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II. — Dans les grands centres du diocèse

Dès que les cérémonies pascales furent terminées à Boulogne, Mgr l'évêque a voulu, le lundi de Pâques i9i5, saluer la vaillante ville de Calais, par une visite paternelle; il a voulu également prier et faire prier, dans la belle église Notre-Dame, — que la barbarie allemande n'a pas épargnée (i), — pour les morts des armées alliées.

Accompagnée de M. le vicaire général Rambure, de Mgr Debout, archiprêtre, de MM. les doyens et de tout le clergé de la ville, auxquels se joignent les aumôniers français, belges et anglais. Sa Grandeur fait son entrée dans l'église désolée, mais encore utilisable. Les autorités militaires des nations alliées, les autorités civiles, les représentants des formations de santé sont au premier rang, dans l'église comble.

Après le service funèbre célébré par des prêtres des nations alliées, Monseigneur montre l'incomparable valeur de la prière :

Qu'il me soit permis de saluer la grande Angleterre, la glorieuse Russie, l'héroïque Belgique, la vaillante Serbie, à côté de la a belle et douce » France, Messieurs les géné-

(1) Dans la nuit du 17 au 18 mars 1915, le projectile d'un zeppelin, pesant 80 kilogrammes, heurta le mur du transept sud de l'Eglise, brisa les vitraux du transept et du sanctuaire, avec les meneaux des fenêtres; en particulier les admirables vitraux, représentant les Litanies de la sainte Vierge, furent mis en miettes; la chapelle du Sacré-Cœur fut détruite, presque tous les autels furent endommagés, ainsi que les sacristies. Les dégâts dépassent cent mille francs. Mgr Debout, archiprêtre, s'empressa d'informer par télégramme Sa Sainteté Benoît XV et Mgr l'évêque d'Arras. Le Saint-Père répondit par un télégramme touchant, dans lequel II dit notamment ^ue les malheurs de l'église Notre-Dame augmenteront encore l'amour de l'archiprêtre pour sa chère paroisse.

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laux des pays alliés, Messieurs les officiers, dites- bien à vos gouvernements respectifs notre profonde reconnaissance.

Aux yeux de l'Eglise elle-même, après le sacrifice du martyr qui verse son sang pour confesser sa foi chrétienne, il n'en est pas de plus glorieux que celui de l'homme offrant son sang, sa vie, pour défendre les droits et l'honneur de son pays.

Qu'en retour, ce pays ne doive pas ménager à ses défenseurs le tribut de sa reconnaissance, chacun le reconnaît volontiers, et vous savez de quels moyens les hommes disposent pour payer leur dette sacrée. Ils la paient avec dos larmes, des honneurs, Viinmortalité de l'histoù'e. C'est tout ce qu'ils peuvent faire.

Or, tout cela c'est heaacoup et c'est peu...

Tous ces hommages touchent le seuil de l'éternité, mais ne le franchissent pas.

Ce qui suit l'âme partout où elle va, c^jpui au Tribunal de Dieu et dans le lieu de l'épreuve l'entoure, pour ainsi dire, la protège, la défend en attendant l'heure de la conduire au repos éternel, c'est la prière! Ne vous étonnez pas de sa puissance : c'est Dieu qui la lui a donnée.

Mettons donc cette puissance à profit, en faveur des soldats dont nous faisons mémoire en cette cérémonie funèbre. Pour tous, mes Frères, prions; prions avec confiance, sachant que Dieu a des ressources de miséricorde très particulières à l'égard de ceux dont la destinée a été de mourir sur les champs de bataille. D'ailleurs, il nous est doux de constater qu'en France, les fidèles ont vite compris leur devoir. Puissions-nous le comprendre de plus en plus. Pensons qu'en faisant entrer dans la gloire céleste les soldats que nous avons perdus, nous nous assurerons là-haut comme une nouvelle armée de défenseurs.

En 1897, le célèbre ministre qui dirigeait alors l'Allemagne, exposant son projet d'écraser un jour la France mieux qu'il ne l'avait fait en 1870, disait :

« Je crois que si Dieu lui-même ne commande l'armée française dans la prochaine guerre, VAllemagne sera victorieuse. » Oui ! il faut que Dieu commande lui-même l'armée française ! Et nous avons foi que Dieu nous accorde et nous accordera le double bienfait de ses lumières et de sa force.

En une autre circonstance, pendant trois journées bien remplies, les 16-18 janvier i9i6 (i), Monseigneur compléta la première visite, dans les paroisses, les. communautés, les œuvres d'enseignement et de charité, les principales ambulances dont les honneurs lui furent faits respectivement par les autorités militaires : M. le général Ditte, gouverneur de Calais, M. le général Clooten, commandant supérieur de la base belge, M. le commandant Prinches, de la force anglaise.

Monseigneur l'évêque, qui était venu antérieurement à Saint-Omer jiour une ordination, fit à toute la ville une visite solennelle, à la fin de mars i9i5: il célébra la sainte Messe à Notre-Dame, présida des offices à Saint-Sépulcre et à Saint-Denis, et termina cette journée (( bien remplie », comme tant d'autres, à Notre-Dame, où il y avait foule, par une émouvante instruction sur (( la portée de l'épreuve ».

Il y a dans l'épreuve une vertu illuminatrice et une vertu expiatrice. Ces deux vertus, nous les voyons sortir de la guerre actuelle.

La Lumière, est-ce que la guerre ne la donne pas en abondance aux âmes si nombreuses que partout elle ramène à Dieu ? Il en est tant parmi elles qui, avant la guerre, méconnaissaient ou ignoraient Dieu. Elles vont à lui maintenant de toute leur âme.

L'expiation, elle est nécessaire. Or, elle ne se rencontre complètement que dans l'effusion du sang. C'est pour cela que le Christ, le grand expiateur, a dû laver les péchés du monde dans son sang. Le monde parfois oublie le chemin du Calvaire; il s'y trouve ramené par l'épreuve que Dieu lui

(1) Voir Croix du Pas-de-Calais, 20 janvier iaT6.

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envoie et dans laquelle, par de terribles effusions de sang, il reprend conscience du devoir d'expier ses fautes pour rentrer dans l'amitié de D-ieu.

A travers le développement de cette thèse, surgissaient poignantes les visions du martyre d'Arras, des immolations sanglantes de nos chers soldats sur le front, les allusions aux errements du passé, les espérances que nous fait entrevoir l'avenir, les paroles consolatrices pour ceux que la guerre a mis en deuil. Et l'on écoutait sans se lasser, l'âme palpitante d'émotion en même temps que d'angoisse.

Avant de quitter Saint-Omer pour reprendre le chemin d'Arras, Monseigneur a tenu à célébrer à Notre- Dame, lundi matin, à 7 heures, une messe de a Requiem » pour tous les Audomarois morts au champ d honneur.

Le dimanche 12 septembre i9i5, Mgr l'évêque porta à Paris-Plage et à Etaples le réconfort de sa présence et de sa parole (i) :

Sa première visite a été pour les ambulances, installées princièrement dans les grands hôtels de Paris-Plage. C'est Régina avec ses pavillons isolés, au milieu de la forêt; c'est Atlantic, avec ses 4oo lits; c'est l'Ermitage, avec Savoy- Hôtel, qui a soigné à la fois plus de mille blessés, l'un des mieux organisés des hôpitaux de France : là-bas, on voit grand et on agit en conséquence. Pour le personnel médical, dirigé par M. le médecin-chef Menu, poux les infirmières, pour les malades. Sa Grandeur a eu le mot qui va au cœur et conquiert, tous les suffrages.

A plusieurs reprises déjà, Mgr avait trouvé devant lui, dans

(1) D'après îes notes de M. le vicaire général Guillemant.

l'église de la plage, de superbes auditoires. Jamais il n'y avait vu pareille affluence. Réfugiés des pays envahis, habitués de la saison. Anglais de passage se pressaient pour entendre l'évêque d'Arras .

Par une attention qui a, dès les premiers mots, illuminé bien des visages, Monseigneur a com.mencé par parler en llamand à ses auditeurs belges. Ce qu'il leur a dit .^ Je ne sais. Mais personne n'a eu de peine à le deviner, aux gestes, à l'accent, aux jeux de physionomie; et quand, après la messe, on a vu M. Gollard, maire et député d'Ypres, offrir toute sa reconnaissance à l'évêque d'Arras, on a compris que la communauté des malheurs et du courage a une éloquence plus haute que les plus émouvantes paroles.

Puis Sa Grandeur a souhaité la paix à tous : aux vivants, en dépit de leurs deuils et de leurs angoisses; aux blessés, malgré leurs souffrances; aux morts, qui nous laissent de si grands exemples; à la France et à ses alliés, qu\ luttent vigoureusement pour le triomphe de la justice.

Et à mesure que cette chaude parole tombait sur l'auditoire, les cœurs se rassérénaient, les fronts se relevaient^ plus d'un sentait un frisson passer sur lui, ou les larmes lui monter aux yeux.

Cependant, à la tribune, voix et instruments, dirigés par un maître, mariaient leurs accords avec une rare perfection.

De là. Monseigneur se rendit à Etaples. — M. le Doyen y a ressuscité, l'an dernier, une vieille dévotion locale à Notre-Dame de Foy (la statue remonte à 1628); et la population a fait vœu, si elle était préservée de l'invasion, de faire, autour de la ville, pendant vingt-cinq ans, une procession analogue à celle du Saint-Cordon à Valenciennes.

C'est donc la seconde fois que la procession du Vœu va se dérouler. Trois cavaliers anglais ouvrent la marche; à tous les carrefours, des agents de la police britannique assurent l'ordre et veillent sur le cortège.

On prie, on chante de tout cœur; et au retour, ceux qui peuvent pénétrer dans l'église aperçoivent Monseigneur en chaire.

Il félicite la population de sa foi et de sa vaillance traditionnelles; il met nos braves marins sous la protection de

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Celle qui est la Vierge, la Mère et la llcliie par excellence; il veut surtout apporter à M. le Doyen un témoignage public (le son estime et de sa sympathie.

Prêtre au cœur d'or, modèle des pasteurs, semeur de vocations, initiateur d 'œuvres, sous toutes les formes, à Wizernes, à Richebourg, à Etaples, M. l'abbé Coppin a 'mérité depuis longtemps, autant et plus que ses trois neveux, la croix des braves. Sa Grandeur lui confère les insignes de chanoine honoraire de la cathédrale. Notre-Dame de Boulogne accueillera volontiers, j'imagine, ce pflote de choix à son bord.

Du 17 au i9 octobre i9i5, Monseigneur se rendit à Berck, où l'attendait le même accueil :

Le dimanche, Sa Grandeur célébra la sainte messe dans l'église, trop petite déjà, de Berck-Plage; on distribua près de sept cents communions.

Monseigneur bénit un nouveau et magnifique ciboire, exvoto des réfugiés qui, en foule, pratiquent la communion quotidienne; il chargea M. le vicaire général Rambure d'expliquer les usages sacrés et le symbolisme du ciboitrc.

Aux divers offices, de beaux chants rehaussèrent les cérémonies, grâce au concours des aveugles d'Arras et de M. de S...

Monseigneur alla ensuite présider la grand 'messe à Berck- Ville; l'église de cette paroisse maritime, aux traditions si bien gardées, est trop étroite pour contenir la foule. Sa Grandeur, à l'offertoire, montre en Jésus notre consolation, notre viatique, notre récompense.

Après la messe, au chant du Miserere, Sa Grandeur va donner l'absoute, au cimetière voisin, devant les tombes militaires; Monseigneur va aussi bénir la tombe d'un en^ gagé volontaire berckois, Emiie Brumard. La cérémonie s'achève au milieu de l'émotion de tous.

Dès le commencement de l'après-midi, Monseigneur réu^ njt les trente-cinq prêtres-soldats, à la vie spirituelle desquels M. l'abbé Brebion, maintenant rappelé à Dieu, consa-

crait son zèle; Il leur donne, dans la chapelle de rKospice des Franciscaines, rendue célèbre par les fresques de Bénard, les paternelles et fortes leçons qu'apportent les circonstances, et les encourage à l'accomplissement de leurs devoirs envers l'Eglise et la Patrie.

Un habile photographe tire un groupe, qui deviendra un document d'histoire.

Il est 4 heures : l'aumônieT (i) des réfugiés belges, M, Debrabandeere, présente à Monseigneur, dans l'église de Notre-Dame des Sables, plusieurs centaines de ses compatriotes : Sa Grandeur répond en flamand, et dès les premiers mots, l'auditoire éclate en larmes. Elle rappelle un pèlerinage belge qu'EUe évangélisa à Lourdes, célèbre l'héroïsme de la Belgique et de la Serbie, demande à son auditoire d'examiner ce en quoi chacun a pu être infidèle à son Dieu, et rappelle qu'après les douleurs du vendredi saint, retentit, pour les peuples comme pour l'âme chrétienne, V Alléluia de Pâques.

Il faut se hâter : 5 heures approchent. Les Français d'Artois, de Flandre et d'ailleurs, envahissent à leur tour les places, même les plus humbles, de l'église : tout est comble, nefs et tribune; on reste même dans la rue. Monseigneur rappelle à son très sympathique auditoire la destruction de la ville martyre, l'apostolat des soldats, les malheurs de tous; mais le réconfort, sous la protection mariale, est surtout versé dans ces âmes qui le reçoivent avec un filial enthousiasme.

Le lundi et le mardi sont consacrés aux œuvres scolaires et aux hôpitaux qui ont désiré la visite épiscopale.

Monseigneur célèbre d'abord la sainte messe au pensionnat Jeanne d'Arc, intelligemment et rapidemejit organisé par M^^ Delobeau, ses collaboratrices et M. le doyen Mocq, leur aumônier dévoué; puis II va visiter les travaux de l'institution Saint-Joseph, si bien compris et dirigés par M. le

(1) Il vient d'être aussi rappelé à Dieu : grand deuil pour la colonie belge (2 mai. iDifi),

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chanoine Boislenx et M. J. Chevalier (i). De là, Sa Grandeur va encourager les efforts de M. le curé de Berck-Plage, en visitant son charmant pensionnat Sainte-Catherine, que les prix diocésains et les brevets couronnent justement.

A lo heures, et par groupes. Sa Grandeur reçoit les Artésiens et les personnes du Nord qui désirent La saluer : Que de souvenirs 1 Que d'effusions I Que d'espérances et de vœux pour le « prochain retour » !

A miidi, le clergé se réunit au Patronage, et Monseigneur en profite pour encourager les prêtres qui, dans les paroisses et les établissements divers, prodiguent leur zèle à ces populations si chrétiennes et si' édifiantes.

L'après-midi est réservée (2) aux 'hôpitaux, hospices, instituts : c'est d'abord le Cottage des Dunes, dont M. de l'Homel, M™* d'Houdain et les dames de la Croix-Rouge font les honneurs (3) : puis ce sont les chers aveugles et sourdsmuets d'Arras, avec leur infatigable aumônier et leurs bonnes Sœurs de charité; c'est ensuite la Maison Notre-Dame, avec les Sœurs zélées de St-Erme, où Monseigneur est harangué par un prêtre malade et salué avec enthousiasme par les blessés; c'est l'hôpital Rothschild, dont la directrice fait courtoisement les honneoirs, au nom de M'°^ Ja Baronne, la bienfaitrice de tout Berck, qoi s'est gracieusement excusée par dépêche.

Le mardi matin, les visites s'achèvent : d'abord à l'hôpital Cazin, où Monseigneur célèbre la Sainte Messe dans la Chapelle illustrée par les fresques de Bénard, salue et encourage la Communauté des dévouées Sœurs Franciscaines de Calais, bénit les petits malades et visite les blessés.

Monseigneur rend alors une visite paternelle aux bons vieillards de l'Asile Maritime, où les Sœurs Franciscaines

(1) Dans une visite postérieure, Monseigneur est venu confirmer les enfants de ces deux pensionnats, aussitôt remplis que créés pour les besoins des réfugiés du Nord et du Pas-de-Calais (Instit. S. Joseph (annexe), dirigée par M. le chanoine Boisleux, archiprètre d'Arras; pensionnat Jeanne d'Arc, de M"" Delobeau).

(2) Il y a en exercice, à Berck-Plage, 22 hôpitaux, avec près de 2.000 lits destinés aux blessés; il y a ■généralement 50 prêtres-soldats dans les diverses formations.

(3) Cet hôpital comporte environ soixante lits; il €st surtout destiné aux soldats et officiers, en voie de guérison, qui ont besoin de massages.

et les administrateurs l'accueillent avec une filiale déférence.

Puis, Sa Grandeur se rend à l'Institut Saint-François-de- Sales, dont l'éminent docteur Calot, si bienveillant et si généreux, fait les honneurs. En réponse à deux compliments, Monseigneur rapproche, devant son auditoire d officiers et de soldats blessés, le miracle de la Marne de ceux qu'opèrent ici la « science et la charité » du docteur et de «es collaborateurs (i).

Enfin, Berck-Ville réclame sa juste part, avec ses florissantes écoles libres : celle où les marins de demain, à la mine franche et ouverte, travaillent et prient sous une excellente direction; — celle des filles, si peuplée, où des âmes d'élite, encouragées par le zélé pasteur, font des prodiges et en font faire à leurs enfants (2).

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