SOMMAIRE
Thèsb. — La guerre, disent ses partisans, forme de la justice primitive, ayant sa base dans la nature et dans la conscience, est susceptible de réforme. Les abus qui la souillent ne sont pas plus un argument contre elle que les aberrations de Tamour, de la paternité, de Thérëdité, ne constituent un préjugé légitime contre la famille et le mariage. La juridiction de la force est indestructible ; elle est nécessaire^ elle doit être améliorée, non supprimée, ce qui serait d'ailleurs un attentat à Phumanité, la négation du droit public et du droit des gens, un non sens. Cette réforme delà guerre est d'autant plus plausible que, quant au fait même qui en a causé la dépravation, à savoir le paupérisme, on peut, sans se jeter dans aucune utopie économique, remplacer les extorsions arbitraires du vainqueur par de justes indemnités, ce que le droit dé la guerre dans son acception la plus sévère autorise pleinement, et ce qui ne peut soulever de récrimination ni de haine. Telle est en substance sur la question de la réformabilité de la guerre, ropinion affîrmatiyef
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Réponse, — Les adversaires du militarisme répondent, d'abord, qne ce projet de réforme ne détruit pas la cause première de la guerre, ce qui laisse toujours planer sur ses motifs un soupçon odieux; en second lien, qu'en admettant que la guerre se fasse à l'avenir pour des raisons purement politiques, sans aucun mélange de cupidité honteuse, que par conséquent elle puisse être réformée en tout ce qui regarde la tactique, la loyauté des combats, le respect des personnes et des propriétés, etc., resterait encore cette question délicate : à savoir la liquidation des frais et indemnités. Or, en droit, il n*est pas dû d'indemnités pour le fait même de la guerre, il n'en est dû que pour les infractions commises contre les lois de la guerre ; en fait, si les indemnités à exiger devaient représenter la totalité des dépenses du vainqueur, elles seraient exorbitantes et se résoudraient en une spoliation totale. La guerre reste donc frappée d'une contradiction, pour ne pas dire d'uue ignominie indélébile; et c'est le reproche de cupidité et de mauvaise foi que les parties belligérantes ne manquent jamais de s'adresser, qui, loin d'admettre la possibilité d'une réforme de la guerre, tend à la dépraver de plus en plus, et la rend, en tout état de cause, réciproquement inique. Témoignages historiques; hypocrisie des motifs officiels.
Pour sortir d'embarras nous observerons : !• Que la question posée par la guerre est complexe et doit être divisée ; 2« que la question économique doit être traitée avant la question politique ; 3<» qu^en matière éoo* nomique la juridiction de la guerre est incompétente. Un seul parti reste ainsi à prendre, c^est de suspendre les hostilités, et, faisant appel à la raison publique, d'organiser sur d'autres données l'antagonisme humanitaire. En ce sens seulement, la paix, une paix active, émulative, où les forces en se combattant se reproduisent, et où le droit de la force trouve pleine et entière satisfaction, la paix est la conclusion logique de l'évolution guerrière de l'humanité. C'est au droit des gens, à l'économie politique, à l'histoire diplomatique des nations, de dire si et comment il convient de faire dès à présent passer dans les faits ces conclusions de l'analyse et de préluder à la pacification universelle.