‹ La guerre en ArtoisChapitre 94 sur 121 · La chute du Beffroi (i · texte numérisé non relu

La chute du Beffroi (i

Depuis près de huit jours, on ne bombardait plus. La vie reprenait lentement dans la ville; Les gens plus rassurés s'en allaient par les rues, Avec le cœur plus libre et l'esprit plus tranquille.

— Un beau soleil d'octobre éclairait les décombres; Défiant l'ennemi, notre antique clocher.

Invaincu, se dressait, et projetait son ombre Sur la vieille Cité, semblant la protéger.

— Mais à Monchy-le-Preux, colline stratégique, Les soldats allemands entourent leur Kaiser Qui vient pour admirer la besogne tragique Et donner au forfait d'altières croix de fer. Mais lui, d'un air terrible, en montrant le clocher : (( Rien de cette cité ne doit plus exister; Brûlez leur Cathédrale; abattez leur Beffroi ! Répandez l'épouvante et déchaînez l'effroi. » ... Et ton peuple obéit, ô Kaiser exsécré; Tes bandits ont détruit nos biens les plus sacrés.

Bien des heures encor la mitraille fît rage : Le Beffroi paraissait résister sous l'outrage. O prodige! Soudain s'apaise la tempête.

Une balle, peut-être, a touché la manette

(1) Musique de H. Auge, organiste de Paris-Plage; créé par Yen lix, du French Opéra, à Nouvelle-Orléans.

SUR LE FRONT d'aRTOIS /|03

De notre antique horloge et de son carillon ? Et pendant que se tait un instant le canon,

(Air du beffroi)

... Les airs qui, de tout temps, ont bercé nos aïeux S'élèvent à nouveau sous la voûte des cieux ! Chacun, en entendant ces sons mélodieux, Essuyait en tremblant les larmes de ses yeux. Mais c'est le chant du cygne à la mort condamné : Le vieux beffroi vacille et s'écroule, entouré De poussière formant un nuage vermeil (Sublime apothéose!), argenté de soleil...

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