CHAPITRE II
CONTINUATION DU liâliB SUJET. — QUESTION QU'iL SOULÈVE
Guerre W Espagne. — L'invasion de TEspagne par Napoléon en 1808 eut, sous le rapport qui nous occupe, tant d'analogie avec celle de la Grèce par les Perses en 490 avant Jésus-Christ, que je ne puis m'empécher d'en faire le rapprochement.
Je ne connais pas un historien, même ami de l'empereur, qui n'ait blâmé, jusque dans son principe et dans ses motifs, cette funeste campagne. M. Thiers lui-même^ plaidant sans cesse en faveur de son héros les circonstances atténuantes, ne dit rien de grave à ce sujet : à force de nous entretenir des intrigues de Bajonne, il unit par nous faire mépriser en Napoléon le conquérant autant que Thomme d*État. On se prend à douter, malgré toutes les précautions oratoires de Thistorien, si l'empereur fut autre chose qu'un aventurier et un charlatan. Napoléon avait trop laissé voir que son ambition, sa gloire personnelle, roccvpalent beaucoup plus que le triomphe de la révolution. Il lui arriva ici la môme chose qu'à Louis XI¥
à propos de la campagne de Flandre : sa politique, ses manifestes et toutes ses allégations scandalisèrent le monde, et il eut de plus que Louis XIV la honte de Tinsuccès. Mais Thistorien philosophe ne peut s'arrêter à ces jugements ad hominem; il doit aller au fond des choses, et suppléer au besoin, par son analyse, à la faiblesse des considérations présentées par les auteurs des événements qu'il raconte.
Si Napoléon, attestant hautement la révolution française et prenant TEurope à témoin de sa parole, avait dit aux Espagnols :
« Les nécessités de la guerre que je soutiens contre la Grande-Bretagne, dans Tintérét de la liberté des mers, du commerce et de la sécurité des nations ; le salut de mon empire; l'observation des traités que j'ai conclus avec la plupart des puissances et (]ui sont le juste prix de mes victoires; le triomphe de la révolution, enfin, dont je tiens d'une main Tépée et de l'autre le bouclier, exigent que l'Espagn» entre à son tour dans mon système. A ces fins, Espagnols, il faut que je renouvelle votre dynastie et que je révolutionne votre société. Pour le surplus, je n'en veux pas à votre nationalité ; je n'exige de vous aucune subvention d'hommes ni d'argent, je n'entends pas m'attribuer un kilomètre carré de votre territoire. Vous choisirez vous-même votre nouveau souverain. Tout ce que je demande, c'est que vous gravitiez dans mon orbite, que vous suiviez ma politique et que vous adoptiez nos principes; sinon, préparez-vous à lutter en rase campagne et dans vos forteresses, contre mes invincibles soldats... »
A ce manifeste, aussi franc qu'énergique. Napoléon aurait pu ajouter ces prophétiques paroles :
« Vous tenez à votre indépendance, à votre dynastie, à votre religion; la révolution vous épouvante, et vous pous regardez en ce moment comme des hérétiques et des
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athées. Eh bien, si vous étiez assez malheureux pour triompher de mes armes, Espagnols, vous verriez, avant dix ans, redoubler cette tyrannie qui pèse sur vous, vous auriez à rougir de scandales plus grands encore que ceux de Godoï et de Marie-Louise ; ces Français, qui se présentent en ce moment à vous en libérateurs, vous les verriez reparaître en auxiliaires du despotisme, ce clergé qui vous flatte et vous agite, vous ne tarderiez pas alors à le prendre en haine ; vous vendriez ses biens, et vous seriez à votre tour des hérétiques, des athées, des révolutionnaires, des républicains... »
Si, dis-je, Napoléon avait parlé aux Espagnols de ce style, sa cause eût-elle paru, paraîtrait-elle aujourd'hui si mauvaise? Sortait-il du droit de la guerre et du droit des gens?'N*est-il pas évident qu'il n'eût fait qu'aller au-devant de la Providence, et que sous plus d'un rapport sa conquête eût été plus conservatrice que ne l'a été le patriotisme des Espagnols ?
Ce qui égare les hommes d'État et qui fait divaguer les historiens, c'est qu'ils ne saisissent jamais d'une vue assez haute l'ensemble des événements, qu'ils cherchent trop la raison des faits dans les intrigues de la politique, au lieu de la chercher dans la situation des peuples, et qu'ils n'ont pas une idée nette du droit de la force et de ses applications. Les causes supérieures qui déterminèrent la guerre d'Espagne en 1808, furent tout aussi légitimes que celles qui avaient motivé la campagne de Marengo ; en dépit de l'événement et des turpitudes de Bayonne, elles sont tout aussi justifiables devant l'histoire. En fait, tout État du continent qui commerçait avec les Anglais devenait contraire à l'empereur, d'autant plus redoutable même que les institutions de cet État étaient moins en harmonie avec les principes de la révolution. La solidarité européenne est un principe supérieur même à l'équilibre européen; c'est II. K
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ce principe qu'après tout inToquait Napoléon, mais en se plaçant au point de vue du nouveau droit. La victoire faisait prévaloir alors la pensée et la politique de 89, dont il était censé le représentant ; donc être avec lui ou contre lui, il n*j avait pas de milieu. Il le sentait d'autant mieux que son expérience des luttes nationales lui faisait voir de plus près les dangers d'une résistance si petite qu'elle fût, et la nécessité de l'abattre. L'idée d'une régénération de l'Espagne ne manquait pas non plus d'apparence : c'est depuis la réunion des cortès, provoquée par l'entrée de l'armée française, que l'Espagne a commencé de vivre de la vie moderne. Quant à la dynastie espagnole, il était indispensable de la changer ; la vie qu'elle a menée depuis 1*793 jusqu'à ce jour prouve que Napoléon ne la calomniait pas.
S'ensuit-il de tout cela que les E^spagnold n^eussent qu'à se soumettre^ Assurément non. J'ai voulu faire ressortir une fois de plus la nature du droit de la guerre et du droit des gens, fondés l'un et Tautre sur le droit de la force ; j'ai voulu montrer que là où il y a cas de guerre d'après les règles de la politique, la guerre est juste des deux parts, et que tel fut, entre autres, et quoi qu'on ait dit, le cas de la guerre d'Espagne. J'ai indiqué les motifs qui dirigeaient Napoléon, bien que lui-même n'eiii eût peut-être pas la claire et entière conscience : ces tnotifs subsistent, mais ne détruisent pas ceux qui animaient les Espagnols.
Quoi de plus exorbitant, en effet, au point de vue de la nationalité, que les prétentions de l'empereur? Quelle arrogance !... — Les Espagnols firent timidement entendre à Napoléon : « Qu'ils le tenaient pour le plus grand homme du siècle; que ses armées étaient sans égales, et qu'ils n'avaient pas la prétention de leur tenir tête ; qu'ils seraient heureux et fiers d'être reçus dans son alliance et dans sa famille, mais que la circulation des produits devait rester
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libre autant que la mer ell^-méme; qu'il était contradictoire de combattre pour la liberté du véhicule et d'intercepter la marchandise ; que si la France était en mesure de suppléer par ses propres produits, aux importations qu'ils tiraient de rÀngleterre, ils donneraient volontiers la préférence aux Français, mais que dans le cas contraire le soin de leur subsistance leur défendait de repousser les marchandises britanniques ; que si le système continental, imaginé par l'empereur, ne pouvait se concilier avec cette donnée de simple bon sens, il fallait songer à réformer ce système ; que c'était à Napoléon de voir comment il pourrait réduire les Anglais sans attenter à l'existence des neutres ; que l'Espagne n'étant pour rien dans la guerre, il serait injuste de lui en faire supporter les charges; que pour le surplus ils pensaient que c'est un méchant moyen de régénérer une nation que de lui ôter son indépendance, et, en changeant sa dynastie, de lui arracher, pour ainsi dire, l'insigne de sa souveraineté ; qu'ils souhaitaient donc trèiHvéhémentement de rester maîtres chez eux; que leur bien-être en souffrirait moins; ônalement, que si lui. Napoléon^ empereur des Français, attentait à leur nationalité en occupant militairement leur pays, eux de leur côté aviseraient à se défendre, et qu'ils le rendaient d'ores et déjà responsable des événements; quant à ses prédictions, qu'ils tenaient pour maxime que des gens de cœur doivent avant tout faire leur devoir, et s'en remettre pour Iqs suites à la garde de Dieu. »
On sait ce qui arriva. Napoléon, en guerre déclarée ou latente avec l'Europe, eut bientôt lieu de se convaincre que les affaires ne pouvaient se mener ni si rapidement ni toutes à la fois, et que l'art et la vitesse ne sauraient à la guerre tenir lieu de la force. Il ne put vaincre l'Espagne chez elle. D'abord, les Français furent généralement vainqueurs en bataille rangée; toutes les villes
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moins une, Cadix, occupées ; toutes les forteresses prises. Maïs les Espagnols se soulèvent en masse ; ils trouvent dans les Anglais des alliés puissants; une suite d'échecs épuise, décime les légions impériales, et plus que tout la guerre de guérillas, dans laquelle quatre ou cinq cent mille Français périrent assassinés les uns après les autres, dans tous les carrefours, défilés et cabarets de TEspagne. Us ne moururent pas sans vengeance : un million d'Espagnols de tout âge et de tout sexe furent égorgés en représailles.
Voilà la guerre : la politique la voudrait d'une façon; le soupçon, hélas I trop fondé, de cupidité et de mauvaise foi la fait autre. A quoi sert-il que l'une des parties notifie sa demande, l'appuie des considérations les plus fortes, propose le duel, la guerre dans les formes, si l'autre décline le cas de guerre, se refuse au combat, affirmant son indépendance, çt de plus accusant Tennemi de ne poursuivre d'autre but que sa dépouille? 11 n'y apolitique, révolution ou civilisation qui tienne. Une nation forcée à la guerre, attaquée dans ses foyers, menacée dans son indépendance, fera toujours la guerre à la façon des Espa* gnols, et d'après le système si pittoresquement décrit par Paul-Louis Courier. Les puissances auraient beau décider dans vingt congrès qu'à l'avenir elles s'abstiendront, à la guerre, de toute pratique illicite : à la première occasion ce bel engagement serait oublié. On exciperait de la mauvaise intention, de l'ambition secrète, de la mauvaise foi, et, après maintes inculpations et récriminations réciproques, on en reviendrait aux vieilles coutumes. A celui qui prostesterait de la pureté de ses motifs, et de la nécessité à laquelle il obéit, on ferait cette question ironique : Faites- vous la guerre pour la gloire?...
Guerr& du Péloponèse. — Faisons un retour en arrière.
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On a TU au livre précédent, chapitre iv, comment les Grecs, qui recevaient si bien Tétranger, se faisaient entre * eux la guerre. Quelques réflexions à ce sujet trouvent naturellement ici leur place.
Une fois la grande guerre médique terminée, la question de Tunité se posait pour la Grèce. Il était impossible qu'un si petit pays, entouré d'ennemis puissants, restât divisé en une multitude d'États microscopiques, dont les plus consi-* dérables, comme Sparte ou Athènes, en armant tous leurs citoyens valides, parvenaient à peine à mettre en ligne vingt-cinq mille hommes. République fédérative ou république unitaire, il fallait choisir, la monarchie répugnant à tous. Chaque ville aspirant au titre de ville capitale, exagérant ses prétentions et repoussant les droits des autres, c'était le cas ou jamais de résoudre la difficulté par la force. La guerre d'extermination faite aux Perses avait pu paraître excusable ; entre les Grecs, combattant pour leur constitution fédérale, la guerre devait être sacrée. Quelles en seraient les conditions ? Rappelons-les en quelques mots.
De même qu'au moyen âge, dans le combat judiciaire, les champions devaient jurer de la pureté de leur cause, se préparer au combat par la prière et la réception des sacrements; de même les nations en conflit, après avoir échangé leurs notes, reconnu la réalité du litige, l'urgence d'une solution et l'impossibilité d'y arriver autrement que par la voie des armes, après avoir réglé les conditions de la bataille et ses conséquences, stipulé les droits du vainqueur et les obligations du vaincu, devraient, avant d'en venir aux mains, se délivrer réciproquement certificat d'honorabilité et signer le traité de paix. Tel est l'idéal de la guerre; tel il s'est révélé dans les cultes du Nord et les romans de chevalerie; tel enfin le voudraient l'amourpropre des guerriers et la conscience des nations. Les
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Grecs étaient fort capables de le comprendre ; ils n'auraient eu besoin pour cela que de développer leur tradition héroïque. Le contraire eut lieu.
La guerre qui s'engagea entre les Grecs pour l'unité nationale, autrement dite la guerre du Péloponèse, fut cent fois plùB atroce, plus hideuse, que celle qu'ils avaient faite aux Pbrses. Jaihaîs la rapine, l'ambition et la haine nV vaient enfanté pareils forfaits. L'intérêt fédéral ne fut pas même mis eii avant : pour Athènes et Sparte, le but avoué de la guerre était de réduire toutes les villes grecques à la condition de tributaires, de disposer souverainement des forces de la nation, et de s'en servir, comme les Romains se servirent plus tard des forces de l'Italie, pour conquérir, pour pilier et dévorer le monde. Chose singulière ! la parenté, qui semblerait devoir adoucir la guerre, est précisément ce qui en redouble l'horreur. Les haines dô frères sont des haines cordiales ; les guerres, entre peuples de même sang et de même langue, pour l'agglomération politique, sont les pires de toutes. Et c'est toujours la même cause qui envenime la lutte, l'ignominie du mobile, sur lequel entre rivaux on ne se trompe pas.
Guerres de religion. — S'il est un cas où la guerre ait dû se dégager de toute pensée cupide , s'abstenir de tout outrage, c'est bien céi^tainement celui-ci. Qui combat pour là cause de Dieu ne doit se permettre rien de ce que Dieu et la justice réprouvent. Eh bien ! voyons.
Un homme traduit en langue vulgaire les livres sacrés, et prétend que chaque fidèle a le droit, non-seulement de les lire, mais de les interpréter selon la lumière qui lui est donnée. G*est le principe du libre examen qui, sous une formule théologique, se glisse dans la religion. Pou? soutenir cette nouveauté, les raisons et les autorités ne manquent pas. Mais l'Eglise, unitaire et souveraine, soutient
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que ce démocratisme, introduit dans le domaine religieux, en est la ruine. La foi est individuelle en tant qu'elle est un acte de la conscience ; en tant que dogme elle est d'autorité. Qui décidera entre Luther et le pape?... Pendant qu'on discute, le libre examen fait des progrès si rapides qu'au bout de quelques années il n'est plus possible de le réprimer par les moyens ordinaires de Tinquisition. La guerre seule peut décider, en dehors de la question du dogme qui n'est pas de sa compétence , si les hérétiques obtiendront V^xercice de leur culte au sein d'une société naguère tout orthodoxe. Plus que jamais la religion, d'accord avec la justice et la guerre, prescrit donc aux deux partis d'éviter dans leurs rencontres tout ce qui pourrait donner à la lutte une apparence db péché. Le sens commnn indique même que l'armée qui se montrera la plus magnanime, la moins possédée de l'esprit irascible et concupiscible , pourra se regarder comme le représentant de la vérité.
Or, consultez l'histoire : est-ce ainsi que se sont faites les guerres de religion? Non ; et la raison est facile à deviner. Le spirituel est indissolublement lié au temporel, qu'il traduit à sa manière. A l'institution religieuse correspond l'institution politique et sociale ; plus l'autorité tient de place dans la première, plus elle en tiendra dans )aseconde. Ced posé, on voit de suite pourquoi une population tend à changer de religion. C'est qu'à tort ou à raison elle juge que l'ancienne foi favorise trop ou ne réprime pas suffisamment l'inégalité ; c'est qu'elle accuse l'Église de complicité dans Texploitation des peuples. Le motif d'intérêt qui dé* termine l'hérésie soulèvera donc à leur tour les conservateurs orthodoxes, menacés dans leurs privilèges et leurs intérêts matériels. Inutile de rappeler les guerres des Albigeois^ des Yaudois, des Hussites, des Anabaptistes et autres; la vente des biens du clergé, le pillage des églises
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et des couvents, les confiscations exercées par représailles sur les nouveaux religionnaires, etc. Au scandale de Timpiété se joint Tinfamie de l'avarice ; la guerre devient diabolique : comment les vainqueurs, quels qu'ils soiont, osent-ils chanter des Te Deum ?
Un mot des croisades. L'islamisme, aie bien considérer, avait droit à la sympathie des chrétiens. C'était la propre religion de Moïse, que Mahomet venait enfin substituer à l'idol&trie des hordes arriérées du désert. À l'heure même où j'écris, le mahométisme, que refoulent la philosophie et la moralité supérieure de l'Europe, gagne du terrain parmi les peuplades du Soudan , préparant ainsi la voie à la civilisation qui marche à sa suite. La papauté et le califat pouvaient s'entendre. Le Coran n'enseigne nulle part l'intolérance : il reconnaît la mission de Mo'.se, celle de Jésus-Christ; il dit que Dieu a donné à chaque peuple la loi qui lui convient, mais qu'il a envoyé Mahomet aux Â.rabes. Quoi de plus conciliant? Laisser Mahomet et ses successeurs achever la défaite de l'idolâtrie ; honorer le prophète devant les populations qui l'écoutaient, l'assister même dans son œuvre : voilà tout ce qu'à un homme d'État philosophe pouvait suggérer Tapparition du nouveau culte. Douze cents ans avant Dupuis, Yolney et les exégètes allemands, Mahomet affirmait que, devant Dieu et devant la raison, toutes les religions se confondent. Comment pourraient-elles, disait-il, s'excommunier et se faire la guerre?
Mais c'est justement en cela que Mahomet a prouvé combien, s'il était sincère, il connaissait peu le cœur humain. Bientôt il ne suffit pas aux musulmans d'obtenir pour leur religion une place au soleil : non contents de convertir, par l'argument irrésistible du cimeterre, les tribus du désert, ils aspirent à leur tour à fonder la catholicité des croyances ; eux aussi ils font œuvre de messianisme ; eux aussi ils ont compris que le temporel est réf i par le spiri-*
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tuel : c'e^t alors que, se heurtant au christianisme, ils deyienneut intolérants et qu'ils se mettent à faire la guerre à la fois aux idées, aux personnes et aux biens. Contre l'islamisme conquérant, déjà maître de TÉgypte, de l'Afrique et de l'Asie, lançant ses armées sur l'Europe, en Sicile, en Italie , en Espagne , en France , la croisade devenait nécessaire : comment des hommes politiques, tels qu'Ancillon, peuvent-ils le méconnaître?... A la conquête devait s'opposer la conquête ; il ne suflSsait pas d'arrêter l'ennemi, il fallait le poursuivre jusque sur son domaine. Dès lors le mobile religieux disparaissait sous le mobile de l'intérêt ; aucune loyauté dans la guerre n'était plus possible. La croisade se mit ainsi à Tunisson de la propagande mahométane : chargé de dettes autant que de crimes, le croisé, partant pour la Terre Sainte, allait chercher absolution et fortune.
Qu'on ne perde pas de vue ce principe : chez les nations religieuses la religion est l'âme des intérêts. Plus grande est la foi, plus aussi les intérêts deviennent féroces; c'est pourquoi les guerres de religion sont de toutes les plus sanguinaires, les plus souillées parla dévastation, l'incendie et le viol. La haine entre les peuples est en raison directe du zèle qui les anime pour la cause de Dieu. Vous voulez restreindre la guerre, lui imposer des lois, en diminuer les fureurs. De grâce, ne vous adressez pas à la piété, ce serait jeter Thuile sur la flamme.
Guerres de révolution. — Je ne les cite que pour mémoire. J'ai reconnu précédemment la cause économique qui avait déterminé la Révolution française ; j'ai rappelé la plèbe pressurée, la bourgeoisie jalouse, le clergé, la noblesse et la cour de plus en plus avides, toute la nation travaillée par le paupérisme, de jour en jour plus insupportable. Certes, l'indignation qui saisit nos pères, de 1*789 à