‹ La guerre en Picardie, 1914- 1918Chapitre 13 sur 22 · CE QUE FIRENT LES CIVILS A ROYE · texte numérisé non relu

CE QUE FIRENT LES CIVILS A ROYE

Au début de la guerre une ambulance avait été installée dans le pensionnat Jeanne d’Arc que dirigeait Me Mériglier.

On s’apprétait a l’évacuer quand les premiers uhlans apparurent.

Ce fut un de ces moments ou il semble que la pensée tourbillonnante va rendre impossible toute réflexion et toute décision sensée.

Mais M"e Mériglier n’est point de celles qui perdent leur sang-froid et leur présence d’esprit. Kn un instant son parti fut pris : Il s’agissait de cacher dix soldats anglais valides.

— Nous ailons installer ces hommes dans un des dortoirs vides, dit-elle & la maitresse de piano. Voulez-vous leur expliquer de se tenir bien tranquilles et de ne pas se montrer aux fenétres pendant le passage des Allemands. Quand ceux-ci seront partis, nous trouverons bien moyen de les faire échapper.

Elle croyait alors, et tout Roye avec elle, que quelques effectifs ennemis allaient seuls passer la, sans séjourner. Il en passa plusieurs centaines de mille, et l’occupation dura vingt et un jours.

Dés l’arrivée des Allemands, la fameuse proclamation qu’ils emportaient partout, imprimée a l’avance, fut affichée a tous les coins de rues : « Les habitants de cette ville... » Suit une liste de défenses et une liste de menaces. Grace au dévouementde Yadjoint au maire, satisfaisant de sa poche a toutes les réquisitions que la commune ne pouvait pas payer ; grace Ason énergie et a celle du vicaire, il obtint parla parole et l’exemple que la population conser-

vat une calme dignité, aucun prétexte au pillage ef au massacre ne fut fourni aux envahisseurs. Mais, néanmoins, il y eut bien quelques hommes tués la nuit.

Trois sucreries furent détruites de fond en comble ; méthodiquement, systématiquement, les envahisseurs brisérent toutes les machines une & une — & I’exception d’une machine de marque allemande, qui fut respectée, en vue de l’avenir...

Un officier allemand, prisonnier, déclarait au préfet de la Somme 4 ce sujet que l'armée impériale avait l’ordre de détruire impitoyablement toutes les usines appartenant & des industriels, concurrents divers del’industrie allemande... Or, le sucre francais cristallisé est de beaucoup préféré en Angleterre au sucre allemand de méme nature... C’est pourquoi, dans toutes les régions sucrieres du Nord, les raffineries furent systématiquement détruites... Le Kaiser mettait son armée au services de ses courtiers !

En une seule journée, cing cents obus

tombérent dans les rues de Roye... Un dimanche, elle recut, réguligrement un shrapnell ou un obus de rupture toutes les trois minutes.

Ce jour-la, quand un incendie s’allumait, le feu cessait... On attendait quinze ou vingt minutes... Puis, au bout de ce laps de temps, quand les secours étaient organisés, on tirait de nouveau. Cing pompiers volontaires, de ce chef, furent tués raide, —etune vingtaine de personnes — blessées griévement, dont un enfant de cing ans.

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