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LES PREMIERES BATAILLES DE LA SOMME

Le samedi 29 aotili914, un communiqué officiel apprenait que le front de bataille s’étendait de laSomme 4a la Meuse. Le lendemain, l’ennemi avait encore progressé.

Et c’est tout ce que l’on sut des combats acharnés livrés par les troupes frangaises pour arréter dans la vallée de la Somme la marche des Allemands sur Paris.

La riviére de Somme a été le point de jonction de deux masses allemandes rentrées en France par la trouée du Nord, une par Lille et l’autre par Valenciennes.

56 LA GUERRE BN PICARDIE L’histoire éclaircira le mystére du passage sans encombre des Allemands par Lille.

Au contraire, par Valenciennes et Cambrai, ils se heurtérent & une vive résistance des armées franco-anglaises. Surtout & partir de Cambrai, ow le sol se préte mieux au combat que dans la région plus septentrionale.

De Cambrai, l’armée allemande emprunta les deux grandes routes de Bapaume et de Péronne. Elle fut arrétée par une premiére ligne défensive francaise passant par Bapaume, Combles et Péronne.

Contraintes de se replier, nos troupes, par une manceuyre habile, disputérent a l’ennemi le passage de la Somme et allérent prendre une position de combat plus favorable dans la grande plaine du Santerre.

La riviere de Somme constitue une magnifique défense naturelle. Surtout entre Péronne et Amiens, elle est large, bordée de marécages et de prairies au sol peu ré-

sistant ; pour une armée nombreuse, elle est d’un passage difficile et redoutable.

Que l’on imagine un triangle renversé dont la Somme serait la base, Amiens, Péronne et Rosiéres les sommets des trois angles, et le village de Proyart le centre :

c'est dans ce grand triangle ou s‘enferme la plaine du Santerre, que nos soldats, en ne marchandant ni leur héroisme ni leur vie, quoique inférieurs en nombre, arréterent pendant deux jours une partie de la masse allemande qui « dégringolait » de la Belgique sur Paris.

La lutte fut violente, acharnée. Nos troupes, malgré leur infériorité numérique, s’abritérent derriére les moutonnements qui parsément la plaine. Elles laissérent seulement des détachements devant les chaussées ou l’ennemi devait nécessairement passer pour traverser la Somme.

Avec quel héroisme ces poignées de braves luttérent jusqu’au dernier pour retarder l’élan des ennemis ! Pour s’en faire une idée, il faut entendre les rares témoins

de ces exploits qui égalérent ceux des compagnons de Léonidas. :

— J’étais dans ma hutte, au milieu de la riviére, raconte un vieux poissonnier, habitant le village de Cappy, et par les petites ouvertures d’oti je guette d’ordinaire le gibier d’eau, je suivais toute la bataille ; pour mieux étre a l’abrides balles qui tombaient autour de moi, j’avais retiré la téle qui recouvre le toit de la hutte et je m’en étais fait une sorte de bouclier.

« La, j'ai assisté & une véritable chasse a vhomme : c’était entre Eclusier, Vaux et Cappy. Sur larive droite de la Somme, les Allemands arrivaient en colonnes nome.

breuses, précédées de uhlans qui galopaient dans les prairies marécageuses et venaient reconnaitre la situation du canal qui rend la Somme navigable.

« En face, sur la rive gauche, des chasseursa pied attendaiant,dissimulés derriare les moindres obstacles. Le feu de nos petits chasseurs était d’une précision terrible.

C’était un bonheur de les voir démonter

les cavaliers ennemis. Seulement, c’était folie de vouloir tenir téte en aussi petit nombre & des régiments entiers... A peine les premiers soldats allemands eurent-ils franchi la chaussée d’Eclusier qu’ils forcérent nos héroiques chasseurs 4 reculer.

« Quelques heures aprés, j’en ai ramené, qui n’étaient pas blessés, dans ma barque jusqu’a Cappy.Ah ! les braves soldats !... »

Ce fait s’est reproduit dans les divers endroits ot les Allemands passérent la riviére ; l’on devine Ia somme d’héroisme quifut dépensée par les nétres en quelques heures.

La riviére franchie, l’ennemi rencontra nos lignes de fantassins et dut livrer une bataille en regle. Les deux villages de Proyart et de Framerville en furent le centre. De ces localités, jadis vivantes, laborieuses, prospéres, il ne reste plus aujourd’hui que quelques maisons debout ; tout le reste n’est que ruines et décombres.

On entendit trés distinctement d’Amiens

la canonnade qui fit rage principalement sur Proyart ; les Amiénois-et les gens du pays disent couramment de |’action livrée dans la plaine du Santerre: la bataille de Proyart. Les régiments qui y prirent part, des Bretons notamment, s’y battirent comme des lions, c’est-a-dire comme des Bretons...

Inférieurs en nombre, ils durent céder, ou plutdt ils se firent tuer. La grande plaine du Santerre, — Sangwuis terra, la terre du sang, — qui mérita jadis ce nom, rapportent les traditions locales, & cause des massacres des Huns, retrouva dans la bataille de Proyart la justification trop douloureusement vraie deson appellation.

Quelle que fat l’issue de ces premiéres batailles dela Somme, on peut dire que l'acharnement et la ténacité sublimes déployés par nos soldats pour arréter la marche en avant de l’ennemi ont permis a notre état-major d’opérer en bon ordre un grand mouvement de retraite sur la Marne.

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