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CHAPITRE III Au nord d'Arras. — Vers Lens

§ i®^. — Aperçu général de la lutte.

(( Au nord d'Arras! » Que de fois les communiqués officiels ont répété ces mots, en même temps qu'ils indiquaient discrètement l'avance héroïque de nos troupes d'élite, dans tous le pays sillonné de tranchées, dont l'ennemi a fait une immense forteresse!

A vol d'oiseau (i), toute la région, devenue historique, qui s'étend d'Arras (au Midi), vers Lens (à l'Est) et vers Béthune (au Nord), forme un immense triangle.

Elle est approximativement limitée par trois grandes routes :

1° Celle d'Arras à Lens, par Roclincourt, Ecurie, Thélus, Vimy;

2° Celle d'Arras à Béthune, par la Maison blanche (voisine du Labyrinthe), La Targette et Neuville-Saint-

(1) Voir la carte schématique, qui se trouve à l'extrémité du volume, tracée par les soins habiles de M. Leroux, professeur à l'Institution Haffreingue, de Boulogne-sur-Mer.

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SUR LE FRONT d' ARTOIS 32 7

Vaast, Souciiez avec le Cabaret rouge et le château de Carleul) et Aix-Noulette; elle laisse à dvoiM Givenchycn-Golielle, à gauche les Ouvrages blancs, Carency, Ablain-Saint-Nazaire, la colline de Notre-Dame-de-Lorelte, avec ses cinq éperons, ou « côtes de melon », et la chapelle située à i65 mètres;

3° Celle de Lens à Béthune, par Loos-en-Gohelle, le Rutoire et Vermelles; là se trouve la plaine où se déroula la bataille qui illustra Condé; une partie importante du bassin houiller du Pas-de-Calais y est d'ordinaire en pleine activité, ce qui explique sa grande valeur, au point de vue économique, pour les belligérants.

Rappelons, sans viser à un exposé technique, que les principales actions militaires de la guerre en Artois se sont passées durant les deux offensives victorieuses de mai et de septembre i9i5.

Le Récit officiel raconte d'abord, avec une précision qui n'exclut ni le pittoresque, ni l'émotion, la bataille livrée, le 9 Mai et les jours suivants, dans les secteurs de Carency, Ablain-Saint-Nazaire, Neuville- Saint- Vaast.

I. Prise de Carency, Ablain et Neuville. — On peut, d'après ce récit (i), résumer ainsi les résultats :

« L'ensemble de nos attaques entre Loos et Neuville Saint- Vaast a fait tomber entre nos mains plus de 3./|Oo hommes, «ne douzaine de canons, une soixantaine de mitrailleuses, plus de 5o officiers, dont un colonel.

Parmi ces attaques, celle qui a été menée sur la partie du

<l) Récits publiés les 13, 15, 18 et 21 mai 1915.

Iront qui s'étend du nord de Garency au nord de Neuville a été particulièrement heureuse. Elle a valu au corps d'armée qui en avait été chargé une citation à l'ordre de l'armée. Jamais récompense ne fut mieux méritée.

1° Nous avons pris d'assaut la Targette et la moitié de Neuville;

2*^ Nous avons enlevé et dépassé les ouvrages allemands à l'ouest de la route Arras-Béthune, cette route elle-même jusqu'aux ahords de Souchez et les trois quarts de la route Neuville-Givenchy;

3° Face au nord, nous avons conquis les ouvrages allemands au sud de la route Souchez-Garcncy, par laquelle les Allemands communiquaient avec ce dernier village, et poussé nos tranchées jusqu'à la route même. L'est de Garency a été enlevé d'assaut. En progressant vers le nord, nous l'avons investi de trois côtés, si bien que ses défenseurs n'ont plus de communication qu'avec Ablain-Saint- Nazaire, débordé, lui aussi, par notre progression. »

Les jours suivants, fut achevée, après le bombardement de Carency par plus de 20.000 projectiles, la capitulation de cette forteresse, et la prise d'Ablain, que les Allemands incendièrent en se retirant.

II. Prise du Labyrinthe. — Restait à compléter la conquête de Neuville; elle se fît, maison par maison, dans les conditions les plus héroïques; puis on s'attaqua au cimetière et au fameux Labyrinthe, chemin creux et tortueux, entre Ecurie et Neuville, qui avait été formidablement armé et protégé.

(( Le Labyrinthe ne fut conquis que du 3o mai au jg juin, au milieu des terres trouées et remplies de morts et au prix de difficultés inouïes (i).

(1) V. Illustration, n" 3771, p. 599 et n" 3775, p. 34-35, les plans et vues du Labyrinthe, et n" 3796, l'histoire des « Deux sapeurs d'Artois ».

SUR LE l'RO.NT 1) ARTOIS 029^

« Le iG juin fui la journée la plus étourdissante de la bataille; autour de Neuville, notre artillerie tira en vingt-quaive heures près de Soo.ooo obus, soit à peu près autant que l'artillerie allemande pendant la guerre de 1870-71 en rase campagne; la dépense ressortait à 9 millions et demi. A midi, les hommes sortirent et, en trois minutes, à travers les champs de coquelicots, sautèrent dans les tranchées allemandes. Après dies alternatives d'avance et de recul, le Labyrinthe nous resta. Les Allemands perdirent le 161^ tout entier et i.ooo prisonniers; nos pertes s'élevèrent à 2.000 hommes tués ou blessés (i). »

IIL Pnse ds Svuchez. — Le récit officiel expose en ces termes le couronnement de Toffensive de mai par la prise de Souchez, en septembre i.9i5, en vue de la réoccupalion die Givenchy, Angres, Liévin, Lens (2) :

(( n restait une étape à franchir, celle du vallon de Souchez, pour atteindre la dernière crête qui domine tout le pays à l'est, et après laquelle le terrain est plat. Souciiez et son bastion avancé, le château de Carleul, était organisé de façon formidable. En faisant des travaux de dérivation des eaux du ruisseau de Carency, les Allemands avaient transformé au sud-ouest le terrain marécageux de ce fond de vallée en un marais i>our ainsi dire infranchissable. D'autre part, les batteries allemandes installées à Angres prenaient, au nord, le vallon en enfilade...

On sait avec quelle obstination les Allemands avaient cherché depuis des mois à enrayer la plus petite avance française dans la direction de Souchez. Le Cabaret Rouge a plusieurs fois changé de mains, et le cimetière de Souchez a vu phi s de morts s'effondrer sur ses tombes bouleversées que ce modeste cimetière campagnard n'en abritait dans leur dernier sommeil.

L'attaque du 25 septembre devait vaincre ces obstacles^

(1) Almanach Hachette 1916, Histoire de la guerre, p. 127.

(2) Voir, dans VIllustratiGn du 9 octobre 1915, des photographies ûu champ dt bataille, pp. 330-331.

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accumulés, La préparation d'artillerie, qui dura cinq jours, fut réglée avec tant de soin que des déserteurs allemands, avant même qu'elle fût terminée, commencèrent à se rendre dans nos lignes, déclarant <( qu'ils en avaient assez ». Quand, le 25 septembre à midi, l'attaque d'infanterie se déclancha, nos hommes, d'un seul bond, atteignirent l'objectif qui leur avait été désigné, à savoir le château et le parc de Carleul, et l'îlot sud de Souchez. D'autres contingents enlevaient d'assaut le cimetière. A gauche, nos forces se lançaient vers le bois en Hache (entre Angres et Givenchy), dont elles atteignaient la lisicTC ouest vingt minutes après le déclanchcment de l'attaque.

Les Allemands tentent alors, par des rafales d'obus asphyxiants, de shrapnells, de mitrailleuses, d'arrêter cette avance...

En cette fin de septembre, la nuit vient déjà vite. Toute la journée, une pluie fine, pénétrante, n'a cessé de tomber; les chemins sont glissants; les boyaux, dans ce fond de vallon, sont à peine praticables. Malgré l'obscurité, les difficultés du terrain on pousse jusqu'au ruisseau, de Souchez; au matin, on tient la moitié du village.

L'attaque de droite n'a pu se maintenir au cimetière... Le commandant décide de traverser Souchez de front, pour se porter sur la cote 119. Cette manœuvre décide de la journée... Les Allemands, menacés d'être coupés dans Souchez, abandonnent la place... En ces deux jours, 1878 prisonniers ont été dirigés sur l'arrière. Dans le lot, il y avait un enfant de quatorze ans et demi (i). »

IV. Prise de Loos-en-Gohelle. — En même temps que l'armée française prenait Souchez, nos alliés britanniques, en étroite liaison avec elle, s'emparaient, dans une lutte sanglante et glorieuse, de Loos-en- Gohelle, au nord de Lens, et s'avançaient jusqu'à Hulluch, sur la route de Lens à La Bassée (cote 70).

Les Anglais attaquèrent sur un front de dix kilomè-

(1) Récit officiel publié au commencement d'octobre 1915. .

trcs et enlevèrent les tranchées avec tant d "ardeur que le recul de l'ennemi atteignit quatre kilomètres; ils s'emparèrent de Loos, maison par maison, et, les jours suivants, disputèrent tout le terrain entre la cote 70 et les carrières d'Hullucli; ils firent 3. 000 prisonniers et s'emparèrent de 25 canons.

Le 8 octobre, le prince de Bavière lança, dans un violent retour offensif, 23 bataillons à l'assaut; il échoua, laissant plus de i.ooo morts devant les tranchées anglaises et françaises qui l'arrêtèrent à Loos.

D'après cet exposé d'ensemble, on peut juger de l'importance de la lutte soutenue en Artois pendant l'année i9i5.

Cherchons maintenant, dans les impressions de témoins oculaires, les détails de ces batailles émouvantes et de leurs conséquences.

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