II. — L'aumonerie belge dans le diocèse (j
L'aumônerie belge, à Calais, s'est trouvée, après la vaillante retraite d'Anvers, en présence d'un labeur très considérable, auquel elle a su généreusement pourvoir. Dès le i9 octobre i9i4, le service de santé
(1) Il convient d'y ajouter, tout récemment, la courtoise démarche de M. Carton de Wyart, ministre de la justice, Qui est venu, au nom de S. M. le roi des Belges, apporter oralement à Monseigneur l'évêque, après le lui avoir écrit, l'hommage de la Belgique reconnaissante.
(2) D'après les notes de M. le chanoine Meulepas, aumônier divisionnaire à Calais.
avait installé 27 ambulances comptant ensemble 1.470 lits; l'autorité militaire permit aux aumôniers proprement dits (i) de se faire aider par des prêtresbrancardiers, pour le soin des blessés et malades ou leur transfert, par trains sanitaires, en Bretagne et en Angleterre, et pour le service religieux des troupes de toutes armes cantonnées dans les villes et les campagnes de la région.
Non seulement les aumôniers réunissaient ces troupes, pour des cérémonies religieuses et patriotiques et pour des prédications avec chants spéciaux (2); mais ils prêtaient au clergé de la région un concours, rendu doublement précieux par la mobilisation, qui leur vaut toute notre gratitude.
Dans les cantonnements belges des environs de Calais, le service de l'aumônerie a été aussi très régulièrement assuré : après l'héroïque résistance de l'Yser, les soldats aimaient à venir écouter chaque soir la parole réconfortante de l'aumônier. Ils priaient et chantaient en commun.
Le 28 août i9i5, un secrétaire du cardinal Mercier, Mgr Marinis, fut nommé aumônier en chef de l'armée belge, avec tous les pouvoirs d'un évêque par rapport aux aumôniers et au culte. Actuellement, la base belge de Calais comprend un aumônier divisionnaire et une vingtaine d'aumôniers adjoints. Il a été créé pour les
(1) Grâce à une organisation provisoire, que la guerre a rendue définitive, l'armée belge avait le bonheur de posséder un aumônier par bataillon ou fraction équivalente, et un aumônier divisionnaire par division.
(2) M. l'aumônier divisionnaire Meulepas a édité à 200.000 exemplaires un recueil bilingue de Prières et cantiques, et à 100.000 un chansonnier noté, publié sous les auspices du ministre de la guerre.
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soldats des œuvres militaires, et pour les prêtres et religieux soldats, dont le nombre s'est élevé parfois jusqu'à cent cinquante, on a institué, outre une retraite au mois d'octobre i9i5, des conférences spirituelles hebdomadaires et des bibliothèques ascétiques.
Tout ce qui concerne le fonctionnement de l'aumôneric est réglé officiellement dans des réunions spéciales. De Calais, ont été envoyés aux aumôniers de l'armée et de l'arrière pour plus de vingt mille francs d'objets de piété. L'association de Notre-Dame du Salut a adressé aux prêtres belges plus de deux cents autels portatifs.
Le dévouement des aumôniers a produit, dans l'armée et près des blessés, les résultats les plus consolants.
IIL — Les ambulances belges de Calais
C'est par milliers que furent accueillis à Calais, en fin novembre i9i4, les blessés belges, victimes d'une lutte héroïque soutenue, en dernier lieu, sur l'Yser; on y compta, à ce moment, 68 hôpitaux belges.
Il fallut improviser des ambulances à la hâte, dit un journal local. Dans les locaux sanitaires fonctionnant auparavant ou prêts à fonctionner, les blessés belges trouvèrent tout le confort désirable. Ils furent entourés de soins, dès les premiers instants, à l'hôpital civil, à l'hôpital de la Société de secours aux blessés, à celui de l'Union des Femmes de France, à la clinique Leplat, au dispensaire Devaux, aux Petites Sœurs des Pauvres.
M. le chanoine Piedfort transforma son école industrielle en ambulance. Et MM. les curés de la ville, eux aussi, multiplièrent leurs efforts dans le même sens.
Les Sœurs de la clinique ouvrirent leurs portes toutes grandes aux blessés. L'hospice des Vieillards de la me Courtenveau fournit deux salles pour officiers blessés. La maison mère des Sœurs Franciscaines organisa un hôpital complet, où plus de soixante malades purent être soignés à la fois; les pieuses religieuses cédèrent leurs lits aux blessés et couchèrent sur la paille.
Les hôpitaux improvisés firent des prodiges, et bien vite on put admirer les résultats qu'ils obtinrent : tels l'hôpital belge du pensionnat Saint-Pierre, celui de l'Institut Industriel du chanoine Piedfort, de Jeanned'Arc, de l'école de la rue des Prêtres, des nombreuses écoles officielles de la ville de Calais, sans oublier ceux de maintes usines. Et partout la population rivalisa de charité et de soins délicats, pour faire oublier leur infortune à nos frères malheureux.
La chirurgie, indispensable pour la guérison de certaines blessures, ne fut pas oubliée. Dès les premières heures, on pratiqua les opérations aux hôpitaux militaire et civil, à la clinique Le plat, au dispensaire Devaux et même dans des cliniques improvisées, mais parfaitement outillées. Par exemple, dans la maison des Franciscaines, quatre docteurs procédèrent aux opérations les plus délicates, et, parmi eux, un des plus éminents professeurs de chirurgie de l'Université de Louvain.
Par les soins de la Reine des Belges, son médecin, qui était déjà celui de Léopold II, le chirurgien Depage, établit dans l'institution Jeanne-d'Arc une clinique de premier ordre. La Société de Secours aux blessés s'apprêta, elle aussi, à intervenir dans le même sens.
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M. le marquis de ^'ogûé, président de la Société française de Secours aux blessés militaires, ayant offert à S. M. le roi des Belges de créer un hôpital militaire qui prendrait le nom d'hôpital Elisabeth, en l'honneur de Sa Majesté la Reine, M. de Brocqueville, ministre de la guerre en Belgique, fit savoir que cet hôpital devait être installé à Calais, qui sert de base à l'armée belge.
M. de Valence, secrétaire général de la même Société, s'entendit à ce sujet avec le Directeur du service de santé de l'armée, la Municipalité et les divers services intéressés. La Société française de Secours aux blessés envoya à Calais le matériel nécessaire à l'établissement de cet hôpital.
Plusieurs médecins et infirmiers de nationalité belge parlant la langue flamande, de façon à pouvoir se faire comprendre des blessés ignorant le français, furent attachés à cet hôpital. Le duc de Vendôme, arrière-petit-fîls de Louis-Philippe, ne pouvant prendre de service dans les armées françaises, s'engagea pour soigner les blessés à l'hôpital Elisabeth où il a construit, à ses frais, un établissement modèle de radiographie. Sa Majesté la Reine des Belges visita officiellement l'hôpital Sainte-Elisabeth, et deux autres hôpitaux. Mgr le duc de Vendôme, accompagné de la duchesse son épouse, sœur de S. M. le roi des Belges, visita aussi tous les hôpitaux français de Calais.
Lors de son séjour à Calais, Monseigneur l'évêque, après avoir administré le Sacrement de Confirmation à soixante-dix enfants belges de l'école Albert-Elisabeth et
les avoir exhortés en flamand (i), visita aussi l'hôpital belge, où il fut reçu par les autorités militaires, et admira sa belle organisation si rapidement réalisée.
Le grand nombre de blessés belges soignés à Calais suppose malheureusement, malgré les soins prodigués, un certain nombre de morts; ils sont allés à leur dernière demeure entourés du respect de tous. Les Français et les Belges sont enterrés au cimetière du Nord; parmi ceux-ci repose un aumônier, le vénérable doyen de Nivelles. A la Toussaint i9i5, ces tombes ont été ornées, et des cortèges sont allés y prier. Plus tard, un monument rappellera la mémoire de tous les alliés, qui ont donné leur vie pour une cause sacrée.