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IV. — Les colonies belges du diocè:se

Il convient de mentionner avant tout, avec respect et reconnaissance, les prêtres belges qui, chassés surtout de la région flamande, ont reçu dans le diocèse un accueil aussi fraternel que possible : ils occupent notamment avec zèle les cures de Carly-Hesdigneul, Campigneulles. Verlincthun, Nielles-les-Ardres, ou font fonctions de prêtres habitues dans des paroisses de Boulogne et Calais, et à Berck-Plage, Etaples, Outreau, Le Por-

(1) Mgr l'évêque a aussi donné la Confirmation, le 30 avril 1916, à 80 enfants de la colonie de 800 Belges, malades, infirmes, orphelins, qui sont reçus à la Chartreuse de Neuville-s.-Montreuil, avec les bons soins de 40 religieuses, sous la direction de M. le docteur Joulet et de M. l'aumônier Plouvier. (Croix du Pas-de-Calais, 2 mai 1916).

A l'arriére. FOI ET CHARITÉ l^9'J

tel. Ils comblent aussi quelques-uns des vides causés par la mobilisation dans le personnel de l'enseignement libre : Dom Mariage, bénédictin de Maredsous, enseigne avec distinction les sciences à l'institution Saint-Pierre de Calais, et M. l'abbé Mol, qui vient d'être ordonné prêtre par Monseigneur, rend des services signalés à Aire. Deux Carmels, celui de Dixmude et celui de Poperinghe, ont été recueillis à Boulogne, avec toute la sympathie dont ils sont dignes; un orphelinat des Soeurs de Marie est installé provisoirement à Merlimont.

Mgr l'évêque a été heureux de donner les ordres sacrés, dans des ordinations qu'il appelle familièrement (( franco-belges », à deux prêtres de Malines, deux prêtres de G and, quatre prêtres de Tournai, un prêtre de Bruges, un prêtre des Frères mineurs; — un diacre de Bruges, un diacre de Malines, un diacre Rédemptoriste; — un sous-diacre de Tournai et quatre sous-diacres Rédemptoristes. — Sa Grandeur espère que les prières des ordinands susciteront des vocations dans notre propre diocèse. Elle remercie du fond du cœur S. G. Mgr Heylen, évêque de Namur, qui daigne maintenant pourvoir, dans la mesure du possible, aux besoins et à la direction du clergé artésien, en pays envahi.

Les réfugiés belges qui sont fixés dans notre département y donnent, au témoignage du clergé, d'excellents exemples de foi : il suffit de rappeler les visites si paternelles, et si bien accueillies, de Monseigneur, à Berck-

Plage (600 personnes, dont 4oo de la Flandre), à Paris- Plage (4.000 environ), à Etaples (4 00 réfugiés, pour lesquels ont été organisés, après une mission, des offices spéciaux), au Portel (près de 2.000 actuellement groupés en une fédération fraternelle, avec réunions et fêtes variées, sous la présidence de M. Ghys).

Dans ces centres, des prêtres belges aident le clergé local, favorisent la piété des Flamands et réalisent, sur ce terrain surnaturel comme on le réalise sur le front, ce mot toujours vrai : Frater adjutus a fratre, civitas fortis.

§ 3. — Lettre de Monseigneur Vévêque aux prêtres anglais et belges résidant dans son diocèse.

Boulogne, 29 janvier 1916.

Chers Messieurs,

Je viens vous saluer et vous bénir. Aumôniers, infirmiers, brancardiers, chapelains, prêtres intérimaires attachés à nos paroisses, à nos collèges, à nos orphelinats. Soyez heureux (autant qu'on peut l'être aujourd'hui), sur notre territoire diocésain, en attendant que vous puissiez rentrer victorieux dans votre patrie.

Je sais que mes prêtres farternisent avec vous et ne forment avec vous qu'un cœur et qu'une âme. Puisse cette alliance durer! Il est si doux, si consolant de travailler au salut des âmes, dans une parfaite concorde et par des voies surnaturelles! Charitate jraternitatis invicem diligentes : honore invicem prœvenientes. (Rom., XII, 10.)

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Moi-même, quelle profonde et douce émotion n'ai- je pas ressentie en confirmant vos enfants réfugiés de Belgique, en donnant l'onction sacerdotale aux lévites mobilisés, en servant de père aux enfants et aux prêtres de la nation martyre!

D'autre part, l'Eglise est le sanctuaire de la vérité, comme elle est le temple de la vertu. Tous, tant que nous sommes et quelle que soit notre nationalité, nous avons un chef commun, Père et Pasteur de tous. La colonne de la vérité, n'est-elle pas la Papauté.^

De Rome partent la lumière et la vie. Depuis des siècles, les nations comme les individus se tournent vers Rome et en attendent le vrai secours. Ad limina, ad lumina. Inspirons-nous toujours, chers Messieurs, des enseignements du Vatican, vrai phare qui dissipe nos ténèbres.

L'épiscopat anglais et l'épiscopat belge sont étroitement unis au Saint-Siège. Il y a trois ans à j>eine, le cardinal-archevêque de Westminster, présidant les grandioses fêtes de Notre-Dame de Boulogne et les inoubliables solennités de Calais, ne parla-t-il pas avec un respect profond de la chaire de Pierre et de la nécessité de s'y attacher passionnément.!^ Le Pape, peu importe son nom, est debout, comme Jésus-Christ, dans la majesté de sa force divine et dans la touchante humilité de sa faiblesse humaine. Là où est Pierre, là est la vraie Eglise, au dire du docteur de Milan, saint Ambroise.

Le Pape a reçu en héritage toutes les nations et l'Eglise qu'il gouverne s'appelle l'Eglise catholique. Adorons notre Père dans les cieux, mais aimons et bénissons notre Père de la terre. A Benoît XV, que toutes les lèvres sacerdotales apportent leur salut filial, empressé, obéissant.

Prêtres anglais, que de saints communs à l'Angleterre et à notre Artois! Quoi d'étonnant, dès lors, si nous marchons d'un même pas, sous les mêmes étendards? Saint Yulgan, saint Kilien, saints Lugle et Luglien, saint Etton, saint Fursy, saint Pierre d 'Amble teuse, vous les vénérez comme nous les vénérons; vous les invoquez comme nous les invoquons.

Quels sont les catholiques anglais venant à Boulogne qui ne visitent sa cathédrale et ne s'agenouillent devant sa célèbre Madone? En des temps difficiles, Calais envoya ses bourgeois au-devant de votre Roi, et le dévouement de ces héros sut attendrir le cœur de votre Reine. Saint-Omer n'oublie pasle souvenir d'O'Connell. Lors de la Révolution française, l'un de nos prédécesseurs, Mgr de Conzié, trouva une large hospitalité sur la terre d'Angleterre. Que de prêtres d'Artois imitèrent leur évêque, passèrent le détroit et trouvèrent l'accueil le plus fraternel dans le clergé!

N'est-il pas juste qu'à notre tour et à l'exemple de nos devanciers. Nous témoignions aux prêtres anglais la même charité, le même dévouement, d'autant plus qu'ils viennent avec leurs compatriotes soldats protéger nos côtes et défendre notre pays. Autour de Loos, de Givenchy, de Festubert, de Richebourg, de Laventie, que de milliers d'Anglais sont tombés glorieusement, héroïquement! Nous garderons avec un soin jaloux leurs cendres et leur mémoire. Nous le disions naguère à l'illustre maréchal French et au vaillant aumônier catholique, Mgr Keating! Lœtamur itaque de gloria. (I Mach., XII, 12.)

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A côté de la puissante Angleterre, brille d'un éclat resplendissant la vaillante et catholique Belgique. Le catholicisme est à cette nation ce que la sève est à l'arbre, ce que le sang est au cœur. Nulle part peut-être la race n'a été plus fortement imprégnée de foi profonde et agissante.

Laissez-moi vous le dire, ô prêtres belges, avec une certaine fierté. Pendant dix siècles, n'avons-nous pas eu les mêmes destinées, les mêmes rêves, les mêmes intérêts.^ Et aujourd'hui encore, par le tempérament, les habitudes et le caractère, l'Artois n'est-il pas le frère de la Belgique.^

D'autre part, combien de nos villes et villages portent le nom du saint qui les a fondés, de l'apôtre dont ils gardent le tombeau, du moine qui a porté la hache dans leur forêt druidique et creusé dans leur sol vierge le premier sillon! Or, ces saints, ces apôtres, ces moines, forment notre patrimoine commun. Estis iratres nostri : maluimus rcnovare fraternitatem et amicitiam. (I Mach., XII, 10.)

Saint Amand, saint Ghislain, sainte Rictrude, sainte Aldegonde sont vôtres. Ils sont nôtres aussi. Nos glorieux prédécesseurs : saint Vaast, saint Géry, saint Aubert, saint Omer, saint Folquin, saint Humfroi, saint Jean de Warneton n'ont-ils pas planté leur houlette pastorale dans la Gaule-Belgique, jusqu'à Bruxelles même, où mourut saint Vindicien, en pleine course apostolique .>^

A l'époque des croisades, les pèlerins armés du Brabant, du Hainaut, de la Flandre, de l'Artois, ne s 'uni-

rent-ils pas au cri de « Dieu le veut! » en vue de la libération du tombeau de Notre-Seigneur Jésus-Christ? Chevaliers-apôtres, ils écrivaient les gestes de Dieu. Qui n'a lu leurs exploits légendaires? Notre chère ville de Boulogne ne se glorifie-t-elle pas à bon endroit d'avoir vu le diadème royal ceindre le front de Godefroy de Bouillon, fils de sa pieuse comtesse Ide, dont le seul nom fait battre nos cœurs et auquel vous avez érigé une statue sur une des places de votre capitale?

A la sympathie provoquée par la communauté de souvenirs, de race et de religion, voici que s'ajoutent des sentiments nouveaux, faits d'admiration pour l'attitude sublime de tout un peuple, de pitié pour ses douleurs, de reconnaissance pour les services rendus, et de confiance dans le même avenir réparateur.

Qu'il Nous soit donc permis de saluer votre magnanime monarque, le roi Albert, énergique représentant du droit et, de la justice. J'eus un jour l'honneur d'être présenté à sa vénérable mère, la comtesse de Flandre. Je l'entends encore dire cette parole : u Monseigneur, mon fds, si les circonstances l'exigeaient, serait un brave. » Parole prophétique qui s'accomplit en toute vérité, et depuis des mois, aux applaudissements du monde, aux acclamations de la Ville éternelle célébrant, comme l'a dit votre archevêque-primat, u un souverain d'un héroïsme indéfectible dans la virginité du droit, dans l'accomplissement du devoir I »

Qu'il me soit permis aussi d'apporter mon hommage de respectueuse admiration à Son Eminence le cardinal Mercier et aux évêques de Belgique. Superbes de résolution et frémissants de patriotisme, ils ont tenu tête à l'implacable ennemi, ils ont défendu leurs cités et leurs peuples, ils ont affirmé la doctrine, ils ont vengé le

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droit, ils ont conso-lé toutes les misères. Si le lion du beffroi d'Arras a été mordu (je le baisais naguère avec respect, dans la poussière où les obus l'ont fait tomber), le lion belge est debout :

Den fieren Ylammschen Leeuv!

Mais le nôtre, un jour, se relèvera : nous le savons, chers Messieurs; nous le savons, cher Monseigneur Marinis, qui portez si noblement votre dignité et votre charge d'aumônier en chef : et la Belgique viendra le chanter dans la langue flamande.

Zy zullen hem hooit temmen!

Avant de terminer, clicrs Messieurs d'Angleterre et de Belgique, laissez-moi vous féliciter de votre zèle à encourager les soldats, à consoler les blessés, à porter partout le secours très apprécié de votre auguste ministère. Sanctificate heRum. (Joël, m, 9.)

Continuez aussi à vous réunir périodiquement selon la volonté du Pape. Les réunions sacerdotales, régulièrement tenues, seront une source de réconfort mutuel. « Là où vous serez assemblés en mon nom, je serai au milieu de vous », a dit le Maître. Que si les retraites du mois ou du trimestre sont possibles, ne négligez pas ce moyen de sanctification que préconisa avec tant d'insistance Pie X, dans sa magistrale exhortation au clergé du monde entier, lors de son Jubilé sacerdotal, en i9o8.

Je vous confie, chers et vénérés Amis, au Cœur Sacré de Jésus, roi et centre de tous les cœurs, à la Vierge Marie Immaculée, Reine des prêtres, Virgo sacerdos, et

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à saint Joseph, le fidèle et vaillant gardien de la Sainte Famille.

Tous les matins, au canon de la Messe, Vous priez pour moi. En retour, je ne cesse de Vous recommander au Tout-Puissant Allié, tu solus Altissimus, à Celui qui seul Nous donnera la victoire.

t Emile, évêque d'Arras.

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