I. — Cathédrale
La cathédrale d 'Arras était une vaste construction de 102 mètres de longueur, de 26 mètres de largeur
teur évang'élisa vingt ans. — On annonce, au moment où nous mettons sous presse, un autre deuil, la mort de M. Morel, chan-^-elier de l'Académie, bibliothécaire de la ville, principal honoraire. Dans sa retraite, il avait beaucoup travaillé pour l'Académie, qui lui doit ces études sur les Corporations, et surtout le Pla7i d' Arras au xiv» s. — D'autres membres ont été éprouvés dans leurs affections les plus chères.
.1 Nous nous sommes inspiré du récit, concernant les Eglises dé- *juites, de M. l'abbé Foulon (Arras sous les obus, p. 68-73); l'auteur, 4ui a reçu les encouragements de Mgr l'évêque, auteur de la Pré-
et de 32 de hauteur. Elle devait servir, à l'origine, d'église abbatiale aux moines de Saint-Vaast. Les travaux de construction, commencés en 1755 et interrompus en 1792, n'avaient été repris qu'en i8o4, après le passage à Arras de Napoléon P^. Le 17 septembre 1827, on y célébra la messe en présence de Charles X; en i833, elle fut définitivement ouverte au culte et consacrée par le cardinal de La Tour d'Auvergne.
Selon le goût du xvni^ siècle, — qui inspira la construction de tout le monastère, — elle fut érigée dans le style néo-grec et si bien proportionnée qu'elle donnait une impression de grandeur supérieure à ses mesures réelles. Elle rappelait, par ses frontons, ses colonnades, ses lignes, les églises italiennes. Elle les dépassait par ses dimensions, qui lui permettaient de contenir 8.000 personnes.
Elle était, du reste, assez froide et nue, parce qu'elle n'avait pas de décors de peinture, sauf des grisailles d'Abel de Pujol, au sommet des petites nefs, et des fresques de Daverdoingt au petit dôme de l'abside. Mais elle possédait des tableaux de grand prix : une Descente de Croix de Rubens, une Mise au Tombeau de Van Dyck, surtout deux Bellegambe; les statues gigantesques des quatre Evangélistes et, an peu dissimulés au fond de l'église, trois beaux marbres : la Vierge de Cortot, les mausolées du cardinal de La Tour d'Auvergne et de Mgr Parisis, frappaient aussi l'attention.
Le culte du Calvaire, depuis sa restauration récente,
face de son livre, est plus qu'un témoin fidèle : il a payé de sa personne pendant les bombardements, surtout à l'Eglise Saint-Jean- Baptiste et à l'ambulance du Collège communal. Il est actuellement chargé d'une mission, à travers la France, en faveur de nos Œuvres diocésaines de guerre.
en i893, y attirait les fidèles et même les foules, surtout à l'époque de la Pentecôte; on y venait volontiers de la ville, et aussi de la région, surtout du pays de l'Allœu.
Toutes les grandes cérémonies religieuses d'Arras s'y sont déroulées, depuis sa consécration jusqu'au mois d'octobre i9i4. Et quand ces pompes ont pu se déployer à l'extérieur, — par exemple pour le culte du Saint-Sacrement, de Notre-Dame des Ardents, de saint Benoît- Joseph Labre, ou pour l'intronisation des évoques, — l'ampleur de son perron («les grands passés », disent les Artésiens), la majesté de son cadre de pierre et de verdure leur ont donné une splendeur difficile à dépasser.
Que d'orateurs de renom ont parlé dans sa chaire! Que de maîtres de la musique religieuse se sont fait entendre à ses orgues puissantes ou dans son sanctuaire, avant que sa chaire, ses orgues, ses stalles fussent, en quelques heures, réduites en cendres, sans presque laisser de traces (i)!
La cathédrale fut visée dès le premier bombardement ; un obus creva la voûte de briques au-dessus 'in sanctuaire, et détériora des tableaux; dans la suite, elb servit souvent de cible aux artilleurs allemands, avant le désastre de juillet i9i5.
M. l'abbé Miseron, vicaire à la cathédrale, a fait de la
(1) Disons, pour rassurer les fidèles, mais sans préciser, que les grandes reliques d'Arras, le Saint Cierge, et le Calvaire, sont en sûreté.
catastrophe finale un récit émouvant, dans lequel sa modestie laisse à peine apparaître le rôle héroïque qu'il y a joué :
I. — La cathédrale incendiée. — Avant le 26 juin 191 5. — Dès le i" bombardement des G-8 octobre 1914, un obus avait traversé la voûte du grand chœur de la cathédrale; plusieurs autres avaient endommagé la toiture, brisé la plupart des vitraux et tordu leur armature en plomb. Le i5 octobre, nous étions obligés, pour la célébration des offices paroissiaux, de nous réfugier dans la chapelle des religieuses Franciscaines, rue des Chariottes, les offices pontificaux étant célébrés à Notre-Dame-des-Ardents.
Dans les bombardements presque quotidiens, jusqu'au mois de juin suivant, la cathédrale fut rarement épargnée. Elle fut surtout visée par les batteries installées entre Beaurains-Mercatel-Ficheux, et entre Feuchy-Fampoux- Monchy-le-Preux. Par suite, les parties qui furent surtout éprouvées sont : le grand chœur, la chapelle de la paroisse et la chapelle du Calvaire. Des obus de tout calibre y firent des brèches dans les murs, dans la toiture, dans les voûtes latérales (du côté de la sacristie surtout), enlevèrent du toit presque toutes les ardoises, effritèrent plusieurs contreforts, démolirent les portes de l'entrée de la rue des Murs-Saint-Yaast, détériorèrent à l'intérieur plusieurs tableaux et des boiseries, et labourèrent le dallage en maints endroits. A l'autre extrémité, quelques obus, lancés par les batteries de Fampoux-Gavrelle, firent tomber deux des colonnes supérieures du fronton du grand portail, à l'extérieur, avec l'échafaudage de restauration qui l'entourait.
IL — Bombardement du 26 juin 191 5. — Ce fut le plus terrible de tous ceux que nous ayons subis. Des officiers estiment à i5.ooo le nombre d'obus lancés sur la ville, et à cinq millions le coût de ce bombardement.
Des milliers d'obus de 77 et de io5, des centaines de i55, de 210, de 3So, voire même une soixantaine de 420,
LE MARTYRE d'aRR\S 205
venant de trois directions, tombèrent sur la ville en celle seule journée.
La cathédrale fut particulièrement éprouvée. La partie de l'édifice comprise entre le grand portail et le portail des Charlottes, qui n'avait guère été touchée jusque-là, fut spécialement visée par les batteries d'artillerie lourde, installées entre Gavrelle et Thélus. Plusieurs obus de gros calibre, tombant trop court, écrasèrent les maisons du pourtour, comprises entre la rue des Teinturiers et celle des Charlottes. Un incendie éclata dans la maison de M. Delepoulle, et gagna par derrière le couvent des Charlottes; celui-ci, malgré l'eflort de courageux voisins, fut presque entièrement détruit, avec la chapelle, jusqu'à la rue de Jérusalem. De 9 h. 1/2 à midi, des centaines d'obus frappèrent avec précision la partie de la cathédrale indiquée plus haut, creusant d'énormes brèches dans les murs et dans la toiture et abattant deux contreforts. La voûte latérale (face à la rue Méaulens) qui reçut tous les décombres, fut traversée en maints endroits. Tout ce quartier de la rue Méaulens, relativement épargné jusque-là, présentait un aspect lamentable.
III. — Bombardement du i" juillet 191 5, — Le i®^ juillet, le bombardement reprit avec une violence extrême. De 6 heures du soir à i heure du matin, des milliers d'obus ne cessèrent de tomber sur la ville. Plusieurs incendies se déclareront dans la soirée. Vers 8 heures, l'école communale de garçons de la rue Méaulens, voisine de la cathédrale, fut en quelques instants la proie des fiammes. La cathédrale, illuminée par cet incendie, reçut alors des centaines d'obus, qui creusèrent ime brèche d'environ dix mètres de largeur sur douze de hauteur, dans le mur (face rue Méaulens), qui forme un angle avec le mur du grand portail. Les pierres de ce mur furent projetées à l'intérieur de la cathédrale et recouvrirent entièrement les chaises d'église.