‹ La guerre en ArtoisChapitre 8 sur 121 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

taille, et les allcntioiis maternelles dont les victimes deviennent aussitôt l'objet? Autant la blessure est faite sans pitié, autant elle est soignée avec amour.

12. Hâtons-nous d'indiquer ce qui fait le prix des vertus militaires et civiques dont Nous venons de parler. C'est que, au moins dans la plupart des cas, ces vertus méritent d'être appelées chrétiennes, d'être louées et récompensées comme telles, attendu qu'elles ont Dieu pour premier inspirateur et pour soutien.

Chrétien est le patriotisme de nos soldats, prêtres, lévites et laïcs de tout rang, de toute arme. Volant à la défense de la patrie, ils reconnaissent dans ce fait un devoir, et dans ce devoir l'expression de la volonté divine qui le dicte, et, en le dictant, le rend obligatoire. C'est bien, en définitive, pour se conformer à cette volonté suprême qu'ils sacrifient leur existence et tout ce qu'elle pouvait contenir de biens terrestres; ne connaissant plus le respect humain que pour le mépriser, obéissant à tout ce que le baptême et les religieuses pratiques du passé ont mis dans leur âme, ils vont droit à Dieu dans la Confession, la réception de la sainte Eucharistie, le chant des saints cantiques et la prière. Chose merveilleuse ! Ils croient, ceux qui pensaient avoir perdu toute croyance; ils se prosternent, ceux qui se vantaient de ne plus rien respecter; ils prient, ceux qui s'imaginaient avoir oublié toute prière; et l'on voit s'accomplir, au bruit strident (les mitrailleuses, des cérémonies qui, d'ordinaire, ne se déroulent que dans le silence du sanctuaire. Elle est donc aussi vraie que consolante, cette parole d'un général : Cette guerre, où le prêtre mêle son sang à celui du soldat, resplendit de surnaturel.

Chrétienne aussi est la résignation des personnes retenues au foyer de la famille, parce qu'elle se soumet à tout ce que Dieu veut ou permet, alors même qu'elle n'arrive pas à comprendre le sens de l'épreuve qu'il impose; parce qu'elle fait reposer dans le secours d 'En-Haut son principal appui, et dans la rétribution future ses meilleures espérances.

Chrétienne enfin est la charité, parce qu'au lieu d'être inspirée par un vague sentiment d'humanité, par l'attrait

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d'une sympathie naturelle, ou la parenté du sang, elle l'est avant tout par les paroles du Christ prescrivant de nous aimer les uns les autres, déclarant qu'il regarde comme fait à lui-même ce que nous faisons au moindre de nos frères; parce qu'elle cherche dans la Sainte Communion la force de durer, et qu'elle ne compte que sur la divine bonté pour être payée de son dévouement.

Dieu soit béni de tout le bien spirituel déjà opéré à l'occasion de la guerre! Qu'il veuille pourtant abréger la durée de celte épreuve qui deviendrait désastreuse en étant trop prolongée! Qu'il daigne enfin la terminer par ime paix dont la Patrie et l'Eglise aient toutes les deux à se réjouir !

i3. Est-il donc possible ;i Dieu d'intervenir dans les affaires humaines, d'influer sur tels ou tels événements en cours, au point d'en retarder ou d'en précipiter la marche, d'en assurer ou d'en empêcher le succès? Sans aucun doute; puisque le Créateur ne s'est jamais dessaisi des droits qu'il a sur ses créatures, sur leurs actes aussi bien que sur leur être.

Comment s'effectue son intervention? De plusieurs manières. Il peut recourir à des intermédiaires, ou célestes comme saint Michel, ou terrestres comme la bienheureuse Jeanne d'Arc; il peut aussi agir par lui-même, et par luimême aveugler l'esprit de celui-ci, éclairer l'intelligence de celui-là. Bien que ces opérations demeurent secrètes, qu'on ne voie pas les ressorts mis en jeu, qu'on ne sente pas la touche de la main Toute-Puissante, cependant l'action divine se révèle plus ou moins clairement par ce que nous nommons Virrésistible, Vimprévu.

Voici des hommes de guerre à qui a été confié le commandement des armées; ils n'ont pas manqué de tracer le plan des opérations futures; pour le faire aussi heureusement que possible, ils n'ont négligé aucune précaution, ils ont pris le conseil de chefs expérimentés; mais ils comptaient sur telle ou telle naanœuvre des adversaires, tel ou tel concours de circonstances, et ce qui était sup-

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