‹ La guerreChapitre 9 sur 12 · I.A liUEnUE · texte numérisé non relu

I.A liUEnUE

je serais prôl h les pardonner à la guerre ; ce sont les douleurs ot des maux ('"phcmères ; un jour, ceux qui on souiïrent aujoiinrhui, entreront dans leur repos ; mais co que jo ne puis pardonner à la çuerre, ce qui fait que je la maudis, c'est qu'elle perpétue entre les peuples la haine et la division ; elle n'agit pas seulement sur l'heure prL'sonte, à façon d'un ouragan ; elle n'est pas seulement la faucheuse inipitoyahle qui couche à terre les Spis et les hommes ; elle ensemence la terre de ^■vengeance, et elle recule j)our des siècles la paix et l'harmonie des cœurs. Elle consacre des jours, des lieux, des anniversaires, des monuments, {jui seront entre les nations des bornes néfastes, contre lesquelles viendront se briser tous les rêves d'alliance ot de fraternité : elle creuse entre les empires un fossé infranchissable, car elle le remplit de télés d'hommes et de sang; et quand les générations qui se sont entre-heurtées auront disparu, les neveux, nés sous un ciel plus serein, cédant h l'attraction de la civilisation, rapprochés par les échanges du commerce, séduits par le charme des lettres, voudront se tendre les mains, s'unir ; mais, arrivés sur le bord de ce fossé, ils reculeront d'horreur à la vue de tous ces fantômes

LA ct'ÊRhê

livides qui se dresseront devant eux, et ils s'écrieront : « Non, je n'irai pas plus loin, car là-bas c'est Tennenii, ils ont lue mon père ; mort et vengeance ! » Qui peut dire ce qu'entretiennent dans l'Europe, d'animosités, de jalousies, de préjugés et de désirs sauvages deux ou trois uoras éelalanls, qui sont renvoyés d'une rrontièrc à raulro, comme l'écho d'une canonnade, obstinée '? Oui, voilà pourquoi je hais la guerre : elle ne clôt jamais l'ère des haines et des revanches ; elle transmet de génération eu génération un venin impur!

Toutes ces réllexinns ne sont-elles pas oiseuses et trop tardives ? Le sort en est jeté ; l'app)-] nnx armes a retenti ; nous ne sommes plus appelés au conseil, à la délibération ! 11 est vrai, le pays est! engagé, et notre devoir est de suivre le drapeau ; mais nous ne sommes pas dispensés du soin de veiller sur nous-mêmes et de lutter contre les entrainemeuls de nos passions, facilement surexcU i tées dans cette atmosphère troublée. Ce n'est pas

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seulement ii la frontière qu'il faut croiser la baïonnette et repousser l'étranger ; solilats île flhrist, nous devons aussi monter la garde an seuil de noire cu'ur, et crier ii la haine prOte ii nous envahir : « Un ne passe pas. »

S'il l'sl vrai que le chrétien se reconnaît h l'amour, au pardon, à la mansuétude, nous ne pouvons pas nous cacher que la jafuorro n'est [jas une école de christianisme et que nous devons posséder noire ilme, jiour ne pas être emportés, par la lurbuleuce de nos sens et l'ardeur de notre sang, jusqu'à ces cris de représailles barbares que poussait l'exiléjuif sur les rives de l'Huphrate'.

Oui, prenons garde d'avoir le sort de ce chrétien des premiers siècles qui, contraint d'assister aux combats du Cirque, s'était promis d'y assister les yeux fermés'. Un gnuid cri l'a surpris, il ne peut s'empèclier de jeter un regard sur l'arène ; ce regard est suivi d'un autre ; refermer les yeux lui devient impossible. L'atmosphère sanglante qu'il respire l'étourdit à son tour, et envahi bienlùt

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