IV. — A Rivière
C'est dans des conditions analogues, conformes à la méthode germanique — bombardement de l'église le dimanche, à l'heure des offices (i), — que fut scientifiquement détruite l'église de Rivière, le 20 juin i9i5; un prêtre-brancardier en donne l'émouvant récit suivant :
Du beau monument du xviii® siècle, à trois nefs, dont les habitants du pays étaient si justement fiers, il ne reste plus que les murs ébranlés et quelques débris de charpente.
Déjà, depuis octobre, sa tour portait une large échancrure; la galerie qui la surmontait était ébréchée; des obus étaient venus s'abattre contre l'abside, sans la percer ni toucher au Christ du Calvaire qui y est adossé, surmontant le tombeau de M. le chanoine L. Rambure, doyen de Rivière. Dans le cimetière, plusieurs tombeaux avaient été détruits, particulièrement celui de M. Magniez, qui dirigea la paroisse
(1) La même remarque a été faite à Béthune et ailleurs : heures des offices les plus fréquentés de la matinée et de l'après-midi.
de Rivière pendant trente-quatre ans et dont la population n'évoque le souvenir qu'avec vénération.
Cependant, malgré son état, l'église demeurait ouvert au culte. Chaque jour, particulièrement le dimanche, les] messes et cérémonies, organisées avec zèle par M. le Doyen, attiraient hon nombre de fidèles, auxquels venaient s'adjoindre officiers et soldats.
Le dimanche 20, en particulier, une assistance nombreuse s'y pressait aux différentes messes. La dernière messe se ter mina un peu après 9 heures.
k 10 h. 45, heure hahituelle de la grand'messe, le bom bardement commença. M, le Doyen en avait eu le pressen timent; au prône de chacune des messes, il avait recommandé la prudence. Il est vrai que, la veille, trois obus avaient atteint l'église : c'était la mise au point, dirigée par un avion allemand, qui était venu survoler Rivière. Leur forfait contre l'église de Rivière a été, comme tant d'autres, calculé, accompli avec méthode. De cinq minutes en cinq minutes, un coup partait; nous entendions le sifflement sinistre de l'obus, nous percevions les craquements de l'édifice, pendant qu'un nuage de ]X)ussière et de fumée noirâtre le dérobait un instant à nos yeux.
Quel martyre pour le cœur d'un pasteur, obligé d'assister, témoin impuissant, à semblable drame ! Ce fut celui de M. Deray, le dévoué doyen de Rivière. Seul avec son excel lente sœur, il s'était réfugié dans les sous-soîs du presby tère, voisin de l'église. M. le Doyen a vécu là les heures le plus terribles de sa vie. Il me fut donné d'en être le témoin: profitant d'une courte accalmie, je m'empressai d'aller lui rendre une visite sympathique.
Le bombardement dura plus d'une heure encore et ne prit fin que vers une heure et demie, quand l'infâme besog^ne parut achevée. Un taube vint s'en rendre compte et alla dire à l'ennemi que ses pointeurs avaient visé juste.
Quelques instants après, M. le Doyen entra à l'église. Courant à l'autel, il s'empressa de mettre en lieu sûr le Saint- Sacrement. Puis, ce fut le complet déménagement du mobilier de l'église, pour lequel civils et militaires rivalisèrent
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(le zèle. Notons en passant l'esprit de foi d'un ojTicicr supérieur, dont la première pensée, à l'annonce du bombardctncnt de l'église, fut pour le Saint-Sacrement : «. Et le Saint- Sacrement, monsieur le Curé, l'avez-vous sauvé (i) ? »
1) C'est la première et la plus surnaturelle sollicitude de tous, et Ue marque de foi profonde est à noter partout. On raconte dans 1,1 revue A nos soldats (n" 7) comment fut sauvée, et rapportée à une paroisse voisine par un soldat chrétien, l'hostie de l'osi( nsoir de Vermelles. Dans une autre région, huit jours après, iiar suite d'un accident, à M.-l.-R., l'église menace de s'eftondrer. Un aumônier s'y précipite et retrouve le tabernacle intact, sous un amas de décombres; « le lieutenant Nicole charge le tabernacle sur ses épaules, heureux comme un roi de pou- ' <>ir faire son saint Christophe : « N'ayez pas peur, monsieur l'audnier, j'ai le pied montagnard! » Et, de fait, il s'avançait déjà M)us son précieux fardeau, parmi les chaises disloquées. Il était temps : nous n'étions pas encore rentrés que le clocher s'écroulait, provoquant un incendie. Quand j'y retournai, il n'eût plus été possible de retrouver le tabernacle. » (D'après les notes du P. Guitton.)