PRÉFACE XVII
dre effort, par se contenter de la définition la plus simple, la plus facile et la plus grossière, d'une définition purement quantitative qui faisait consister le progrès dans l'accroissement de la richesse et dans le perfectionnement des machines qui la produisent.
C'est cette idée purement quantitative du progrès qui a dominé entièrement les esprits dans les derniers trente ans. C'est cette idée qui a été la force et la ruine de l'Allemagne, en même temps qu'une des causes profondes de la catastrophe actuelle. Pour quelle raison a-t-on tellement admiré l'Allemagne pendant les derniers vingt ans? Parce que l'Allemagne était le pays de l'Europe où le prodigieux pullulement de la population se traduisait plus rapidement en un développement vertigineux de l'industrie, du commerce et de la richesse. La population se multipliant rapidement sur un sol étroit mais très riche en charbon, l'Allemagne avait pu et su devenir, en trente ans, la première puissance métallurgique de l'Europeet la seconde du monde. Le développement de la métallurgie avait eu
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comme conséquence le développement rapide d'un grand nombre d'autres industries et de tous les services publics dont le fer est l'élément principal. Le pays avait été couvert de chemins de fer et d'usines de toute espèce ; l'armée avait été augmentée sans cesse ; on avait créé en peu d'années une énorme marine marchande et la seconde flotte de guerre du monde ; presque toutes les villes avaient grandi et avaient été reconstruites ; la richesse du pays augmentait réellement chaque année, mais elle semblait s'accroître davantage, parce que la vitesse de la circulation augmentait avec sa masse. Et le monde, dominé par l'idée quantitative du progrès, concluait que l'Allemagne représentait la jeunesse et le progrès.
Pour la même raison, la France était la vieillesse et la décadence. Ce qui avait surtout nui à la France, c'était la lenteur du développement, qui se rattachait au phénomène démographique opposé. Sur beaucoup de statistiques, la France, qui occupait il y a quarante ans la première ou la seconde place.