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LE PANGERMANISME ET L'EXPANSION DU COMMERCE ALLEMAND

Sur les questions de politique coloniale se greffent les problèmes de politique commerciale. Les pangermanistes s'en sontbeaucoup occupés.

L'Allemagne avait été longtemps un pays surtout agricole. Son industrie et son commerce ont fait dans la seconde moitié du xixe siècle de remarquables progrès (1).

Mais le développement industriel du pays avait eu cette conséquence que le marché intérieur allemand ne pouvait suffire à absorber toute la production du pays. Dévorée d'ambi-

(1) V. mon livre sur VEssor industriel et commercial du peuple allemand, 3e édition, Paris 1900. V. aussi Maurice Millioud. Bibliothèque universelle et Revue suisse, mars et avril 1915.

lion, et très désireuse de s'enrichir, l'Allemagne s'était lancée dans une politique mondiale qui avait eu pour elle quelques inconvénients, qui avait contribué surtout à rendre plus douloureuses les crises économiques dont tous les pays ont aujourd'hui à souffrir. Celle qui éclata au mois d'avril 1900 fut particulièrement grave. Elle eut des répercussions sur toutes les branches de l'activité nationale.

Les pangermanistes trouvèrent dans la politique commerciale un nouveau terrain d'action.

Ils déclarent, lorsqu'il s'agit de promulguer un nouveau tarif douanier et de renouveler les traités de commerce, que ce n'est pas seulement à une question de tarif qu'il faut s'attacher. Il faut assurer à l'Allemagne les moyens de continuer cette Weltpolitik, qui doit lui permettre de grandir dans le monde.

Pour atteindre ce résultat on s'efforce d'orienter les esprits vers les problèmes qui touchent à l'expansion extérieure, et de faire comprendre la nécessité de s'adapter avec persévérance à une situation nouvelle. On encourage le système qui consiste à créer de nouvelles filiales au-delà des frontières pour tourner certaines difficultés résultant des tendances protectionnistes et répandre par ce moyen, en dépit des barrières

douanières élevées par certains pays, les produits allemands sur tous les marchés du monde.

S'il n'est pas facile de dire avec précision de quelle manière les pangermanistes ont agi sur la vie économique du pays, il est certain qu'ils ont travaillé a resserrer les liens de solidarité entre les Allemands de l'Empire et ceux qui étaient installés dans d'autres pays et qu'ils ont favorisé les entreprises du capital allemand (1).

Ils ont aidé le gouvernement impérial à s'engager dans le courant qui a si fortement entraîné l'Allemagne vers l'industrialisme. Tout en ménageant les conservateurs, dans les rangs desquels ils avaient fait beaucoup de recrues, tout en déclarant qu'ils n'entendaient pas sacrifier l'agriculture, ils se sont principalement préoccupés du développement des exportations et ont fait passer au premier plan de leur programme l'expansion du germanisme sous toutes les formes.

Les questions relatives à l'expansion du commerce allemand tiennent une place importante

(1) Ceux-là ont certainement agi dans l'esprit des pangermanistes qui ont depuis 25 ans inondé le monde de camelote allemande, de faux champagnes et de faux cognacs, d'imitations de parfumerie parisienne, ou de moutarde française, de produits portant de fausses étiquettes et de contrefaçons de toute sorte.

dans la plupart des congrès de la Ligue. On peut y découvrir sans peine un effort tendant à l'asservissement économique des autres pays.

On s'y intéresse d'autant plus que cela cadre avec l'esprit de convoitise qui est le fond du tempérament germanique (1).

Les pangermanistes se piquent d'être réalistes et pratiques. Ce sont surtout des conseils pratiques que l'on trouve dans la copieuse littérature que l' Alldeutscher Verband a publiée, dans les Alldeutsche Blàtter, dans les brochures éditées sous le titre général : Der Kampf uni das De ut s chtum (la lutte pour le germanisme), et dans les feuilles volantes (Flugschriften) par lesquelles on cherche à surexciter dans les masses le sentiment national.

La note pratique se retrouve également dans la revue Deutsche Erde publiée par l'Institut géographique de Justus Perthes à Gotha.

Le sous-titre de cette revue dont on a pu dire

(1) V. sur les rapports du pangermanisme avec l'Expansion économique de l'Allemagne, Andrillon. L'Expansion de V Allemagne, p. 113, suiv. Les pangermanistes ont maintes fois déclaré que l'expansion économique est pour l'Empire « un moyen d'accroissement de puissance et de conquêtes territoriales en pleine paix ». Cf. Tonnelot. L'Expansion allemande hors d'Europe et B. Dietrich. Deutschlarids gegenwartige handelspolitische Lage. Plauen 1913, et la brochure Die deutsche Volkswirtschaft und der weltmarkt. Berlin, Springer 1901 (dans la collection des Handelspolitische Flugschriften).

qu'elle était le bréviaire scientifique du pangermanisme (1) indique le but qu'elle poursuit : Contributions à la connaissance de la vie du peuple allemand de tous lieux et de tous temps.

La ligue pangermaniste publie aussi un recueil de chansons (alldeutsches Liederbiich) et un atlas (alldeutscher Atlas) où la germanisation des noms géographiques est parfois grotesque.

h' Alldeutscher Verband est d'ailleurs organisé à l'instar d'une maison de commerce, avec des fonds importants destinés à soutenir les Allemands qui vont se fixer à l'étranger, à y organiser des bibliothèques, à y créer des écoles, à y envoyer des publications. Le pangermanisme apparait comme une machine très bien montée, pourvue de rouages très variés, très bien agencés, convergeant vers le même but. Il est parvenu à exalter soit en Allemagne, soit parmi les Allemands répandus dans le monde, un état d'âme fort inquiétant pour l'avenir. « Les idées que nous défendons, disait M. Hasse au congrès de Lùbeck en 1904, sont devenues le lien commun de la conscience populaire allemande. Beaucoup de ceux qui paraissent encore nous combattre se nourrissent en réalité des pensées

(1) B. Auerbach. Revue politique et parlementaire, 10 octobre 1913, p. 14.

et des suggestions que nous leur avons fournies. » (1)

J'ai constaté plus d'une fois que les pangermanistes se sont beaucoup intéressés au développement des écoles commerciales. Ils ont poussé les jeunes gens à fréquenter de préférence les écoles qui les préparaient à aller à l'étranger, à y conquérir de nouveaux débouchés pour l'industrie germanique, de nouveaux centres de propagande et d'action pour le germanisme sous toutes ses formes.

Les pangermanistes ont certainement contribué à faire comprendre au peuple allemand que le commerce est un instrument de propagande très souple et très efficace. Ce ne sont pas seulement les marchandises que les commerçants allemands ont fait circuler, ce sont aussi les idées. Ils ont travaillé, quelquefois inconsciemment, a développer le prestige, en même temps que la richesse du pays.

(1) On pourrait citer comme exemple le discours prononcé par Guillaume II lui-même le 18 janvier 1896, sur la « Weltpolitik » et la nécessité pour l'Allemagne de devenir une puissance mondiale.

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