‹ La guerre et l'homme:Chapitre 20 sur 36 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les panégyristes de la guerre

La guerre a pour quelques hommes une séduction compréhensible, celle de l'imprévu, de Taventure, de Texistence fortement contrastée: pluie et soleil, chaud et froid, exaltation et abattement, famine et repue franche; joie de vivre après avoir eu peur de mourir. Or, ce qui pèse le plus à certains caractères, c'est la monotonie. Ceux-là pressentent dans la guerre les émotions fortes qui leur font besoin.

Mais pour la plupart des hommes, qui ont vu la guerre, c'est seulement dans leurs souvenirs qu'elle apparaît à son avantage. Ils ont plaisir à se rappeler leurs misères (non leurs drlaillances morales, qu'ils ont généralement oubliées). Ce plaisir, qui leur fait croire qu'ilsonl aimé la guerre et l'aiment encore, vient prf'xnsément de ce qu'après l'avoir faite ils ne la font plus. Ce qu'ils aiment en réalité de la guerre, c'est son lointain.

Je ne dénie pas à la guerre toute poésie, tant s'en faut. Celui à qui le péril de mort ne fait baisser ni la lête, ni les yeux; qui, debout, dans loule sa taille, regarde le péril en face, qui maigré le péril lait tout ce qu'il faut faire, va partout ou il faut aller, celui-là est digne qu'on Thonore, qu'on le loue, qu'on l'admire; exemple fortifiant et utile, car, hélas! le courage militaire est encore de nos jours indispensable* Cette vertu garde l'indépendance de chaque nation. Or il est bon que toute nation reste maitresse d'elle-même. Cela est bon pour la nation attaquée qui, en perdant rindt*pondance, perdrait de sa valeur morale et iiitellccluelle, je dirai volontiers de son rendement, en tous les genres; bon pour la nation assaillante qui, en conquérant ses voisins et les asservissant, subirait elle-métne une diminution morale, car on n asservit pus autrui impunément ; bon, par conséquent, pour toute la race liuniaine,

Et le courage est encore autre chose qu*un exemple utile. Il est un spectacle émouvant qui remue puissamment le cœur de Hiomine. Le courage eiït une beauté.

Mais ces vérités reconnues, allons-nous en conclure que la guerre est une bonne chose et qu"il faut en désirer la pérennité ?

Non. Car d'abord grandeur et horreur sont liées dans la guerre comme le droit et l'envers dans une médaille. En voici un bon exemple, que j'emprunte au siège de Sébastopol.

« Il fut convenu qu'on attaquerait la tour de Malakoff en plein jour, à midi*. » Un peu avant midi, les 25.000 hommes destinés à cet assaut occupent les tranchées, qui en sont comme comblées. Là, ces milliers d'hommes pressés se tiennent à l'abri, immobiles, muets, car un absolu silence est ordonné, 11 s'agit en effet de surprendre l'ennemi, et l'on en est tout proche, à 90 mètres, et mùme sur certains points à 40 mètres seulement. Des armes impatientes se lèvent par intervalles. « Baïonnette basse ! )> crie aussitôt le général Bosquet, dont la voix se perd, pour l'ennemi, dans le tonnerre de la canonnade; car 800 bouches à feu sont en action, rien que du côté français. Au centre de la ligne donc, « le général Bosquet avec son état-major, son fanion abaissé près de lui... Non loin, le commandant Clinchant, le cigare à la bouche, le sabre à la main, attend avec une résolution calme le cri « En avant )>. A deux pas de lui, ses clairons, les yeux fixés sur leur chef, se tiennent prêts à sonner la marche, w

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