III. A FONCQUEVILLERS
Mgr Lacroix, dans l'ouvrage cité (i), fait les remarques suivantes, justement indignées, sur l'odieux traitement dont a souffert Foncquevillers, entre bien d'autres paroisses :
Quand les Allemands ne peuvent pas détruire complètej ment l'église, comme ils l'ont fait pour tant de villages é l'Artois, de la Picardie et de la Champagne, c'est d'ordinaire sur les clochers qu'ils se plaisent, avec une volupté satani- que, à lancer leurs plus formidables marmites (2). I|
Le clocher de Foncquevillers jouissait dans la région d'une certaine notoriété artistique. La vue de ces étages de pierre que n'avaient pu entamer ni le temps, ni les intempéries, offusquait le regard des Boches. Ils résolurent de les détruire. Un bombardement de deux heures et demie fut di-
(1) MgT Lacroix, Le clergé et la guerre de 1914, fascicule xi, pp. 19-20.
(2) Foncquevillers, Souastre et la contrée ont été bombardés en 'ctobre 1-514.
SUR LE FRONT d'aRTOTS 323-
rigé contre ce chef-d'œuvre de grâce arcliilectiirale. Un arlilleiir français qui, en témoin attristé, mais aussi en connaisseur, assistait à la perpétration du crime, observa qu'il fallut cinquante-sept coups de canon de 210, pour avoir raison de la victime I Les cinquante premiers coups tombèrent assez loin dans la campagne; mais les derniers furent meurtriers pour la tour et le clocher.
Si l'on observe que le clocher de Foncquevillers était dépourvu de toute importance au point de vue militaire et que chaque coup de canon revient à plusieurs centaines de francs, on demeure stupéfait et confondu de ce gaspillage de poudre et d'argent. Pour déterminer nos ennemis à un pareil acte de folie, très coûteux et sans portée stratégique, il faut vraiment qu'une haine aveugle contre nos édifices sacrés soit le mobile de leur fureur d'iconoclastes.