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CHAPITRE YIll

L'avenir de la guerre

M. Prudhomme (seiiLencicux ci prcsiiue niajestueux). — Monsieuiv je vous confondrai d'un moL On s'est toujours baltu: donc, on se battra toujours.

ChoHir lointain d'homines noirs, noir-rouge, noir-jaune, gentiment laloués^ nu!^ ou ap profilant, embellis d'anneaux dans le nez, ou les fîreillcs ou la lèvre, plumes et coquillages dans les cheveux : Australiens, Vitiens, Néo-Calédoniens, Néo-Héhridiens, Bas-Nigériens, Marquisiens, Néo-Z élan dais, Caraïbes, Anciens-Mexif cains, etc. : « On s'est toujours mangé; on se ma u géra toujours, car rien ne vaut une le&sc d'homme grillée sur des pierres rougies au feu

î (ils font claquer leurs langues), et rien aussi

' ne fait tant dlionneur. »

i^jii'pyv-'^'^y.i»*-;» T'*.* ' iy\ ' .? i. — i . -.— »r ,».«' ï T-y-jf^Tr?!.-;'^?»-

l'avenir dk lv guerre 351

Un homme très chauve, à figure pointue et éniaciée, couvert d'un grand manteau et debout mw un socle comme une statue. Il lève son doigt d'un air dogmatique et dit : « La civilisation ne peut se passer d'esclaves, qui libèrent IcH hommes d'esprit des besognes grossières et vilc!^. L'esclavage a toujours existé; il existera lotijoiirs. »

Multitude pressée d'hommes à Tentour, et près et loin, à perte de vue, criant : « Ce qui a existé une fois existera toujours ; ce qui ne s*est pas encore vu, ne se verra jamais nulle pint. ^^

Il existe des causes générales et permanentes qui poussent à la guerre ; il existe des causes générales et permanentes qui pourraient en détourner. — Ces dernières n'ont jamais réalisé leur tendance; ni la religion, ni rhumanité, ni la raison, rien enfin, n'a jusqu'ici aboli la guerre. Au contraire, les causes pour la guerre ont, à chaque instant, réalisé leur tendance dans l'histoire. D'où vient cette différence?

Les causes générales pour la guerre^ nous les avons vues; c'est en tout homme la vanité.

LA Gl'ERHK KT L HOMMK

l'orgueil personnel, se couvrant du masque d'une fierté désintéressée, d'une fierté pour son pays ■ c'est l'aversion et le mépris pour T étranger ; cesl le ressentiment des luttes historiques; c*est eTi une catégorie dliommcs restreinte, mais parlante et influente, la perpétuation des vieilles idées qui semblent remonter jusqu'à rascétisnic cruel des religîous primitives. Ces causes diverses ont rencontré, à chaque instant, dausTinstilution du gouvernement, ce qu'il leur fallait pour se coordonner et pour agir, j'entends riiomiuc revêtu d autorité, prince ou ministre qui voulait la guerre par ambition de pouvoir ou par gloriole, et cet homme a été comme la \cc Utile primitive, le gei'rne acîif qui organise ttuluur de lui la matière dispersée, l Les causes contre la guerre ^ nous les avons vues également. Chacune d'elles ne manque pa^^ I de force ; elles paraissent même plus fortes que / les causes pour la guerre: ce sont rinstinct .de- / la conservation chez ceux qui sont destinés à , faire la guerre en personne ; Ta-ile^lion alarmée I des familles, un vague senti men t de pitié pré- , ventive dans les masses, la révolte de rhuma- » nité ou de la raison chez quelques esprits *^ d*élitej des intérêts économiques menacés et ^sTéagissant; mais tout cela paralysé, impuissant, |aute d'avoir, comme les cnuses adverses, la

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l'atkni!^ de l\ guerre 35.1

chance de rencontrer rélément central et moteur qui coordonne les forces et les fait passer de la virtualité à Tétat effectif.

Donc les forces contre la guerre, dispersées, diffusées dans des masses d'hommes, résident ig grtes, Kl les n'entreront en branle qu'à Tappel d\me individualité exceptionnelle. Alors elles s'éveilleront, et, se rangeant autour de ce centre, elles déploieront leur efficacité.

Dans riiisloire, tout ce qui plus tard doit devenir institution, opinion générale ou rouage gouvernemental, commence ainsi par un accidctil, pai' un homme ou à peine quelqucs-uni=!.

Lii ]>ensée généreuse d'où la coniereoce Ao La Haye est sortie, mérite notre reconnaissance* Mais on a pu [U'ésumer tout de suite qu'elle n'aïuait aucun r* sultat.

Quatre particuliers de bonne volonté ont bien delà peine à se concerter et à s'entendre pour former une résolution valable. Qu'espérer d*une trentaine de diplomates divers de race, de pays, d'opinions, d'esprit, d'intérêt, surtout lorsque dans le nombre il en est qui veulent au fond qu'on ne s'entende pas?

Cette conférence devait proposer, en premier lieu, un système de désarmement partiel, graduel, simultané et proportionnel. Les difiicullés pratiques d'un système si évidemment conipli-

37Vi L\ GUERRE ET L^flOMME

que saiilèrent aux yeux de tous les publiciâte^*

Il fallait que toutes les nations fussent animées trime bonne foi entière et r*^solues à souftrir en loute patience le contrùle fie voisins^ ombrageux : ( onrert de sentiments partîculièreinent rhîmerîque.

I^a < onfërence devait pn.suîfe s'entendre sur l*arbih nge. Se bornerait-elle k en reroniniander lu pratique ? Irait-elle jusqu'à Tenjoindre ? Et en re ras, quelle serait la sanction a exercer contre les contrevenants ? Celle sa ne lion ne pouvait être que la guerre de tous contre un ou deux. Quelle idée cependant que celle d'inventer une nouvelle cause de gueire, la guerre dans rintévH de la paix ? — On pouvait prévoir avec eertiludé que la conférence ne s'avancerait ])as jusque-là; qu'elle se bornerait à recommander l'arbitrage ad pompam ef osienlaiionem, A la place lie cette procédure vouée à Finanité, quelle ujarche devait-on suivre? Examinons les ressources dont on dispose en l'état aelucL Je coininence par la fin, je veux dire par la sanction,

La sanction par la force, nous Favons déjà re poussée comme un procédé contradictoire, paradoxal. Maintenant, j'ajoule qu'il serait dangereux. En fait, l'Europe ne s'accorderait pas pour contraindre une nation rebelle à Tarbi-

l'avenir de la guerre 355

trage; très probablement TEurope se divîseraït en deux et, au lieu d'aboutir à une exéculîon plus ou moins facile, on arriverait à une vaste guerre entre deux ligues.

Et alors quelle ressource reste à notre di^^posîtîons? un^^eule, je le dis tout de suite, une seule, qu'il ne faut ni surfaire, ni diminuer : r'cKt le point d'honneur; c'est ce lien d'honneur par Lequel un peuple, qui a donné publiquement sa sig nature à un contrat, se croît et se sent tenu. Quel contrat? celui que moi et d'antre? avons appelés, il y a longtemps déjà, te vonivat préventif et permanent d'arbitragi\

l.e contrat préventif, comme son r'*pilhète r indique, est fait d'avance, en vue non d'une querelle déjà flagrante, mais en vue d'une querelle simplement possible dans Tovenir.

N'est-il pas psychologiquement prouvé que deux parties sont plus disposées à suivre la raison, quand aucun intérêt, aucune passion nrluelle ne les anime ?

Ce contrat est fait entre une nation et une autre nation, les deux traitant en partitndier, sans rien demander aux voisins. Donc ce i*ontrat — et voilà son avantage vraiment capital —

n*esige pas le concert de plusieurs, toujours très difficile, sinon même chimcrîcjue, 11 ne faut iri que deux volontéi^ concordantes.

Ces parties, liées d'avance^ habituées à celte idée que toute querelle înlervonante sera Iranchce par l'arbitrage, j^eront certainement, quanti la querelle intervie^iidra, micTix garanties conlre cette tendance à Texagèration et aux propos ufFensants qui sont routumiers aux peuples en querelle.

l.e corps essentiel du contrat, chacun peut Timaginer très aiscnicnt. Au reste je montrerai luul il rheure en quoi il consiste. Je reviens maintenant à la sanction. Je le répète, les deux parlics ne seraient conlraintc^ que par l'honneui": celle qui fau:!*seraît ^a parole, sa sigaaturc, n'encourrait qu*une mésestime universelle, une déchéance devant l'opinion, et une certaine honte intime, — car on a beau faire, on ne peut se cacher a soi-même qu'on a commis un acte univei "îcllenient tenu pour déshonorant.

Elle n'encourrait que cela, dis-je, et c'est lui frein qui n'est pas maleu-ioK j'en conviens; mais je ne conviens pas qu'il soit si peueificacc et contraignant. Ce quMl faut craindre, à mon avis, * 'est que les peuples ne veuillent pas se lier [K\v le contrat préventif d'arbitrage ; niaiï^ je

lVvVENIR de L\ (iUERRE 357

considère comme certain que presque aucun de ceux qui se seraient liés n'oserait se délier. Quand on aurait tant fait que de faire le contrat, on l'exécuterait ^

Remarquons qu'ici notre procédure a de l'avantage encore sur celle de la conférence de La Haye. L'arbitrage a-t-il été recommandé à La Haj'e, ou a-t-il été discrédité? Vraiment, on ne sait trop qu'en dire. Mais, à supposer qu'il eût été recommandé, et même fortement, par toutes lès puissances, ce conseil collectif n'eût gêné aucune des puissances signataires, parce qu'aucune d'elles ne s'engageait en son propre nom et ne se serait trouvée engagée privé devant le monde.

Et maintenant, supposez une nation faisant ce contrat aujourd'hui avec une voisine, demain avec une autre, et ainsi de suite, il n'y aurait chaque fois que la difficulté de réunir deux volontés concordantes ; et, c'en est une, et parfois considérable, mais jamais égale à la difficulté du concert européen,

La nation dont je parle, à supposer la réussite, donnerait l'exemple de la procédure la plus

1. L*expérience semble bien me donner raison. On a vu des nations refuser de recourir à l'arbitrage ; mais aucune des conventions d'arbitrage qui ont étô faites n'a et»' faussée ; toutes ont été exécutées.

X^H L\ GITERBE ET l' HO M MF

praliijue dans rétat actuel, car celle procédure permettrait d'accoaiplir la besogne, peu à peu, graduellement, tandis que la procédure de hd. Haye prétendait à tout terminer d'un roup.

l'ji fait, ce contrat préventif au permanent d'arbitrage a fait yon entrée — mudeste encore — dans le monde ofTiciel. En 1895, la Chambre française des députés vota à Pu nan imité une proposition invitant le gouvernement àconchire un traité d'arbitraffO avec les Etats-Unis, Entre

les États-Unis et F Angleterre, il y a eu également des pourparleis tendant à la conclusion d*un traité préventif d*arbitrage* L'Italie et la République Argentine sont allées plus loin : un traité existe, par leqiïel les deux nations s'obligent u rarbitrage, quoi qu'il advienne.

Tout le monde sait que Tarbitrage accidenteL appliqué à un conllil dt'jà (lagrant, est entré plus abondamment dans la pratique. Personne u'a oublié la fameuse sentence arbitrale qui termina Tailaire de Tv^labama, Je renvoie le lecteur à l'excellent ouvrage de M, Charles Richet, La Guerre et la Paix. 11 y trouvera (page 109) une liste fort encourageante, quoiqu'elle contienne non ions les arbili-agos que notre siècle a vus se produire, mais seulement les principaux.

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l\^venik de l\ guerre 359

Je ne sais s*il y a bien, lieu de déplorer rinexistcni'C rl*un tribunal international, composé tle juges prolessionnels. L'arbitrage me parait valoir mieu>£, au moins par certains côtés ; c'est une forme plus libre, plus large, plus souple. Et il se i>ourrait bien que, par cette raison, le jugement d'arbitres variables convînt mieux aux procès internationaux, où il faudra toujours tenir compte de considérations politiques, et imposer des transactions, des conc:cssions, plutôt que juger d'après la lettre Blrictc de quelque règle de droit. Qu'on ne se laisse pas sêtiiiirc par l'analogie des procès entre particuliers.

Et puis, un peuple obéira toujours bien plus fat-ilcinent à la sentence d'un juge de son choix. Je le répète, alors l'honneur le lie ; il ne cède, en somme, qu'au respect qu'il a de lui-même et de sa parole donnée; et, au contraire, il se résoudra toujours très difficilement, je crois, à observer un jugement déplaisant émané d'un corps profefesâionneL

. Enliîstoîre, l'accidentel est au début de tout. Je leredisj tout ce r[ui doit devenir plus tard institu-

tion, c|uo ce soit un rouage politique ou un Irait (le mœurs populaires, commence par une sorte traccîdent, par un homme, ou à peine quelques-uns, donnant l'exemple de l'innovation.

Ici, par la nature des choses, la personne iiiilialrite ne peut être qu'une personne colleclive, une nation.

11 me semble qu'il appartiendrait à la France d'àlre cetle nation. Son exemple aurait plus de poidy que celui d'un autre : un peu parce que la Fnuirr, dans le passé, a quelque fois joué le rôle d'initiatrice, et beaucoup à cause de sa sikiaiîoii présente. Vaincue, démembrée, ayant beaucoup à oublier, à pardonner, la France, mis.sioniiaire de l'arbitrage, sacrifiant aux inténHs de la civilisation des rancunes trop bien fondées et une vengeance légitime, la France, diK-je, ferait peut-être quelque impression sur Tesprildcs peuples; et ce serait vraiment tirer de son propre mallieur le moyen de travailler au bien public ; cela devrait tenter une nation tjuî a t|iielques mouvemenls assez beaux dans >^on pa^sc.

Mais une nation, ensemble réel de pensées coujLïses, contradictoires, ne devient elle-même un être j>ersonnel, doué de volonté suivie et de

L\iVENIR DE LA GLEHHE 361

conception lixe que par Tascendant accepté d'un homme, ou, je le répète, à peine de quelquesuns. Il faudrait donc finalement que la France trouvât rhomme ou le groupe d'hommes voulus pour Tentrainer et la conduire dans Taccomplissement de sa mission.

Et cependant on n'a pas encore de l'arbitrage l'idée qu'on en doit avoir. Son rapport avec la morale n'est pas clairement aperçu ; on ne voit pas que la procédure de l'arbitrage est moralement obligatoire, pour les nations, comme Tusagedes tribunaux pour les particuliers, car...

Nul ne peut être juge en sa propre cause. Principe que les Grecs et les Romains ont connu pour la vie privée et dont l'observance, mieux que la musique et les statues, prouve que ces peuples furent civilisés; principe tombé en oubli ou mal observé du v® au xiii® siècle du moyen âge, ce qui fait de ces siècles des temps barbares, malgré toute la foi religieuse qu'ils aient pu avoir; principe qui reprend vigueur vers le xiii® siècle, ce qui fait que la civilisation croît à mesure.

Nul ne peut être juge en sa propre cause. Fondement de la civilisation, règle sans la(|ucllcla

rivilisaticn n*est pas; règle qui, plus ou moins observée, donne la mesure cruue civilisation. Là oii ce principe manque, lieu géographique ou moment historique, la barbarie règne encore. Là où tout est soumis à ce principe, hors une relut ion, cette relation est encore sous le régime (le hi l)arbarie, et la civilisation est încomplèlc.

Nul fie peut être juge e/i sa propre cause.

Principe qui de la vie privée ou il / ègae doit être e'iendu mue relations internaiionales^ encore insoumises et, par conséquent, barbares-

Que les nations, que les peuples, vf'B grands ctres collectifs, soient de nos jours encore si inférieurs en moralité, si arriérés sur les simples particuliers en fait (Thonnêteté, probité ; est-ce curieux, est-ce étonnant? Pas du tout. Cela est naturel. Les collectivités ne valent jamais les individus, et d'autant moins qu'cllei^ ^onl plus grandes. Pourquoi? C'est qu'elles sont faitt's d'éléments nombreux dont chacun, à raison du nombre précisênienl, échappe à la responsabilité. N'importCjil faut que lespeuples marchent, il faut qu'ils atteignent enfin ce point de moralité où, depuis des siècles déjà, rhomine privé a trouvé son repos.

Xal ne peut être juge en ,sa propre eanse^

l'avenir de l\ guerre 363

Voici un lieu, une région de la terre oii chaque particulier fait à son voisin tout le mai qu'il lui plaît, s'il est plus fort que le votsin , et subit, en levanche, tout le mal qu'un autre voisin, encore plus fort, veut lui faire; aucun pouvoir public n'existe qui se soucie de ces contentions, et s'entremette. Où sommes-nous? En sauvagerie.

Voici une région où chaque peuple lait au peuple voisin ce qu'il veut à la mesure de sa force» Où sommes-nous? En sauvagerie.

Il faul i[ue la vérité de ce parallélisme entre dans tous les esprits.

Il 11 ^existe pas encore de tribunal international régulier, permanent; soit. Mais, en atleiulant, Tai^bitrage est là, moyen possible, éprouvé. On l'a vu, dans notre siècle, terminer pacific|uement nombre de querelles qui, sans lui, amenaient la guerre. C'est pourquoi un gouvernement qui, à l'heure présente, n'arcepte pas comme règle de conduite l'arbitrage, i^fnt déjà que sa conduite n'est pas irréprochLible : il n'est plus dans l'état d'immoralité naïve.

Quant au gouvernement qui repousse Taibitrage, alors que la partie adverse lui propose ce moyen, c'est déjà un coquin conscient*

364 L.V i;UKHHE ET L HOMME

Je me demande couiinenl il peiiL avoir b front de déclarer inihli(|ueMient son refus; car c'est dire incoLileètablemetit i « Je veux être fripon, si ca me tente, el forban, ssi ea me plall. j> Pour moi, c'est comme si je Tentendais. Et tenant pour certain «pie ce gouvernement-là u déjà en tète une cannillerie précise qu'il espère commettre, je nu cherche pins qu'à en deviner rétendue et le succès.

Oui, d'abord, une déclaration si impudente me surprend ; Jiiais Inentnl, je me trouve simple dans mon étonnenient, parce que je me rappelle Tétat mental du gros public. Il n'est, avec le l)ublic, qu'à se présenter dans un coslujne sévère et à offrir son idée convenablement ouatée : le public ne perce jamais ce coloiu U ^ullit que le représentant aHitrè d'un gouverneinunt qui repousse l'arbilrutre ha])iHe, par cxeniph^ son refus comme voici : a Nous voulons reslei" les maîtres de |)rutéger nos intérêts. >3 You^ entendez! On jic veut que protéger ses intérêts. Quoi de plus naturel, de plus admissible?

Quel homme sensé refuserait à un peuple la liberté de protéger lui-même ses intérêts?

Et pourtant fjuct prétexte mal empaqueté!

Avant de proléger ses intérêts, on les entead d'une certaine iacon, et. comme on les entend, on les protège. EL cV^sl là Iv point, ( hiand doue

l'avenir de l\ guerre W5

l'inLéressé demande à entendre ses pru)HT\s in- 1

térôls H ?ia guise, il suit nécessairement c|iril dem.nn(le à traiter les intérêts d'autruî i\ sa volante. Autant dire : « Je demande quViii iiitMle mon adversaire à ma merri! »

Il faul toujours en revenir à cette ;inalogi^^ vraie : fii^urez-vous un particulier qui rnCiisr rail d'ail or devant le tribunal avec ce iiiohr en bouche ; « Je veux rester maître de [ïrotcgci* mes intérêts », et, finalement, violemeiiiir s;i partie adverse. Quel malandrin ! ,

Or, îl n'y a pas deux morales. Si votre ])bilo* snpliîe ou votre religion ne vous a pa^ iiifiil(|iié "

cette vérité primordiale, votre philosu]>liie uu religion n'est que verbiage ; et si votre religîùju ^

vous Tayant enseignée, n'obtient pas de vous une conduite conforme, alors c'est que pour vous la religion est un simple objet de toilette a aller dans le monde, et vous sert au inémo usage que votre chapeau et vos gants blancs.

J'ai vraiment regret aux termes ménagés (|ur j'emploie ici et dont, malgré moi, je ne [uiis Hie départir. J'aime à me figurer un ruslrt\ im grossier, un brutal, mais de conscience droite, entrant à la conférence de La Haye, au moiiLenl où le diplomate sucré chante sa phrase : « Xoim voulons rester maîtres de protéger nos intérêts )ï, et l'autre, de sa grosse voix enrouée, lui

366 L\ GUERRE ET l'hOMME

criant : « Dis donc, toij là-bas, tu ne veux pas de juges. C'est donc que t'es comme le voleur et l'assassin? » Homme grave, homme gourmé, homme correct, homme gj-acieux tlan^ los m- Ions, homme aimal>l<^ «ivec les clnmes, lioiiuue poli partout, vous tHes Ujurhi^, mon ami; et ce butor, tout butor rju'il est, vous a attrappë eu plein corps. Il a tlit vrai, le voleur et l'asBassin veulent tout simplement entendre leurs intérêts à leur guise comme vous. Aucune difléreiice dans le fond ; rien que ceci : ils n'ont pas toujours une langue aussi bien pendue que la votre ; et surtout il n'existe pas encore de gendarmerie à qui on puisse vous recommander.

Je dis que la rcgle de Tarbitrage doit iHre acceptée sans réserve, sans exception, et, en le disant, je pense :i la France et à TA Isa ce-Lorraine.

( hiand la Prusse an'acha à la France ce inembre tout saignant, ce tut une monstruosité» dunt un pacte, évidemment imposé, ne saurait changer la qualité morale. D'ailleurs, un peuple n'est pas un troupeau que Tun soit en droit de céder ou de vendre, et l'autre d'acheter ou de voler. Un peuple n'appartient qu'à hii-même, et seul

l'wenïr de l\ guerre n07

peut valablement dire : « Je veux tel gouvernant. » Mais, même en ce cas. où la Frani e a si évidemment le droit et le devoir de réclamer sans fin la consultation des provinces arra< hnes» j'affirme qu'elle commettrait la faute la |)1uî4 grave en recourant à la guerre. La France se doit à elle-même, elle doit aux autres peuples, à la civilisation, à la morale, de rebuter ranlique et barbare moyen de la guerre ^ Elle ferait ainsi renaître et refleurir en entier le passé condamnable qui est derrière nous. On recommencerait absolument lavieillc éternelle histoire. Dès lors qu'un moyen nouveau, conforme à la raison, à la morale, à la civilisation, moyen plus lent sans doute, mais plus sur, s'oftre, la France serait coupable si elle ne l'adoptait pas d'un choix résolu, et elle en serait comptable devant le monde.

J'imagine un peuple ayant tout à fait le tlroji de son côté. S'il se refuse à l'arbitrage, je dis qu'il a tort, non pas accessoirement, mais capitalement ; il importe peu qu'il ait raison à l'égard

1. Outre que ce moyen, au point de vue pratique^ âei\iit également mauvais, j'ai montré ailleurs, d'accord en cela avec bien d'autres, que la guerre ne peut résoudre définilivement la question de l'Alsacc-Lorraine, pas plus, au reste, qu'aucune autre question.

368 LA GUERRE ET lViOMME

de son adversaire; cet avantage est nul à notre égard, à nous humniiitts f|iii ne sommes pas simplement s[ïertaletir, mais scrieiiseinent intéressé. Ce peuplf^ nous fait lort^ il nous lèse gravement, ear il viole une règle fondamentale et d'une bieurai**anee tout à fait supérieure. Auprès du mal (|ne ce peuple fait à tous les peupies, sondroiï à l'e'^gard d'un peuple particulier n'a plus auciiu poid*^.

J'imagine un peuple ayant ïout a fait le droit de son eoté. S'il se refuse à Tarbitrage, je dis qu'il a tort, non pas aeressoirement, mais capitalement; il importe peu qu'il ait raison à l'égard de son adversaire; cet avanlasfe est nul à notre égard à nous, liu inanité, qui ne sommes pas^ simplement speclaleurs, jiiais sérieuseiiiont intéressés. Ci' peuple nous faîf tort, il nous lèse gravement, f^ai" il viole i\ne l'ègle fondamentale et d'une bienfaisance tout à fait supérieure. Auprès du mal qiM* ce peuple fait à tous les peuples, son dru il à 1 égard d'un peuple particulier n'a plus aucun poids. Kt si dans la guerre ainsi entreprise ce peuple reste vainqueur, n'allez pas dire que la guerre a donné raison à la raison, La guerre, eiiciirc (*ette l'ois, n'a donné raison

l'avenir de l\ guerre 3(19

qu'à ia ii>rce; parce que c'est la partie inLèresHée qui va tlicter elle-même les satislarlions. — Et voiift pouvez être sur d'avance que ces satîslactio^^^ seront uniquement mesurées sur la force du vuinf[ueur.

TcïMJours le vainqueur exigera du vaincu non ce qu'il demandait d'abord de raisonnalile, mais tout ce qu'il est en son pouvoir de lui arracher.

C'est pourquoi, dans riiistoire, entre lesoiolîrs pour lej5([uels la guerre a commencé et les suites que lui donne le vainqueur, il y a toujours un détiuit criant de correspondance.

Un beau jour le dey d'Alger sourflête notre ambassadeur. « Il faut obtenir reparution, venger rhonneur national ». ; suites : on conf|ntert l'Algfhne, en dépit des Arabes et des Ivnbyles qu'un massacre, parce cju'ils veulent nou^ renvoyer chez nous. Les Américains déclai^eiU la gucri'e a l'Espagne, parce que, disent-ils. elle D[)priuie les Cubains; suites : les Américîiius s'ndjugcut les Philippines en dépit des Philippins,

Si les Anglais triomphent des Boers, (pTsu rive ra-t -il?

Nous sommes bien avertis à cet égiuiL (lomment i-aisonne M. Balfour?

M, Halfour. — Les Boers ont refusé des droits légitimes à des hommes de nuire race et de notre langue.

37<ï L\ GUERRE ET l/nOMME

Moh — Et alors ?

il. BxLiouR. — Alors ! nous ullûiis guerroyer leï^ Boeri4 et les battre.

-M*)]. — Après quoi a ou s exigerez d'eux, i^iiUîiLrint'* l*ï concession di'^ droits susdits et les (Vais df* lu «guerre .

M. il\Li()UR. — Laisse/ donc! nous irons ju.'>iju\iu IhïuI.

MoK ^ Qu'est-ce que votre bout?

M. Balfour. — Parbleu, nous nous anuexeï^ons les Boers.

Moi. '— Tiens! vous m'ouvres oiic persperlivtt» L n de mes fils est e.*iitré coiutne associ^^ darii^ une maison de comiuerre. Je trouve que les fûiidaleurs de la niaisoji ne font pas a mon ills la part qu'il mérite. "Oi% mon lils et moi sonuiies 1rs plus forts ; et lu région où réside celte maison de commence ne connaît pas l'iiis- Litotiun des tribunaux. Stni^i allons prendre la maison el en expulser \c^ londateui-s ; tant pis pour les ftmdateurs: ils Tau roui voulu,

M, lIvLFouR. — Quoi! selon vous il faudrait se contenter d'obtenir cv <|ui csl notre droit plus les Irais pour les obtenij'.'

Moi. — Dame! riniquité commeiice sùreiîioiit dès qu'on prend plus que son droit, le diuil qu'on a défini, délimité sgi-niéme.

l'avenir de l\ guerre 371

M, B\LFOUR. — Ce n'esl pas raisonner en honuiic d'État.

Moi. — Vous me tlattez !

Ou me dit : « La question anglo-boer n'est pas si simple. Ecoutez les Anglais. Ils allèguent des circonstances d'une réalité incontestable, et qui... » Je n'ai nul besoin de vos circonstances pour décider l'affaire, aussi simple que deux et deux funt quatre.

Car supposez la meilleure situation pour les Anglais, à savoir que les Bocrs aient tort au fuiul. Les Boers proposent de se soumettre à l^arbiLiage. Donc, c'est comme s'ils disaient : «f Xuiïs sonunes prêts à amender notre tort, si un tiers désintéressé juge que nous ayons tort en elïel. » Quand on parle ainsi, on n'a plus tort. Les Anglais, au contraire: « Nous avons raison selon nous, et n'admettons pas qu'on nous donne tort, ayant la force. » (}uand on parle ainsi, on n'a plus raison, à supposer qu'on l'ail jamais eu.

Si la destinée me réservait un jour à faire Tincomiuode métier de premier minisire (je n'en

ât2 LA. GUEIUIE KT l'ïIOMME

roiirs pas le. risque, me Eeiiaiit hors la voie qui mené h ee moulin), je sais bien^ uoii pas ee que je ferais, mais ce qu'au inoiiis j'e^isaîeraîs de faire.

Je me dirais : «. Dans le privé nul ne peut se l'aire justice de sa pr'ojjre nui in. Toute {[uerelle païlieulière doit être déférée au jugement d'iui tiers désintéressé, arbitre ou tribunal. II faut que les relations entre peuples en viennent à se laisser régir par le même prineipe qui depuis des siècles déjà gouverne les rapports privés. Car c est un spectacle absurde, oulragcux à la raison, que ces deux grands cercles iraction soient de deux couleurs morales absolument tranchées, Tun blancv, Tautre noir; qu'en Fnu oa pjMtiqiie une morale d<* civilisé el en Taiitrc une murale de sauvage, l-^lablir de peuple à peuple ce cpii se lait déjà depuis tles siècles entre bonueliiu's, serait ament^r tbins le train Au nu^îuîe Il H cbaiigcmenl d'importance incomparable.

Cela ne peut être que Fouvrage d'une nalinih II serait consonnant à tout le passé que celle nation d avant garde fut la France^ dont pour le mtiuienl je tiens les rênes i^ rappelez- vous que je suis ministre). En conséquence, par la bourlie du Parb'uient français, je vais faire proclamer i^ette |>j'omesse relentissanle : « La nation fran- (-nse, en <'as de condit avec une aiilre nnlinn,

l'avenir de l\ guerrk 373

el ([iielque grave que soit ce conflit, s^engage 11 tléfta^er désormais le jugement de sc^ irilértH'^ ou léclamations non à un tribunal ffd ha(\ puisqu'il n'y en a pas (et tant qu'il n'y m ;iium pasl. mais il un tiers désintéressé, à uti arbitre. » Puis, cette règle de conduite, je la ferai iusn-iredaiis la constitution même, dans la rluiile de la Trance, pour qu'aucune Chambre de Tn venir ne ]*uisse y porter atteinte, sans solenniser celle reculade. »

Après quoi, mes agents diplomntiqnes à Fétranger auraient à faire savoir que la Frant^c attend toutes les nations sur ce terrain, pnMe àûiireavec tout peuple le pacte suivant : a La nation française et la nation X..., par rinlennédiaire de leurs représentants aulorisés, déclarent adopter, pour le règlement de leurs rappni is à venir, les principes de la inurale civile el leligieuse. En conséquence, [eiirs déliais futurs, quels qu'ils soient, seront déft»rés au jugement d'un ou deplusicurs arliilres. Fes nations susnommées en prennent, vis-à-vis riiiie de l'autre, le solennel engagemcnl. îj Xinià la céd ule que mes diplomates oflViraieril j^ailnul à signer, sans insistance d'ailleurs. Ouaiid on aurait fait connaître, une bonne fois, el aux gouvernants et aux peuples, ce à quoi la Ki-aiice les sollicite, les convie, on attendrait sans ini-

LA GUERRE ET L lïOMME

patience, sans souci aucun do riiidilierenee oti du dédain des hommes trÉlal soi-disant pratiques, parfaitement sûr t|u'ûïi serait de sa supériorité morale et d '(^veiller, l\ la longue, la conscience des peupleî^l de les mettre pour soi întimeiuent, d'imposer aux adversaires une ntlitude publique embarrassée et une honle se-

Mai^ il faudrait que iuiit cela fut fait crânenienL Aucun de nos honimcs trKtat ne paraît ne douter de quelle force serait un tel exemple dressé entre les peuples el hautement rnainleuLi pai* une nation comme la France. — El en attendant ? — En attendant, je ne désarmerais pas. Et je n*nifaiblirais pas Ir moins du monde, en aucune de ses parties, riustilulion miltLaire.

(juc [uoduirait Texemple d'une nation désarmant d\d)ord seule au milieu des autres? Cet exemple serait-il frmHueux? Je crois, hélas!

qu'il induirait les autres peuples en tentation,, non d'imiter, mais d(^ prollier. La nation exemplaire serait mangée ; mt^ttons, si vous vunle/, qu'elle serait seulenuMiL rongée graduellement par ses voisins. L\ui sauî Tautre.

Et si la nation exejitplaire était^ par aventure.

l'avenir de l\ guerre 37f

léi France, les suites à craindre se produiraient eiu:oie plus certainement. A raison de son passé révolutionnaire, et par d'autres causes encore, la France désarmée, la France s'offrant en l'état (le pure innocence, tenterait plus particulièrement le joli moral des peuples voisins (que notre inoral, au reste, ne dépasse pas).

Et, JLislement, il n'y a en Europe qu'une nation f une seule que, sans invraisemblance trop choquante, on puisse se représenter donnant Texemple du désarmement, c'est la France.

Stiïis doute, nul ne veut, dès maintenant, détruire absolument rarnu'*e ; on n'est pas si iiiiprudenmient chimérique. 11 s'agit seulement de la remplacer par une milice. Comment cette milice serait faite, quelles conditions cette milieu retiendrait de Tarmée actuelle, et quelles (u>n(lilions seraient rejetées, les gens avec qui j'en ai parlé ne le savent pas très bien ; ils ne viavcnl bien qu'une chose, c'est qu'ils veulent que leur milice diffère de l'armée.

Je l'avoue, la façon dont je vois que raisonnent les partisans d'une milice ne me donne pas une confiance extrême dans la validité des formes nouvelles qu'ils peuvent concevoir.

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L'un d'eux, et non des iiioiiis émînenls (*omme journaliste, comme député, nous dit : o Ra|>pelez-Tous les volontaires dt* 92; est-ce qu'ils n*oiit pas sufli à vaincre la coalition des rois .' n Très bien, c'est une expérience que vous invo- (|tiez. Vtïvons donc votre expérience. J'y aperçois, tout d'abord, queltpies circonstances qui ne semblent pas précisément aller dans votre sens. Ils ont été parfois assez prompts à se dissoudre en cohue, vos volontaires, et niôme à lâcher pied devant l'ennemi. >raÎ3 je n' insiste pas là-dessus, car je n'ai \ràB besoin de cet arguïnent secondaire. Vous dites : ('Ces voloutaires ont vaincu à Valmy, à Jemappes. » Or, voici ce (|ue je trouve et qui se trouve inconteslablen^etit dans rex|>érience. En 1792, T ancienne année régulière existait; elle n*avail pas disparu, ^'ous semblez croire que la Ri'volution avait souillé dessus, et que sous ce vent d orage elle sVtait dissipée comme une poussière^ nvait passé on ne sait ou> Mais point. A Valmy, à Jeuiappes, les soldats de celte ancienne armée, ses sousullicicrs, cj en partie même ses oftîciers, éîaicnt présenls, agissants; leurs bataillons soutenaieiit, em*adraient les but ni lions des volojitaires. En sorte que la Ibrjnule, calquée exactement sur les faits est celle-ci : en 1792, les armées régulières de la PiMis=^e, tle T Au triche.

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