I. Arras
Arras, ô vieil Arras, malheureuse cité ! Dispersés, tes enfants t'appellent dans les larmes; Par le feu, par le fer, au milieu des vacarmes. Tu te meurs, en bravant l'affreuse adversité.
Ton front gît sous l'amas brisé du diadème. Dont la flamme assaillit les ors et les joyaux, Et ton corps, transpercé par des coups déloyaux, Se raidit, attendant l'horreur du jour suprême.
(1) Le Marie-Thérèse a sauvé 250 naufragés du Sussex, les a ramenés à Boulogne et a pourvu généreusement à leurs besoins de toute nature.
SUR LE FROPsT d'aRTOIS 4oI
Tu connus bien des fois la bataille et le deuil; L'Espagnol a fauché les blés mûrs de tes plaines, Mais, loyal, il te plut. Tu réservais tes haines Pour l'Allemand brutal, grisé de fol orgueil.
Un jour lointain déjà, tu l'entendis marcher Vers ton sol menacé de meurtres, de rapines; Tes fils l'ont rencontré dans les champs de Bouvines; Tu revis, triomphants, tes valeureux archers.
Maintenant il revient pour t 'assaillir en foule, Mais, ne pouvant t 'avoir, il veut rayer ton nom Du rang de nos cités, et le son du canon, Nuit et jour, dans tes murs, effroyablement roule.
Le barbare a détruit foyers, autels, beffroi,
Livré tes monuments aux morsures des flammes,
Troué tes hôpitaux, assassiné des femmes,
Des enfants nouveau-nés ! — Tu souffres sans effroi.
Tu prévois que bientôt nous chasserons les Boches; Tu n'auras plus, hélas ! tes joyeux carillons, Pour fêter ce beau jour; nos balles par millions Sauront bien les sonner sur leurs lourdes caboches.
Ce sont de bons sonneurs que les soldats Bretons; Pour t 'avoir défendue aussi bien, notre histoire Dira qu'ils ont accru leurs vieux titres de gloire, Car, sous l'œil de la Vierge, avec eux nous luttons.
Arras, tu revivras ! Sur tes places désertes, Où, comme un noir corbeau, l'obus passe en hurlant. L'essaim familier des pigeons gris et blancs Viendra, comme autrefois, picorer l'herbe verte.
D'habiles artisans, connaissant bien notre art, Sauront faire surgir tes palais de leurs cendres; Tes temples renaîtront; le vieux lion de Flandres Dressera dans l'azur notre noble étendard.
Tu seras belle encore, en notre France unie, Allant de l'Atlantique aux rivages du Rhin; L'Allemand maîtrisé devra ronger son frein, Impuissant et rageur, devant la Paix bénie.
Ed. Pilât.
Membre de V Académie d'Arras.