‹ La guerre et l'humanitéChapitre 18 sur 26 · PLAIDOYER EN FAVEUR DE L'EXECUTION D'EDITH CAVELL · texte numérisé non relu

PLAIDOYER EN FAVEUR DE L'EXECUTION D'EDITH CAVELL

par alfred f. m. zimmermann, sous- secretaire d'État allemand des affaires étrangères

Emu par le mouvement de réprobation qui s'était produit à l'étranger contre l'exécution d'Edith Cavell, mouvement qu'exploitaient, suivant lui, les ennemis de l'Allemagne, le docteur Alfred F. M. Zimmermann, Sous-Secrétaire d'Etat des Affaires Etrangères, fit, le 24 octobre 191 5, au correspondant ordinair. du New York Times à Berlin, la déclaration ofiScielle que voici :

Il est regrettable qu'il ait fallu exécuter Miss Cavell, mais la chose ne pouvait être évitée. Elle avait mérité sa condamnation. J'espère que la nécessité de nouvelles exécutions ne se présentera pas.

Je vois dans la presse anglaise et américaine que l'exécution d'une Anglaise et la condamnation pour trahison à Bruxelles de plusieurs autres femmes a produit une grande sensation et que le fait est exploité contre nous. C'est certainement une chose terrible que l'exécution d'une femme; mais demandez- vous à vous-même ce qu'il adviendrait d'un Etat, spéciale- 34 369

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ment en temps de guerre, s'il laissait impunis des crimes mettant en danger la sécurité de ses armées, tout simplement parce qu'ils avaient été commis par des femmes. Nulle distinction de ce genre ne se trouve dans aucun code de législation criminelle, et surtout de législation militaire; et la setde distinction faite en faveur du sexe féminin par les usages légaux c'est que l'on n'exécute pas une femme qui se trouve dans une condition intéressante. A tous autres égards l'homme et la femme sont égaux devant la loi, et il n'y a que le degré de culpabilité qui puisse entraîner une différence dans la condamnation et dans ses conséquences.

J'ai devant moi le verdict rendu dans l'affaire Cavell, et je puis vous assurer qu'il tient compte de toutes les circonstances et qu'il n'a été rendu que sur enquête complète de tous les détails, même les plus insignifiants. Le résultat en a été si convaincant, les circonstances étaient si claires, qu'aucun Conseil de Guerre au monde n'eût pu rendre un verdict différent, car il s'agissait non pas d'un acte individuel d'une seule personne, accompli sous l'empire d'une surexcitation des sentiments, mais d'un complot complètement organisé, avec des ramifications de toutes sortes, qui pendant une durée de neuf mois avait réussi à rendre d'importants services à nos ennemis au grand détriment de nos armées. Il y a, combattant dans les rangs des Alliés, d'innombrables soldats belges, français et anglais, qui doivent leur liberté aux opérations de la bande dont la culpabilité vient d'être proclamée et qui avait pour chef la femme Cavell. Pour réprimer de telles opérations, conduites sous le nez même de nos autorités, il ne fallait rien moins que la plus grande sévérité, et un gouvernement

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qui, dans un cas semblable, n'aurait pas recours aux mesures les pies énergiques manquerait à ses devoirs les plus élémentaires en ce qui est de la sécurité de ses propres armées.

Tous les condamnés se rendaient parfaitement compte du caractère de leurs actes. Les juges ont fait porter leur attention tout spécialement sur ce point et plusieurs des accusés ont été acqt^ittés parce qu'il y avait quelques doutes sur la question de savoir s'ils se rendaient compte de la criminalité de ces actes. Ceux qui ont été condamnés savaient ce qu'ils faisaient, vu que de nombreuses proclamations portées à la connaissance du public avaient mis en lumière le fait que l'acte d'aider les armées ennemies était puni de mort.

Je sais très bien que les condamnés n'ont pas obéi à des motifs méprisables, et qu'ils agissaient par patriotisme; mais à la guerre on doit être prêt à sceller de son rang son patriotisme, soit que l'on affronte l'ennemi sur le champ de bataille ou ailleurs, soit que l'on accomplisse, dans l'intérêt de la cause que l'on sert, des actes justement punis de mort. Parmi nos prisonniers russes il y a plusieurs jeunes filles qui ont combattu contre nous sous l'uniforme militaire. Si l'une de ces jeunes filles avait succombé nous eût-on accusés de barbarie envers les femmes? Pourquoi donc le faire maintenant, parce qu'une autre femme a péri, après s'être sciemment exposée à la mort, comme d'autres l'ont fait sur le champ de bataille?

Il y a des moments dans la vie des nations où tenir compte de la vie d'un individu c'est commettre un crime contre la communauté. C'est ce qui s'est

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produit ici. Il fallait mettre fin une fois pour toutes aux opérations de nos ennemis, sans nous soucier de leurs mobiles. C'est pour cela qu'on a eu recours à la peine de mort de façon à effrayer les personnes qui, comptant sur le traitement de préférence accordé à leur sexe, prennent part à des entreprises passibles de la peine de mort. Si nous avions fait preuve d'une considération spéciale pour ces femmes, nous aurions ouvert la porte toute grande à ce genre d'activité de la part des femmes qui souvent, dans ces affaireslà, déploient beaucoup plus d'habileté que le plus habile espion mâle. C'est ainsi que doit agir l'homme investi d'une responsabilité; indifférent au jugement du monde il lui faut gravir le sentier ardu du devoir. Si, en dépit de ces considérations, on discute maintenant la question de savoir si l'on ne fera point preuve de clémence envers le reste des condamnés et si on ne les soustraira pas à la mort qu'ils ont encourue d'après la loi établie, cela vous montre avec quelle sincérité nous nous efforçons de concilier nos sentiments d'humanité avec les rigoureuses exigences du devoir. Si les autres sont graciés ce sera au dépens de la séctirité de nos armées, car il est à craindre que les tentatives de nous faire du mal se renouvellent dès que l'on croira que les coupables puissent échapper au châtiment ou n'avoir à subir que des pénalités anodines. De telles grâces témoigneraient seulement de notre pitié pour les coupables; elles n'impliqueraient pas que nous considérions les sentences commuées comme trop sévères.

En concluant le docteur Zimmermann déclara qu'il n*y avait pas un mot de vrai dans le bruit répandu que

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les soldats eussent d'abord refusé de tirer sur Miss Cavell, et eussent ensuite visé si mal qu'un officier eût été forcé de donner le coup de grâce. Voici ses paroles :

La faiblesse des arguments de nos ennemis ressort du fait qu'ils n'essaient pas d'infirmer la justice de la condamnation, mais qu'ils essaient d'agir sur l'opinion publique à l'aide de faux rapports au sujet de l'exécution. Le rapport officiel que j'ai devant moi démontre qu'elle a eu lieu conformément aux formes prescrites, et que la mort a été instantanément due à la première décharge, ainsi qu'il a été certifié par le médecin de service.

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