CHAPITRE II Le développement de la charité
§ i^^ — Pour les réfugiés.
Quel désolant spectacle que celui des foules cherchant, devant la poussée des ennemis, un refuge et un secours, vers le nord du département, — elles ne savent où!... La région de Maubeuge le donna la première; puis la malheureuse et héroïque Belgique afflua vers Calais; ensuite, des pays miniers, des régions situées entre Arras et Douai et au delà de Béthune, les émigrants se portèrent aussi par milliers vers les pays que la guerre épargnait : familles entières traînant au hasard, chacune selon sa condition sociale, ce qu'elles avaient pu emporter à l'heure affolante d'une fuite précipitée; hommes de tout âge, de la jeunesse à la vieillesse, se mettant en marche par interminables colonnes, afin de garder à la patrie leur dévouement pour le moment d'une mobilisation éventuelle, et d'éviter la captivité, ou pire encore!
Les autorités ont accueilli partout ces infortunés avec
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la pitié qu'ils mérit-aient. Les Sociétés, les Ligues, les particuliers, — et çà et là l'OËuvre américaine de Secours, — ont fait sans compter (i) tout ce qu'il était possible, en présence de cette subite affluence. Il y en a encore douze mille à B-ruay; il y en a eu jusqu'à cinq mille à Montreuil, plusieurs milliers à Berck-Plage, à Aire, à Paris-Plage, plusieurs centaines à Fruges, à Dohem, au Portel, etc.
En octobre et novembre i9i4, la plupart durent quitter la zone des armées (2); ils furent, par le che-
(1) II nous sera permis de citer le dévoûment du pensionnat d« Dohem, où M"* Petit et ses collaboratrices log'èrent près de deux cents réfugiés de la région de Maubeuge, assurant à chacun, selon l'âge, le vivre et l'habitation; avec le concours des catéchistes volontaires de la paroisse, bien des âmes frustes se tournèrent vers Dieu qu'elles connaissaient peu, et trouvèrent dans la religion un réconfort à leur grande misère.
(2) Parmi les organisations méridionales, fondées à ce moment, celle de Limoges, pour les réfugiés du Nord, de l'Est et de la Belglqxie, méirite d'être citée comme exemple de dévoûment et de succès. Mgr Quilliet l'encouragea en compatriote d'une constante bonté; non seulement il assistait chaque dimanche à la « messe des réfugiés », mais il offrit des subsides et favorisa les initiatives de MM. les chanoines Johannot et Andrieux. Sur leurs conseils, un jeune et actif religieux, le frère Duménil-Leblé, Q. P.. fonda VAmi du réfugié, lui donna la vitalité nécessaire par des annonces et par la vente de calendriers, et le rendit digne de son titre, avec la collaboration de Lud. Remon, en publiant les nouvelles, les avis, les conseils spirituels et matériels qui intéressent les réfugiés. Un prêtre belge lui fut adjoint, officiellement, pour l'évangélisation ■et pour l'usage de la langue flamande, car le Journal bilingue (parfois même agrémenté de patois de Tourcoing), entraînait une abondante correspondance. — Au journal s'ajoutèrent trois oeuvres annexes : un vestiaire, admirablement dirigé par M"* Charles Henry, qui secourut régulièrement 110 familles et distribua 3.000 Têtements; un ouvroir, de trente réfugiées, qui travaillèrent pour l'intendance, sous la direction de M°" Morel. dont tout Lille connaît le mérite; un abri du soldat, pour les mobilisés des régions ■envahies, qui vécut grâce aux liibéralités d'un émlnent industriel -du pays. — Quand la mobilisation amena l'interruption de l'Ami du réfugié, son organisateur l'annonça en ces termes excellents :
« Que le bien que nous avons pu faire soit au profit de notre
•chère Patrie, et s'il y a eu quelque gloire à faire ce que nous
Avons fait, que cette gloire retourne toute entière vers le Dieu ■Créateur. »
min de fer ou par eau (i), dirigés vers le Midi. Ilsavaient été traités, dans le nord de la France, avec une sympathie fraternelle dont plusieurs n'eurent conscience que plus tard.
Comme la charité chrétienne veille sur l'âme en même temps que sur le corps, dans les centres considérables aussi bien que dans les agglomérations plus modestes, ceux qui sont demeurés restent, de la part du clergé, l'objet de soins spirituels qui les sanctifient dans l'épreuve et leur permettent de profiter des bons exemples du milieu, pour les pratiques religieuses et l'éducation chrétienne des enfants.
Afin de faciliter ce résultat, tout en assurant le même bienfait aux régions non envahies, Mgr l'évêque a instamment recommandé le maintien des écoles libres et pensionnats du diocèse, favorisé l'ouverture à Berck- Plage d'une annexe de l'institution Saint- Joseph d'Arras (i6o élèves) et du pensionnat Jeanne-d'Arc (260 élèves). — Le Grand Séminaire a été installé, à Boulogne,, près du Petit Séminaire; le Petit Séminaire de Béthuneest resté ouvert, mais a été prémuni contre les dangers de la guerre.
On a pu pourvoir à l'accroissement considérable, dû aux circonstances, des institutions libres d'Aire, de Boulogne (Haffreingue), de Fruges, de Montreuil, et maintenir, malgré les sacrifices faits volontiers à la situation, les collèges de Saint-Bertin et de Saint-Pierre
(1) Le 26 octobre, VAmirnl-GaniPnnme, qui conduisait de Calais à Cherbourg 2184 évacués, fut torpillé dans le détroit; il n'était pasarmé! On put le remorquer à Boulogne.
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de Calais, comme externats. Les difficultés résultant de la mobilisation du personnel ont été résolues peu à peu, par le concours de collaborateurs bénévoles; à Boulogne, deux vicaires généraux, le directeur des oeuvres diocésaines et un secrétaire de l'évêché prennent part à l'enseignement.
A Arras, après chacun des deux premiers bombardements, l'évacuation fut conseillée, d'une façon de plus en plus instante, aux a bouches inutiles ». A la fin d'octobre i9i4, Mgr l'évêque décida le départ des enfants des orphelinats religieux. Les autorités civiles et militaires apportèrent à l'exécution de cet exode, délicat et douloureux, tous les ménagements et toute l'assistance possibles; la partie la plus difficile du trajet était la marche à pied, jusqu'à une gare voisine, de centaines d'enfants et de personnes âgées ou infirmes, sous la menace des obus pour une partie du chemin. Des autos y aidèrent puissamment.
Le voyage le plus émouvant fut celui de l'institution des Aveugles et des Sourds-Muets, doublement difficile, en raison de l'infirmité des malheureux exilés (i).
(1) D'après les notes de M. l'aumônier et de Sœur C... : « Unô beure est donnée pour faire quelques préparatifs sommaires, et à j3 h. 1/2 de l'après-midi, nous abandonnons notre maison; cent trente-cinq aveugles, sourds-muets, infirmes, des deux sexes, sont accompagnés par les Sœurs et par M. l'aumônier Deschamps de J*as. Il faut fournir à pied une étape de 17 kilomètres, pour atteindre Aubigny; il n'y a plus dans Arras de voiture disponible. A la igrâce de Dieu!
Près de la porte Baudimont, nous croisons un cadavre de cheval •éventré, signe que le bombardement est violent en ce moment sur -notre route. Il va falloir traverser 5 kilomètres sous les obus. Des «paysans nous en dissuadent. Un capitaine vient nous trouver : •« Quelle imprudence! dit-il; la route est aujourd'hui sillonnée de onitraille! Surtout ne vous montrez pas; marchez dans les fossés. » IJous avançons donc péniblement, par deux, un muet traînant un
La Providence — et ses représentants visibles — y pour^ vut; tout se passa sans encombre jusqu'à l'arrivée à Berck, avec des étapes charitablement préparées à Aubigny, Frévent, Fillièvres, Hesdin et Montreuil.
L'orphelinat de garçons du Père Halluin fut accueilli dans le diocèse admirablement hospitalier de Moulins, au Reray et à Sept-Fons, sous la direction du P. Jean Pautrat; celui de Saint-Charles, avec les Filles de la charité, fut adopté par la population de Gannat, sur l'appel de son digne doyen, M. l'abbé J. Marchand (i).La Maison du Bon-Pasteur, si éprouvée, trouva un refuge (2) à la maison mère d'Angers, où M. le cha-
aveugle, nous couchant dans le fossé, chaque fois que le sifflement bien connu nous indique l'approche d'un projectile. Dieu et la sainte Vierge nous protègent, et nous arrivons sans accident à l'endroit où un soldat nous dit : « Il n'y a plus de danger. »
Mais le péril passé, la fatigue se fait sentir, pour les vieux et les vieilles comme pour les plus jeunes. Va-t-il falloir demeurer sur la route ? La Providence veille encore sur nous. Une automobile militaire arrive à grande vitesse; à nos signaux désespérés, elle s'arrête et prend les enfants les plus fatigués. Le brave soldat qui la conduit nous promet de nous faire parvenir d'autres autos, d'Aubigny; nous reprenons lentement notre route, consolés par cette perspective. Des automobiles militaires prennent, avec les infirmes, nos bonnes Sœurs âgées, si généreuses dans cette épreuve. Un lieutenant de dragons, en mettant son auto à notre disposition, nous dit : « J'ai ma sœur qui est Fille de la charité; je suis heureux de vous rendre service. » Un capitaine nous demande une prière, en échau!"-»} de la sympathie qu'il témoigne, en laissant monter trois éclopés dans sa voiture... Nous la lui promettons fidèlement. Partout nous rencontrons, de la part des officiers, un respect, une obligeance qui nous confondent; ils sont visiblement heureux de voir des cornettes!
Peu à peu, grâce à eux, nos rangs s'éclaircissent. Les 42, qui ont fait vaillamment la route complète à pied, arrivent à Aubigny à 10 h. 1/2 du soir, sept heures après le départ. »
(1) Mgr l'évêque d'Arras a témoigné sa gratitude à M. le doyen Jean Marchand, en le nommant chanoine honoraire d'Arras.
(2) L'établissement considérable du Bon-Pasteur a été criblé d'obus à chaque bombardement, peut-être à cause de sa proximité de la cathédrale; une Madeleine y a été frappée mortellement. — Les exemples et les prières de l'aumônier, Mgr Liénard, vicaire général, ont réconforté la Communauté et les enfants jusqu'à la fin de leur périlleux séjour.
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noiiie VcrgiieaQ lui continue scn fidèle et paternel concours. L'orphelinat de Sainte-Agnès, après un séjour passager à Berck, s'installa à Condette, grâce à la bienveillance de M. l'abbé de Miramon et des châtelains voisins, dans les beaux locaux de la Colonie de vacances et d'une annexe fort utile; il y garda son aumônier^ M. le chanoine Hoguet, assisté au besoin par MM. les curés de Condette et d'Hardelot.
L'activité de plusieurs comités ou personnalités généreuses a pu suivre nos réfugiés en France, à longue distance, partout où les circonstances les avaient forcés de se retirer; elle leur a montré que la (( petite patrie » n'est pas un vain mot, en leur adoucissant les amertumes de l'éloignement.
De là, les organisations, variées dans la proportion des besoins constatés, qui ont permis à des hommes de cœur de faire, matériellement et spirituellement, tant de bien.
A Boulogne, la plume de Ludovic Rémon, — pseudonyme du distingué rédacteur en chef du Petit Valenciennois, L. Ramet, — et l'activité de deux Lillois, MM. Chantry, avocat, et Danel, conseiller municipal, ont réalisé des merveilles, pour les « petits enfants », la (( protection de la femme et de la jeune fille », les (( sous-vêtements chauds » et colis de toute nature, destinés aux jeunes soldats du Nord et du Pas-de-Calais envahis.
Quelques mois avant la guerre, sur l'initiative de Mgr l'évêque, de M. le chanoine Hoguet et du R. P. Jean
de Clerck avait été fondée à Paris, rue Lafayette, 208 bis, l'Union catholique du Pas-de-Calais (i). Elle devint providentiellement le centre du groupement des réfugiés artésiens : il y a, à Paris, trente-trois mille Artésiens!
Une première fois, Monseigneur la visita, dans son voyage à Paris. L'intéressant bulletin de l'Union a rendu compte de cette touchante manifestation (2), commencée aux pieds de Notre-Dame-des-Victoires.
La seconde fois, le 29 février i9i6, Sa Grandeur renouvela sa visite, dont un témoin a rendu compte en ces termes (3) :
Qui n'a entendu parler du groupement des réfugiés Artésiens ?Que de misères ont trouvé là un secours, depuis le début de la guerre; que de faiblesses, un appui; que de chagrins, une consolation ! Là se prodiguait le a Sapeur », le R. P. de Clerck, suppléé, depuis quelques mois, par M. l'abbé Dron; là, sonnent chaque mardi les plus beaux noms de l'Artois : Partz, Franqueville, Pas, Fénelon, Bryas, Hendecourt, Planque, Tailliandier; là les Sœurs de Charité de la rue Caulaincourt n° 33, mettent, au service de tous, leur expérience, leur tact, leur sollicitude discrète. Que la Sœur Gabrielle me le pardonne : tous les réfugiés m'en voudraient si je n'osais lui envoyer, ici, l'expression de la reconnaissance universelle !
Le curé de la paroisse est l'abbé Loutil — Pierre l'Ermite en personne. — C'est par lui que Sa Grandeur fut saluée à son arrivée dans la maison des Sœurs de Charité.
(1) Le Conseil d'administration, élu par la seconde assemblée générale, le 24 septembre 1U15, se compose de : MM. Pierre de la Gorce, de l'Académie Française et Vte d'Hendecourt, président trénéral des conférences de Saint-Vincent de Paul, vice-présidents; A. Taillandier et Lefebvre du Prey, députés; marquis de Riencourt. marquis de Partz, comte Ch. de Kergorlay, E. de Resnes, Vte de Raismes, baron de Valence de Marbot, E. Froissard, A. Bernard, conseillers; de Lhomel, baron du Passage, trésoriers; Aubrun, Colombel, avocats-conseils; Guerrin, V. Tabary, Frans, Cte Jean de Partz, Henri et Jean Leviez, secrétaires.
(2) Bulletin de l'Union cathol. du P.-de-C, pp. 14-15.
(3) Croix du Pas-de-Calais, 5 mars 1916.
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Après ini cnlicticn familial avec les membres du Comité, Mgr Lobbedey descendit au milieu de ses fidèles et, dans une causerie tour à tour poignante et pleine de saine gaieté française, il revigora tout son monde. Les vieux évoques du temps des Huns l'auraient reconnu; il continuait, comme l'a si bien dit M. de Resnes, le geste de la race; il refaisait la France comme les abeilles font leur ruclie. Aussi, lorsqu 'évoquant la vision tragique d'Ezéchiel : a Ces ossements revivront-ils? » il acclama d'avance la résurrection d'Arras, il y eut des applaudissements enthousiastes dans toute l'assemblée.
Un salut à l'église paroissiale termina par la prière cette inoubliable journée.
Beaucoup tinrent à honneur de défiler devant Monseigneur à la sacristie; et quand il parut, à la sortie, sur le porche de l'église, ce furent de chaudes et unanimes acclamations. Parmi le peuple qui lui fit fête, nous connaissons de braves ouvriers où toute la famille avait chômé ce jourlà : « Pour revoir Monseigneur, qu'est-ce qu'on n'aurait pas Jait? )) écrivaient-ils ensuite, en racontant cette visite.
Le mardi saint, à Notre-Dame de Paris, après sa conférence, le R. P. Janvier eut la charité de recommander rOEuvre artésienne. Qu'il daigne trouver ici l'expression de la profonde gratitude de Monseigneur l'évêque et de tout l'Artois!
Les initiatives privées, partout admirables, — venant à l'aide des distributions de secours officiels, fort bien comprises d'ailleurs, — n'ont peut-être nulle part été plus ingénieuses et plus actives qu'à Boulogne. Nous résumons, d'après les notes pittoresques de M. J. Lardeur, ce que M. Guillaume Delattre et lui, en bons confrères des Conférences de Saint- Vincent-de-Paul, ont fait pour les premiers réfugiés, avec le concours de co-Haborateurs et de collaboratrices de tout rang :
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« Pour tout ce qui n'était pas mobilisable, le billet de logement fut r (( Hôtel Transallantiqiie », près de Bréquerecque, affecte antérieurement aux émigrants. Le propriétaire de cet asile, M. N..., et les fonctionnaires de tout ordre montrèrent beaucoup de dévouement pour ces pauvres gens, dénués de tout; Vi^^^ T..., — une réfugiée elle-même, — M^^ G... et sa fille louèrent un rez-de-chaussée voisin, pour y faire une sorte de pouponnière où elles débarbouillaient plus à loisir leurs petits protégés; elles portaient à l'asile, où furent admis une fois plus de douze cents réfugiés, des médicaments et du lait.
Sur appel du Télégramme, d'énormes ballots, contenant garde-robes et trousseaux complets, vinrent aboutir à deux adresses de la Haute-Ville. Et les solliciteurs, par troupes de vingt à trente, se succédèrent, parfois de près, du matin au soir. Dans le tas, beaucoup de gens qui, à la veille de la guerre, jouissaient d'une situation au-dessus de la moyenne et qui étaient maintenant dénués de tout; des malades, des infirmes dont les voyages avaient aggravé l'état. Le stock d'objets était vite épuisé; bientôt, dans cette distribution à la criée, vingt mains se tendaient vers le dernier tricot, vers la dernière paire de chaussettes. Et les moins bien partagés, loin de manifester aucune humeur, s'en allaient sous la pluie battante, avec un : « Merci, Monsieur ! » cordial, qui nous touchait au fond de l'âme.
L'initiative du « Petit déjeuner » revient à mon ami G. Delattre; six semaines durant, avec l'excellente M"^^ Y... et moi, il servit chaque matin, à des centaines de gens : bol de café bien chaud, petit pain, petite ration de tabac; en trois jours, des appels lancés dans la presse nous valurent une somme de cinq cents francs pour ce populaire <( Petit déjeûner », dont une pittoresque photographie a fixé le souvenir.
N'oublions pas l'hospitalité donnée par M. l'abbé Anselin à une trentaine de réfugiés, pendant six mois, sous la direction de la bonne et sainte M^^® G..., ni les démarches de M. le juge honoraire B..., -pour le placement des malheureux, ni les distributions de soui>es faites, Grande-Rue, par les soins de M. B..., ni les innombrables
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actes de charité des ouvriers, qui donnèrent un si bel exemple de chrétienne fraternité. »
^2. — Pour les combattants, les prisonniers et les blessés.
Il ne faut pas songer à être complet, dans l'exposé des œuvres privées qui, d'un bout à l'autre du diocèse, se sont prodiguées, — corps et âme, — en faveur des combattants, des prisonniers, des blessés, sans oublier leurs familles. Elles ont puissamment aidé les organisations officielles, ou agi avec leur concours, pour le plus grand bien de nos chers compatriotes.
Limitons-nous donc à des exemples caractéristiques : nous savons que ceux et celles que nous omettrons de nommer, — involontairement ou sur leur désir formel, — ne cherchent leur récompense qu'aux yeux de Dieu (i).
La question des vêtements chauds, si importante à résoudre dès l'automne de i9i4, a préoccupé de suite toutes les bonnes volontés. Les enfants des écoles s'y sont intéressées, avec un admirable sens chrétien et patriotique, personnel, familial, développé par leurs maîtresses. Une foule d'ateliers de dames et de demoiselles ont été ouverts de tous côtés.
(1) Nous avons surtout utilisé les notes de M°" Voisin, présidente de l'Union des Femmes de France, à Boulogne, de M'" d'Héricault, présidente de la Ligue des Femmes Françaises, de M"* Lenglin, Secrétaire de la LiQue patriotique des Françaises, de M'" Lussigny, présidente des Noëlistes, de M. Furne, délégué général adjoint d3 la Croix-Rouge, à Boulogne, et de M. Chantry, avocat à Lille.
A Arras, la Ligue patriotique des Françaises ouvrit un atelier de soixante-dix personnes pour la confection ou la réparation des habits militaires, auxquels elle joignit, si on le désirait, des souvenirs religieux. Elle reçut et distribua les envois de son Secrétariat central de Paris, de Rennes, de Gray et de Marseille. Avec un premier achat de i.3oo francs de matières premières, elle fit confectionner une foule d'objets chauds, par les Ligueuses, pour les troupes d 'Arras. — La Ligue •des Femmes françaises offrit à Monseigneur l'évêque un wagon de vêtements et une somme importante, envoya Tin millier de colis dans les tranchées et fit « adopter » une centaine de soldats des régions envahies. — De part et d'autre, on songea aux familles en détresse, en même temps qu'à leurs chefs absents, en les visitant et en les aidant.
A Calais, à Aire, à Saint-Omer, à Berck-Plage et à Paris-Plage, des offrandes importantes en argent et en nature furent recueillies, et des dames, surtout des membres de l'une ou l'autre Ligue, mirent en commun leur bonne volonté, afin d'augmenter par leur travail personnel le mérite de leurs dons; outre les secours aux réfugiés, les soldats des régiments de la région ont ainsi été ravitaillés, à pleines automobiles.
Les Noëlistes, outre leur participation, — dans tous les centres où elles existent, — à la confection des vêtements chauds, ont aussi offert des colis aux soldats de leur région; elles sont gracieusement devenues « marraines )) de guerre, ont coupé et cousu pour les femmes de mobilisés les nombreuses pièces d'une vingtaine de layettes, — près de six cents en tout, — et ont fait accepter cinq de leurs protégés par VŒuvre de Vadop-
A l'aRUIÈKE. FOI ET CHARITE /|5f>
tion familiale des orphelins de la guerre. — Saluons spécialement les cinq Noëlistes courageusement restées à Arras, qui s'y occupèrent du soin des blessés et des familles pauvres et procurèrent à celles-ci cent cinquante colis et trente layettes, par un appel aux Noëlistes de France. L'une d'elles, M"® M. -T. Trannin, a fut frappée mortellement d'un éclat d'obus, à la fm de décembre i9i4, et s'éteignit pieusement après huit jours de souffrances, donnant l'exemple profondément édifiant du sacrifice accepté avec une complète et douce résignation (i) ».
A Boulogne, l'initiative de l'administration municipale et le vote d'une subvention, dès le commencement d'octobre i9i/i, permirent la formation d'un Comité de dames et donnèrent à l'œuvre des Vêtements chauds une extension très considérable (a).
Dès l'abord, le Comité (3) eut une excellente pensée, qui permettait de faire le bien h la fois en ville et sur le front. Il fît appel à la main-d'œuvre locale et put ainsi rapidement constituer un atelier important, en s 'assurant le concours de coupeurs spécialement habitués à la confection en gros.
(1) Note de la secrétaire, M'" Wartelle, qui elle-même a été citée deux fois à l'ordre du jour, ainsi qu'une autre Noëliste, M"" Moujrln, pour son dévoûment à Mareuil. — La vie de M'" Trannin, ancienne élève de Jeanne d'Arc, d'Arras, future Carmélite, vient d'être écrite avesc âme par M. l'abbé Ducrocq, sous ce titre : « Une pure victime du bombardement (Beauchesne, 1916).
(2) D'après les notes dues à la bienveillance de l'administration municipale.
(3) La commission du Conseil municipal était composée de MM. Bazet, Caplain, Fontaine, Joncqnet, Petit. — Le comité des Dames fut ainsi formé : M"" Félix Adam, présidente; MM"" Aigre et Manton, vice-présidentes; M°" Prélot. trésorière; M"° de Beaumont, secrétaires; MM" Bazet, Banquart, Huret-Fourny, Deransart, Ed. Haffreingue, Chochoy, U. Delcourt, H. Ponticourt, Alavène d'Erlon, Hurt, Manier-Haffreingue, A. Coppin, membres. — Autour de ce comité se sont groupées plus de soixante collaboratrices, outre les bienfaitrices; que toutes soient respectueusement félicitées et remerciées!
46o LA GUERRE EN ARTOIS
Cela lui permit de créer une organisation fonctionnant parfaitement, et employant de nombreuses femmes, mères, et filles de mobilisés.
C'est ainsi qu'il proposa h l'administration de l'intendance de mettre à sa disposition l'atelier qu'il avait organisé^ avec son matériel et tous les concours existant déjà, tant des ouvrières que des dames qui s 'étaient dépensées depuis plusieurs mois. Cette proposition ayant été acceptée, le Comité put réaliser la confection de plus de 468.000 objets, confiés à i.5oo ouvrières, auxquelles il a été payé une totale de 167.000 francs de salaires.
Le concours dévoué des dames du Comité, joint aux dons reçus, permit d'envoyer gratuitement au front plus de 33.000 objets, dont des officiers de tous grades ont assuré la répartition aux hommes sous leurs ordres (i).
Il conviendrait de répéter, pour les prisonniers, ce qui vient d'être dit des combattants : de part et d'autre, la sympathie a été universelle, autant que justifiée. A Aire, les prisonniers de la région reçoivent chaque semaine, d'expéditeurs fidèles, de nombreux colis.
Le Comité municipal de Boulogne, — sous le couvert de la Fédération départementale, fondée afin de
(1) En même temps, par le zèle de MM. Chantry, Danel et Lud. Remon, plus de six mille colis étaient envoyés aux combattants des régions envahies du Nord et du Pas-de-Calais, grâce à une souscription faite avec le concours du Télégramme, et à une Messe célébrée devant les autorités reliaieuses. civiles, militaires, avec une quête spéciale. — Tout récemment, les dames des armateurs, par un appel et un sermon de charité prêché par M. le chanoine Sellier, ont recommandé les marins des chalutiers, si courageux et si dignes d'intérêt, en vue de leur obtenir « des vêtements et des douceurs ». Avec un dévouement qu'on ne saurait trop apprécier, ils nous défendent contre les sous-marins. Au milieu des dangers, par tous les temps, ils tiennent la mer, ils veillent pour préserver le détroit et nos côtes des torpilles et des mines. — L'Union des Femmes de France a fondé à Boulogne un ouvroir, pour les réfugiés serbes, qui leur a fourni des vêtements d'octobre à décembre 1915.
A l'arriére, FOI ET CHARITÉ 4Gr
garantir la bonne répartition des dons, — a déjà assuré l'envoi de près de deux mille colis de vêtements et de vivres à cinq cents prisonniers. — L'œuvre spéciale des prisonniers, avec le concours actif de IVP®^ Benoît, Dussausoy et Surmont, a fait aussi de nombreux envois.
A Saint-Omer, un Comité de secours en faveur des prisonniers a son siège chez M. le président du tribunal. Chaque mardi, les dames préparent, en réunion, et expédient les précieux colis.
La Ligue des Femmes françaises a créé, dès novembre i9i4, un Comité de secours aux prisonniers . des régions envahies du Pas-de-Calais qui, en une année, leur a fourni vingt mille francs de vivres, sans compter les secours intellectuels et autres. Elle se charge des expéditions de la Fédération pour deux cents prisonniers, soit quatre cents colis mensuellement; elle secourt, pour le compte de particuliers, soixante-dix autres prisonniers; enfin elle pourvoit, au nom de l'autorité civile, à la confection et à l'envoi de deux mille colis mensuels.
Il a été fondé à Boulogne, par l'initiative de MM.Chantry et Danel, de Lille, avec le concours de la presse, une œuvre d'un haut intérêt, en faveur des combattants €t des prisonniers des régions envahies, un Secrétariat.
« C'est, dit M. Chantry, la force morale distribuée aux pauvres garçons sans famille : dans toutes les lettres, accusant réception d'un mot ou d'un paquet, on lit : « Depuis six mois, huit mois, je n'avais rien reçu. J'ai pleuré en ouvrant votre colis. IMaintenant, je mo sens picin de cou-
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rage!... Désormais, nous lutterons encore avec plus d'énergie. »
La fondation de ce Secrétariat amena l'échange de milliers de lettres; des dames dévouées, et particulièrement la présidente de la Ligue des Femmes françaises, coopérèrent largement à ce travail d'utile réconfort.
Bientôt, il ne s'agit plus seulement de correspondre avec nos chers soldats des régions envahies : sur leur demande, il fallut rechercher leur famille, à travers la France. Ici encore, de nombreuses bonnes volontés s'offrirent.
De la même façon, et par le progrès logique de cette œuvre excellente, le Secrétariat rechercha les soldats (( disparus », soit dans les ambulances, soit dans les dépôts, soit en Allemagne : trois mille prisonniers ont ainsi été retrouvés (i).
On voit combien ce secours moral est important,, quels services il rend et quels nobles sentiments iî suppose et suscite, au nom de la véritable fraternité ;. française et chrétienne. Non in solo pane vivit homo!
Les œuvres se rapportant au soin des blessés ont été, dès le commencement de la guerre, l'objet de la sympathie unanime; elles ont été encouragées par des versements ou des dons en nature très considérables.
Si, à l'origine, l'évacuation des blessés dut se faire par des moyens de fortune, (( on se rappelle, dit
(1) On a rattaché à cette œuvre boulonnaise la création d'urie permanence, et l'organisation de 1' « adoption », pour les permisstonnaîres sans famille.
A l'arrière. FOI ET CHARITÉ 463
M. Furne, délégué général adjoint de la Société des Secours aux blessés, l'assistance spontanée de toutes les populations, accourues au passage des gares pour chercher à soulager tant de misères ».
L'accumulation des blessés à Arras, les jours atroces des bombardements ont mis en relief bien des dévouements, — payés même de la vie, nous l'avons vu, — parmi les religieuses, les infirmières, brevetées ou non, dont une récompense extérieure n'a pas toujours mis le mérite (i) en un relief suffisant.
Après la bataille héroïque de l'Yser, les blessés et malades affluèrent dans le nord du département, et furent entourés de tous les soins indispensables; mais c'est à partir du commencement de l'année i9i5 que l'organisation fut vraiment complète.
(1) A celle.s dont la citation est rapportée plus haut 11 convient d'ajouter, pour leur héroïsme à Arras, M'" Marie-Louise Gherbrant. « Rien n'a pu ralentir le dévoûment de cette jeune fille, qui s'est consacrée, depuis le début de la guerre, au soulagement des soldats blessés. Empressée auprès des malades, se chargeant parfois des besognes les plus pénibles dans les ambulances, son courage est digne des plus grands éloges. » — M°" Batut, directrice de l'institut Fénelon, « malgré le danger, a apporté son plus actif et son plus généreux concours aux médecins de l'ambulance 3/17 et, pendant le bombardement presque incessant de la ville d'Arras, a continué, de jour et de nuit, à prodiguer ses soins aux blessés et à les rassurer par sa belle humeur et son sang-froid. »
Nous relevons, sur la liste la plus récente des récompenses accordées sous forme de médailles d'honneur des épidémies : Méd. de vermeil, M"" Renaud, à Berck-Plage; méd. d'argent, M°° Vereype, à Calais; méd. de bronze, M"" Vaillant et de Vesin, à Berck- Plage; M"" Clais, Forest, Delomel, à Calais; M""" Delplanque, Quentin, Caron de Fromentel, Sagot, à Saint-Omer.
M. l'abbé L. Briche, vicaire au Portel, brancardier-aumônier, vient de mériter, tout récemment aussi, une citation, la cinquantième du diocèse.
Outre leur devoir professionnel, la charité chrétienne a guidé nos prêtres-soldats, très nombreux, quF sont appliqués par la loi militaire à ces soins matériels; l'un d'eux, M. l'abbé Caridroit, y a succombé; trois ont obtenu la médaille des épidémies : tous se sont montrés dignes de l'estime de leurs chefs.
Parmi les religieuses hospitalières, nous mettons à la première place celles qui ont été victimes de la guerre violente, à Arras et à Souchez; nous joignons à leur souvenir celui de la Mère Marie-Bernard Philippot, religieuse Visitandine de Boulogne, et celui de la Mère Odilia Dusautoir, religieuse de Notre-Dame de Sion, à Saint-Omer, que la contagion et le surmenage ont frappées au chevet des blessés; bon nombre de ces religieuses ont reçu, dans des ordres du jour élogieux, un hommage public.
Les Congrégations qui, par vocation et par tradition, — comme les vaillantes Augustines et Franciscaines, honneur et parure du diocèse, — avaient la sollicitude des hôpitaux, publics ou privés, n'ont pas été les seules à soigner les blessés militaires, avec une recrudescence de dévouement. D'autres ont ajouté cette fonction surnaturelle à celles qu'elles accomplissaient déjà : ainsi les Petites Soeurs des Pauvres, à Calais et à Boulogne; les Filles de la Charité, à Arras, à Bully et à Nœux; les Dames de Sion, à Saint-Omer; les Sœurs de Saint-Erme et celles de Broons, à Berck-Plage; les Soeurs du Bon- Secours, à Arras et à Boulogne (i); les Sœurs hospita-
(1) Celles-ci, avant d'accepter un hôpital de 20 lits, avaient déjà recueilli, dans leur maison de la rue Saint-Martin, les Carmélites de Dixmude, les Sœurs de la Présentation d'Avesnes, et leurs propres Soeurs de la maison d'Arras.
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lières d'Auchel; les religieuses de la Visitation de Boulogne. Celles-ci, avec une abnégation particulièrement méritoire, se sont toutes mises au service des blessés, inspirées par la bonté et la générosité salésiennes, en fondant une ambulance de soixante-dix lits, dans leur monastère providentiellement sauvegardé.
Avant la guerre, les deux rameaux de la Croix-Rouge qui se développent dans le département, — la Société de secours aux blessés militaires et l'Union des Femmes de France, — avaient des installations bien organisées et facilitaient l'obtention des diplômes, — brevet de guerre et brevet supérieur, — qui devaient rendre des services, imprévus peut-être, mais immédiats et très considérables, dans toute notre région.
Il suffira, pour en juger, de savoir que les collaboratrices de V Union, à l'hôpital de la rue Cazin, à Boulogne, sont au nombre de quatre-vingts, sous la direction de ]VP® Voisin, assistée de M™® Bimbenet, et que le nombre d'infirmières de la Société de secours, pour les quatre hôpitaux français de Paris-Plage, sous la direction de ^P® Jannet, s'élève au même chiffre.
Les infirmières, elles aussi, ont eu leur vaillante, mais douloureuse victime, dans la personne de M™® Devin, d'Hirson, infirmière à l'Ermitage de Paris-Plage, qui a payé de sa vie, au milieu des hommages de tous et des prières de l'Eglise, son dévouement aux blessés.
Outre les hôpitaux militaires officiels, les « hôpitaux bénévoles » font au département comme une couronne,
sanglante et glorieuse à la fois, dont nous ne pouvons donner le détail. Citons seulement quelques chiffres et les noms des directeurs et directrices des œuvres.
La Société française de secours aux blessés militaires (Croix-Rouge française) avait dans le département, au début des hostilités, 22 hôpitaux inscrits (i). Pour faciliter le service, le département fut détaché de celui du Nord, et mis sous la direction, très compétente et très dévouée, de M. Furne, comme délégué-général adjoint.
A Calais, l'hôpital de la Croix-Rouge, avec cent lits, a à sa tête M"^® Foissey, assistée d'un comité de dames et de la Sœur Marie-Michel pour le service des fiévreux; les soins médicaux sont donnés par le docieur Crèvecœur. La Société a, de plus, un hôpital de 100 lits pour l'armée belge, sous la direction de M™^ d'Ocagne.
A Saint-Omer, l'hôpital de la Croix-Rouge est installé, avec 45 lits, sous la direction de M™"" Caron de Fromentel, dans les vastes salles du monastère des Dames de Sion; la Société des jeunes Amis des Blessés, formée d'élèves des établissements secondaires, recueille, pour les blessés et malades, des objets utiles et agréables.
A Boulogne, l'hôpital de la Croix-Rouge est situé à la Clinique de la rue de la Paix, sous la présidence de M"^^ R. de Rosny, avec le concours dévoué de MM. les docteurs Lamiot et Bluysen,derinfîrmière-major M"®J... et d'un comité de dames; la Société a dû constituer deux annexes en ville, aux Petites Sœurs des Pauvres (3o lits; 3.000 journées) et au couvent du Bon-Secours (20 lits;
(1) Cette société possédait en France, au 1" novembre 1915, 771 hôpitaux contenant 56.679 lits: dans le P.-de-C elle a dépensé près «le cinq cent mille francs depuis le début de la guerre.
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5oo journées); de plus, un hôpital a été créé à Wimereux, sous la direction de M""® Brugnon et de M. le docteur Deseille (20 lits), et un autre à Marquise (3o lits), sous la direction de M"® de Viry. Les trois présidentes viennent de recevoir des récompenses officielles (i).
A Montreuil, sur l'initiative de M. G. de Lhomel et sous la présidence de la très regrettée M™® de Saint- Jullien, il a été créé dans l'Orphelinat un hôpital dirigé par M'^*" de Saint-Jullien, infirmière-major, médaillée des épidémies.
A Saint-Pol, l'hôpital auxiliaire n'a eu qu'une courte durée, les locaux ayant été occupés par l 'état-major, il a été transformé en une infirmerie de gare, très utile pour les malades de passage.
A Hesdin,on a créé une ambulance de la Croix-Rouge, dans les bâtiments de la Mairie, avec une annexe pour un service d'ophtalmologie.
A Bully-les-Mines, l'hôpital créé par îa Société des- Mines de Béthune a été héroïquement desservi, malgré un bombardement, par la Sœur Jeanne et la Sœur Marguerite, et par tout le personnel de l'ambulance : MM. les docteurs Mancel, A. et P. Bréhon, Jonas, infirmier, Vittu, pharmacien, et M. l'ingénieur Boussert, directeur.
h'Union des Femmes de France possède, rue Cazin, à Boulogne, un grand hôpital où le nombre de journées s'est élevé à 18.762; M. le docteur Déjardin est préposé au service médical. — Elle dirige aussi à Calais (2) un
(1) Nous avons parlé plus haut des hôpitaux de Berck et de Paris- Plage, à propos des visites de Monseigneur, pages 437 à 442.
(2) A Calais également, fonctionne le Dispensaire Devaux, hôpital bénévole, honoré du don du Saint-Père, après le bombardement qui l'a atteint (35 lits; fondateur : Mgr Debout; médecins : M. le D' Leroy, M. le D' Lefebvre).
hôpital important, de soixante lits, sous la direction de ^me Berquet et de M. le docteur Deroide.
De plus, à partir du i5 mai, elle dirige l'ambulance de la gare des Tintelleries, avec ravitaillement des soldats dans les trains.
Elle a participé, avec la Société de Secours, à la (( Journée » du i4 juillet i9i5, et au fonctionnement du poste de secours de la grande gare de Boulogne, avec ravitaillement (i), d'octobre i9i4 à février i9i5.
Mentionnons encore l'œuvre du Souvenu' français, à laquelle le soin de l'entretien des tombes, dans les cimetières militaires, incombe de plus en plus, et celle des Mutilés de la guerre, qui vient de fonder une succursale à Boulogne, sous la présidence de M. Furne.
En plusieurs circonstances, Mgr l'évêque, reçu avec une respectueuse gratitude par les administrateurs et le corps médical, a voulu apporter à ces hôpitaux ses consolations et ses encouragements, d'ordre spirituel et matériel.
Par deux fois, Sa Grandeur a pris la parole à Boulogne, en faveur des deux sections unies de la Croix- Rouge et du Souvenir français.
La première réunion a eu lieu à Notre-Dame de Boulogne, à Pâques i9i5 :
« Pitié, admiration, reconnaissance », tels sont les senti-
(1) Une autre infirmerie de gare a été fondée à Etaples, par M. le curé de Paris-Plage, MM. Vibert et Façon. Grâce à de généreux Jûienfaiteurs, notamment M. Foucaut et M°" Steneham, 11 a été, au moment des passages si nombreux de trains de troupes et de trains sanitaires, distribué plus de dix mille francs de secours en deux mois.
A l'arriére. FOI ET CHARITÉ 469
ments, exprimés par la prière, que nous fait éprouver le souvenir de nos morts et de nos blessés. Honneur à tous ceux, honneur à toutes celles qui, à divers titres, de toute leur âme, de tout leur dévouement, les soignent et les guérissent 1
Honneur aussi à ceux qui, comme vous aujourd'hui, ajoutent l'or de leur charité à cette sollicitude constante qui, sous les plis du drapeau de la Croix-Rouge, est prodiguée à nos chers blessés, à nos chers malades !
La seconde assemblée a eu lieu, en l'église Saint- Nicolas, le 21 novembre i9i5, en présence de S. M. le roi de Portugal Manuel, et des autorités civiles et militaires. Sa Grandeur a exposé les raisons du patriotisme catholique :
Nous devons aimer la patrie comme catholiques, sans préjudice certes, mais au contraire pour le plus grand bien de cette universelle fraternité des âmes que le Christ apporta au monde. La France est l'apôtre de la civilisation chrétienne par tout ce qu'elle est, par sa place, par sa langue, par les races qui la composent, et par son histoire.
Croyant cela, aimer et défendre notre Patrie, ce n'est pas seulement aimer et défendre un territoire, des biens et des intérêts temporels, c'est encore aimer et défendre tout un passé, tout un héritage de gloire et de grandeurs religieuses, de travaux consacrés à la défense de la foi, de luttes soutenues pour le Christ et son Eglise.
Croyant cela, ce n'est pas nous qui songerons à découronner la France, à lui ôter quoi que ce soit de ce qui fait son légitime orgueil : gloires littéraires et gloires scientifiques, gloires des arts et gloires militaires, gloires civiques et gloires religieuses; nous les saluons toutes et sommes prêts à jeter le cri : u Gare à qui les touche! gare à l'ennemi qui les souille ! »
Croyant cela, ce n'est pas nous qui arrêterons la France dans sa prospérité, la troublerons dans sa paix, commettant ainsi le crime de ceux qui blessent le sein qui les a formés,
ce que le grand docteur d'Hippone appelle le « parricide de la patrie qui contient à lui seul tous les crimes. »
L'heure a sonné où il faut courir aux frontières menacées, ce n'est pas nous qui retardons les dévouements; nous les excitons sans cesse, et sachant que les peuples ne se sauvent pas seulement par les efforts humains, nous implorons le secours de Celui qui porte dans ses mains la destinée des nations.
Aussi, quand nous, Evêques, nous élevons la voix pour avertir, pour donner de respectueuses mais austères leçons, parce que nous voyons dans certaines mœurs un danger pour les âmes, un risque pour notre honneur, un péril pour la race — qu'on le sache bien ! — c'est encore l'amour qui nous fait parler : l'amour d'une France que nous voulons toujours plus saine, plus forte, plus digne de ses éminentes qualités et de sa sublime mission. Nous l'aimons a ce point que pour elle nous versons notre sang, tout notre sang. C'est par centaines et centaines que nous comptons les victimes sacerdotales qui ont mêlé leur sang au sang de vos fils et de vos frères. Que de prêtres et de lévites de l'Artois et du Boulonnais sont tombés au champ d'honneur, heureux et fiers de mourir pour leur mère très aimante et très aimée : la France ! Tel est le patriotisme catholique.
Si nos blessés ont reçu, de tous ceux qui le pouvaient et le devaient, tout ce qui était nécessaire au rétablissement de leurs membres meurtris pour la patrie, les secours utiles à leur âme ne leur ont nulle part manqué.
Certes, leur liberté de conscience a été assurée — — nous avons eu pour preuve à Boulogne la délicatesse avec laquelle les Petites Sœurs des Pauvres ont aidé à suivre les pratiques de leur religion douze blessés mahométans, tirailleurs tunisiens; — mais quelle bonne volonté, quelle ferveur, quel désir de remercier
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Dieu et de vivre spirituellement en union avec la famille lointaine, des centaines et des milliers de soldats ont manifestés! Il y a eu des baptêmes (i), des confîr-
(I) Cornilleau a raconté, avec verve, sa visite au « clairon noir -^ Goundia et à son sergent, chez les Sœurs de Bon-Secours à Boulogne :
« Un petit parloir de couvent transformé en ambulance. Quelques lits seulement, quatre de chaque côté, mais pour les blessés qui reposent ici, c'est plus intime, cela ne sent pas les grandes salles d'hôpital aux relents de pharmacie... Goundia est du nombre de ces privilégiés. Goundia, c'est un clairon des tirailleurs sénégalais, un nègre du plus beau noir, charpenté en hercule, mais la physionomie bonne et gaie. Il a été blessé en Belgique; ramené dans cette maison de calme et de repos, où les religieuses gâtent leurs soldats comme des enfants, Goundia y a retrouvé son sergent, blessé au même combat que lui — son sergent qu'il aime, qu'il sert et qu'il suit comme un bon chien. Alors, il a fallu les mettre dans des lits côte à côte, sans cela Goundia eût préféré coucher sur le plancher, au pied du lit de son sergent...
Tout le temps que nous causons avec le sergent, Goundia ne nous quitte pas des yeux. Il ne comprend pas tout, mais il boit littéralement et il devine notre conversation. Ses bons yeux sourient et jettent sur sa physionomie noire aux traits rudes et saillants une expression d'intelligente douceur... C'est maintenant l'heure du déjeuner; la sœur lui apporte une tasse de café au lait bien chaud et velouté.
— Oh! ma zoura, toi bonne, toi zolie...
Goundia boit, après s'être bien assuré que son sergent en a autant, mais, soudain, il nous regarde et nous tend sa tasse.
— Toi boire... Tiens!
Bon et brave Goundia! son premier mouvement est toujours de partager. On le comble de friandises. Il donne tout aux autres blessés.
La sœur revient. Goundia la regarde, et, battant des mains :
— Bonne zoura, quand moi guéri, moi danser tam-tam pour toi...
— Et moi aller remercier toi Paris.
Mais le sergent lui dit qu'il va falloir retourner au feu, qu'il y a encore des Boches à combattre et à cha.sser, Goundia se dresse sur sa couchette :
— Oh!... canon... boum, boum... Y a bon...
Puis un éclair passe dans ses yeux. Il saisit son clairon accroché au-dessus du lit, et, avec un entrain, une ardeur, un souffle qui électrisent la petite salle, Goundia, superbe dans sa chemise rouge et sous son bonnet phrygien, sonne la charge à pleins poumons ».
Chez lui, Goundia a connu les missionnaires; ici, il retrouve la même foi qui lui a été prêchée au Sénégal, et il demande le baptême. Son sergent l'instruit, — car il est le seul in-
malions, des premières communions, des unions réhabilitées; il y a eu surtout, par la pratique de la vie chrétienne, reprise ou accrue, la promesse de la fidélité à Dieu, que confirment des correspondances touchantes, vibrantes de foi et de reconnaissance; après la guerre, cela nous refera, un peu partout, une France nouvelle.
§ 3. — Pour les Œuvres diocésaines de guerre.
Mgr l'évêque, dans sa lettre pastorale du 21 juillet i9i5, a recommandé en ces termes les Œuvres de guerre de son diocèse :
Nous espérons n'être pas traité de mendiant importun, en sollicitant, pour les Œuvres diocésaines de guerre, la charité matérielle.
Avant de vous tendre la main, — comme un père qui demande à ses enfants la subsistance dont il a besoin, — Nous avons, par discrétion, laissé passer devant Nous bien des œuvres dignes de votre généreuse pitié; mais Nous avons l'assurance qu'ayant été vous-mêmes sollicités bien des fois personnellement, vous avez conscience des instances qui, perpétuellement et non sans raison, se pressent autour de votre évêque et qu'il ne peut rejeter.
Grâce à vous, Nous avons reçu déjà, dans Notre ambulance du Saint-Sacrement, les blessés et les malades par mil-
terprète possible, — et pour cela il refait sa propre Instruction religieuse. Goundia admet et accepte tout, y compris la monogamie. Avant le baptême, on l'invite à signer l'attestation écrite qu'il embrasse, librement, volontairement, la foi catholique. Et il signe, par ce moyen qui ferait tressaillir d'aise Bertillon : il pcbe l'index droit sur le papier, et un témoin fait une trace d'encre à chaque phalange. A la cérémonie, un parrain ?A une in:irraine, très sj^mpathiques à l'ambulance, apportent leur concours. Goundia reçoit de pieux cadeaux. Et le lendemain, avec son sergent, il fait sa première communion, avec une ferveur d'ange. Il doit partir promptement; il sera confirmé à Marseille!
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liers, jusqu'au jour où les obus meurtriers la rendirent inhabitable et commencèrent à la détruire.
Enumércr nos ruines d'aujourd'hui, prévoir celles de demain serait impossible; daignez-Nous épargner cette douleur, et accorder votre confiance au Comité de prêtres et de laïques qui, sous Notre présidence, s'est occupé déjà des blessés.
Les blessés de la guerre, vous le savez bien, ne sont pas seulement ceux qui ont souffert dans leur corps. Combien de nos compatriotes ont dû chercher au loin un asile I D'après une statistique officielle, ils sont 108.816, sur 457.742 réfugiés ! Parmi eux, combien de personnes honorables sont devenues des pauvres honteux, glorieusement honteux ! Que d'orphelins, d'orphelines, d'enfants dans la misère, dont la subsistance et l'éducation chrétienne exigent Notre concours (i) ! Que d'autres diocésains habitent encore à quelque distance de leur foyer ruiné, cultivateurs sans fermes, employés sans fonctions, ouvriers sans travail, et permettez-nous d'ajouter : pasteurs sans presbytères et sans paroisses ! C'est au cœur de leur évêque qu'ils confient discrètement la destruction de ce qui, chez eux, était indispensable à la vie.
Et lorsqu'il faudra, dans d'autres étables de Bethléem,, restaurer le culte de notre Dieu, le culte de la Vierge Marie, le culte des Saints locaux, vers qui se tourneront d'abord les supplications, sinon vers Nous ?
Certes, Nous avons confiance dans la sollicitude qui déjà prépare officiellement la réparation des dommages de la guerre, pour tous ceux, égaux en loyalisme et en patriotisme, qui en auront souffert; mais Nous savons que, partout et toujours, la charité a sa place marquée à côté de la justice, et Nous demandons de Nous aider à la faire belle et grande, sans préjudice des œuvres catholiques indépendantes de la guerre, dont la sollicitude Nous incombera de plus en plus.
Déjà, de diverses régions de la France, Nos vénérables
(1) Depuis lor.s, Monseigneur, faisant sienne la déclaration du cardinal Amette, a recommandé à MM. les curés de dresser le dossier des orphelins de leurs naroisses. de créer un Comité local et de s'aftilier à l'Association parisienne des Bons enfants.
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frères dans l'épiscopat Nous ont largement tendu une main secournble — et nous ne saurions trop les en remercier, eux et les fidèles de leurs Eglises (i); — déjà la jeunesse de nos écoles catholiques Nous offre (2), et Nous l'en bénissons, —
(1) Mgr Penon, évêque de Moulins, a prescrit, le 15 août 1915, une quête pour les œuvres diocésaines d'Arras : « Nous vous adressons aujourd'hui un appel nouveau, pour la région dévastée actuellement avec un raffinement de barbarie. Nous vous l'adressons surtout pour tout le diocèse dont l'évêque, admirable de courage et de dévoûment, a été votre évêque avant d'être appelé par le Saint Siège, et sur la demande du clergé d'Arras, à gouverner ce vaste diocèse où l'attendait une mission à la fois si douloureuse et si glorieuse.
La France entière est fière de son héroïsme, et de plusieurs diocèses de France, on lui a adressé déjà de généreuses offrandes. Le diocèse de Digne lui adressait récemment plusieurs milliers de francs. Le diocèse de Moulins se doit à lui-même d'être au premier rang en ce moment, et d'envoyer à Mgr Lobbedey, qui a été si généreux lui-même pour son premier diocèse, une offrande qui soit le digne hommage de la piété filiale la plus reconnaissante et la plus méritée. »
Mgr l'évêque d'Arras a répondu avec effusion, en ces termes : « Si votre charité s'est tournée vers le diocèse d'Arras, avec une particulière bienveillance, c'est que l'Evêque de ce diocèse a eu l'honneur de Vous précéder sur le siège de Moulins.
Je n'ai pu oublier une Eglise à laquelle je m'attachai comme on s'attache à une première Epouse-, ses prêtres, ses fidèles n'ont point cessé d'être au: nombre de ceux pour qui je prie toujours; de leur côté, ils veulent bien songer à moi et subvenir à ma détresse; ce que j'aurais fait volontiers s'ils eussent été dans le besoin, ils le font avec une libéralité qui m'émeut et dont je Vous prie de les remercier en mon nom comme au nom de mes diocésains. »
Mgr Lobbedey a reçu des dons d'un bon nombre de ses frères dans l'épiscopat, notamment de NN. SS. les archevêques et évêques d'Agen, Angers, Aix, Auch, Bayeux, Besançon, Bordeaux, Bourges, Clermont, Digne, Evreux, Fréjus, Grenoble, Lyon, Mende, Paris, Rennes, Saint-Claude, Saint-Flour, Séez, Sens, Toulouse, Valence.
Sa Grandeur les remercie de toute son âme, et remercie également les compatriotes éloignés, que leur cœur généreux rapproche de nous : tel dom Lebas, de Pas-en-Artois, prieur de la Chartreuse de Sierra-s.-Bruno (Calabre); tels des missionnaires et des chrétientés des extrémités du monde. — Joignons ici ceux qui se dépouillent de souvenirs personnels, comme M. l'abbé J. Fassy. curé de Lamanon (dioc. d'Aix), lequel a offert le beau calice de sa première Messe.
(2) Dans les écoles, pensionnats et Collèges libres, les volumes de prix ont été remplacés par un élégant diplôme, avec la signature -autographe de Sa Grandeur : « Que Dieu bénisse votre patriotique charité! » — 11 en sera de môme pour 1916.
A L'AuaiÈiir:. — roi et (Uiarité /i7r>
la valeur de ses prix. Suivez ces exemples charitables, et vous Nous permettrez ainsi de redire cette parole de l'Esprit Saint : « Ecce nova facio omnia; je renouvelle toutes choses », à l'exemple de saint Yaast, et selon les traditions de cette « éternelle recommencense » qu'est l'Eglise de Dieu.
A cet appel général, Monseigneur a ajouté un autre appel, plus particulier, concernant la restauration, au moins provisoire, des églises dévastées ou détruites, là où le pays cesse d'être envahi.
Dans notre seul diocèse, combien d'églises ont été dévastées ! Sans parler de Notre cathédrale, 5o à 60 sont déjà en ruines. Et quelles ruines ! Que rcstc-t-il de quelques-unes pour mériter même ce nom ?
Le 27 octobre dernier, un de nos écrivains disait :
« J'ai vu Ablain-Saint-Nazaire. De son église, une pile de maçonnerie, une sorte de colonne subsiste... A Garency, un soldat heurte du pied la monture de plomb d'un vitrail et dit : « Tiens! l'église était donc là? »
Ainsi a été sapé, brûlé oe que l'on croyait immuable, ce qui avait demandé de longues années peut-être pour être debout sur ses assises.
Semblables aux glorieux soldats que nous pleurons, nos sanctuaires sont tombés au champ d'honneur. Nous ne pouvons rendre la vie à nos chers morts, mais nous pourrons redresser nos murailles écroulées.
Une fois la tourmente passée, ce sera notre grande œuvre. En effet, les maisons particulières sortant de terre et réapparaissant une à une, est-ce que la maison de tous, lu maison de Dieu seule ne renaîtrait pas .^ Il faudra qu'elle renaisse la première, car, on l'a bien dit (i), « la réfection des temples dévastés est à la base de toute réédifîcation sociale, demain nécessaire ».
(1) Pour les églises dévastées de France et de Belgique, article de M. Tancrède Rothe, professeur de droit naturel à l'Université catholique de Lille. {Croix de Paris du 29 septembre 1915.)
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Mais on n'attendra pas qne ces temples nécessaires soient achevés, avant de réorganiser le service divin. Sans retard, on s'occupera d'établir des abris provisoires, d'arranger des bâtiments quelconques, afin que les morts ne restent pas sans prières, et les vivants sans culte religieux (i).
S 'adressant spécialement aux dames de l'OEuvre des Eglises pauvres, Mgr l'évêque ajoute (2) :
Certes, j'ai toujours aimé, toujours admiré votre Œuvre, mais c'est bien à l'heure présente que je vois plus clairement toute son utilité et toute sa grandeur.
Que, dans un temps où les misères, au lieu de décroître, semblent s'accumuler les unes sur les autres, on n'en laisse aucune sans secours, rien de mieux; l'Eglise veut que les cœurs deviennent plus sensibles à la pitié, les mains plus
(1) Un comité de Secours aux églises dévastées des régions envahies s'est formé récemment à Paris, sous la présidence d'honneur de S. E. le cardinal Amette. Il a été chaudement approuvé par le Souverain Pontife, qui a daigné envoyer une offrande personnelle de cinq mille francs.
Les souscriptions, comme les demandes de secours et de renseignements, doivent être adressées à M"' la Secrétaire, 3, rue Oudinot, Paris.
Nous xjrions M"°' Henri Taillandier, M. et M"" Henry Cochin d'agréer tous Nos remerciements pour le concours qu'ils ont donné et donnent encore à cette œuvre si catholique et si française.
(2) Lettre pastorale du 8 novembre 1915. — Déjà Sa Grandeur a été entendue : peu avant sa mort, Mgr Catteau, évêque de Luçon, a reçu une délégation de l'Œuvre des Pauvres églises de son diocèse, lui offrant délicatement pour son pays d'origine tous les travaux de l'année. Du diocèse d'Aix, on se propose d'adopter telle ou telle paroisse artésienne. A Paris, la générosité est la même. A Boulogne, la Ligue patriotique des Françaises, section d'Arras, vient d'établir un atelier de 25 dames, à l'Ecole Sainte-Ide, pour les églises pauvres. — A Montreuil, l'Œuvre très douloureusement éprouvée par la mort de sa présidente. Madame de Saint-Jullien, l'âme de toutes les œuvres de la ville, va maintenir ses réunions. — Des Comités de dames sont en formation à Berck-Plage, Paris-Plage et ailleurs. — Des écoles libres consacrent à la confection des linges sacrés le temps du travail manuel. — Les Noëllstes favorisent aussi les « trousseaux euchanstiques » des prêtres-soldats et des églises dévastées.
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largement cnverles, à mesure que se niulliplienl les infortunes. Pourtant, il y a une hiérarchie dans les besoins et, par conséquent, un ordre à suivre dans l'exercice de notre charité. Et quand Notre-Seigneur lui-même est au nom,bre de ceux que la guerre a dépouillés, n'est-ce pas à Lui 'que doivent aller nos premiers secours? Quand le lieu où se célèbre le culte divin, quand le sanctuaire doit être le centre de tout futur groupement paroissial, le foyer d'où rayonneront les énergies qui assureront aux organisations nouvelles une vitalité plus chrétienne et plus forte que celle d'autrefois, n'est-ce pas à lui qu'il faut pourvoir avant tout?
Vous y pourvoirez, Mesdames, et sans exhorter à nouveau votre dévouement qui m'est connu, je fais aujourd'hui un pressant appel à la bonne volonté des personnes nombreuses à qui il serait possible, sous votre direction, de s'associer à vos travaux.
Les unes ne sont peut-être pas libres de leur temps; qu'elles veuillent bien alors faire à votre OEuvre une aumône dans la mesure de leurs moyens. J'entends ici, par aumône, certains objets en nature, aussi bien que de l'argent.
L'appel ne s'adresse pas à l'argent seulement, mais encore à l'industrie féminine, s 'exerçant soit à des ouvrages neufs, soit à l'accommodement d'étoffes et de parures qui pourront servir à ce dessein.
Le soin de fournir des ornements sacerdotaux aura en même temps l'avantage d'occuper des ouvrières sans travail.
Il est certainement dans nos villes des personnes assez nombreuses, à même de vous aider et de mettre au service de votre œuvre l'industrieuse habileté de leurs doigts. De plus, parmi les jeunes filles de nos pensionnats libres, il n'en est aucune qui ne s'estimera heureuse de faire, sous la direction de ses maîtresses, un travail qui est en même temps un acte de la plus haute charité.
Quant aux dames de la campagne, je n'ignore pas que, par suite de l'absence de leur mari ou de leurs fils, elles ont plus de charges à supporter; quelques-unes, cependant, ont encore assez de moments libres pour coopérer à vos tra-
vaux après s'être concertées avec quelque dame associée d'une cité voisine.
Enfin, parce que, de Boulogne, la pensée franchit vite l'étroit bras de mer qui nous sépare de la nation alliée, j'ai pensé que, si les hommes s'unissent pour se défendre contre un ennemi commun, les femmes pouvaient s'unir dans l'exercice d'une même charité, et que nos religieuses françaises établies en Angleterre s'emploieraient volontiers à nouer ces nouvelles et précieuses relations.
Ainsi, l'alliance des peuples n'irait pas seulement à rejwusser un agresseur injuste, elle irait jusqu'à réparer l'un (les plus grands maux qu'il a causés.
Concluons donc, avec Maurice Barres (i), qui est comme toujours l'instigateur d'idées généreuses et pratiques, dans son bel article sur les Eglises qui veulent naître et les Eglises qui rejusent de mourir :
J'ai vu en deux matinées les églises qui veulent naître et les églises qui refusent de mourir. Quelques-uns croient à un antagonisme : l'art moderne d'un côté, les vieilles pierres de l'autre, et en légende : Ceci tuera cela. Eh non! fort aisément les deux pensées peuvent s'aimer l'une l'autre, se respecter et se marier.
L'héritière ne doit pas se presser. Que l'antique église, s'il se peut, vive éternellement, avec ses infirmités, ses blessures et ses mutilations. La conservation et l'utilisation d'une ruine coûtera toujours infiniment moins cher qu'une construction neuve et plaira mieux à toiis les regards, à tous les cœurs. Maintenons jusqu'à l'extrême limite les églises anciennes, mais pour le jour où la ruine s'affaisse, une jeune pensée doit se tenir prête à prendre corps, et qui sait ? au lendemain de la guerre, devant la nécessité de construire du neuf, nos architectes en viendront peut-être
(1) Echo de Paris, 24 février 1916.