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IV. — A Paris

Mgr l'évêque a fait à Paris un double voyage, pour favoriser les intérêts spirituels de son diocèse et de ses diocésains réfugiés dans la capitale.

La première fois, la communauté d'études romaines lui faisait un agréable devoir d'assister au sacre de Mgr Rivière, évêque de Périgueux (2). Mgr Lobbedey saisit l'occasion de réunir, devant Dieu, les réfugiésd'Artois. Avec quel enthousiasme il fut accueilli à Notre-Dame-des-Yictoires (3), le 28 septembre i9i5! Sa

(1) D'après les notes de M. le vicaire général Guillemant. — Depuis lors, Mgr Charost a pu déléguer en Flandre M. le vicaire général Jourdain. Nos hommages vont au loin vers le vaillant évêque de Lille; nos vœux accompagnent son vénérable représentant.

(2) Monseigneur prit la parole à la réunion qui suivit le sacre : « Cher Seigneur, allez vers ceux qui attendent le bonheur de vous

voir et de vous entendre. Dans le mot latin qui vous désignera désormais et vous distinguera de vos collègues dans l'Episcopat, « Petrocorensis eplscopus », on a coutume de signaler la réunion des trois mots suivants : Petra, cor, ensis.

Volontiers, je les reconnais parce qu'ils nous dévoilent les qualités qui honorent l'exercice de votre ministère pastoral.

Oui, attaché par toutes les fibres de votre âme à Celui qui est dans l'Eglise « Petra angularis », au Pontife suprême que les critiques et les injures n'atteignent pas, que les puissances conjurées du mal n'ébranleront jamais, à Benoît XV glorieusement et douloureusement régnant, vous aurez la même fermeté apostolique dans la revendication de vos droits et l'accomplissement de vos devoirs : Petra; — et pour vos prêtres, vos fidèles, vous aurez cette affection vraie qui, en inspirant nos actes, les fait accepter, si hardis qu'ils soient, qui en imprégnant toutes nos paroles les rend plus douces à entendre et plus faciles à suivre : Cor; — enfin parce qu'on ne peut, ici-bas, promouvoir le bien sans tenir le mal à l'écart, défendre la vérité sans démasquer l'erreur et la dénoncer, vous déploierez sans crainte la force dont vos mains sont armées par l'onction épiscopale : Ensif. »

(3) Le discours de Sa Grandeur est intégralement publié, dans le Bulletin de l'Union catholique du P.-de-C, pp. 9-13.

Grandeur, répondant au besoin de tous les cœurs, après avoir gémi sur les deuils d'/Vrras, montra à son auditoire ému la triple source de l'espérance surnaturelle : a Ubi spes? — L'espérance, c'est la Vierge des Ardents, c'est la Croix rédemptrice, c'est l'Eucharistie! »

La seconde fois. Monseigneur fut invité à donner une conférence, à la Société des Conférences, le 25 février i9i6. Sous la présidence de M. Doumic, devant une assemblée d'élite venue malgré une tempête de neige, et où le Président de la République s'était fait représenter par ]\P^ Poincaré, Sa Grandeur raconta, avec une émotion partagée, le Martyre d'Arras (i). Le dimanclie suivant, 27 février. Sa Grandeur prit la parole, pour les œuvres diocésaines de guerre, en l'église Saint- Augustin, sous la présidence du cardinal-archevêque de Paris.

Un témoin a raconté ainsi cette cérémonie :

Je sors de Saint- Augustin, et conime la foule tout entière qui assistait à la cérémonie, je sors enthousiasmé. Ceux qui avaient entendu la chaude et vihrante parole de l'évêque d'Arras, à la conférence de vendredi dernier, ne désiraient rien tant que de l'entendre encore. Elle semble à tous résumer les douleurs et les espérances de la patrie.

Les vêpres étaient présidées par le cardinal de Paris.

Lorsque notre évêque parut dans la chaire, il y eut aussitôt dans l'auditoire un courant électrique, comme si la ville-martyre était apparue à tous les yeux. On s'attendait à ces mouvements d'éloquence qui jaillissent des cœiurs profondément émus : l'attente fut dépassée.

Dès l'exorde, l'orateur rappela saint Augustin qui, hii aussi, connut les horreurs de l'invasion étrangère et fut assiégé dans Hippone. Le saint avait demandé à Dieu ou de

(1) De cette conférence, publiée par la Revue hebdomadaire, le 11 mars 1916, plusieurs extraits sont insérés dans ce livre.

A l'arriére. FOI ET CHARITÉ A/|7

délivrer sa ville, ou de donner aux assiégés le courage de? tout souffrir sans faiblesse, ou de mourir lui-même. Ce dernier vœu se réalisa. Mgr l'évêque d'Arras avait souvent fait la même prière : elle fut exaucée en ce sens que ses infortunés diocésains ont supporté et supportent leur malheur ^vec une dignité que rien n'abat.

Monseigneur, dans une première partie, raconte la destruction de sa chère ville d'Arras et montre combien elle fut Imméritée. Impossible de dire l'impression qui s'empara de l'auditoire quand, se redressant contre l'ennemi ainsi <( qu'une victime contre ses bourreaux », il lui demanda, dans une apostrophe enflammée, ce que lui avaient fait les «écoles, les monuments publics, les hôpitaux, les églises.

Dans la seconde partie, l'éloquent prélat expose les motifs d'espérance, motifs communs à son diocèse et à la France entière. Avec quelle fierté il prouva que Dieu continuait d'aimer notre pays et de voir en lui « un instrument qu'on peut perfectionner par l'épreuve, mais qu'on ne brise pas » ! Avec quelle énergie il démontra que la preuve sensible des miséricordes de Dieu à notre égard était dans ce fait remarqué et admiré de tous que la guerre, au lieu de nous abattre, nous avait grandis !

Enfin, dans une péroraison superbe, Monseigneur développa le mot de saint Augustin : « Le Goth, le barbare n'enlève pas ce qu'a donné le Christ. »

L'auditoiire n'était pas seulement ému, mais raffermi dans ses espoirs pour un avenir réparateur.

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