Histoire de la civilisation en Angleterre^ t. I, p
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d'ailleurs, se prosternant devant des idoles et même adorant le pape. — D'autre côté nous ,|
étions, pour les Français, des barbares grossiers, Jp
ignares, sans goût, sans humanité, gens bour- J
rus, vivant dans un brouillard perpétuel, dans ,|
le spleen, et se pendant ou se faisant sauter la |
cervelle par milliers, durant le mois de no- ;;^
vembre. » m
Buckle dit : « Il fut un temps. » Comme si de |
son temps Thabitude des méconnaissances réci- 5
proques était passée ! ^
Aujourd'hui j'entends dire souvent que les peuples se détestent moins à mesure qu'ils se connaissent. Il me semble qu'il y a lieu à réserve ou au moins à distinction. Au xvii^ siècle, Français et Anglais, pris en masses, s' ignoraient mutue llement. On savait peu ou rien les uns des autres ; et par suite on pouvait nourrir les uns sur les autres les opinions les plus saugrenues ; mais il y avait à cela un bon côté. Rarement pensait-on les uns aux autres, et s'occupait-on de la conduite du voisin. Les organes de renseignement, d'avertissement mutuel faisaient à peu près défaut. Peu ou point de feuilles pour nous apprendre ce que les Anglais avaient fait chez eux et leur reporter ensuite ce que nous pensions nous-mêmes de leur conduite. En ce temps-ci, certes, les peuples se connaissent
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mieux* Ils ont en efTol de part et crautrc des Bt'fiUnolleH 1res vigilantes qui épient les actions du voisin ; mais de part et d'autre on a soin de se l'aire connaître en quelle médiocre estime on Hc tient. Les nations vivent à présent entre elles, dans un peipétuel commerce de commérages, qui rappelle trop souvent, il faut bien le dire, celui tic vieilles femmes habitant une môme maison oL conununiquant par Tintermédiaire de la concierge. Je ne sais si je me trompe, mais la tendant e au dénigrement du voisin me parait remporter de beaucoup sur la bonne volonté d'excuser, ou ce qui reviendrait au môme, de comprendre.
Celte prépondérance de la tendance acrimouiouso s'explique aisément. Le dénigrement inlcruatitïnal n'est pas redcl simple de cette anlipalhie naturelle dont je parle depuis un' mtïmont; il s'y joint un autre ingrédient, et celuilà j'en ai encore plus parlé : Tamour-propre. Di^ïiigrer le voisin est une manière sourde, hypocrite, et pourtant très effective, de se vanter soi-môme. Tout est relatif: qui abaisse les autres s'en trouve comparativement plus élevé. Or la hauteur relative est plus sensible pour notre aiuour-propre que l'élévation al)solue.
Pour autoriser son aversion contre un peuple élranger (tantôt Tun, lanlol l'aulre) et justifier
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quelque peu les offenses qu'il déverse, le journaliste use d'un procédé simple, d'un sophisme vulgaire. Il généralise à outrance; le fait ou le trait de quelques-uns devient, sous sa plume, celui de tous. Le lecteur est la dupe facile du procédé, il ne s'aperçoit pas du sophisme, parce que c'est une des fortes pentes de l'esprit humain que de généraliser témérairement.
Deux exemples tout derniers. Le procès Dreyfus a divisé la France en deux. S'il y avait en France des anti-dreyfusistes, il y avait des dreyfusistcs. L'Europe, j'entends par ce mot la majorité des publicistes, s'est jetée dans le parti dreyfu'* siste, et jusque-là c'était bien son droit; mais l'envie de se glorifier soi-même en rabaissant le voisin a immédiatement agi, et l'Europe s'est mise à injurier, insulter la France en bloc. Sans doute cette Europe n'ignorait pas qu'il existait une France dreyfusiste, mais elle se plaisait à l'oublier. Songez donc ! s'il avait fallu que les journaux à chaque instant fissent les distinctions, les réserves et restrictions équitables ! Il était bien plus commode et surtout plus agréable de généraliser et de dire : nation sauvage, nation barbare, hors de la civilisation, peuple corrompu, pourri, en déliquescence; car tout cela a été dit, et bien d'autres choses encore.
LK GCEltRE ET L HOMME
En ce moment le tour esl aux Anglais. L*Eqropc a in*h [uirli jiour les Boers. Je ne dis pas r|ircllo îiil lori. Mais iiuu!* iiiKullons inaintenaut les Anglais en blui . Kt rependaiil il est des Anglais qui proteîiletil vivement ronlre celte guerre, aussi indignés ([ue nous pouvons Tètro. Qunind doïie nous disons: tt le peuple anglais, au rAnirlelerre, eonnnet là une infamie », nous eonuiictions, nous, une injustice à l'égard de ces Anglais indignés comme nous, et nous énonçons un mensonge, puisque nous appliquons a un lotit ce qui ne convient qu'a une partie. On ré pond : « Ceux que vous défende/ sont une minorité, une exception, ceux que nous attaquons sont la majorité, presque toute la nation. » J ose répliquer : « D'aliurd vous n'en savez rien; je dis rien avec la certitutle requise. Avcz-vmis interrogé les trente-cin([ millions d'Anglais, fuit les partages et compté des deux cotés ? Et enfiû,voulez-vous ([ue je vous dise? Ces choses-Iâ ne se décident pus au suffrage univcrseL l^'Anglais équitable qui s élève contre son gouvernement et défend en ce moment Tadversairo de son pays, cet Anglais, fut-il rare, très excejUionnel, me suflU ; c'est assez pour moi de celte minorité; ce serait [ïcut-étre assez d'un seul pour que ce pays nie reste respectable, et qu'injurier son noui uie paraisse un acte à la fois injuste et dangereux pour tous. >>
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LES RACINES DE Là GUERRE 27
Et puis quoi encore ? 11 faudrait penser à l'Angleterre de demain qui peut-être blâmera celle d'aujourd'hui, et tenir compte de l'Angleterre du passé — laquelle est aussi bien l'Angleterre que l'assemblage actuellement vivant des Anglais ; et se souvenir que cette Angleterre-là a été une très active et féconde collaboratrice des autres nations dans l'œuvre de la civilisation moderne. Il est bien entendu que mes raisonnements doivent valoir, à l'occasion, pour la France ou toute autre nation aussi bien qu'en cette occasion-ci pour l'Angleterre. C'est concevoir bien étroitement un peuple que de considérer seulement la réalité passagère des nationaux actuels.
Je prie maintenant le lecteur de vouloir bien écouter ce petit dialogue, où l'on montre les effets pratiques des mobiles exposés d'abord en langage quelque peu abstrait. Il est toujours bon de faire voir la vie réelle d'où l'abstraction a été tirée.