‹ La guerre et la paixChapitre 29 sur 41 · II. ^ 15. y · texte numérisé non relu

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1800, fut excusable. Les principes qu'ils firent triompher sont des principes justes, expression la plus pure et la plus élevée du droit. En est-il moins vrai que, parla nature des choses et sous la pression des circonstances, la France révolutionnaire, aflFamée, fut autant spoliatrice que justicière? La Révolution, j'entends ici par ce mot la guerre à l'ancien régime, sublime en ses motifs, a été souillée dans ses actes et par suite compromise en ses fins : voilà ce que la vérité oblige à dire.

Qu'on objecte, si l'on veut, que les intéressés de l'ancien régime avaient les premiers donné l'exemple de Tégoïsme ; que les nouvelles maximes, enlevant à la noblesse ce qui lui restait de privilèges, au clergé ses biens immenses, ses immunités et ses dîmes, à la couronne son veto, les uns et les autres refusèrent d'admettre cette nouvelle justice et déclarèrent à la nation une guerre d'avarice et d'orgueil. L'indignité des uns ne couvre pas celle des autres. La cupidité des bleus servant de prétexte à la déloyauté des blancs , révolution et contre-révolution ne furent bientôt qu'un échange d'injures. La guerre qui s'ensuivit ne pouvait donc être qu'une guerre de vengeance et d'extermination réciproque . Coblentz, la Vendée, Quiberon, en gardent le souvenir. Pouvait-il en être autrement? J'avoue que je ne le vois pas. Je n'entends point pour cela récuser le jugement de la Révolution : les griefs étant égaux dj part et d'autre, partant compensés, la victoire n'en devait tenir compte, et elle a rendu un jugement juste en adju* géant les conclusions à ceux qui avaient la force.

De ces exemples , et de tant d'autres que je m'abstiens de citer, essayons maintenant de dégager quelque réflexion utile.

Qu'il s'agisse de l'Église ou de l'État, des principes de la philosopliie ou de ceux de la religion, de l'indépendance du pays ou de la liberté des citoyens, du droit du seigneiir on

de celui du travailleur, il y a toujours, au fond de la guerre, une question de tien et de mien que soulève la mauvaise conseillère, la Famine. Toujours, pour qui cherche le secret des choses, à côté des motifs religieux ou politiques, parfaitement avouables^ se présente cette cause intime de la guerre, le paupérisme. De là la dépravation des mœurs militaires et toutes les licences qui en sont la suite. La guerre dans les formes se comprendrait entre Grec et Romain, entre juif et gentil, entre hérétique et orthodoxe, entre républicain et aristocrate, s*il éj;ait possible de la réduire aux pures questions de nationalité , de religion , de gouvernement. Mais quel lien de droit, quel respect d'humanité pourrait subsister encore entre le spoliateur et le spolié, entre le cultivateur et le forban, entre le maître et Tesdave, entre le propriétaire et lepartageux? Ici le mobile de la guerre est une honte, et son but le crime. Dés lors, à quoi bon des formalités? Chacun appelle son adversaire ennemi, comme qui dirait brigand. De même que l'homme infecté dès sa naissance ne saurait être entièrement régénéré en cette vie, la guerre corrompue à sa source est irréformable.

Essayons maintenant, pour fixer nos idées, de ramener cet ensemble de faits à une proposition simple.

Ce qui engendre les anomalies dont la guerre nous offre l'affligeant spectacle, c'est la présence et la connexité de deux espèces de causes et par suite de deux sortes de ans : une cause et une an politiques, une cause et une fin économiques. De ce dualisme résultent toutes les perturbations de la guerre, et l'inextricable promiscuité de justice et d'iniquité, de bien et de mal, qui en fait le caractère.

Or, la philosophie nous enseigne qu'en toute chose, dans le gouvernement de la société comme dans les sciences, la condition à remplir pour arriver à la vérité et au droit,

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c'est de distinguer soigneusement les idées et les points de yue, de séparer les causes, de discerner les éléments, d'examiner chaque chose à part, et de ne jamais prononcer sur une question générale, avant de s'être assuré des questions particulières qui la composent.

En deux mots, la question de la guerre et de la paix est complexe ; pour la résoudre il faut la diviser.

Cette division est-elle d'abord admissible? Et si elle est admise, quel en sera pour la guerre le résultat? C'est ce que nous examinerouB au chapitre suivant.

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