers se réunissent; les hommes s’interpellent, forment des groupes sympathiques et, malgré les dires des civils belges mêlés à eux, qui leur signalent la présence de l’ennemi, ils plaisantent, mangent et boivent.

Les fourriers réunissent les campements, et certains capitaines de jour partent seuls, au grand trot de leur monture, pour avoir le temps de préparer le cantonnement de leur unité avant la tombée de la nuit (1).

(*} Le capitaine Grasset, commandant la 5e compagnie, chargé de préparer le cantonnement du bataillon Jouvin, se rendit à Gomery, accompagné du seul adjudant de bataillon, et précédant les fourriers. Au passage à niveau de Ruette, il reçut avis de la présence, dans les environs immédiats, d’un bataillon allemand qui venait de se retirer vers le nord. Il put néanmoins arriver jusqu’à Gomery, mais il trouva des habitants de ce village terrorisés par la présence immédiate de grandes forces d'infanterie qu’ils disaient cachées dans les bois (Commandant A. GRasseT, Vingt jours de guerre aux temps héroïques).

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