CHAPITRE XI
CE QUB LA CONQUÊTE TEND A DEVENIB : RÉDUCTION DE LA GUERRE A l'aBSURDB.
L'homme a rarement le courage de ses idées. Cette paresse d'exécution est le principe de bien des inconséquences ; elle est aussi Une sauvegarde contre bien des fureurs. Malgré le verbiage des légistes, la rhétorique des historiens et la jactance des militaires, le doute s'est glissé dans les esprits. On ne s'est pas demandé, avec la précision que j'y ai mise, ce que c'est en soi que le droit de la guerre ; quel en est le principe ; quelles sont les conditions de son exercice ; jusqu'à quel poiut il est permis de saccager et d'occire; si, par conséquent, la spoliation du vaincu a rien de commun avec les lois et l'objet politique de la guerre, et s'il est tel cas qui puisse autoriser la destruction d'une nationalité et l'expropriation de tout un peuple, comme je viens d'en faire, dans le précédent chapitre, l'hypothèse. Ces questions, et bien d'autres que soulève l'idée si ridiculement méconnue d'un droit de la force, dorment enseve* lies dans la conscience des peuples.
Mais, à défaut d'une critique savante, l'influence géné-
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raie de la civilisation, radoucissement des mœurs, le sentiment confus d'une constitution supérieure vers laq[uelle rhumanité est poussée, ont commencé à détremper, si j'ose ainsi dire, la férocité de Thomme de guerre. Une pudeur secrète le saisit, lui, Thomme de toutes les licences ; il sent que ces idées de dévouement, d'honneur, de liberté, dont il est le représentant et le héros, sont incompatibles avec les procédés du brigandage, il éprouve, à ridée de pillage, un insurmontable dégoût. Si Tère des conquêtes est passée, il n'en sait rien; mais il se dit que la guerre, quelle que soit sa cause profonde, a pour but non de trancher un problème d'économie, mais de résoudre une question politique ; que dès lors la guerre est censée se faire entre les États plutôt qu'entre les peuples; qu'en aucun cas la conquête ne saurait avoir pour effet de créer, par la spoliation et la déchéance, des peuples entiers de colons et de serfs; que l'incorporation d'une ville, d'une province, n'implique aucunement la spoliation des particuliers ; que dès lors le droit de conquête, tel que le droit des gens le suppose, ne pouvant être exercé que par l'État, est soumis aux règles qui président à l'accroissement et à la délimitation des États, et exclut toute idée de confiscation et de servitude.
Ces sentiments sont aujourd'hui ceux de toutes les nations civilisées; c'est pour cela qu'ils gagnent jusqu'aux militaires. De même que l'on est tacitement convenu, comme l'a dit Grotius, de ne pas mettre à prix la tête des princes, alors même qu'il existe des raisons de croire que la guerre est toute de leur fait, de même il y a convention tacite de ménager, en cas de conquête, la classe des propriétaires, dont la mise à nu équivaudrait à une décapitation du peuple. Quel souverain en Europe se soucierait de régner sur une nation composée uniquement de parias? L'Angleterre ne le fait pas avec les Hindous, dont elle
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ménage les rajahs et les brahmanes. Les nationalités ont vécu et grandi jusqu'à présent par leurs aristocraties ; c'est pour cela que la Pologne ne sera pas regardée comme soumise et définitivement incorporée tant qu'il restera une noblesse qui la représente et qui proteste; et c'est pourquoi la conscience universelle réprouve les exécutions et les conûscations exercées contre cette noblesse par des conquérants qui ne savent ni la fléchir ni la remplacer.
Mais, si telle est la tendance des mœurs modernes, s'il est acquis à la civilisation que l'incorporation d'un pajs dans un autre emporte de plein droit, pour les habitants incorporés, avec l'isonomie, le respect de leurs propriétés, quel avantage peut offrir encore la conquête, et comment la guerre ne cesse-t-elle pas d'elle-même, faute de pouvoir être bonne à rien ? Qu'importe au Piémont d'obtenir la Lombardie, à TÂutriche de l'avoir perdue, si en dernière analyse les habitants de cette province jouissent des mêmes avantages, supportent les mêmes charges, que ceux de l'État dans lequel ils se trouvent incorporés; si, selon les règles d'une bonne administration, Timpêt payé par chaque localité ne doit être dépensé que pour le service de la localité? Qu'est-ce que le Piémont, la France, la Suisse, ont à perdre ou à gagner, dans de telles conditions, à l'annexion de la Savoie? De quel avantage serait pour nous autres Français la frontière du Rhin? Et réciproquement, que peut faire à la Lombardie de se dire piémontaise plutôt qu'autrichienne ; à la Savoie de devenir républicaine en s'unissant aux Suisses, ou impériale en passant aux Français; à la Belgique de conserver son indépendance ou d'entrer dans notre orbite ? Avec l'isonomie qu'aucun État conquérant ne refuse plus: avec un budget réduit à sa plus juste expression; avec le libre échange qui gagne partout en faveur ; avec la jouissance des libertés politiques, la question de nationalité est, à ce poj^|,4g^YJl4f(^ intérêts,
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de la plus parfaite insignifiance. Que deviennent, enfin, les questions de territoire, de frontière, de colonies, de marine, de douanes, si, d'un côté, Tobjet pour lequel on est censé faire la guerre, pour lequel on Fa faite de tout temps, bien qu'on se soit de tout temps gardé d'en rien dire, le butin, le tribut, la confiscation^ la terre, les colonies, les privilèges commerciaux, si cet objet de la guerre, dis-je, n'existe plus ; si d'autre part la liberté est partout égale, si les droits sont les mêmes, si les institutions ne difi'èrent que par les mots, si la solidarité enfin, aussi bien entre les cités qu'entre les individus, n'excluant pas l'indépendance, offre partout les mêmes garanties et les mêmes réserves ?
Il est évident que la guerre, affranchie du motif secret et honteux qui la détermine, par l'abolition du pillage, de la course, des contributions de guerre, et de toute espèce de réquisition, entourée ensuite de tous les droits civils, politiques, internationaux, qu'elle-même a fait naître, va se trouver sans objet; qu'il ne viendra à la pensée de personne d'y avoir recours, puisque ni la richesse ni l'honneur de la patrie n'y sont plus intéressés ; que les difficultés internationales, ramenées à des questions de droit simple, peuvent être diplomatiquement ou arbitralement résolues ; enfin, que la justice de la force et tout son appareil, tout ce qui en dépend, tout ce qui la suppose, l'implique, la sou^ tient, toute cette juridiction et cette jurisprudence doivent être supprimées, faute de justiciables.
Cette conclusion est des plus graves, attendu qu'il s'agit ici de bien autre chose que d'un simple désarmement et de la cessation du carnage; il y va de tout le système politique, fondé en entier sur la guerre, et que rien jusqu'ici ne semble pouvoir remplacer. C'est l'observation même quo( nous nous sommes faite dès les premières pages de cet ouvrage : Qu'est-ce que la société sans l'État ? Et qu'est-ce que rÉt^t lui-même sans ce que Rousseau nomme le pbincb,
monarque ou magistrat, héréditaire ou élu, c'est-à-dire sans la guerre faite homme et portant Tépée ?
La situation est pressante, et Ton se demande comment la guerre saura y échapper, et ce que la société, si la guerre succomhe à cette épreuve, deviendra sans elle.
C'est ici que nous allons voir la guerre, poursuivie, si Ton me permet cette métaphore toute militaire, dans son dernier retranchement, faire éclater sa contradiction et se montrer dans sa laideur.
Il en est des idées et des institutions comme des villes et des États : elles se défendent jusqu'à extinction. La guerre, je parle d'elle comme je ferais d'une personne vivante, défendant son existence menacée, la guerre ne veut pas s'en aller ; elle ne veut pas mourir. Elle a dès longtemps prévu l'ohjection qui lui serait faite ; tacticienne prévoyante, elle s'est ménagé une retraite, un passage dérohé, où nous allons la suivre.
La cause première de la guerre, avons-nous dit, est le paupérisme, en autres termes, la rupture de l'équilibre économique. Son but secret, mais réel, est de subvenir au déficit par la^conquéte, autrefois, et moins cérémonieusement, par la confiscation, le tribut, le pillage. Supprimez la cause première de la guerre, elle n'existe pas. Interdisez-lui le but que cette cause lui assigne, elle n'a plus de raison d'être. Or, comme le paupérisme ne semble pas pouvoir jusqu'ici être éteint, que la guerre n'a pas reçu cette mission ; comme par conséquent l'antagonisme parait inhérent à l'humanité, la guerre ne peut pas être éliminée, et puisqu'elle existe, il faut qu'elle consomme. Que fera-t-elle donc, si d'un côté elle est obligée par sa propre loi de traiter sa conquête comme son propre État, de l'administrer en bonne mère de famille; si d'autre part le point d'honneur lui interdit le pillage ?
La guerre ne peut n^entir à sa cause. Fille de famine ,
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après avoir cherché pâture à Tétranger, mais forcée par le progrès de la civilisation de renoncer à l'étranger, elle va se rejeter sur ses propres nationaux ; comme Saturne, elle dévorera ses enfants, et c'est afin d'augmenter le nombre de ses victimes et d*éloigner son suicide, qu'elle continue de chercher des conquêtes.
La guerre, en autres termes, tend à esquiver le libâba- LiSMB qui la poursuit en se réfugiant dans le gouvernement talismey autrement dit système d'exploitation, d'adminis- .tratioB,de commerce, de fabrication, d'enseignement, etc., par l'État. Donc, on ne pillera plus, c'est ignoble; on ne frappera plus de contributions de guerre, on ne confisquera pas les propriétés, on renoncera à la course, on laissera à chaque ville ses monuments et ses chefs-d'œuvre, on distribuera môme des secours, on fournira des capitaux, on accordera des subventions aux provinces annexées. Mais on gouvernera, on exploitera, on administrera, etc. , milir tairement, tout le secret est là.
Un État peut se comparer à une compagnie en nom collectif ou anonyme, dans laquelle il y a d'immenses capitaux à manier, de grandes affaires à traiter, de gros profits à faire: par conséquent, pour les fondateurs, directeurs, administrateurs, inspecteurs, et tous autres fonctionnai^ res, des gratifications à espérer, plus de magnifiques traitements. Les services sont organisés, hiérarchisés en conséquence, selon l'ordre de mérite et d'après les états de service des sujets. Plus l'État prend d'extension, plus le pouvoir a de fonds en maniement ; mais plus il manie d'ai*gent, plus naturellement il en reste à son personnel et à toutes ses créatures.
La cause première de la guerre, à savoir, le paupérisme, continuant d'agir, agissant même par en haut avec plus d'intensité encore que par en bas, il y a donc toujours militarisme au dedans et tendance à la conquête au dehors ;
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seulement la guerre, au lieu de piller et pressurer le peuple conquis, réalise ses bénéfices sous une autre forme. De même qu'aux siècles d'Alexandre et de César le pillage héroïque s*était transformé en conquête, de même la conquête tend à se transformer à son tour en gouvernementalisme.
Préfectures, commissariats, dotations, pots-de-vîn, sinécures, traitements, pensions^ remplacent les exactions proconsulaires, les dépossessions, les latifundia, les ventes d'esclaves, les confiscations, tributs, fournitures de grains, de fourrages, de boîs, etc. C'est surtout au moment de la prise de possession que se font les bons coups. Que de services à créer, d'emplois à distribuer I Que de promotions! Quelle bureaucratie ! Et pour les gens d'affaires, que de spéculations I Voilà la guerre dans sa phase la plus élevée, la guerre avec l'isonomie, sans expropriation et sans pillage.
Un effet de ce système est de faire croître les dépenses de rÉtat, qu'on devrait appeler de leur véritable nom frais de guerre, à mesure que la hiérarchie se renforce et s'élève, à mesure par conséquent que l'État s'étend, ou, ce qui revient au même, que le gouvernementalisme se développe. Sous l'empire de Napoléon I*', qui faisait encore la guerre à l'ancienne mode, l'extension du pouvoir central, son ingérance, étaient loin, malgré la sévérité de l'administration, de ce qu'elles sont devenues depuis. Le budget n'atteignait pas un milliard. Sous la Restauration, la monarchie ^e Juillet, la République de 1848 et le second empire, la hiérarchie politique s'est développée, l'administration centrale s'est fortifiée de tout ce qu'a perdu la vie locale, et le budget de 1860 est prévu à un milliabd nbuf CEKT VINGT-NEUF MILLIONS Ce résultat du développement gouvernemental qui caractérise les grandes améliorations politiques est ce qui cause le plus d'effroi aux petits États.
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Comme les petits animaux en présence des grands quadru* pèdes, ils ont peur d'être engloutis, à moins que, comme la pauvre Sayoie, ils n'espèrent tirer de leurs dominateurs plus que ceux-ci ne sauraient leur prendre. Dans ce cas, on peut dire que ce sont les rats qui dévorent les éléphants : car il faut toujours, dans ce monde d'extermination, que l'un mange l'autre.
Ainsi la guerre tourne dans un cercle. Après avoir ab* sorbe tout ce qui se trouvait à sa portée et qui ne pouvait se défendre, chaque Etat est induit à s'armer contre luimôme et à se traiter en pajs conquis. Cette étrange conclusion, que devait faire ressortir, plus qu'aucune autre époque, le dix-neuvième siècle, en raison de son progrès politique et industriel, est un des plus graves dangers qui menacent les peuples et les gouvernements.
En 1823, la monarchie légitime éprouve le besoin de se rallier l'armée, de se donner une attitude militaire qui la rende redoutable au dehors, en même temps qu'elle ressusciterait son parti et ranimerait sa tradition au dedans. Par les conseils de M. de Chateaubriand et avec l'approbation de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse, elle entreprend la guerre d'Espagne. Yoilà la légitimité triomphante, le duc d'Angoulême devenu un héros, les émigrés dans l'enthousiasme. Que leur donnera l'Espagne, pour l'avoir délivrée de ses révolutions? Bien : la guerre d'Espagne fut l'acte désintéressé d'une politique d'ordre. Mais la France payera : en 1825 fut voté le miliard d'indemnité, en actions de grâces de la victoire remportée sur les Certes. Sans doute le vote n'a pas été motivé sur le droit de guerre; d'autres considérations l'ont déterminé et rendu moins odieux à la bourgeoisie et aux peuples. Mais cette indemnité, on ne se serait pas cru en mesure de la lever, sans l'appui des vainqueurs du Trocadero.
Cinq ans après, en 1830, cette môme monarchie légi-
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time fait la conquête d'Alger. On y saisit quelques millions sur lesquels on ne comptait guère ; puis on se hasarde, par les ordonnances de juillet, à faire une nouvelle traite sur la révolution, qui cette fois refusa de payer.
Parlerai- je du gouvernement de Louis-Philippe, surnommé la paix à tout prix ? Que lui ont valu les campagnes d'Afrique, la prise d*Anvers, Toccupation d'Ancône? Bien, si ce n'est de se soutenir, tant bien que mal, à travers les conspirations, les insurrections, le mépris croissant, la misère grondante. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'en dix* huit ans la guerre, que nous n'avons faite à personne, nous a enlevé, à la pointe de la baïonnette, une somme d'au moins six milliards.
Maintenant où en sommes-nous? La gloire, depuis 1852, a de nouveau couronné nos armes ; mais la question n'est pas là. La France entretient une armée de six cent mille hommes ; les autres puissances, chacune selon ses moyens, l'imitent. Que nous ayons ou que nous n'ayons pas la guerre, que nous soyons vainqueurs ou vaincus, le résultat sera celui-ci : les conquêtes, par le fait de l'isonomie qu'on ne refuse plus aux pays incorporés, et par celui des libertés politiques devenues le patrimoine commun des nations, donnant zéro de bénéfice, il reste que les armées, qui, aux termes du droit de la guerre, devraient vivre de la guerre et enrichir leurs patries respectives , se nourrissent de la substance de leurs peuples. Sur un budget d'un milliard neuf cent vingt-neuf millions, le département de la guerre en absorbe six cents. C'est ce qu'on appelle la |>ajâ;anfi^0. Lors de l'expédition de Crimée, le gouvernement a emprunté, en sus du budget, un milliard cinq cents millions; la guerre de Lombardie a exigé un supplément de cinq cents millions , total deux milliards en cinq ans. Ajoutez les pensions, les dotations, la caisse de Tarmée, et cet éternel décime de guerre que Napoléotn I^, malgré son ta-
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lent de nourrir la guerre par la guerre, fut forcé d'étaMir, que nous payons depuis plus de cinquante ans , q«e nous payerons , si le système ne change , dans les siècles deç siècles, et nous arrivons à ce singulier résultat que la guerre se réduit, en dernière analyse, à donner ses citoyens en pâture à ses soldats.
Eh bien, c*est en présence de ces faits, des conséquences qu'ils trament à leur suite et des idées sans nombre qu*ili font jaillir, que je reprends l'hypothèse développée au cha» pitre précédent, touchant une guerre entre la Fri^nce et l'Angleterre.
La guerre, ayant sa cause dans Tanarchie économique, que toutes les nations civilisées s'accordent à admettre, sous le nom de liberté du commerce et de l'industrie, comme une vérité scientifique, peut être regardée comme .indestructible. La preuve , c'est que l'Europe, qui depuis quarante-six ans est entrée dans Tère de la paix armée, au lieu de tendre à la paix désarmée, arme tous les jours davantage.
La conquête, dans les conditions où elle s'accomplit de nos jours, ne rapporte rien au conquérant ; loin de là, elle ne sert qu'à faire croître les frais d'État en proportion tou* jours plus rapide que le revenu. Ajoutez que les motifs de la guerre, après s'être constamment renfermés dans la sphère de la politique, tendent, par Teffet du scepticisme politique et du désillusionnement général, à s'accuser comme motifs économiques et conséquemment à s'identi<fier avec la cause première.
Admettant donc l'hypothèse d'une guerre à outrance entre la France et l'Angleterre , et attendu , d'un cété , qu'une pareille guerre ne pourrait se résoudre en une incorporation, parce que la nature des choses y est contraire; d'autre part qu'elle aurait pour motif avoué, ici de vaincre la prééminence qu'assurent à l'Anglpt^i^re son industrie^
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son commerce et sa richesse; là de détruire l'influence exercée par la France sur le continent par la puissance de sa centralisation et de ses armées, il est clair que, si Ton voulait pour tout de bon en flnir, la nation victorieuse devrait, écartant toute fauése générosité et toute fausse honte prononcer la dissolution politique et Texpropriation en masse de la nation vaincue, à peine de s'exposer à subir un jour de terribles représailles. Impossible, pour mettre un terme à cette rivalité acharnée, de trouver une autre solution.
Remarquez du reste que cette épouvantable exécution serait autorisée par le droit de la guerre tel qu'il a été exercé dans tous les temps et que renseignent les légistes. Le droit des gens n'j contredirait pas non plus, puisque d'après les mêmes autorités le droit des gens n'est autre que celui de la guerre; le droit politique et le droit civil» enfin, de môme que le droit économique, ne s'j opposeraient point, puisque dans le cas particulier ces droits seraient subordonnés au droit de la guerre, dont le salut public est la loi suprême.
Certes, si le cas de guerre était présenté en ces termes aux deux nations, française et britannique, la perspective d'une pareille éventualité leur donnerait à réfléchir.
De part et d'autre, la majorité cherchant une transaction, la guerre pourrait n'être jamais déclarée; le problème de la paix perpétuelle entre les deux peuples serait de fait résolu.
Mais croit-on en revanche que, si la décision à prendre n'était portée au tribunal de l'opinion qu'après que la guerre elle-même aurait déjà prononcé, la nation victorieuse se laisserait attendrir; qu'entre la certitude d'une domination à jamais assurée, l'appât d'un butin immense, d'un budget couvert par le tribut étranger, et la possibilité de succomber à son tour dans de nouveaux combats et
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d'être traitée selon la rigueur de la victoire, elle hésiterait? Je dis que cette nation -là serait insensée qui, ayant pour elle le droit et le pouvoir, éprouverait le moindre scrupule. Elle n'aurait pas mérité de vaincre, elle ne mériterait pas de vivre. Le gouvernement qui, en pareil cas, se laisserait aller aux conseils de la modération , serait traître à la patrie.
Voilà pourtant où nous en sommes, av5;c le droit international, traditionnel et classique, qui régit l'Europe. Pas de nation qui ne soit aujourd'hui placée dans l'alternative, je ne dis pas seulement de perdre son indépendance politique, sa souveraineté, mais d'être expropriée de toute sa richesse, mobilière et immobilière, et soumise éternellement au tribut; ou bien de se consumer elle-même, si elle est incapable de se procurer une proie.