‹ La guerre en ArtoisChapitre 92 sur 121 · Au devoir. — Les rarnasseurs de mines (i · texte numérisé non relu

Au devoir. — Les rarnasseurs de mines (i

Dans le sillon des flots, au large de Boulogne,

Le Boche a terminé son infâme besogne.

Il a semé l'engin, comme un voleur, la nuit.

Et s'est enfui, sous l'eau, perfidement, sans bruit,

En se frottant les mains, satisfait de son crime.

La mine est là, cachée; elle attend sa victime.

Bientôt, au moindre heurt, sous la barque en lambeaux,

Les vagues vont s'ouvrir, comme autant de tombeaux,

Traînant, dans les bas-fonds, des cadavres sans bière,

Sans l'ombre d'une croix, sans l'abri d'une pierre 1

(1) « C'était à la Fête-Dieu 1915. Le capitaine Bourgain, commandant le chalutier en question, suivait le dais avec moi à la proces- .sion du St-Sacrement du Portel. Passant au bord de la falaise qui domine la mer, il se pencha à mon oreille et me dit : « J'aime bien le bon Dieu, mais je l'aimerais encore davantage, s'il me faisait faire la rencontre d'un sous-mai-in boche. » — Il fut exaucé! » (Note de l'auteur.) — D'autres équipages, sans être moins braves, ont été moins heureux, dans cette terrible pêche aux mines. On cite notamment trois chalutiers du port de Boulogne qui ont péri : le 22 septembre 1915, le Saint-Pierre, et le 5 octobre, l'Alose (tous deux dans la paroisse des marins de Boulogne), le 13 novembre, le Jesus-Maria (du Portel) sombrèrent sur des mines, avec une grande partie de leur équipage. Selon les pieuses coutumes de la contrée maritime, on fit pour eux, dans leur famille, — comme s'ils étaient présents, — la pieuse veillée funèbre; le clergé alla chercher les deuillants à la maison et les conduisit, après le service, au monument du cimetière. — Les autorités civiles, militaires, navales honorèrent, par leur présence et leurs discours, ces vaillantes victimes du devoir obscur, les marins des chalutiers dont le chef, le capitaine Merveilleux du Vignaux, vient d'être nommé contre-amiral; celui-ci a remis la Croix de guerre aux familles des héros, à la mairie de Boulogne, le 23 mars 1916.

SUR LE FRONT d'aRTOIS 399

Rechercher cette mine horrible, sans la voir ?

C'est courir au danger! — Capitaine, au devoir!

Dans la neige et le vent, dans la pluie et la brume,

Dans la mer en fureur qui te couvre d'écume,

Tu n'y failliras pas! Ton nom reste inconnu.

Mais le Dieu qui te voit, au ciel, l'a retenu.

Est-ce tout ? Devant toi, le sous-marin pirate

S'est dressé! — L'affronter? Tache terrible, ingrate!

Quand tu crois le saisir, l'ennemi disparaît.

Mais voici qu'au lointain, dans la houle, apparaît.

Perçu par la vigie, un géant aquatique,

Le Lusltania qui revient d'Amérique.

« Un sous-marin, là-bas ! — Sera-t-il secouru ? »

On s'empresse! — Trop tard! — L'infâme a disparu,

Et le géant s'abat, aux clameurs de vengeance,

Eïnportant dans les flots des êtres sans défense.

Le monstre aux flancs d'acier est là, caché sous l'eau,

Prends garde ! Il est tout prêt à couler ton bateau.

Il glisse sous les flots comme un poisson qui nage;

A son puissant remous tu peux voir son sillage;

Suis-le, comme l'on suit l'aspic à son venin :

Ecraser un serpent, c'est se montrer humain.

De ton vaillant effort l'Océan semble rire. Depuis dix mois déjà, tu cherches le vampire; Et toujours le soleil projette sur la mer L'or pur de ses rayons. — Mais, dans le souffle amer, IV 'as-tu pas entendu, comme un bruit de ferraille, Un cliquetis d'acier au fort de la bataille .i^ On dirait que la vague étouffe des sanglots. Et le monstre a surgi de l'abîme des flots! c( C'est bien lui ! Garde à vous ! Canonnier, à ton poste! (( Hardi-là, les amis! Vite! Avant qu'il riposte, « Il nous faut le broyer!... Feu!... Bravo! . Bon ti-

[reur !...

<( Au premier bond, la bête a mugi!... Pas d'erreur!...

(( Encore quelques coups, et c'est la délivrance!...

« Le monstre coule à pic! C'est fait! Vive la France! »

Est-ce tout? Pas encor ! Le sans-fîl a parlé... Dans cette belle nuit, sous le ciel étoile, On entend des clameurs et, dans le lointain sombre, On distingue un point noir: c'est le Sussex qui sombre ! Plus loin, c'est un canot ployant sous son fardeau, Luttant contre la mort qui creuse son tombeau... Hâte-toi, capitaine! Ils t'attendent, ces braves (i) ! Tu vas les recueillir ! Cherche dans les épaves ! Gharges-en ton bateau ! Prends-les tous à ton bord ! Montre- toi le héros des vainqueurs de la mort ! Va vite à ton devoir ! Marche sans défaillance ! Tu sauves des soldats qui vont sauver la France.

BouRGAiN- Sellier.

in. — Arras, cité martyre

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