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Cette menace était on ne peut plus insultante envers les Etats-Unis; l'Allemagne condescendait, en effet, à permettre à ce pays de faire voyager une fois par semaine un bateau de passagers des Etats-Unis en Angleterre, à condition que la coque en fût peinte d'une certaine manière de la proue à la poupe et que le gouvernement, autre condition ignominieuse, garantît qu'il ne transportait aucune contrebande de guerre.
Cette fois c'en était trop. Le 3 février 191 7 le Président Wilson faisait remettre ses passeports à l'Ambassadeur d'Allemagne et rappelait de Berlin l'Ambassadeur des Etats-Unis. Cette décision il en a donné l'explication au peuple américain et au monde entier dans un discours qui ne manque ni de force ni de dignité. Ce remarquable discours se terminait par le sérieux avertissement que voici :
Je ne puis me persuader que le gouvernement allemand ne tiendra en réalité aucun compte de l'ancienne amitié qui unit l'un à l'autre nos deux peuples ni des promesses solennelles qui ont été échangées entre lui et nous et que, dans la mise en pratique de l'impitoyable système de guerre maritime qu'il a annoncé son intention de poursuivre, il n'hésite pas à détruire les navires américains et à causer la mort de nos concitoyens. Même à l'heure présente il faudra pour que j'y croie des actes d'une clarté incontestable.
S'il se trouvait que cette confiance de ma part dans la prudence et la circonspection de sa con-
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duite ne fût pas fondée, si en fait les commandants de ses navires, en brutale contravention aux justes et raisonnables prescriptions du droit international et aux injonctions les plus naturelles de l'humanité, se laissaient aller à sacrifier les navires américains et les existences des citoyens des Etats-Unis, alors je prendrais la liberté de revenir devant le Congrès et de demander qu'autorité me soit donnée d'employer tous les moyens nécessaires pour la protection de nos marins et de nos concitoyens en général dans le développement normal et légitime de leur activité en pleine mer. Je ne puis pas faire moins. Je n'hésite pas à croire que tous les gouvernements neutres adopteront la même conduite.
Cette expression de "confiance ancienne dans la modération et la sagesse prévoyante" de T Allemagne, qui nous étonne en présence de la persistance, de la continuité et de la préméditation de ce pays dans ses errements, n'éveilla aucun écho à Berlin. Le gouvernement allemand était définitivement déterminé à risquer son tout sur l'activité sans contrôle de ses sous-marins.
Les paroles présidentielles avaient à-peine fini de résonner à l'oreille que les sous-marins allemands se rendaient coupables en pleine mer de nouveaux crimes, entraînant pertes de vies et de biens pour les Américains. Deux navires américains, le Housatonic et le Lyman M. Law, étaient coulés sans saisie et sans visite préalable. Ce fut en vain que les armateurs américains s'adressèrent à Washington pour demander soit la permission
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d'armer leurs navires, soit des escortes pour les protéger dans T exercice de leurs droits incontestables, rien ne fut fait pour eux. En conséquence les navires restèrent amarrés à leurs docks, les ports américains furent comme bloqués, et comme le dit plus tard M. Wilson dans son message du 28 février, ''il en résulta pour notre commerce un état de congestion qui ne cesse d'empirer et qui s'aggrave de jour en jour."
Le 26 février, à la stupéfaction du pays et du monde, le Président disait, en s'adressant au Congrès: ''l'acte patent dont je me permettais d'espérer que s'abstiendraient les commandants allemands ne s'est pas produit."
Sur quoi il demanda au Congrès de l'autoriser à défendre le commerce américain et les existences américaines, bien qu'exprimant en même temps l'opinion qu'il possédait déjà "sans législation nouvelle et en vertu simplement" de ses obligations et de ses pouvoirs constitutionnels, l'autorité nécessaire. Encore à ce moment il répudiait toute intention "Je proposer ou d'avoir en vue une déclaration de guerre ou quoi que ce soit qui y conduisît ^ Ce qu'il demandait en termes exprès c'était l'autorisation d'armer les bâtiments de commerce américains.
Le Congrès, alors en session, approchait de sa fin. Ses pouvoirs devaient expirer le 4 mars. Cette demande d'une autorisation dont il admettait n'avoir pas besoin provoqua une discussion envenimée, dont la prolongation, due à un petit
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nombre de sénateurs, empêcha le vote de la loi proposée, et la nation américaine ressembla ainsi de plus en plus, aux yeux des autres nations, à une épave flottant au gré des vagues sur Tocéan des passions humaines.
Le Congrès se sépara le 4 mars et il s*ensuivit un nouveau délai de près de quatre semaines pendant lequel les sous-marins allemands ne furent pas inactifs. Le 14 mars, le navire américain Algonquin était attaqué sans avertissement et coulé. Le Laconia et le California, qui avaient à bord des passagers américains, étaient coulés dans des circonstances semblables et femmes et enfants durent, dans des conditions climatériques exceptionnellement rigoureuses, flotter au gré des vagues dans des bateaux découverts, ce qui fit que nombre de ces malheureux périrent de froid. Le 19 mars, trois navires américains, le City of MemphiSf Vlllinois, et le Vigilancia, étaient également coulés et quinze hommes de l'équipage du Vigilancia périssaient dans les flots.
Cette longue période d'attente, car le silence de la Maison Blanche laissait ignorer aux Américains si l'un quelconque de ces incidents constituait, aux yetix du Président T'^acte patent" dont il avait parlé, ne prit fin que lorsque, le 21 mars 191 7, le Président convoqua le Congrès en session extraordinaire.
Dans l'intervalle il s'était passé des événements qui, au point de vue du droit international et de
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la courtoisie que se doivent les nations, dépassaient en gravité les attentats des sous-marins.
Le Président, après avoir remis ses passeports à rAmbassadeur d'Allemagne, avait rappelé de Berlin l'Ambassadeur des Etats-Unis. Le gouvernement américain avait mis son point d'honneur à assurer le départ et la sécurité du Comte de Bernstorfï, Ambassadeur d'Allemagne, en veillant aux moindres détails. Non seulement il lui fut accordé un sauf conduit pour traverser les lignes de blocus anglaises, mais il lui fut permis d'emmener avec lui un des criminels faisant partie de sa suite, le nommé von Igel, alors sous le poids d'un acte d'accusation pour graves infractions aux lois du pays, dont la caution fut levée pour lui permettre de s'en aller avec son chef. Pendant ce temps l'Ambassadeur des Etats-Unis à Berlin était tenu, pour ainsi dire, au secret pendant près de huit jours, et mis dans l'impossibilité de faire partir ou de recevoir son courrier et de communiquer soit avec son gouvernement, soit avec les agents consulaires des Etats-Unis en Allemagne.
Les règles de la courtoisie internationale furent ensuite violées plus gravement encore lorsque le gouvernement allemand refusa de remettre ses passeports à l'Ambassadeur Gérard à moins que celui-ci, au nom de son gouvernement, ne reconnût comme étant toujours en vigueur un traité presque oublié entre la Prusse et les Etats-Unis, et cela en dépit du fait qu'en vertu de son rappel l'Ambassadeur Gérard n'avait plus qualité pour
donner ou refuser sa sanction au dit traité. Pour caractériser comme elle le mérite cette grave infraction au droit international il suffit de répéter les paroles adressées par l'Empereur d'Allemagne à son armée le 21 juillet 1900, lorsqu'elle partit pour la Chine, afin d'aller venger l'Ambassadeur d'Allemagne assassiné dans les rues de Pékin. L'Empereur s'exprimait alors ainsi qu'il suit:
Une grande tâche vous incombe. Vous allez châtier le grand crime qui a été commis. Les Chinois ont violé le droit des gens d'une manière inouïe jusqu'à présent dans l'histoire du monde, car ils ont foulé aux pieds les devoirs de V hospitalité et les droits sacrés de VA mbassadeur. Cest un procédé d'autant plus révolutionnaire que ce crime a été commis par une nation qui s'enorgueillit de son ancienne civilisation.
Voulant que les soldats du corps expéditionnaire allemand fissent fonction de "ministres de la justice dans le châtiment de cet acte abominable," l'empereur recommandait qu'ils ne *' fissent grâce à personne," et ajouta qu'il ne "fallait pas faire de prisonniers" et il conclut cette exhortation à la vengeance, digne des Apaches, par les paroles suivantes:
Servez-vous de vos armes de manière à ce que pendant un millier d'années aucun Chinois n'ose regarder un Allemand de travers.
Le crime qui était l'occasion de cette féroce
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exhortation, c^était l'assassinat de l'Ambassadeur Allemand par des rebelles Chinois sans caractère officiel, tandis que le traitement indigne infligé par l'Allemagne à M. Jules Cambon, et plus tard à l'Ambassadeur Gérard, étaient les actes prémédités d'un gouvernement supposé civilisé.
Au lecteur à décider auquel de ces exemples les paroles de l'Empereur Guillaume s'appliquent le mieux.
Le Congrès se réunit le 2 avril et ce jour-là il y eut volte-face complète. S 'adressant au Congrès, auquel seul la nation américaine a délégué le droit de paix et de guerre, le Président Wilson prononça un discours admiré à juste titre par le monde, à la fois pour la noblesse des sentiments et la puissance de l'expression.
Aucun résumé ne saurait donner une idée de la vigueur ou de l'heureux choix de termes qui distinguent ce discours. C'est un grand document ; il marque une étape dans l'histoire. Il n'a qu'un défaut, la date à laquelle il a été prononcé. Il aurait dû venir beaucoup plus tôt. Pour le moment c'est un fait que nous laissons de côté, car on aime toujours se décerner à soi-même un satisfecit.
Mais l'Histoire a la mémoire longue.
Mes lecteurs ne seront pas tous d'accord avec moi sur ce point. Il en est qui iront jusqu'à m'en vouloir. On dira que le Président Wilson, d'un bout à l'autre de la controverse, ne s'était abstenu d'agir qu'afin de préparer la nation à
n*entrer dans la lutte qu'avec une véritable unité de vues. Il y a déjà en voie de formation une légende d'après laquelle la politique de neutralité n'aurait eu d'autre but que de faire gagner du temps pour la préparation, morale aussi bien que matérielle, et d'après laquelle le Président Wilson aurait toujours eu dans l'esprit d'entraîner son pays dans la guerre au moment voulu et dès qu'il serait sûr d'être suivi par toute la nation.
L'auteur ne peut accepter cette théorie et ne croit pas qu'elle résiste à l'étude attentive des faits.
L'accepter c'est porter contre la sagesse et la sincérité du Président Wilson les accusations les plus sérieuses.
Sa sincérité est mise en question lorsque Ton se rappelle les nombreuses déclarations dans lesquelles il répudiait avec la plus grande énergie toute intention de faire participer à la guerre les Etats-Unis.
Aucun véritable ami du Président Wilson ne devrait émettre l'idée que, lorsqu'au début de la guerre il suppliait ses compatriotes de rester neutres non seulement en paroles et en action, mais même en penséey lorsqu'il ne cessait de répéter que l'Amérique n'avait rien à voir aux causes de la guerre et aux buts que se proposaient les belligérants, et lorsqu'enfîn il demandait à ses concitoyens de le réélire en donnant pour raison principale qu'il avait maintenu le pays en dehors de l'état de guerre, cet idéal de paix et de prospérité matérielle n'était mis en avant par lui qu'avec
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rarrière pensée de lancer son pays dans les hasards de la bataille quand le moment lui en semblerait arrivé. Ces peu sages panégyristes du Président ne devraient pas oublier l'opinion délibérément exprimée par lui longtemps après le début de la guerre et devant un auditoire de distinction, lorsqu'il disait de la guerre:
Avec ses causes et les buts poursuivis nous n'avons rien à voir. Les sources obscures d'où s'est précipité ce torrent dévastateur nous n'avons aucun intérêt à les découvrir ou à les explorer.
La politique de neutralité, matérielle ou morale, peut-elle être plus hautement proclamée? Suggérer que ce n'était pas sincèrement que le Président répudiait ainsi tout ^'intérêt'' moral ou intellectuel relativement aux causes cachées de la guerre mondiale, c'est lui imputer une duplicité devant laquelle Machiavel baisserait la tête comme devant son maître. J'aime mieux croire que le Président était sincère, mais dans l'erreur.
Cette théorie porte une atteinte encore plus sérieuse à la sagacité de l'homme d'Etat, car s'il avait été de tout temps dans l'esprit du Président Wilson d'entraîner son pays dans la guerre dès qu'il y trouverait une suffisante unité de sentiments, alors la faute commise par lui en ne préparant pas son pays à la guerre par l'augmentation suffisante de sa petite armée, et surtout en ne préparant pas l'esprit de ses concitoyens à cette inévitable participation à la guerre, serait tellement
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colossale qu'elle toucherait au crime, et cela on ne doit pas l'imputer à la légère à un homme politique chargé d'une responsabilité sérieuse.
Cette légende recouvre une accusation encore plus grave contre le peuple américain lui-même. Elle donne en effet à entendre que le Président a été de tout temps prêt à mener son peuple à la guerre, mais que le peuple n'était pas prêt à le suivre. A l'auteur cela semble être le contraire de la vérité. Peut-être dès après l'invasion de la Belgique, probablement après la destruction du Lusitaniaf et certainement après celle du SusseXf le peuple américain a été prêt, à une forte majorité, pourvu que ce fût l'idée de son gouvernement, à défendre les droits de nos concitoyens et à demander réparation pour les crimes commis.
Incontestablement l'entrée en guerre des Etats- Unis au lendemain de la destruction du Lusitania aurait provoqué une plus grande opposition dans l'élément germano-américain, et la déclaration de guerre aurait été plus vigoureusement combattue alors par la minorité du Congrès; mais c'est dans le peuple américain une habitude bien ancrée que de toujours suivre dans sa politique étrangère le chef choisi par la nation.
En vertu de cette raison et à moins que le peuple américain n'ait complètement changé de nature, il aurait répondu à l'appel aux armes du Président Wilson à n'importe quel moment, et surtout après la destruction du Lusitania.
A l'appel aux armes du Président il aurait été
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répondu avec plus d'enthousiasme au mois de mai 1915, car alors le sentiment passionné d'indignation du peuple américain n'avait pas été affaibli par la propagande de la paix à tout prix, et le sentiment de pitié de l'Amérique n'avait pas été comme amorti par toute une succession de hideux forfaits.
Cette conclusion, au sujet de laquelle on peut raisonnablement différer entre gens égaux en franchise et en patriotisme, n'ôte rien à la plénitude avec laquelle l'on reconnaît la vigueur et le courage manifestés par le Président Wilson dans sa condamnation publique de l'Allemagne pour sa détermination arrêtée de fouler aux pieds toutes les lois divines et humaines.
Que la ligne politique suivie par lui antérieurement ait été sage ou non, cela ne diminue en rien la valeur ni la vigueur de sa détermination finale. En un sens cela en augmente la noblesse, car il n'y a qu'un homme d'Etat courageux et sagace qui ose reconnaître son erreur et changer de conduite. "L'immutabilité est la pierre d'achoppement des imbéciles et l'épouvantail des poltrons," et ce doit être une source de satisfaction pour tous les Américains que leur Président, après avoir poursuivi pendant près de trois années une politique inintelligente et insoutenable, ait courageusement reconnu son erreur et complètement changé de direction.
Ses erreurs passées n'empêcheront pas non plus le Président Wilson d'occuper une place de premier ordre dans l'une des plus grandes crises de
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l'Histoire, car c'est sous sa direction que les immenses ressources morales et matérielles de l'Amérique auront été mises à la disposition des Alliés, et il n'est pas improbable que cette énorme addition à la somme totale de leurs ressources se trouve être le facteur décisif de ce gigantesque conflit.
Sous sa direction les Etats-Unis ont rompu avec leur passé. C'était jadis une nation cloîtrée; ils sont devenus, pour employer la belle expression de William Pitt, une des nations maîtresses du monde. Etant sortis de leur isolement, ils sont destinés à jouer un rôle de premier ordre dans le grand drame de l'Histoire.
Les siècles à venir reconnaîtront peut-être le discours prononcé par M. Wilson au Congrès, le 2 avril 191 7, comme constituant le véritable tournant dans l'histoire des Etats-Unis. Son indécision passée sera presque ensevelie sous le courage et la vigueur de sa décision finale. En comparaison avec cette décision finale de vouer cette nation à la défense de la cause sacrée de la civilisation son indécision antérieure ne pèsera pas plus qu'un grain de sable. Qui se souvient aujourd'hui de l'indécision apparente qui se manifesta en Amérique dans la période qui sépare la sécession de la Caroline du Sud de l'attaque contre le Fort Sumter? L'histoire aime mieux ne se rappeler que l'appel de volontaires lancé par Lincoln comme une sonnerie de clairons en 1861. Finis coronat opus.
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Il a suffi au Président Wilson de faire entendre une fois des paroles empreintes de sagesse et de courage pour réveiller le peuple américain, endormi depuis près de trois ans dans le sommeil trompeur d'une stérile neutralité, et lui faire conquérir d'un coup la position élevée d'où il est destiné à exercer sur le monde une influence durable et bienfaisante.
Ce n'est qu'un brillant chapitre de plus dans l'histoire épique de l'Amérique. L'Amérique coloniale est devenue indépendante sous Washington, puissance continentale sous Jefïerson, nation unie sous Lincoln, et maintenant sous Woodrow Wilson elle se transforme, à un degré qui n'avait jamais été atteint antérieurement, en nation cosmopolite.
Si admirable que soit le Président dans le lucide exposé de nos justes griefs contre l'Allemagne, il l'est encore plus dans les recommandations pratiques que contient son message.
Toute trace de sa timidité première a disparu. Le timon de l'Etat semble être maintenant dans une main ferme et vigoureuse. Tout ce qui ressemble à une politique incolore, comme cette proposition récente et inintelligente de ''neutralité armée," est maintenant mis de côté. Le Président Wilson oppose à la crise un visage nouveau et résolu. Il se souvient du conseil de Polonius qu'il est bon d'avoir plutôt peur d'entamer une querelle, mais qu'une fois la querelle entamée il faut se conduire de façon à ce que notre adver-
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saire ait plutôt peur de nous. A cet égard le discours ne laisse rien à désirer. Démocrate comme eux, le Président Wilson rappelle plus aujourd'hui Jackson, le soldat, que Jefïerson, le pacifiste. ** Old Hickory " ' aurait accueilli sa décision finale par une explosion d'enthousiasme.
On ne peut rien demander au-delà de la déclaration du Président que la situation exige
dans le conseil et dans l'action, le plus haut degré possible de coopération avec les gouvernements en guerre avec l'Allemagne à l'heure présente.
Il n*exprime pas l'idée, comme Tont fait nombre de gens d'un tiède patriotisme, que cette coopération ne prenne pas de forme plus élevée que la fonction de prêteur d'argent.
Pour le Président Wilson l'ouverture aux gouvernements européens de crédits considérables ne constitue qu'un '' incident" de cette "coopération aussi complète que possible dans le conseil et dans l'action."
Pour parler clair cela veut dire une alliance effective, même si elle ne doit être que temporaire, avec les démocraties du vieux monde. C'est une de ces *' alliances temporaires" recommandées par Washington pour les "circonstances extraordinaires."
^ Le vieux noyer d'Amérique, surnom populairement donné au Général Andrew Jackson, Président des Etats-Unis de 1829 à 1837.
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Mais l'alliance sera plus que temporaire. Le message affirme
qu'une entente permanente pour le maintien de la paix ne pourra s'effectuer qu'au moyen d'une association entre les nations démocratiques. On ne pourrait attendre d'un gouvernement autocratique qu'il reste fidèle à la parole donnée ni qu'il en respecte les conventions. Ce doit être une ligue d'honneur, une société des nations.
Depuis des années il n'y a pas eu dans les documents publics des Etats-Unis de déclaration plus significative. Elle fait entrevoir la véritable *' Ligue pour le maintien de la Paix," Talliance permanente des nations démocratiques du monde civilisé. Il n'y a pas là l'ombre de l'idée d'une ligue pour le maintien de la paix à laquelle pourraient participer sur un pied d'égalité toutes les nations, sans acception faite de la forme de leurs gouvernements ni de leurs conceptions idéales. Le Président Wilson ajoute, et cette addition a son poids, que les résultats de la victoire doivent être assurés pour l'avenir et que la paix du monde doit être maintenue au moyen d'une véritable ''association" des nations démocratiques, des conseils desquelles les gouvernements autocratiques doivent être exclus en raison du fait qu'ils ne reconnaissent aucune responsabilité et ne méritent aucune confiance.
Aucun détail de ce message ne me paraît plus digne d'attention, d'un caractère si solennel et
d'une portée si étendue. Elle s'accorde avec la détermination arrêtée des hommes d'Etat alliés, peu importe qu'elle ait ou non été exprimée en termes exprès, que les Hohenzollerns doivent avoir le sort des Romanoffs,
A ceux d'entre nous qui n'ont cessé de soutenir qu'il n'y aura pas eu de véritable expiation du forfait du Lusitania tant que les Hohenzollerns seront sur le trône, l'allusion très claire du Président Wilson à une mise en dehors de *' l'association des nations démocratiques " à l'égard des gouvernements autocratiques, ne pouvait être que des plus agréables. Bien que son heureux choix de termes ne laisse place à aucune glose, à aucun commentaire, la sympathie avec laquelle il parle de la révolution russe éclaire suffisamment le monde sur les intentions du Président Wilson. Quand il dit, aussi bien qu'on peut le dire, qu'une Russie démocratique " aura naturellement sa place dans une ligue d'honneur," c'est comme s'il disait qu'il n'y aura là pas de place pour une Allemagne prussianisée, et que, quelle que soit l'issue de la guerre au point de vue militaire, il n'y aura pas de paix dans le monde civilisé tant que les Hohenzollerns régiront autocratiquement les destinées des populations teutoniques.
Cette idée est mise plus pleinement encore en lumière par la manière vigoureuse dont le Président Wilson répudie toute pensée d'hostilité contre le peuple allemand, soit ici, soit en Allemagne. Il place noblement notre participation à la guerre
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sur le terrain le plus élevé alors qu^il affirme aux Allemands et Allemandes de naissance fixés aux Etats-Unis, qu'ils continueront à jouir de notre amitié et de notre considération sympathique. Cette attitude est en contraste manqué avec la politique qui précédemment justifiait Tinaction du gouvernement par le danger de dissensions intérieures.
Il n'est pas vrai, il n'a jamais été vrai que dans leur ensemble les Germano-Américains fussent coupables de déloyauté envers les Etats-Unis. L'auteur est de ceux qui n'ont cessé de soutenir que les Germano-Américains étaient pour les neuf -dixièmes fidèles à ce pays, qu'une grande majorité d'entre eux n'avait aucune sympathie pour le gouvernement des Hohenzollerns, et qu'une forte minorité, beaucoup plus forte qu'on ne le croit généralement, allait jusqu'à sympathiser avec la cause des Alliés. C'était calomnier notre population Germano-Américaine que de s'en servir comme d'un prétexte pour justifier la timidité de notre politique étrangère.
Les derniers mots du message du Président Wilson étaient des plus heureusement trouvés. C'était une paraphrase des immortelles paroles de Luther à la Diète de Worms ("Je m'en tiens là. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me protège!")
Ces paroles mémorables, un des tournants de l'histoire, faisaient autre chose que d'annoncer au monde une dispute entre un moine et ses supé-
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rieurs ecclésiastiques. Luther représentait l'esprit démocratique de TAllemagne, qui se soulevait alors contre Tarrogance de la puissance autocratique, représentée par Tempereur Charles- Quint.
Le Président Wilson par cette heureuse paraphrase rappelait aux Germano-Américains de notre pays et aux Allemands eux-mêmes que l'esprit allemand dans ce qu'il a de meilleur n'est pas celui des HohenzoUems ou des Junkers, mais celui du Michel allemand, tranquille, patient, dur à la souffrance, et dont le plus grand défaut c'est l'extrémité jusqu'à laquelle il se soumet docilement à la discipline, son excès d'amour pour l'autorité placée au-dessus de lui, et l'avidité avec laquelle il absorbe tout ce qui lui est servi par une presse esclave de la censure. Cette censure étouffe depuis trois ans la voix de ce qu'il y a de plus noble en Allemagne, mais cette voix, bien qu'on puisse la réduire au silence par l'emprisonnement d'un Liebknecht, finira pourtant par se faire entendre. Le pays de Goethe et de Schiller, de Bach et de Beethoven, de Durer et de Holbein, de Humboldt et de Lessing, ce pays n'est pas mort. A l'heure présente il est tout simplement étouffé et bâillonné. Le cri du peuple allemand, c'est celui de Goethe mourant : ' * De la lumière, encore plus de lumière !' ' Quand il reconnaîtra, comme il faut qu'il le reconnaisse avant longtemps, qu'il ne peut y avoir pour lui de paix, de reprise des relations amicales avec le reste du monde, qu'après qu'il se sera
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débarrassé de ce cauchemar de HohenzoUeriiisme, alors en vérité luira le jour de la justice.
Une presse gouvernementale elle-même, le plus grand fléau de l'Allemagne après les Hohenzollerns, ne pourra longtemps empêcher les grondements de la tempête qui approche de se faire entendre dans cette patrie des atrocités. La convulsion russe trouvera des imitateurs dans ce pays où le parti politique le plus puissant numériquement parlant, les soi-disants socialistes, est un parti à tendances démocratiques et représente bravement, dans les conjonctures les plus difficiles, l'opposition à la tyrannie prussienne. La main du savetier estropié de Saverne' sera plus puissante un jour que celle du Prince héritier. Comme l'a dit dans ses vers Longfellow, parlant de l'Allemagne:
Ni tes conciles, ni tes empereurs n'attirent l'estime du monde, mais ton peintre, cet Albert Durer, ou le poète savetier, Hans Sachs.
Les qualités de courage, de fermeté, de sacrifices sans limites déployées par l'Allemagne sont dignes des plus grands éloges. Je n'hésite pas à prédire que nul pays en fin de compte ne bénéficiera plus des sacrifices incalculables de cette guerre. Qu'il soit seulement délivré du pesant fardeau de la tyrannie des HohenzoUerns et ce
' L'auteur semble oublier, déçu sans doute par le vocable allemand, Zabem, que Saveme n'est pas en Allemagne, mais en Alsace. — (T.)
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peuple atteindra une grandeur que n'ont jamais rêvée pour lui ses poètes, ses prophètes et ses voyants, tandis que, aussi longtemps que les Hohenzollerns feront peser sur ses destinées leur despotisme renouvelé du Moyen Age, il sera dans le monde sans un seul véritable ami. Le maintien de ce despotisme constitue une menace pour la Démocratie et la Civilisation. De même qu'en 18 14 toute l'Europe retentissait du cri de ** Assez de Bonaparte" qu'aujourd'hui à travers toute la civilisation se répercute le cri de Voltaire, ''Ecrasez l'infâme!"
Ce jour de délivrance s'est sensiblement rapproché depuis que Woodrow Wilson a confié les destinées du grand peuple qu'il gouverne au dieu des batailles et qu'il a exhorté ses concitoyens à tirer l'épée du fourreau afin, comme il le dit
de combattre ainsi pour la paix du monde et pour la libération des peuples, le peuple allemand y compris, pour le droit des nations, petites et grandes, pour le droit de tous les hommes par toute la terre de choisir leur mode d'existence et les lois auxquels ils obéiront. Le monde doit devenir un abri sûr pour la Démocratie.