‹ La guerre Hispano-Américaine de 1898Chapitre 11 sur 15 · L EXPEDITION DE PORTO-RICO · texte numérisé non relu

L EXPEDITION DE PORTO-RICO

furent les derniers faits d'armes de la campagne de Porto- ^

Rico. 1

Le \2 août, en effet, à 4 heures 23 de Taprès-midi, le \

protocole des préliminaires de paix était signé à la Mai- .

son-Blanche, et M. Mac Kinley prescrivait la suspension n

de toutes les opérations militaires.

Avant de nous occuper des négociations à la suite desquelles la guerre cessait entre les Etats-Unis etTËspagne, retournons sur le théâtre des hostilités de TÂsie orientale où nous avons laissé aux prises Tescadre Dewey et le chef Aguinaldo d'une part, de Tautre le général Augusti, capitaine général pour l'Espagne des Philippines.

La situation à Manille. — Les progrès des Tagals. — Plus de munitions. — Télégramme du général Augusti. — Sur la rivière Pasig. — Le général Monet à Bulacan. — Révolte des troupes indigènes. — A Mîndanao. — Dans la baie de Manille. — Renforts américains. — La canonnière allemande Irène. — Succès des insurgés. — Défaite de Monet à Macabebe. — - Les avances d'Aguinaldo. — L'état de siège aux Philippines. — Le premier ministère philippin. — Les insignes du dictateur. — Relations tendues — Instructions du général Merritt. — Une sortie générale. — La quatrième expédition américaine. — Fuite du général Augusti. — Reddition de Manille. — Situation embrouillée. — Rapport de l'amiral Dewey. — Les termes de la capitulation.

Nous avons vu plus haut que, dès le 12 juin, le général Augusti considérait la situation de Manille comme très grave, et déclarait ne plus attendre son salut que des renforts expédiés par la métropole. Or, ceux-ci, par une suite de circonstances que nous avons racontées, ne devaient pas dépasser le canal de Suez (1).

La chute de la domination espagnole aux Philippines n'était donc plus qu'une question de semaines ou de jours.

Au moment où nous reprenons notre récit, Manille, bloquée du côté de la mer par la flotte de Tamiral Dewey, est investie, sur le front de terre, par les bandes du chef insurgé Aguinaldo. Les Tagals se sont déjà emparés des abords de la ville, du côté de Malate, et ont refoulé les

(i) L'escadre Camara, la dernière force navale de l'Espagne, avait été immobilisée à Suez par manque de charbon. Après le désastre de Santiago, elle regagna sans bruit les eaux espagnoles et Ton n*eatendit plus parler d'elle.

Espagnols dans leurs tranchées. Dans Tintérieur, les postes espagnols de Lagunas, Santa-Cruz et Pampanga ont été évacués, et les positions côtières de Pîïias, Parangue, Tungalo, Malibas et Pineda sont tombées entre les mains des iiiffurgés.

Les Espagnols commencent à manquer de munitions. ^ Le gouvernement de Madrid laisse entendre que le général Augusti a remis le commandement à son subordonné, le général Jaudenez.

En prévision de la capitulation de Manille, des ordres ont été expédiés, pour transporter à Ilo-Ilo le siège du gouvernement des lies, et les consuls espagnols de Hong- Kong, de Sanghaï et de Singapour sont invités à organiser, par tous les moyens possibles, des communications avec les parties de Farchipel restées encore fidèles à l'Espagne.

Le 14 juin, le général Augusti télégraphiait encore :

« La situation continue à être très grave. Les moyens de résistance diminuent.

(( Les désertions de forces indigènes continuent. Si je me vois dans le cas de m'enfermer dans les murs de la ville, je ne pourrai plus rien communiquer à Votre Excellence. »

- Effectivement, les forces espagnoles, qui défendaient pied à pied les approches de la vieille ville, allaient être réduites à s'enfermer dans l'enceinte murée, autour de laquelle le cercle des insurgés allait se resserrant. Toutes communications étant ainsi coupées aux défenseurs de Manille, la résistance deviendrait forcément limitée à la durée des munitions et des vivres.

Comme il restait encore, sur la rivière Pasig, deux petits torpilleurs espagnols, qui pouvaient inquiéter la flotte américaine, Famiral Dewey envoya une chaloupe à vapeur, commandée par renseigne Caldwell, pour les

détruire.

A son approche, les Espagnols coulèrent eux-mêmes,

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à l'entrée de la rivière, la canonnière Cebu^ qui en ferma complètement Tentrée.

Dans la première quinzaine de juin, le général Monet se trouvait avec trois mille hommes à Bulacan, à trente milles au nord de Manille et se dirigeait vers le sud, quand il tomba dans une embuscade tendue par les rebelles, dans une jungle très épaisse.

On se battit avec acharnement ; mais, malgré la défection des troupes indigènes, les Espagnols mirent en fuite leurs adversaires et, après s*ôtre reposés quelques jours, continuèrent leur marche sur Manille. Nous retrouverons bientôt cette colonne.

A Marebon, un bataillon de milice indigène, sur la fidélité duquel on croyait pouvoir compter, tira sur ses officiers, en tua cinq et déserta.

A Zapote, un autre régiment indigène se révolta au moment d'une attaque des insurgés et les laissa pénétrer dans les lignes, où ils jetèrent le désordre.

Ne pouvant plus compter sur leurs troupes auxiliaires, les Espagnols étaient fatalement réduits à la défense passive.

Et pendant ce temps, les renforts arrivaient aux Américains. Le Charleston, chargé de troupes, était signalé dans les eaux d'Honolulu. L'amiral Dewey avait envoyé à sa rencontre le croiseur Baltimore,

Un nouveau détachement de 4,000 hommes allait partir de San-Francisco avant la fin de juin ; il serait embarqué sur six: transports affrétés par le gouvernement, et placé sous les ordres du général Merritt.

Le 29 juin, le gouvernement espagnol recevait du général Augusti le télégramme suivant, daté du 23 juin :

(( La situation est toujours aussi grave. Je continue è. me maintenir dans la lutte des blockhaus. Mais le nombre de Tennemi augmente à mesure qu'il occupe les provinces qui se rendent.

(( Les pluies torrentielles, qui inondent les tranchées, rendent les défenses difficiles.

(( Le nombre des malades va croissant parmi les troupes, ce qui contribue à rendre la situation très pénible, et à provoquer un accroissement de désertions parmi les indigènes.

« On croit que les insurgés comptent trente mille hommes pourvus de fusils, et cent mille d^armes blanches.

« Le chef rebelle Aguinaldo m'a sommé de capituler, mais j'ai mépi'isé ses propositions sans les écouter, car je suis résolu à soutenir la souveraineté et Fhonneur du drapeau espagnol jusqu'à la dernière extrémité.

(( J'ai plus de mille malades et deux cents blessés.

« L'enceinte fortifiée est envahie par les habitants des quartiers ruraux, qui abandonnent leurs demeures, en présence des actes de barbarie des rebelles.

« Les habitants constituent un embarras qui aggravera la situation, en cas d'un bombardement qu'on ne craint pas sérieusement pour le moment. »

Au moment où le général Augusti télégraphiait à la métropole ces peu réconfortantes nouvelles, les onze provinces de nie de Luçon étaient occupées par les insurgés.

Des émissaires, envoyés vers le nord pour s'assurer du désastre de la colonne Monet, à Bulacan, n'avaient pu rapporter le moindre renseignement.

On prétendait que le général Pena avait dii se rendre, par suite de la défection des troupes indigènes.

L'efiFectif des rebelles campés autour de Manille dépassait 25,000 hommes.

Dans les provinces méridionales de l'archipel, la situation était un peu meilleure. Une dépèche du gouverneur des lies Visayas et Mindanao annonçait, en effet, la déroute des insurgés.

Le chef Arce, représentant d'Aguinaldo, avait été tué.

Le gouverneur espagnol déclarait que la tranquillité régnait sur son vaste territoire. Les chefs malais de Mindanao^s'étaient présentés devant lui et lui avaient déclaré que, sachant la guerre déclarée entre l'Espagne et les

États-Unis, ils combattraient du côté des Espagnols pour la défense de la souveraineté de TEspagne.

Un télégramme, daté de Manille, 26 juin, exposait la situation de la manière suivante :

(( La situation continue à être dangereuse, et elle est semblable à celle que je vous annonçais par mon télégramme du 10 juin.

« Quinze navires allemands, français, japonais et anglais mouillent dans la baie, et par leur moyen on est fréquemment en communication avec Hong-Kong pour communiquer.

« Le général Monet, après avoir livré plusieurs combats, est arrivé avec 1000 hommes à Macabebe, où il s'est fortifié. Si Tennemi poussait jusqu'à la capitale, j'ai donné Tordre à Monet de forcer le passage pour venir à mon aide, quoique je considère cette opération comme difficile. »

La situation était, à ce moment, assez confuse. Les Espagnols, bloqués dans Manille, étaient prêts à succomber, cherchant en quelles mains capituler ; Tamiral américain, maître de la baie, attendait des renforts pour agir ; une escadre européenne surveillait les événements, prête à intervenir pour la sauvegarde de ses nationaux ; enfin, les insurgés, divisés entre eux, louvoyaient entre les Allemands et les Américains pour sauvegarder l'indépendance qu'ils semblaient à la veille de conquérir.

Le 1®' juillet, les troupes américaines récemment arrivées débarquèrent à Cavité et établirent leur camp dans risthme. Le drapeau étoHé fut arboré sur les ruines du fort de San-Luizi. Le même jour, le général Monet était investi et assiégé dans Macabebe par les indigènes.

Le 5 juillet, le port de San-Francisco envoyait à Manille une nouvelle expédition, la quatrième depuis le commencement des hostilités, composée des vapeurs affrétés Peru^ City-of-Puebta^ City-of-Acapulco et State-of-Califomia. Le nouveau contingent devait, en arrivant aux Philip-

pines, portera 15,000 hommes l'effectif du corps expéditionnaire du général Merritt.

Une cinquième et dernière expédition était prévue pour les premiers jours d'août.

Le 6' juillet, la canonnière allemande Irène croisait dans la baie de Subig lorsqu'elle rencontra des embarcations insurgées qui se portaient vers TIsla-Grande dans rintention d'attaquer les Espagnols. Elle les força à abandonner leurs projets.

L'amiral De\vey envoya aussitôt deux navires, le Raleigh et le Concorda pour faire une enquête. Le Raleigh^ en entrant dans la baie, ouvrit le feu contre les forts qui la défendaient. Les Espagnols, au nombre de 500, capitulèrent. Le navire allemand sortit du chenal par l'extrémité opposée, et, revenu à Manille, son commandant déclara que son intervention était due à des raisons d'humanité.

Un télégramme de l'amiral Dewey rendit compte de l'affaire de Subig en ces termes :

« Aguinaldo m'a informé que ses troupes ont occupé toute la baie de Subig excepté l'Isla-Grande, qu'il a été empêché d'occuper par le navire de guerre allemand Irène. Le 7 juillet, j'ai envoyé le Raleigh et le Concorda qui ont pris l'Ile, capturé 1300 hommes, des armes et des munitions, sans résistance. L'Irène a quitté la baie à leur arrivée. »

Le même jour, plusieurs attaques furent dirigées par les insurgés centre les Espagnols. Les bandes d'Aguinaldo s'emparèrent de quelques canons à Santa-Mesa et creusèrent des tranchées à San-Juan, Santana, Paco etPasayi. L'une d'entre elles s'empara même des retranchements de Malate et poussa jusqu'au pied de la muraille du réduit. Mais au bout de quelques heures, elle dut se retirer.

Le général Anderson, commandant provisoire des troupes de débarquement américaines, en attendant l'arrivée du général Merritt, avait conclu un arrangement

f46 CHAPITRE XV.

arec Aguinaldo ; les insurgés deyaient évacuer Cavité pour laisser la place aux soldats américains. Le 9 juillet, le général Augusti télégraphiait encoi^e :

« On confirme l'arrivée de renforts américains. Ils se sont emparés, en passant, des Mariannes où ils ont laissé un gouverneur américain. Les Américains attendent une autre expédition pour le 15 juillet.

« La garnison de Manille et les lignes extérieures soutiennent chaque jour des combats contre les insurgés, qui reçoivent de nombreux renforts. Nous leur infligeons de grandes pertes.

(( Les Américains n'osent point attaquer la place ; ils craignent de se rencontrer en face des rebelles et qu'il leur soit impossible de résister à l'avalanche.

(( Les Américains craignent que, si Aguinaldo et ses hommes attaquent la place, la population ne prenne parti pour eux.

« Les Tagals sont aussi divisés entre eux ; les uns veulent l'indépendance, les autres l'autonomie. Je crois devoir me concilier les indigènes par des réformes qui sauvent la situation. »

A la date du 10 juillet, une autre dépêche officielle du gouverneur général de Manille annonçait que la colonne du général Monet, ne pouvant tenir à Macabebe, un détachement était parti sur trois embarcations remorquées par la canonnière Leyte pour aller chercher du renfort.

Les trois embarcations, entraînées par le courant, allèrent s'échouer à Bulacan et Esteros ; les soldats qui les montaient furent faits prisonniers par le chef insurgé Agonoy, lieutenant d' Aguinaldo.

Ce dernier venait d'envoyer des parlementaires au

général Augusti pour l'engager à capituler, lui disant que

50,000 insurgés entouraient Manille, prêts à la prendre

d'assaut et que l'Espagne ne pouvait envoyer de renforts.

Il valait donc mieux, estimait-il, que les Espagnols et les

insurgés se réconciliassent sous le drapeau de la République pour persuader ensuite aux Américains de cesser les hostilités et de demander aux puissances de reconnaître la république des Philippines.

Le général Augusti éconduisit les envoyés d'Aguinaldo, leur déclarant qu'il se défendrait "jusqu'à la fin. Dans toute cette période, les Espagnols déployèrent d'ailleurs beaucoup d'activité, créant des abatis, des palissades, des tranchées et détruisant en avant de la ville les cabanes pouvant ^èner le tir.

De leur côté, les insurgés tenaient sans cesse leurs ennemis en haleine. Ils avaient mis en batterie, sur les hauteurs de Posoy, deux vieux canons et, à intervalles inégaux, tiraient dans la direction de la ville européenne. Aguinaldo avait transféré son quartier général de Cavité à Bacoor et se tenait en relations fréquentes avec l'amiral Dewey, dont les navires exerçaient du côté de la mer une surveillance rigoureuse. Une dépèche de Manille du 14 juillet montrait la situation sous un jour un peu moins défavorable :

« J'espère, disait le capitaine général, soutenir la défense en luttant contre Tennemi jusqu'à la dernière extrémité.

« Avec la deuxième expédition américaine arrive un monitor, comme batterie flottante, et, avec la troisième, un autre monitor et deux croiseurs.

« A la fin du mois de juin, les indigènes de l'équipage d'un vapeur ont tué le capitaine ; puis ils sont allés à Cavité s'unir aux rebelles et aux Américains.

« Le colonel Blanco et les officiers échappés à Macabebe et à Cavité, ainsi que le général Monet se trouvent ici.

« Modestement et sans aucune exagération qui serait contraire à mon caractère, j'ai exposé avec une loyale franchise les vraies phases de cette difficile situation, que pour ma patrie et mon roi j'espère sauver à tout prix. »

Le 15 juillet, la garnison avait repoussé victorieusement

«ne attaque des insurgés et leur avait infligé de grosses pertes.

Le même jour le général Ânderson télégraphiait à Washington, qu'Aguinaldo venait de proclamer la dictature et l'état de siège aux Philippines.

Le chef tagal avait même constitué un ministère. Il en avait pris la présidence et donné le portefeuille de la guerre à son neveu Baldimiro Aguinaldo ; celui de Tintérieur, à Léandro Ibaira ; celui des affaires étrangères, à Mariano Trias.

Le but poursuivi par les insurgés apparaissait nettement; c'était rétablissement de la République dans Tarchipel.

Le 1^' août, le cabinet espagnol laissait publier une dépèche préparant le pays à la nouvelle de la capitulation imminente de Manille. Ce télégramme constatait que la capitale des Philippines était bloquée depuis trois mois, que le courage admirable de la garnison décimée ne se démentait pas, mais que les vivres commençaient à manquer et que les munitions étaient presque épuisées.

Une longue résistance, ajoutait-on^ devient impossible, resDoir de Tarrivée de secours et de ravitaillements indispensables étant aujourd'hui perdu, tandis que les forces des Américains sont portées à 1 1 ,000 hommes par l'arrivée de l'expédition du général Merritt, devant la ville bloquée, d'autre part, par 30,000 insurgés.

Jusqu'à présent les rebelles, qui ont été les seuls à prendre l'offensive, ont été tenus en échec par les défenseurs de la place ; mais ceux-ci n'ont plus de vivres que pour quinze jours. Il parait certain que les Espagnols ne se rendront pas sans combat, mais qu'ils saisiront avec empressement la première occasion de conclure une capitulation honorable, dans les mains des Américains.

Ceux-ci n'étaient point d'ailleurs sans quelques inquiétudes causées par l'attitude des bandes d'Aguinaldo.

Le général Merritt avait fait savoir à Washington que celui-ci se préparait à rompre avec les Etats-Unis. Le

général disait qu'il ferait" de son mieux pour protéger les^ citoyens contre les^violences des rebelles. Dans ce but, il demanderait, conjointement avec l'amiral Dewey, la reddition de Manille, devançant ainsi les insurgés. Le général Augusti avait laissé entendre qu'il capitulerait dès qu'il pourrait le faire honorablement, comme la garnison de Santiago de Cuba, si toutefois la paix n'était pas conclue avant l'attaque décisive des Américains.

Ceux-ci, sous les ordres des généraux Merritt, Anderson et Green, campaient à Cavité, à Paranac et à Tambo, au sud de Manille.

Sur ce dernier point, « le camp Dewey » était établi en arrière des positions des insurgés, en face de Malate. Les troupes de ce camp, commandées par le général Green, tenaient les insurgés en échec, et l'artillerie du capitaine Astor était aussi bien braquée contre eux que contre les lignes espagnoles.

Les relations étaient très tendues entre Américains et insurgés. Aguinaldo avait défendu aux Tagals de se soumettre aux réquisitions de bétail nécessaire aux troupes du général Merritt. Celui-ci avait passé outre ; des conflits avaient failli éclater qui n'avaient été empêchés que par l'énergie et le sang-froid des officiers américains. Les commandants des forces des États-Unis aux Philippines reçurent aussitôt l'ordre de réprimer, avec la plus grande énergie, toute tentative de trouble de la part des insurgés. Il fut convenu entre le général Merritt et le général Augusti que Manille capitulerait lorsque les troupes américaines seraient en nombre pour contenir les insurgés, et k éviter les excès, après la reddition.

'J- Ce ne pouvait plus être qu'un délai de quelques jours,

\' car la quatrième expédition, organisée à San-Francisco, avait fait relâche à Honolulu le 24 juillet, et ne devait point tarder à arriver dans les eaux de l'archipel.

Aguinaldo semblait vouloir motiver des actes de rigueur de la part de l'armée américaine.

Tî-^

Il avait adressé une sorte de défi au général Merritt, déclarant qu'il tiendrait Manille contre eux, lorsque lé général Augusti aurait capitulé.

Une autre commiunication, assez puérile, du chef tagal provoquait Tbilarité des pratiques Américains.

Aguinaldo leur envoyait ampliation d'un décret rendu par lui, en vertu duquel il s'octroyait, comme président du gouvernement des Philippines, les insignes suivants : « Un collier d'or auquel sera suspendue une plaque triangulaire du même métal, portant un soleil et trois étoiles gravées, un sifflet en or, et enfin une canne à pommeau également en or. »

Bien qi^e les défenseurs de Manille ne dussent plus se faire illusion sur la valeur pratique d'une sortie, ils ne voulurent point capituler avant d'avoir tenté une dernière fois le sort des armes.

Le général américain Green ayant avancé les retranchements du camp DeWey du côté de Malate, entre la plage et le Camino-Real, les garnisons espagnoles de cet arsenal et de San-Pedro profitèrent d'un ouragan dans la nuit du 31 juillet, pour faire une sortie générale au nombre de 3,000, et surprendre l'aile droite américaine, qui se trouvait un peu en l'air. A la laveur d'un bois de bambous et de mangliers, les Espagnols s'approchèrent des avantpostes américains, qu'ils attaquèrent vigoureusement. Ceux-ci allaient plier lorsqu'ils furent renforcés, et une batterie d'artillerie qui prit en flanc les assaillants, les obligea à battre en retraite, après un combat de trois heures. L'infanterie américaine ayant épuisé ses munitions ne poursuivit pas les Espagnols.

Ceux-ci avaient éprouvé des pertes considérables.

Celles des Américains furent moindres.

Le 4 août, la quatrième expédition, à bord de cinq transports escortés par le cuirassé Monteret/y entra dans la baie de Manille.

L'amiral Dewey et le général Merritt se concertèrent

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aussitôt pour attaquer la place, au cas où les négociations de paix, actuellement engagées, n'auraient point une issue favorable.

Le 13 août, Tamiral Dewey fit au général Augusti sommation d'avoir à se rendre.

Celui-ci refusa. L'escadre commença aussitôt le bombardement; mais, à peine les premiers projectiles avaientils incendié quelques maisons des faubourgs, que le drapeau blanc fut arboré sur la ville. Les Espagnols avouaient que toute résistance était désormais impossible.

Conformément à des instructions, auxquelles nous avons fait plus baut allusion, le général Augusti avait cédé le commandement à son secon'd, le général Jaudenez, gouverneur de Manille, et, sautant dans une chaloupe allemande qui l'attendait dans le port, se faisait conduire à bord du navire de guerre allemand Kaiserin-Augiista, Celui-ci levait l'ancre et se dirigeait sur Hoog-Kong.

A peine les troupes du général Merritt avaient-elles pris possession de la ville, qu'un navire, monté par le consul d'Espagne, entrait en rade, apportant la nouvelle de la signature des préliminaires de paix. Il était trop tard. La capitale avait succombé un jour trop tôt.

Voici en quels termes l'amiral Dewey télégraphia, le 13 août, la nouvelle de la reddition de Manille :

« Une division de l'escadre a bombardé le fort et les retranchements de Malate, obligeant Tennemi à se retirer. En même temps, l'armée s'avançait sur le côté de la ville regardant la mer. La ville s'est rendue à cinq heures de l'après-midi. Le lieutenant d'état-major Brumby a alors hissé le drapeau américain.

« L'escadre américaine n'a subi aucune perte. Les navires n'ont pas été atteints.

« Le général Merritt^ et moi avions catégoriquement demandé, le 7 août, la reddition de la ville, mais le gouverneur général espagnol avait refusé. »

Les Américains faisaient 11,000 prisonniers, dont 7,000 réguliers, et prenaient 20,000 fusils Mauser, 3,000 remingtons, 18 canons modernes et quelques munitions.

Après la reddition, le général Merritt demanda à Washington si Manille devait être occupé conjointement par les Américains et les insurgés.

Le président Mac Kinley répondit que la ville, la baie et le port devaient être occupés par les forces des États- Unis, mais qu'il n'y aurait pas d'occupation mixte.

Le blocus de Manille était levé le même jour.

Il n'entre point dans notre cadre d'étudier les dissensions qui éclatèrent entre les Espagnols, les insurgés d'Aguinaldo et les Américains, après la signature des préliminaires.

Citons seulement, avant de passer à l'examen des négociations qui aboutirent à ces préliminaires, une dépèche datée du 8 août et qui ne fut expédiée de Hong-Kong que dix jours après ; elle donne une idée de la situation embrouillée au milieu de laquelle se débattaient les autorités espagnoles des Philippines, et des difficultés, non encore résolues au moment où nous écrivons, qu'allait rencontrer la commission de paix, chargée de régler le sort politique de l'archipel :

« Le général Augusti, considérant sa position comme intenable, essaya d'obtenir d'être transporté à Hong- Kong sur un navire allemand.

« Comme il avait, depuis plusieurs semaines, la conviction que le gouvernement espagnol ne lui enverrait aucun secours, il déclara qu'il déclinait toute responsabilité, et qu'il se lavait les mains des conséquences de la lutte. »

Le monitor Monter ey apporta, le S août, au commandant des forces américaines l'ordre d'attaquer la ville.

En conséquence, le même jour, à midi, le général Merritt et l'amiral Dewey envoyèrent à Manille un ultimatum, par lequel ils sommaient la ville de se rendre, et

accordaient quarante-huit heures pour faire sortir les noncombattants.

Le gouverneur de Manille répondit en remerciant les Américains pour leurs sentiments d^humanité, mais il ajouta qu'il était inutile de faire sortir les non-combattants, puisque les insurgés entouraient la ville, et qu'il n'y avait pas d'endroits où pussent se réfugier les femmes, les enfants, les malades et les blessés.

Le gouverneur convoqua ensuite les consuls, et leur demanda d'obtenir des Américains le temps et les moyens de transporter ailleurs les non-combattants, parmi lesquels 3,000 prêtres.

Le gouverneur suggérait que les non-combattants fussent embarqués sur les transports américains, mais il se refusait à leur laisser embarquer des vivres.

Les consuls exhortèrent vivement le gouverneur à se rendre. Ils exaltèrent l'héroïsme déployé jusqu'alors par les Espagnols, et démontrèrent que le caractère désespéré de la défense nécessitait une capitulation, au nom de l'humanité.

En raison de l'ultimatum américain, le gouverneur donna l'ordre de cesser de tirer sur les retranchements ennemis, et il suspendit un officier de Malate qui avait désobéi à cet ordre.

« Une députation de commerçants est venue aujourd'hui demander au gouverneur de se rendre, pour éviter leur ruine complète.

« Les membres civils du conseil de guerre sont favorarables à la capitulation, mais les membres militaires n'osent pas prendre sur eux d'exprimer le même avis.

(( Cependant, les officiers espagnols sont pleinement convaincus de l'inutilité de la résistance, étant donné que les Américains possèdent des canons de siège supérieurs à ceux des Espagnols.

« On croit qu'aussitôt qu'une douzaine d'obus auront été tirés en ville, le drapeau blanc sera arboré.

i54 CHAPITRE XV.

« Des scëoes déchirantes ont lieu dans les rues que parcourent une foule d'Espagnols, d'indigènes, de femmes, d'enfants, suppliant qu'on leur fournisse les moyens de s'enfuir. »

Pendant le bombardement, les vaisseaux de guerre neutres avaient pris les positions suivantes : les cinq allemands et les deux français s*étaient retirés à quelques milles au nord de la ville ; les quatre anglais et le japonais, avec deux marchands, avaient rejoint la flotte américaine.

Voici en quels termes était conçue la capitulation de Manille : ^'

(( Les soussignés, nommés commissaires pour le règlement des détails de la capitulation de la ville et des ouvrages de défense de Manille et de ses faubourgs, ainsi que des forces espagnoles y stationnées, conformément à un accord survenu entre le major général Wesley Merritt, commandant en chef des forces des États-Unis aux Philippines, et don Fernim Jaudenes, faisant fonctions de général en chef de l'armée espagnole aux Philippines, ont convenu ce qui suit :

« l^ Les troupes espagnoles, tant européennes qu'indigènes, capitulent ainsi que la ville et les ouvrages de défense, avec tous les honneurs de la guerre.

(( Elles déposeront leurs armes aux endroits désignés par les autorités des Etats-Unis,

« Elles resteront dans les quartiers qui leur seront affectés, sous la garde de leurs officiers, et seront soumises au contrôle des susdites autorités des États-Unis, jusqu'à la conclusion d'un traité de paix entre les deux nations belligérantes.

(( Toutes les personnes non comprises dans la capitulation restent en liberté.

« Les officiers resteront dans leurs domiciles respectifs, et seront respectés aussi longtemps qu'ils observeront les règlements qui les régissent et les lois en vigueur ;

(( 2^ Les officiers conserveront leurs armes blanches, leurs chevaux et les objets leur appartenant en propre.

« Les chevaux et les objets appartenant en commun, de quel(]ue nature qu'ils soient, seront remis à dés officiers d'état-major désignés par les Etats-Unis ;

(i 3^ Un état des effectifs complets des hommes, ^ar corps ou services, et une liste complète du matériel et des approvisionnements, seront remis en double expédition aux États-Unis, dans un délai de dix jours, à compter du présent jour;

« 4® Toutes les questions relatives au rapatriement des officiers et des soldats des forces espagnoles et de leurs familles, ainsi qu'aux dépenses que ledit rapatriement peut occasionner, seront déférées au gouvernement des États-Unis à Washington.

<( Les familles espagnoles pourront quitter Manille quand il leur conviendra.

(( La remise des armes rendues par les forces espagnoles aura lieu quand les forces évacueront la ville, ou quand Tarmée américaine y entrera ;

(( 5® Les officiers et soldats compris dans la capitulation seront pourvus par les États-Unis, conformément à leur rang, des vivres nécessaires, attendu qu'ils seront prisonniers de guerre, jusqu'à la conclusion d'un traité de paix entre les États-Unis et l'Espagne.

« Tous les fonds qui se trouvent à la Trésorerie espagnole et dans toutes les autres caisses publiques seront versés aux autorités des États-Unis ;

(( 6® La ville de Manille, ses habitants, ses églises, ses édifices religieux, ses établissements d^éducation et ses propriétés privées de toute nature, seront placés sous la sauvegarde de la foi et de l'honneur de l'armée américaine. »

Suivaient les signatures des sept commissaires, dont quatre américains : le général Green, le capitaine de vaisseau Lamberton, et les lieutenants-colonels Whittier

et Growder, et trois espagnols : Tauditeut général de Tarmée, Nicolas de la Pena, le colonel du génie Carlos Reyes, et le chef de Tétat-major, José-Maria Olquen.

En vertu des ordres du général Merritt, les forces rebelles d'Aguinaldo devaient, dans le délai de trois jours, se retirer à trois milles de Manille.

T -î-é^S— ,-riT7r-7e, - -- --.-; *•,-- — ,-,

*" ri

Les négociations. — Les conditions américaines. — Abolition des traités de commerce. — Le sort des Philippines. — Un communiqué officiel. — Un échange de notes. — Signature du protocole. — Les commentaires de la presse. — Le licenciemiDt des troupes de Cuba. — Rapatriement de Tannée.

— Une réception triomphale à New- York. — Discours du maire Van.Wiek.

— Les commissaires américains. — La commission espagnole. — > La paix * définitive. — Le traité de Paris.

Nous avons vu djas un chapitre précédent que M. Cam- 4 bon, ambassadeuc de France, avait remis, le 27 juillet, au président Mac Kinley une note dans laquelle il demandait, au nom de l'Espagne, aux Etats-Unis « leur coopération dahs le but de terminer la guerre » .

, Le gouvernement américain avait répondu qu'il accep- ^ tait l'offre de rEspagùje d'ouvrir des négociations, mais , que la gueçre coutinuei^î^^ jusqu'à ce que Ton fût tombé ' d'accord sur les conditiââ^ imposées parles vainqueurs ■* et acceptées par les vai|flcttstv

C'est l'historigue de ces négociations que nous allons retracer.

Dans une conférence tenue le 30 juillet, M. Mac Kinley et son cabinet arrêtèrent les bases suivantes des copdi- ' tions de paix qui devaient être proposées à l'Espagne par l'intermédiaire de M. Cambon, qui ne devait jouer en iout# cette affaire que le rôle d'un agent de transmission : Cession aux États-Unis de Porto-Rico ; Reconnaissance de l'indépendance de Cuba ; Cession d'une des lies Ladrones ;

Cession d'au moins une station de charbon aux Philippines ;

Renonciation complète de la part de FEspagne à toute souveraineté dans les eaux des Indes occidentales et de la mer des Caraïbes ;

Les États-Unis n'assumeront pas les dettes de Cuba ni de Porto- Rico ;

Seront abolis les traités de commerce entre Cuba, Porto-Rico et les autres parties du royaume espagnol que les États-Unis ne reconnaîtront pas.

Le cabinet arrêta également qu'il n'y aurait pas d'armistice et qu'il ne serait pas question d'une indemnité en argent.

Quant au sort des Philippines, il serait réglé par une commission spéciale ; Funanîmité des membres du cabinet se déclarait à ce arment hostile à l'annexion de l'archipel. Le gouvernement américain penchait à réclamer seulement, comme station de charbon le port de Subig, au nord de Manille et, de plus, l'entrée dans les lies des marchandises américaines aux mêmes conditions douanières que les marchandises espagnoles.

Mais il était nettement spécifié dans la note que les conditions relatives à Tabandon de la souveraineté espagnole sur les Indes occidentales et sur le choix par les États-Unis d'une des lies Ladrones étaient en dehors de toute discussion. Il n'était point non plus fait mention de ce que le gouvernement américain avait l'intention de faire de Cuba émancipé du joug espagnol.

Lorsque le gouvernement américain eut été avisé que le cabinet de Madrid était en possession de la note remise à M. Cambon, il fit publier le communiqué officiel suivant :

« Afin d'écarter tout malentendu au sujet des négociations de paix, le gouvernement croit devoir dire que les conditions de paix présentées par les États-Unis dans la note remise à M. Cambon le âl juillet sont rédigées comme suit :

(( Les Etats-Unis ne demandent aucune indemnité pécuniaire ; mais ils exigent Tabandon de la souveraineté espagnole sur Cuba et l'évacuation immédiate de cette lie ; la cession aux Etats-Unis et l'évacuation immédiate de Porto-Rico et des autres lies placées sous la souveraineté de TEspagne dans les Indes occidentales ; la cession semblable d'une des lies Ladrones.

« Les Etats-Unis occuperont et garderont la ville, la baie et le port de Manille jusqu'à la conclusion du traité de paix qui déterminera le sort des Philippines, leur administration et leur gouvernement. »

Après un échange de notes entre les gouvernements espagnol, français et américain, le négociateur français, M. Gambon, fut enfin autorisé par le cabinet de Madrid à signer, le 12 août, le protocole mettant fin aux hostilités. Cetles-ci avaient duré 113 jou«s.

Voici la teneur des six clauses principales de ce protocole :

1® L'Espagne renonce à la souveraineté sur Cuba ; .

2® Porto-Rico et les autres lies espagnoles des Indes occidentales, ainsi que des îles de l'archipel des Ladrones au choix des Etats-Unis, seront cédés aux États-Unis ;

3® Les États-Unis occuperont la ville, la baie et le port de Manille et y resteront pendant les négociations pour, la conclusion du traité qui déterminera les conditions de contrôle et de gouvernement des Philippines ;

it^ Cuba, Porto-Rico et les autres lies des Indes occidentales seront évacués immédiatement. Des commissaires, qui devront être nommés dans un délai de dix jours, s'assembleront à la Havane et à San-Juan de Porto-Rico dans un délai de trente jours après la date de la signature du protocole pour arranger les détails de l'évacuation ;

So Les États-Unis et l'Espagne ne nommeront pas plus de cinq commissaires chacun, pour conclure le traité de paix. Ces commissaires se réuniront à Paris, au plus tard le 1«' octobre.

6^ Dès la signature du protocole, les hostilités seront suspendues, et des ordres dans ce sens seront envoyés aussitôt que possible aux commandants des forces militaires et navales.

Des dispositions additionnelles réglaient Texécution des conventions ci-dessus, ainsi que la question de l'enlève* ment des mines sous-marines et la reddition des places fortes de Cuba et de Porto-Rico.

Si la nouvelle de la signature des préliminaires de paix provoqua, dans le monde entier, une satisfaction générale, elle fut accuillie par la presse espagnole avec une tristesse marquée.

Quelques citations des journaux madrilènes feront ressortir Tétat d'esprit de la capitale au moment de la cessation des hostilités :

El Pats, journal républicain, publie le texte du protocole encadré de noir. Il déclare que J 'Espagne, sans ses colonies, serait réduite à l'état de puissance de troisième ordre.

h'Imparcial déclare que la signature de la paix n'apportera même pas à l'Espagne le repos après trois ans et demi de guerre.

La Nacion exprime sa tristesse ; avec amertume, elle écrit : (c Si du moins l'Espagne n'avait été vaincue qu'après une lutte acharnée et héroïque, elle saurait se résigner. Mais il n'en est rien, et aujourd'hui la paix n'est pour nous qu'une phase dans notre malheur. »

Le Libéral dit que l'article du protocole concernant les Philippines n'indique rien de bon pour l'Espagne, et fait craindre que cette question ne soit pas résolue dans un sens favorable pour elle.

Le Globo, journal ministériel, exprime l'opinion que la paix entre l'Espagne et les États-Unis compliquera la question en Occident ; il ajoute que du jour où M. Cambon a signé la paix, au nom de l'Espagne, commence le premier chapitre d'une nouvelle histoire de l'Europe.

Le Tiempo, journal conservateur, dît que la paix est un fait accompli. L^amertume de la défaite n'empêche pas la satisfaction de voir la fin de la guerxe.

La Epoca estime que la paix actuelle est la plus triste

qui ait été imposée à TEspagne depuis le traité d'Utrecht.

En résumé, la presse, sans distinction d'opinions, cons^

tatait que le protocole proclamait la destruction complète

de l'empire colonial de l'Espagne.

L'état de siège proclamé en Espagne ne permettait pas d'en dire plus, et le gouvernement ne se pressait point de convoquer les Cortès.

Cependant une circulaire du ministre de la guerre éta* blissait les règles pour le licenciement des forces revenant de Cuba. Celles-ci devaient déposer leurs armes et leur matériel aux ports d'arrivée : la Corogne, Santander et Vigo.

Les soldats et les sous-officiers rentreraient dans leurs foyers aux frais de l'État. Les officiers seraient placés provisoirement dans la réserve, jusqu'à ce que les Cortès eussent autorisé l'augmentation des cadres de l'armée régulière.

On estimait que 120,000 hommes et 6,000 officiers devraient être ramenés des Antilles.

Les commissions d'évacuation de Cuba et de Porto- Rico devaient être présidées par le maréchal Blanco et le général Macias, assistés d'officiers de terre et de mer et de membres de l'auditorat.

Bien que le gouverneur général eût donné sa démission, le gouvernement lui avait prescrit de rester à son poste jusqu'à nouvel ordre.

La situation à Santiago était déplorable. L'évacuation des deux armées se poursuivait dans des conditions sanitaires fort mauvaises. 1800 hommes des régiments espagnols Asia et Talavera s'étaient embarqués dans un état pitoyable. Les médecins croyaient qu'il n'en arriverait pas les deux tiers en Europe.

Du côté des Américains, le transport Mobile venant de Santiago avec 1600 hommes en avait perdu 10 en route ; 3 étaient mourants, et 500 gravement malades.

Entre temps, Tescadre victorieuse de l'amiral Sampson entrait dans le port de New- York, et y était l'objet d'une réception triomphale.

Le 20 août, à huit heures du matin, le New- York^ le Brooklyn^ le Massachusetts^ Vlowa^ VIndiana et ÏOregon^ passaient à Sc^ndy-Hook et venaient mouiller à Tompkinsville où le Texas les attendait.

.Là, M. Yan Wick, maire de New- York, montait à bord du navire-amiral pour souhaiter la bienvenue à la flotte, en l'absence du président Mac Kinley retenu à Washington, mais qui avait adressé un télégramme à l'amiral Sampson, annonçant sa prochaine visite au vainqueur de Santiago.

Le maire Van Wick, après avoir déclaré que les mots lui faisaient défaut pour mettre l'expression des sentiments d'orgueil patriotique et de gratitude dont sont pleins les cœurs américains à la hauteur des exploits de l'escadre, déclara qu'il n'y avait pas dans le monde entier une marine qui détint un plus splendide record que celle des Etats-Unis.

« Jamais, dit-il, tant que l'histoire continuera à instruire les hommes et que la mémoire des grands faits américains restera gravée chez des hommes libres et fera trembler la tyrannie, la bataille qui vit la flotte espagnole anéantie sur la côte de Santiago ne tombera dans l'oubli.

« En présence de cette victoire, de l'habileté, de la vaillance et de la magnanimité des vainqueurs et de la grande portée que ce fait aura pour l'avenir du monde civilisé, ce combat n'a pas de parallèle dans l'histoire. »

L'amiral Sampson remercia le maire de New-York pour l'accueil qui lui était fait ainsi qu'à ses officiers par la grande ville.

« Nous n'avons fait, ajouta-t-il, que notre devoir;

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