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L'ombre du cliamp de bataille

Des lueurs d'incendie, en leur horreur nocturne, Estompent les clochers du vieil Arras croulant; Les plaines, à l'entour du rempart taciturne. Gardent du choc d'hier l'holocauste troublant.

Des sillons ravagés par l'obus qui se terre, Monte l'affreux hoquet des êtres moissonnés. Les ruisseaux sont du sang, ton sol s'en désaltère. France, tes fiers martyrs sont-ils abandonnés ?

Une ombre s'est glissée au milieu de ces ombres

Plainte ou frémissement, un murmure léger Vient-il, écho d'espoir des hécatombes sombres ? L'ombre accourt... Est-ce un mal qu'elle puisse alléger.^

C'est un râle! un adieu peut-être... Elle se penche...

Le mourant la voit-il à genoux devant lui ?

L'ombre a dit : « Tous sont morts pour la sainte revanche !

(( Le soleil éternel pour ces braves a lui ! »

Et pour qu'à ces vengeurs d'une héroïque race La suprême bonté fasse un triomphe au ciel. Elle va consacrant chaque front, elle y trace Le signe rayonnant du réveil immortel.

L'ombre passe et repasse; à sa suite, elle entraîne A l'appel de son Dieu ce régiment des morts. Sa main douce bénit, et l'aurore sereine Couronne ces héros pour les divins essors.

L'ombre s'esquive au jour... O bons soldats de France, Saluez ce fantôme aux portes du rempart : L'évêque, noir de boue et trempé de brouillard, Reviendra, l'œil brillant des flammes d'espérance.

Paul Blanchemain

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