‹ La Guerre européenne et la question du SlesvigChapitre 3 sur 4 · V-ii- i · texte numérisé non relu

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des ministres qui reconnussent « l’Eider comme frontière du royaume, la constitution de Juin comme l’étendard du royaume et les peuples frères Scandinaves comme alliés ».

C’était le souhait ardent de notre peuple de conserver la frontière vieille de plus de mille ans, mais sa volonté n’était ni assez puissante ni assez profonde pour faire de ce désir une réalité. Le danger de la politique adoptée était facile à découvrir et pour s’en préserver il fallait pouvoir se défendre ; or la défense n’était ni forte ni organisée; on n’avait pas fait les sacrifices nécessaires. Il eût fallu fortifier solidement le Danevirke, mais cela eût entraîné de grandes dépenses. D’autres plans pouvaient être adoptés. On choisit un juste milieu. Nous nous fiâmes davantage au secours que devaient nous apporter les peuples frères et l’Europe qu’à nos propres forces; on pensa qu’en somme tout s'arrangerait. C’est dans ces circonstances que nous fut donnée en 1863, sous le ministère Hall, la « Constitution de novembre » qui marquait un pas décisif vers la politique de l’Eider et un abandon définitif de celle de l’état unitaire.

La guerre contre la Prusse et l’Autriche en 1864. — C’est alors que mourut Frédéric VII. Cet événement ne pouvait arriver à un moment plus mal choisi. Ses droits sur toute la monarchie étaient incontestables et incontestés. Ceux de Christian IX

devaient aussi paraître inattaquables après la conférence de Londres. Mais les puissances allemandes trouvèrent pourtant tout de suite un prétexte pour faire la guerre-. Elles déclarèrent, sans la moindre raison, qu’elles avaient donné leur signature à condition que Ton adopterait le système de l’Etat unitaire, que par conséquent la Constitution de novembre les déliait de toute obligation. C’est la Prusse qui, sous la conduite de Bismarck, prend la tête et les hommes d’Etat autrichiens, peu perspicaces, la suivent. Les Augustenborg ne restent pas silencieux. Malgré sa renonciation, le vieux duc transmet ses droits sur les deux duchés à son fils qui déclare qu’il va gouverner. Après six mois de guerre, le Danemark est battu par les mêmes puissances contre lesquelles presque tpiite l’Europe aujourd’hui a dû entrer en lutte. Mais après que Christian IX, à la paix de Vienne^ 30 octobre 1864, ait été contraint de « renoncer à tous ses droits sur les duchés de Slesvig, Holstein et Lauenbourg en faveur de Leurs Majestés l’Empereur d’Autriche et le Roi de Prusse, s’engageant à reconnaître les dispositions que Leurs dites Majestés prendront à l’égard de ces duchés », Bismarck se fait donner par les juristes de la couronne prussienne une attestation qui établit que les Augustenborg n’ont aucun droit sur les duchés et que par conséquent ils appartiennent... à la Prusse et à l’Autriche; l’Autriche continue à soutenir les droits des Augustenborg. La guerre de 1866

tranche la question entre les deux alliés. Le 12 janvier 1867 le Slesvig est incorporé à la Prusse.

Tous les peuples ont dû combattre pour leurs frontières. Il n’y a donc pas à s’étonner que nous ne soyons demeurés en possession de notre frontière méridionale que par la lutte. Si nous avions cédé, au cas où cela eût pu se faire, nous n’aurions pas eu davantage la paix ; nous aurions seulement combattu sur un front plus faible. Il est souvent arrivé au cours de notre histoire que le désir de rendre le combat moins âpre, inspiré par Tabsence de vastes horizons, nous a conduits dans des voies fatales. Les Jutlandais du Sud en ont porté la peine et la situation du royaume n’a pas été meilleure. Mais l’histoire a-t-elle dit son dernier mot en 1864 au sujet du Slesvig? Ceux dont la vue est bornée disent oui, mais les Jutlandais méridionaux n’ont pas la vue bornée, et il n’y a pas de raison pour que nous aussi nous l’ayons moins clairvoyante qu’eux.

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