XVI PRÉFACE
en agissant avec une grande force sur les esprits, est restée toujours vague et imprécise. Notre époque n'aurait pu la définir avec précision, qu'en partant d'une doctrine claire du bien et du mal. Un siècle comme le nôtre, qui a affaibli toutes les autorités politiques, intellectuelles et morales, qui a été sans cesse troublé par tant de luttes politiques, religieuses, intellectuelles et économiques, presque toutes restées inachevées ; qui a voulu tant de choses contradictoires, ne pouvait pas créer cette doctrine. La France a fait de grands efforts, après la Révolution, pour créer une théorie du progrès qui mettrait l'ordre dans le monde et donnerait le bonheur aux hommes. Ces efforts n'ont pas peu contribué aux événements de 1848, dont mon ami Henry Moysset donnera à la France, je l'espère, après la guerre, la grande histoire. Mais même ces efforts ne réussirent pas à tirer ce mot de la nuageuse imprécision dans laquelle les hommes aimaient à l'adorer. F'aute d'une doctrine plus élevée et plus précise, l'Europe et l'Amérique ont fini, suivant la loi du moin-