‹ La guerre en Picardie, 1914- 1918Chapitre 16 sur 22 · LA DESTRUCTION DE FOUCAUCOURT · texte numérisé non relu

LA DESTRUCTION DE FOUCAUCOURT

Foucaucourt était avant la guerre une jolie localité du Santerre. Aujourd’hui, du coquet village verdoyant 4 qui les hétres et les frénes formaient de doux et frais ombrages, il ne reste guére que des amas de briques noircies, des pans de murailles branlantes, quelques maisons inhabitables aux toitures effondrées, aux fenétres disparues.

L’église, située en face du jeude paume, était un monument ancien, sans style ni caractére: elle est détruite. Quelques pans de murs fort solides ont résisté, mais son

pauvre clocher s’est effondré et la toiture, crevée, a fléchi; & Vintérieur tout est bralé.

En septembre 1914, quand nos soldats victorieux eurent délogé et repoussé les troupes du Kaiser, une pluie de projectiles s’abattit sur Foucaucourt. Depuis, le bombardement continua. Ils n’eurent pas le village et ils voulurent empécher nos troupes de l’occuper. Aussi Foucaucourt n’existe plus.

La pimpante mairie a été briilée avec ses archives, de méme les écoles qui la flanquaient, et aussi le logis de l’instituteur.

Tout a Pextrémité du bourg dévasté se trouvait la maison du percepteur; elle est trouée, éventrée, disloquée. Plus loin, celle d'un des doyens du village, M. Hallu, beau-pére du notaire del’endroit. Ses murs extérieurs percés a jour, mais encore debout par on ne sait quel miracle d’équilibre, se penchent |’un vers l’autre comme pour contempler la toiture qui s'est effondrée entre eux.

Partout, rue de Lihons, rue de Fontaine, des granges hbrilées ne forment plus que des tas de cendres. Partout, des maisons démolies, jetées A terre, a demicalcinées ; une douzaine peut-étre ont échappé au désastre, mais ce serait folie que vouloir y loger. Sur la route, la distillerie, le seul établissement industriel, a sa haute cheminée coupée en deux, ses murs et sa toiture éventrés.

Von Kliick chez M. Hallu.

Les habitants de Foucaucourt ont été persuadés que von Kluck passa dans leur village la nuit qui précéda la bataille de Proyart: M. Hallu croif l’avoir hébergé.

C’était le 28 aout. Le bruit de la bataille provenant de Péronne et de Mont- Saint-Quentin avait mis en fuite la population. Il n’était exactement resté que quatre personnes: le curé, l’abbé Deriviére, un vieux jardinier, et M. et M™* Hallu,

qui virent]’autre invasion, car le mari est plus qu’octogénaire.

—J'entremble encore, raconteM**Hallu.

Jai bonne mémoire et ai gardé le souvenir précis d'un ineident pourtant lointain. J’avais di loger, comme cette fois, des officiers prussiens. L’un d’eux, lorsqu'il partit, me dit: « Ce n’est pas fini, Madame, nous reviendrons plus tard. Et cette fois vous serez Allemands». Les Prussiens ont mis quarante-quatre ans a revenir, et j’espérais bien ne plus les revoir jamais. De nouveau, ils ont logé chez moi, et la prédiction du maudit capitaine m’est revenue a l'esprit.

Dans la matinée du 28, un officier survint,& lair rogue, qui, tout en demandant si lon pouvait donner & mangera son colonel, félicita M™° Hallu d’étre restée. Sa présence avait sauvé Foucaucourt de Yincendie méthodique.

— En Belgique, se vanta-t-il, nous avons brilé dix-sept villages ot personne n’était resté pour nous recevoir,

— Que votre colonel vienne, lui fut-il répondu, vous mangerez ce qu'il y aura et iln’y a pas grand’chose.

Sila chére était maigre, ces messieurs se rattraperent sur la cave, abondammentgarnie. Quandils furent passés, avec leurs troupes, il ne restait rien pour les suivants.

Trois heures plus tard, deux superbes automobiles aménent un autre groupe de sept officiers. M*¢ Hallu est sur le seuil de sa demeure. L’un d’eux s’approche d’elle:

— Madame, vous allez loger le général et son état-major. Il nous faut sept lits.

— Ma maison est trop petite, objecte la bonne vieille.

— Vous n’avez rien a dire, reprend brutalement|’officier, mais seulement 4 obéir, nous sommes les maitres chez vous.

Mais un autre chef s’approche, qui Vécarte et lui dit quelques mots en allemand, semblant le gourmander. C’est le général.

— Laissez, Madame, dit-il 4 M™° Hallu.

On s’arrangera toujours. Des matelas par terre suffiront.

Et, comme M. et M™°* Hallu manquaient du strict nécessaire, c’est le général qui invite les deux vieillards a partager leur soupe, offre qui fut déclinée.

Comme, harassé de fatigue, il s’étendait tout habillé sur le lit que M™ Hallu lui avait préparé, il lui dit :

— Oh! je suis fatigué, la guerre est pénible, Madame, pénible pour tout le monde !

Pourtant, en dépit de sa lassitude, il ne dormit pas longtemps, car, deux heures plus tard, il se levait, éveillait ses officiers étendus sur des matelas, et tous se mettaient au travail.

Entre temps, des soldats avaient installé, dans la cour, télégraphe et téléphone, et ces appareils fonctionnérent toute la nuit. Ce fut un va-et-vient continuel d’autos et de cyclistes.

Au matin, de fort bonne heure, le gé-

néral et ses officiers repartaient en auto.

Quand ils se furent éloignés, M. Hallu remarqua, écritsa la craie, sur le mur de sa cour, ces mots: « Général von Kluck ».

Du moins, il crut les lire, car c’étaient des caractéres allemands.

Franzozen! Franzozen !

Pendant que leurs officiers travaillaient, les soldats se livraient 4 d’autres occupations. Pénétrant dans les maisons abandonnées, ils en faisaient le sac avec une dextérité vraiment étonnante, laissant un peu partout les reliefs des repas plantureux quils firent, arrosés des vins généreux découverts dans les caves, s’appropriant bijoux, vétements, linge, bibelots, se travestissant en femmes pour ensuite se livrer en plein air & des danses désordonnées, tandis que certains d’entre eux frappaient a tour de bras sur un piano.

Au matin, avant que ]’état-major ett quitté

la maison de M. Hallu, la plupart des troupes étaient parties. Un grand nombre de régiments avaient, pendant la nuit, traversé Foucaucourt. Les soldats cantonnés annoncaient qu’une grande bataille était imminente du cdté de Proyart.

Plus tard, les Allemands partis, un certain nombre d’habitants regagnérent leurs logis. Mais les ennemis, qui, battus sur la Marne, s’étaient repliés vers Saint-Quentin, revinrent sur leurs pas, essayant de tenir téte aux troupes francaises.

Le 24 septembre, ils étaient de nouveaux maitres de Foucaucourt, ot ils prirent alors comme otage le percepieur, M. Eloy.

Ils voulaient, disaient-ils, tenir quelqu’un dont la présence au milieu d’eux leur garantit la sécurité de leurs troupes. Sous la surveillance de soldats en armes, sans lui donner la moindre nourriture, ils le gardérent ainsi dans la cour d’une ferme, lui adjoignant bientét deux jeunes gensde dix-sept ans, appréhendés 4 la porte d’un café.

Déja ils vaquaient & leurs occupations accoutumées, la visite des caves, quand des cris retentirent, poussés par quelquesuns d’entre eux : Franzozen ! Franzozen !

Ce fut aussitot une débandade effrénée.

Comme par enchantement, M. Eloy et ses deux compagnons se trouverent libres, leurs gardiens s’étaient évanouis.

Poursuivis par les troupes frangaises qui, en effet, débouchaient prés du cimetiére, 4 l’autre extrémité de Foucaucourt, les Allemands abandonnérent le bourg et battirent en retraite, se retirant sur Estrées et les bois de Fay.

En partant, ils avaient réquisitionné huit habitants pour les aider 4 transporter leur matériel. Mais, arrivés 4 destination, ils conserverent les attelages, et déclarérent aux huit conducteurs qu’ils étaient prisonniers de guerre. Ils furent envoyés en Allemagne. Deux d’entre eux, le gardechampétre, M. Guillemet, et un habitant, M. Armand Duquesne, ont pu donner de leurs nouvelles.

CGependant les Allemands n’avaient pas renoncé a s’emparer du bourg. Dans les derniers jours de septembre, ils prononcérent une attaque tres vive sur Foucaucourt et reprirent une partie du village, faisant en méme temps une quarantaine de prisonniers.

Le lendemain, ils étaient délogés et ne devaient plus revenir. Mais si courte qu’ait été cette nouvelle occupation, ils l’avaient mise a profit pour incendier quelques Maisons avoisinant celle du percepteur.

Tout aussitdt, ils reprirent le bombardement qu’ils avaient commencé au lendemain de leur retraite.

Le poteau frontiére.

Rapportons, pour terminer, l’acte d’héroisme accompli par un vaillant troupier aux environs de Foucaucourt.

Les Allemands, dont les tranchées étaient proches des lignes francaises, ima-

LA GUERRE EN PICARDIE 145 Se nthe 0 9 nea eon nal ginérent, pour narguer nos troupes, de planter a la limite extréme de leur front, un poteau visible de loin, protégé par une barriére de fils de fer barbelés sur lequel ils avaient écrit en gros caracteéres ces deux mots: « Poteau-frontiére ».

Par une nuit pluvieuse, une sentinelle francaise vit s’approcher, en rampant, vers notre tranchée avancée, deux Boches dont intention évidente était de nous jeter des bombes & main. Le soldat fait feu. Un seul des Allemands s’enfuit. Persuadé qu’il avait tué l’autre, il alla, quand il fut relevé, a la recherche du cadavre, mais il ne trouva qu’une casquette ensanglanteée.

Comme notre troupier revenait vers nos lignes, rapportant la coiffure du Boche, il constata qu’en se baissant, il avait laissé tomber sa montre. Aussitét il rebroussa chemin pour lachercher, mais ne la trouva point.

Tout soucieux, notre fantassin réfléchit.

— J’ai raté ma soirée, se dil-il, puisque j'ai manqué mon Boche et perdu ma

montre. Il me faut une compensation. Leur poteau-frontiére nous embéle, je vais le leur prendre.

En rampant, il franchit les deux cents métres qui le séparaient des lignes alle~ mandes, traversa le réseau de fils de fer et atteignit le poteau. Une sentinelle le surprit en train de le déraciner et fit feu.

D’autres Allemands acooururent mais il séloignait déja.

Bientot la fusillade crépita au milieu de la nuit, tandis qu’é grandes enjambées le petit lignard francais regagnait sa tranchée, rapportant son trophée: le fameux poteau-frontiére.

Son commandant, dans sa joie, non content de signaler cet acte d’héroisme l’embrassa devant tous les hommes du bataillon rassemblé.

LES ALLEMANDS A MAUCOURT

Le village de Maucourt, comme tant d’autres dans le Santerre, a étéeffroyablement ravagé par la guerre; ce n’est plus aujourd’hui qu’un amas de ruines et de décombres jonchant le sol.

De cette agglomération rurale il ne reste qu’un nom sur la carte. Elle est & reconstruire en fotalité.

La grande et belle route qui y conduit est défoncée par les obus et les arbres qui la bordaient sont brisés. Tout le pays détruit atteste la violence des combats qui s’y livrerent.

Des coquettes maisons en briques, aux toitsd’ardoises quiformaient le village agricole de Maucourt, bien peu sont restées debout ou celles quiont échappé aux ravages du bombardement sont tellement endommagées qu'il ne faut plus songer a les habiter.

Les murs de léglise, édifice datant du xvi’ siecle, ont été troués par de nombreux obus ; le clocher s’est effondré ainsi que la toiture.

A cété, la mairie, batiment de peu d’importance, a été plus épargnée, mais l’école, qui lui était contigué, une belle construction, toute neuve, est anéantie.

L’histoire de Maucourt, durant le séjour des Allemands, est navrante.

A approche des envahisseurs, une partie de la population s’enfuit. Ceux qui demeurérent ne tardérent pas a le regretter, car l’ennemi signala son arrivée par des assassinats.

C’est vers neuf heures du matin que les premieres troupes teutonnes pénétrérent a

Maucourt, éclairées par des cyclistes et des ublans.

A leur entrée dans le village, ils aviseérent un café tenu par M. Gaétan Hochsdé et ou se trouvaient quatre consommateurs.

En voyant des Allemands, ceux-ci se lévent, effrayés. Les éclaireurs prussiens leurintiment|l’ordre dese mettre a genoux et de demander pardon. Comme |’un d’eux Louis Rousselle, jeune homme de dix-huit ans, n’obéit pas assez vite, une de ces brutes lui donne un violent coup de pied.

Mais le jeune garcon s’enfuit ainsi que les trois autres personnes. Cependant, une de ces derniéres, un fermier agé de cinquantehuit ans, M. Aleide Seigneurjean, ne peut franchir le seuil de l’établissement, un des éclaireurs tire sur lui deux coups de carabine. Atteint dans le dos, l’infortuné sort, mais pour aller tomber et rendre le dernier soupir cent métres plus loin.

Pendant ce temps, Rousselle, qui,danssa précipitation, s’est enfui dans une direction opposée, revient sur ses pas. Il essuie éga-

lement les coups de feu des cyclistes. Seulement blessé au bras gauche, il peut se réfugier dans une grange voisine. Des uhlans, accourus aux coups de sifflet des cyclistes, l’arrachent de son abri, le poussent dehors 4 grands coups de botte et lui tirent & bout portant cing coups de revolver. La malhenreux meurt sur le coup, la téte & moitié emportée.

Alors, leur rage sanguinaire assouvie, ils se livrent au pillage habituel bien connu, ensuite leurs troupes défilent dans les rues du village. dont ils pressurent et malménent les habitants. Enfin, une tranquillité relative s’établit.

Le 23 septembre au matin, huit uhlans commandés par un lieutenant s’arrétent devant la maison de M. Gambart, boulanger. Lofficier, du haut de son cheval, explore les environs.

Soudain, se percoivent des cris, des détonations et un galop précipité. Les habitants terrorisés, fuient de tous cétés. Par la grande rue viennent de déboucher trois

dragons francais, un sous-officier, la pipe a la bouche, et deux cavaliers.

De retour d’une mission, avec des renseignements importants a fournir, ils regagnent les lignes francaises lorsqu’ils se trouvent en présence de l’ennemi. Les neuf uhlans leur barrent la route. Que faire ? Rebrousser chemin, il n’y faut pas songer, car derriére ce sont les lignes allemandes.

Cotite que cotte il faut passer ou mourir.

Les deux groupes échangent des coups de feu, puis, toujours fumant sa pipe, le sousofficier charge, suivi de ses deux hommes.

Les trois dragons se battent avec l’énergie du désespoir. L’un d’eux tombe, légérement blessé a la ceinture, et bientdt son camarade est désarconné. Mais les Allemands n’ont pas été ménagés et le sousofficier, se frayant un passage, lance sa monture et fuit & toute vitesse, poursuivi de pres par les six uhlans restés valides.

Au loin d’autres dragons ont entendu

les coups de feu et vu le combat. Ils accourent, tirent sur les Allemands et en blessent trois, tandis que les autres s’enfuient vers leurs lignes.

Toujours sa pipe aux dents, le sousofficier rapporte au commandementle renseignement attendu et la lance d’un cavalier ennemi.

Dés lors, nos troupes et les Allemands vont se disputer la possession de Maucourt.

Le 25 septembre, apres un combat entre cette localité et Chilly, pour le malheur des habitants, les Prussiens en restérent les mattres.

Pour éviter le feu del’artillerie francaise qui bombardait les lignes ennemies, M. Billebaud, boucher, rue de Méharicourt, s’était réfugié dans sa cave avec sa famille et celles de M. Brazier, instituteur et secrétaire de la mairie, de MM. Ernest Dubois, Gambart, boulanger, et quelques femmes.

Les Allemands s’emparérent brutale-

ment de quatre hommes et, a coups de crosse, les menacant de mort, les contraignirentéa marcher en téte de leur colonne pour empécher nos troupes de tirer.

Pourtant notre artillerie continuait a tonner. Ils placent alors leurs quatre prisonniers au mur comme pour les fusiller, puis ils se ravisent et, obligés de battre en retraite, les emménent au quartier général, & Chilly. La, on essaie, mais en vain, de tirer d’eux des renseignements sur la position des troupes francaises, et on les renvoie en pleine nuit.

Le lendemain, de nouveau, les Allemands sont & Maucourt. De grand matin, un officier, un capitaine-major, se présente a la mairie ou se tient M. Brazier.

— Combien d’habitants actuellement a Maucourt? lui demande-t-il brutalement.

— Trois cent cinquante.

— Il me faut, reprend le Teuton, dix francs par habitant, en or et en argent. Si dans deux heures vous ne m’avez pas remis cette somme, on fouillera tout le

monde. Ceux d’entre vous sur lesquels on trouvera de la monnaie seront fusillés, nous emménerons des otages et mettrons le feu aux quatre coins de Maucourt.

— Notre population est pauvre, objecte M. Brazier, jamais on ne trouvera cette somme en or et en argent; peut-étre si vous acceptez des billets...

— 3.500 franes en or et argent dans deux heures, répliqua |’Allemand, dans deux heures...

Puis il emméne M. Brazier, fait appeler adjoint, M. Lhomme, et le desservant de la paroisse, l’abbé Flour, vieillard presque impotent.

— Allez recueillir l’argent, leur dit-il, et si vous ne l’apporiez pas, tous trois vous serez emmenés comme otages.

Accompagné par deux soldats, chacun des quéteurs parcourt le secteur qu’il s’est assigné, C’est une consternation générale, mais les habitants, dans un bel élan de solidarité, font de leur mieux. Des femmes inscrites au bureau de bienfaisance et

ayant trois enfants en bas Age se dépouillent de leur unique piéce de cing francs. Chacuns’efforce de donner ce qu’il peut. Néanmoins, la quéte terminée, on n’a recueilli que deux mille francs. Et les deux heures vont étre écoulées. Alors, simplemeni, le boulanger, M. Gambart, compléte la somme.

A peine les quéteurs l’ont-ils remise se capitaine-major qui les attendait rue de Méharicourt, dans la maison de M. Fournet, & peine sont-ils rentrés dans leurs caves, car, dans le lointain l’artillerie se met & tonner, que des cris retentisssent, accompagnés de sonneries bien connues.

« En avant! & la baionnette!... »

Ce sont nos petits chasseurs qui débouchent dans Maucourt au pas de charge. La bataille s’engage dans les rues. Les Allemands surpris résistent 4 peine al’élan de nos braves vitriers qui ne tardent pas a les culbuter.

L’ennemi s’enfuit dans la direction de

Chilly poursuivi la baionnette dans les reins. i

Ce brillant fait d’armes nous livre Maucourt qui désormais nous restera, malgré les tentatives de ]’état-major ennemi pour essayer de nous le reprendre, ce qui se produisit dés le lendemain. Mais son attaque fut molle et facilement repoussée.

Cependant le lundi 28 septembre son artillerie commenga le bombardement de Maucourt, en méme temps que de fortes colonnes étaient lancées a l’assaut du village.

Cette fois leffort fut sérieux et ’affaire vivement conduite, tandis que des renforts allemands arrivaient sans cesse. Pleines d’ardeur et de confiance, nos troupes, certaines du suecés, combattirent avec une admirable bravoure et, aprés avoir repoussé cing attaques successives, prenant a leur tour |’offensive, culbutérent les Prussiens et les poursuivirent toute la nuit.

Quand, au matin, le soleil éclaira le

champ de bataille, les Francais en étaient définitivement maitres. Les Allemands 3’étaient repliés sur Chilly aprés avoir subi des pertes énormes, si considérables, a dit un témoin, que, dans un champ avoisinant la maison de M. Billebaud, boucher, « ily avait, couchés sur le sol, autant de soldats ennemis que de betteraves. »

En revenant victorieux, nos hommes, gui ramenaient de nombreux prisonniers, capturérent encore trente Allemands réfugiés, rue de Chilly, dans la cave d’un jardinier, M. Denaux.

Devant un échec aussi sanglant, |’ennemi changea de tactique. Renongant a reprendre Maucourt, il se fortifia puissamment dans Chilly, afin d’arréter nos troupes dans leur marche en avant.

Il s'établit fortement dans le cimetiére de cette localité, déterrant les morts pour se retrancher dans les caveaux. Une musique militaire y exécutait parfois, dit-on, des marches funébres.

Puis, dans sa rage d’avoir été chassé du

village, il en entreprit le bombardement c'est-a-dire la destruction méthodique.

Dans la nuit ses grosses pieces commencérent a déverser sur Maucourt un ouragan de fer. Des maisons s’écroulérent, d’autres furent incendiées, de sorte qu’aprés cet effroyable canonnade, une quinzaine de maisons a peine sont restées debout.

Malheureusement, ce terrible bombardement en détruisant Maucourt fit en méme temps des victimes parmi les habitants qui étaient demeurés.

Dix personnes furent tuées par le méme projectile. Quatorze autres avaient cherché un refuge rue Baudhuin, dans la maison du maréchal-ferrant, M. Toquenne. Soudain une marmite explosa. Quand on fouilla les décombres, on en retira une dizaine de malheureux, tués sur le coup ou qui succombérent peu aprés a leurs horribles blessures: M™* Toquenne, sa fille, Mme Faverelle et ses trois jeunes enfants, sa belle-fille M™°* Palma-Toquenne et son bébé; M** Bourbier, belle-

mére du maréchal-ferrant, et une voisine, M”* Zélia Caussin.

Aussi, la population terrifiée, cédant aux instances de l’autorité militaire, quitta Maucourt ou le séjour n’était plus possible et depuis le village est demeuré complétement désert...

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